Dis maman pourquoi la dame elle est toute nue ?

Dis maman pourquoi la dame elle est toute nue ?

C’est l’été. Nous sommes dans une pharmacie. Devant nous, derrière nous, une file de personnes. Et nous attendons. Mon fils, quatre ans, traîne devant les lignes de crèmes solaires. Puis il se plante en face d’un présentoir en carton, observe la grande image, sous la première étagère. Il attrape ma main, la serre, tire dessus pour attirer à lui mon attention, et de sa petite voix fluette il me demande : « Qu’est ce que c’est, ça, maman ? » en pointant l’image en noir et blanc.

J’ai du mal à distinguer ce que dessinent les zones dans différents tons de gris, puis je devine un cul, nu, sur une plage.

— C’est une dame qui est toute nue sur la plage.

— Pourquoi elle est toute nue la dame, maman ?

Alors je lui ai expliqué que les fesses des dames permettaient de vendre toutes sortes de choses, et dans le cas présent, de la crème solaire.

Il a semblé intrigué, amusé, puis il est passé à autre chose…

Au bout de la route

Au bout de la route

Des écharpes de brume volent tel un songe sur les toits du village. Le matin humide le fait apparaître en contrebas, léger comme une plume, prêt à s’envoler au coup de vent. Pour ne pas réveiller Marie ni ses deux marmots, Antoine a pris son café brûlant dans la cour de la ferme. La voisine est déjà levée. La vieille apparaît dans l’encadrement de la fenêtre, comme chaque fois qu’elle entend du bruit dans la cour. C’était le seul regret qu’ont eu Antoine et Marie quand ils ont acheté cette ferme : le regard mauvais de cette femme leur glace les os. Même la méfiance des anciens du village s’est estompée. Avec le temps, ils ont accepté qu’ils reprennent cette exploitation, vendent leurs produits bio sur les marchés et qu’on les retrouve à chaque manifestation écolo. Mais la vieille d’à côté effraye même les enfants…

Antoine, toujours sans bruit, entre dans la remise. Il empoigne un sac, pendu à un crochet, et y fourre quelques outils, puis le met sur son dos.

Il enfourche son vélo et prend la route de ses champs. Depuis quelques jours, un curieux message tracé à la bombe commence à se lire sur le bitume craquelé. Chaque nuit, de nouveaux mots sont écrits sur la route, faisant suite aux précédents. Est-ce un poème, un message, les paroles d’une chanson ? Cela prend un sens, ce n’est sûrement pas une plaisanterie de gosse. Qui peut écrire ça ? Antoine est vaguement inquiet. Depuis le village, les mots prennent des bifurcations, suivent un chemin précis. Les derniers s’inscrivent sur la petite route qu’il arpente. Un cul-de-sac au bout duquel il n’y a que deux habitations : la sienne et la maison de la vieille. Et le texte qui se forme jour après jour évoque ce matin les terres « d’en haut », celles qu’une poignée d’agriculteurs cultive, dont Antoine.

 

Après avoir laissé Lou et Sacha à leur école, Marie profite de se trouver en ville pour faire quelques courses. Ce matin elle flâne plus qu’à l’ordinaire. Elle passe par la boutique de vêtements où elle travaillait comme vendeuse pour saluer son ancienne patronne. Elle s’arrête au bar de la grande place et y prend un café. Elle s’essaie à la nonchalance, puisque le temps de sa journée de femme au foyer est exempt d’obligations absolues. Mais son esprit est tout entier happé par les mots qui ont pris vie sur la route de sa maison.

En rentrant chez elle, elle relève ce message :

Venus de loin

Venus ici

Chez nous

Ils sont chez eux

Ont acheté

Nos pierres

Sur nos marchés

Ils nous vendent

Le fruit

De notre terre

C’en est assez

Les 4 étrangers

Doivent quitter

Les terres d’en haut

La nuit est tombée. Dans la lumière crue de leur cuisine, Antoine lit l’étrange texte une seconde fois. Marie attend sa réaction, le visage crispé. Pendant de longues minutes, Antoine reste silencieux.

« Tu penses que ça nous concerne ? », finit-il par demander.

– Cela me semble évident, non ? Elle n’a jamais réussi à admettre qu’on achète la maison de son frère. D’ailleurs, ça fait combien de temps qu’on est ici ?

– Trois ans.

– C’est ça, trois ans. Et bien ça fait trois ans qu’elle nous observe sans cesse, qu’elle terrifie les enfants, et qu’elle ne nous adresse pas la parole. Nos relations ne vont pas s’améliorer. Elle souhaite nous voir partir.

– Tu as raison, Marie, elle ne veut pas de nous ici. Mais on est chez nous, on ne va pas se laisser faire. »

Marie aurait aimé poursuivre cette conversation, mais Antoine est monté se coucher. Le lendemain il se lèvera de nouveau à l’aube pour travailler à ses champs.

Au milieu de la nuit, Marie rejoint son lit et reste allongée, incapable de s’endormir.

 

Au lever du jour, lorsque Antoine sort du lit, Marie le suit. Elle lui sert son café sur la lourde table en bois de leur cuisine. Elle doit lui parler hors du regard malveillant de leur voisine.

Antoine accepte alors le rendez-vous particulier que lui propose Marie.

 

A dix heures, Antoine franchit la porte du commissariat. Marie est déjà là, dans la salle d’attente. Elle lui adresse un sourire figé.

L’agent qui prend leur déposition les écoute avec attention et note chacun des éléments qu’ils lui fournissent. A la fin, le policier leur explique d’une voix calme qu’ils n’ont aucune preuve tangible que leur voisine soit l’auteur des écrits sur la route. Et quand bien même elle le serait, rien ne permet d’affirmer que ce message leur est adressé. Ce drôle de poème est peut être juste le fait de plaisantins désoeuvrés.

 

La lumière éblouissante de l’après-midi se reflète sur les pierres blanches. Plantée au milieu de la cour, Jacqueline examine la demeure de Marie et Antoine. Elle ignore la vieille qui la toise depuis sa fenêtre. D’une voix forte, elle s’adresse à sa fille : « Tu as raison Marie, cette maison vaut le coup. Je comprends que tu veuilles te battre pour la garder. »

C’est la première fois que Jacqueline vient à la ferme. Il faut dire que depuis qu’Antoine est rentré dans la vie de Marie, la mère et la fille ont espacé leurs rencontres. Jacqueline a toujours eu du mal à nouer des liens avec cet homme rustre. Elle invite pourtant le couple chez elle, quatre ou cinq fois dans l’année, l’occasion pour elle de jouer les mamies avec sa petite fille de neuf ans et son petit fils de cinq ans.

Pendant que la mère de Marie considère la bâtisse, les enfants courent en criant sur le gravier. La voisine est toujours là, à sa fenêtre. Ses yeux fixent surtout, avec une grimace de dégoût, la main gauche de Jacqueline à laquelle il manque un doigt.

 

Au village, l’ancien curé avait instauré deux messes par semaine, le samedi après-midi et le dimanche matin. La tradition s’est perpétuée avec son remplaçant, permettant ainsi aux commerçants du marché du dimanche d’assister à l’office du samedi.

Ce samedi, à la grande surprise de Marie, Jacqueline insiste pour se rendre à l’église. A la fin de la messe, Marie l’attend devant avec ses enfants. L’édifice se vide peu à peu. Elle patiente. A présent la foule de croyants a quitté le sanctuaire, mais Jacqueline est toujours à l’intérieur. Au moment où Marie s’apprête à pénétrer dans le bâtiment, sa mère sort enfin. « Que faisais-tu ? » questionne Marie.

– Je parlais avec le prêtre. Un homme charmant, énonce Jacqueline. Puis elle se hâte vers la voiture de Marie et s’exclame : « Je dois parler à ta voisine ! »

 

La journée touche à sa fin. La chaleur est un peu moins forte quand Antoine prend le chemin du retour. Il rentre plus tôt qu’à l’ordinaire. Sa belle-mère leur rend visite, et reste sans doute manger avec eux ce soir. Marie lui a tant reproché, ces derniers temps, de ne revenir qu’à la tombée de la nuit… Aujourd’hui il veut lui faire le plaisir d’être là bien avant l’heure du repas. Il pourra jouer avec ses enfants. Il est vrai qu’il les voit peu depuis quelques semaines.

A l’instant où Antoine pénètre à vélo dans la cour, il aperçoit Jacqueline qui sort de chez leur voisine. Il freine brusquement et salue sa belle-mère. Puis il lève les yeux vers l’habitation de la vieille. Elle est là, à sa fenêtre. Sans un mot, Antoine rentre chez lui. Il embrasse tendrement sa femme, mais Marie est bien trop occupée à la cuisine pour lui prêter attention.

Pendant le dîner, à l’abri à l’intérieur de leur maison, Antoine interroge Jacqueline. Qu’a-t-elle dit à la voisine ? Et que lui a-t-elle répondu ? Est-elle l’auteur du message mystérieux ?

Jacqueline demeure d’abord silencieuse.

« Elle aurait préféré que la ferme de son frère soit rachetée par un habitant du village, ou même par des descendants d’anciens habitants du village. Elle a vécu toute sa vie ici, je suppose qu’elle n’aime pas les étrangers. », confie-t-elle au final.

Marie inspecte le visage de sa mère : « Je comprends », articule-t-elle. Mais quelque chose dans sa voix sonne faux.

 

Le dimanche matin, dans la chambre mansardée de Marie et Antoine, le réveil sonne encore plus tôt que d’habitude. C’est jour de marché. Dès la première seconde de musique stridente, Antoine l’éteint et bondit hors du lit. Marie se retourne vers lui. Elle peine à ouvrir les yeux. Sa voix est embuée de sommeil. « Cette nuit j’ai rêvé que de nouveaux mots étaient écrits sur la route.

– Tu crois que c’est le cas ?

– Oui », soupire Marie.

Quand Marie descend elle trouve Antoine à la cuisine, déjà habillé. Ce matin il ne s’est pas installé dans la cour pour boire son café. Il semble très contrarié. « Tu avais raison, dans ton rêve. » dit-il en lui tendant le papier sur lequel elle avait noté le message singulier. « Je l’ai complété. » Marie n’est pas surprise. A haute voix, elle lit :

N’ignorez pas mes mots

Ces terres d’en haut

Qui abritent

La sépulture

De mon ange

Pourraient être

Le cimetière

D’autres jeunes âmes

Innocentes

Son visage se fige. A-t-elle bien compris ?

D’un coup, les mots se font sinistres, et la menace plane sur leurs enfants.

Antoine n’y tient plus. Il se précipite dehors, traverse la cour, tambourine à la porte de la vieille. « Ouvrez-moi ! » hurle-t-il.

Il entend les pas qui se traînent dans l’escalier. La rombière ouvre lentement la porte. De ses yeux mauvais, elle observe Antoine. Il la fusille du regard, les traits déformés par la fureur. « Il est arrivé quelque chose aux enfants ? » demande-t-elle en traînant sa voix de crécelle comme elle traînait ses pieds quelques secondes plus tôt. Antoine croit percevoir un rictus au coin de sa bouche de sorcière. Il s’approche d’elle, jusqu’à sentir son souffle à l’odeur de rassis. Alors il lui crie de laisser ses enfants tranquilles. La vieille recule. Le rictus est devenu un sourire moqueur qui laisse apparaître des dents noires criblées de trous.

Elle le laisse dans l’encadrement de la porte et remonte les marches de ses escaliers. Une par une. Avec peine.

Comment cette femme impotente pourrait-elle sortir chaque nuit pour écrire sur la route à la bombe de peinture noire ?

 

La place du marché est encore déserte. Lou et Sacha jouent en virevoltant autour des étals. Les mines renfrognées d’Antoine et de Marie attisent les questions des autres producteurs. Tous ont entendu parler de ce texte bizarre apparaissant chaque nuit plus long sur leur route. Titillé par les questions répétées, Antoine sort le papier de sa poche. Le poème macabre passe de main en main. Les mots font leur effet sur les anciens. Ils racontent alors ce conte sordide qui se chuchote depuis soixante-quinze ans dans le village.

Leur voisine, Andrée, avait dix-neuf ans lorsqu’elle se maria avec un militaire, un enfant du pays rencontré au bal du village. Un mois seulement après leur mariage, la guerre éclata et le jeune époux fut appelé. Au Noël de cette année 1939, lors d’une permission, un enfant fut conçu, dans la bâtisse des terres du haut. Dès la fin de l’hiver, Andrée ne pouvait plus cacher ses rondeurs et tout le village fut donc mis au courant. Mais au début de l’été, un messager de l’armée française apporta à Andrée la terrible nouvelle. Son mari était mort au front. A partir de ce jour là, et pendant plusieurs mois, Andrée ne reparut plus au village. Ses parents étaient décédés avant son mariage, son frère faisait son service militaire. Elle resta seule. Enfermée dans sa ferme elle refusa de voir quiconque. Les vieilles du village racontèrent, à l’époque, que le chagrin avait dû tuer l’enfant. Le temps passa et la légende s’amplifia. On narra qu’après sa fausse-couche elle avait enterré le fœtus dans les terres du haut. Certains, même, pensèrent à voix basse que la perte de son mari l’avait rendue folle, et qu’elle s’était occupée elle même de « faire passer » l’enfant. Les années s’écoulèrent, mais la blessure d’Andrée ne cicatrisa jamais. Son jeune frère se maria à son tour, il eut deux enfants, une fille d’abord, puis un garçon. Andrée les regarda jouer dans la cour de la ferme, elle observa année après année le bonheur familial qu’elle ne goûterait jamais, et elle s’enfonça dans cette folle tristesse qui la rendit mauvaise et effrayante.

Antoine avale sa salive, sidéré par ces révélations. Pendant quelques secondes, le silence se fait, puis le plus vieux profère : « Elle n’a jamais fait de mal aux enfants de son frère, mais ils étaient de sa famille. Qui sait de quoi elle est capable. » La stupeur d’Antoine se transforme en une peur sourde. Le regard de Marie se fait lourd. Elle dévisage Antoine. Eux aussi ils ont une grande fille et un garçon plus jeune. Comme la nièce et le neveu d’Andrée. Comme Andrée et son frère.

 

Ce dimanche matin, Marie et Antoine servent leurs clients comme des automates. Ils sont tous deux obnubilés par la conversation qu’ils ne manqueront pas d’avoir, une fois rentrés chez eux.

Après le repas du midi, les enfants sont envoyés jouer dans leur chambre. Confiné dans la cuisine, le couple s’oppose avec virulence. Pour Antoine, il n’est pas envisageable de céder devant des menaces sans substance. « Nous n’allons tout de même pas quitter notre maison juste parce que notre vieille folle de voisine ne nous aime pas ! » déclare-t-il. Marie instille le doute, elle joue sur l’effroi qu’elle a vu passer sur le visage d’Antoine quand les anciens ont parlé de la vieille, au marché. « Et s’il elle s’en prenait aux enfants ? On ne peut pas faire comme si c’était impossible maintenant. » Antoine ne répond rien. Marie s’engouffre dans la faille. Elle évoque ce fœtus enfoui dans leur domaine, elle en parle comme si son existence était certaine. Puis elle projette un futur différent. Un retour en ville, un appartement en location en attendant de trouver une petite maison avec jardin. Des boulots avec des horaires fixes. Une vie de famille simple et joyeuse. Sans voisine acariâtre. Sans village réticent à les intégrer. Sans cadavre dans le champ.

« Tu me proposes une vie enfermée, loin de mes terres. Une vie de citadin. Je n’en voulais plus, tu le sais ! » Antoine résiste, mais Marie ne renonce pas. Elle lui rappelle cette dispute d’une violence rare qu’ils avaient eue quelques semaines auparavant.

Elle lui reprochait son absence et son éloignement, les heures qu’il passait à ses cultures, du lever au coucher du soleil, au détriment du temps avec elle et les enfants. Elle lui avait dit combien Lou et Sacha souffraient de voir si peu leur père.

Antoine avait refusé d’entendre ces reproches. Il avait aboyé sur Marie : il ramenait l’argent à la maison, elle pouvait partir si cela ne lui convenait pas, et emmener les enfants avec elle. Marie était restée, et avait depuis lors gardé le silence sur ce qu’il lui avait fait, ce soir là, sous l’emprise de l’alcool.

Elle ne sait pas si elle gagnera, en ravivant le souvenir de cette douloureuse soirée, mais elle a besoin de s’exprimer à ce sujet. La situation n’a guère évolué depuis lors. Et aujourd’hui, quoi qu’il en dise, leurs enfants sont menacés… Antoine hésite. Marie perçoit que pour son compagnon, renoncer à la ferme et à ses terres relève du deuil.

 

Lundi matin, à la première heure, la maison et les champs qui y sont rattachés sont mis en vente dans la plus importante agence immobilière de la région.

Dès cette première journée, Marie reçoit une visite. Le jeune homme de dix-neuf ans est venu sur les conseils d’une amie de Jacqueline, qui exerce comme professeur au lycée agronome. Gabriel, qui se destine au métier d’agriculteur, voudrait commencer à travailler dans quelques jours, dès la fin de l’année scolaire. Marie et lui conversent longtemps, à voix basse. Un peu plus tard, elle l’accompagne aux terres du haut. En voyant arriver ce jeune lycéen, Antoine fronce les sourcils. Gabriel lui explique alors que sa grand-mère est intéressée par la propriété, et que c’est lui s’occupera de l’exploitation, si elle l’achète.

En fin d’après-midi, dans la ferme, le téléphone sonne. La proposition de Madame Mignon correspond exactement au prix demandé par Antoine et Marie. Et elle paye cash.

Au retour d’Antoine, Marie lui annonce qu’ils ont rendez-vous chez le notaire vendredi pour signer la vente définitive de leur propriété. « On va mettre nos affaires au garde meuble, chéri. Laisse moi faire, je m’occupe de tout. En attendant on ira vivre chez ma mère !

– Mais où va aller ta mère ? rétorque Antoine.

– Elle part justement en vacances demain, pour trois semaines. Quelle chance, hein ? »

Cette nuit là Marie s’offre à son homme. Une récompense en quelque sorte, pour l’avoir laissée gagner. Mais rien ne parvient à sécher les larmes qui coulent au fond du cœur d’Antoine.

 

La nuit suivante, Antoine réveille Marie. Ses yeux pétillent. « C’est elle ! » répète-t-il en boucle. « Elle qui ? Quoi ? » chuchote Marie en émergeant d’un sommeil profond.

– Je l’ai trouvée, dans la grange de la vieille. Une bombe de peinture noire. C’est elle, je te dis, c’est elle !

– Non, ce n’est pas elle, soupire Marie. Mais ça ne change rien. Laisse-moi dormir. »

 

Deux jours plus tard, Antoine fouille la maison, à la recherche de son appareil photo. Il regarde à l’intérieur de plusieurs meubles, il n’y est pas. Les cartons qui encombraient le salon ont déjà été emmenés. Son appareil devait s’y trouver. Une déception supplémentaire pour Antoine, qui voulait garder des images de cette demeure, et de ses terres.

Quand Marie rentre de l’école avec les enfants, elle lui confirme ce dont il se doutait : parti, l’appareil photo, au garde-meubles ! Antoine s’étonne cependant que Marie n’ait pas encore vidé tous les meubles. Ils signent la vente et quittent la maison demain, et la ferme est encore pleine. « J’ai pris la formule intégrale avec l’entreprise de déménagement. Ils vont faire les cartons et tout emmener demain matin pendant que nous serons chez le notaire. Et puis on a avancé quand même, il ne reste pas tant que ça !

– Si tu le dis, souffle Antoine. »

 

Chez le notaire, Marie inspecte chaque réaction d’Antoine, tant elle craint qu’il change d’avis. Installée à côté de lui, elle lui caresse la main pendant que le notaire procède à la lecture de l’acte de vente. Quand Antoine signe, les larmes lui montent aux yeux.

Dans un sourire, Marie tend les clés de la maison à Gabriel en clignant des yeux. Antoine s’adresse à lui d’une voix morne : « J’espère que votre grand-mère s’entendra mieux que nous avec la voisine. Entre vieilles, elles devraient se comprendre. » Puis il s’apprête à partir.

« Attend ! Nous devons retourner à la ferme, dit Marie. Je vais montrer à Gabriel où j’ai caché les clés qu’ont utilisées les déménageurs, et vérifier que nous n’avons rien oublié. Et puis tu dois récupérer ton camion, on ne va pas le laisser là-bas, au bout de la route. »

Marie prend le volant. Le long du chemin, pour la dernière fois, Antoine lit le message qui leur était adressé. Il laisse les larmes rouler sur ses joues.

Marie se gare dans la cour de la ferme. Le bruit des roues sur le gravier est familier.

Gabriel apparaît dans l’encadrement de la porte. Il s’avance vers Marie, Antoine et les enfants, en riant : « Je vous présente Madame Mignon ! »

Derrière lui, une femme sort de la bâtisse. « Marie ! » s’exclame-t-elle en ouvrant ses bras.

A travers les larmes qui à nouveau emplissent ses yeux, Antoine reconnaît Jacqueline.

Elle enserre Marie.

Puis la jeune femme se retourne vers Antoine. Elle appelle les enfants, les prend par la main, un de chaque côté.

Antoine les contemple, tous les trois. Il se tait.

Il attend.

Elle lui tend deux clés. Il reconnaît celle de son camion, mais ignore ce que la seconde ouvre.

« C’est la clé de ton garde meuble. L’adresse est gravée dessus.

J’ai mis de l’essence dans ton camion.

Les enfants et moi, on reste ici. Maintenant, ce n’est plus chez toi, mais c’est chez nous.

Tu te rappelles cette nuit ? La dispute, les coups, et le reste… Tu n’aurais pas dû. »

 

Un bruit de pas trainant dans le gravier. Andrée apparaît, une bombe de peinture noire à la main. Elle s’adresse à Marie : « Tiens, ma petite fille ! Tu n’as plus besoin de me faire porter le chapeau maintenant, tu vas pouvoir terminer ton œuvre… Tu pourrais écrire que je n’ai pas tué ma fille. Que je l’ai confiée au curé pour qu’il lui trouve une famille. Que je l’ai reconnue soixante-quinze ans plus tard grâce à son doigt manquant. Cela ferait une jolie fin pour ton poème… »

 

[Nouvelle écrite pour le concours « A livres perchés », avec comme contrainte la poursuite de l’incipit (en gras dans le texte).]

C’est quoi, au fait, un bobo ?

C'est quoi au fait un bobo

Non, je ne parle pas des petites égratignures au bout des mini-doigts de nos enfants, si petites qu’on ne les distingue même pas. Je parle de ce drôle de mot que l’on conjugue à toutes les sauces pour définir… qui d’ailleurs ?

Dans le désordre, l’écolo, l’intello, le gaucho, le multi-culturaliste, l’anti-raciste, l’anti-sexiste, le naïf bisounours bien-pensant…

Bobo, en France, c’est devenu une insulte, et chacun semble détester ce que désigne ce sobriquet. Pourtant, ce mot américain n’est pas au départ le terme péjoratif qu’il est devenu dans notre langue. A l’origine « bourgeois-bohème » c’est, pour faire court, et de ce que j’en ai retenu, une personne culturellement de gauche et économiquement de droite (soit très aisée).

Aujourd’hui, à force de l’utiliser pour tout, tout le monde, tout le temps, à force d’infiltrer dans ses définitions une liste de plus en plus longue de qualificatifs, on ne sait plus ce qu’est un bobo. Et chacun devient le bobo de son voisin.

Finalement, ce n’est rien de plus qu’une case floue, une étiquette à la fois trop large et trop étriquée qui désigne une tranche très mouvante de la population. Et l’être humain reste bien plus complexe et moins caricatural que la définition du bobo.

D’ailleurs la prochaine fois que j’entendrai quelqu’un dire « ça c’est bien un truc de bobo », j’oserai peut-être demander ce qu’il entend par là. Mais peut être n’y a-t-il que les bobos pour se demander ce que signifie le mot bobo ?

Je pourrais pousser plus loin, et distinguer en essayant de les définir, le bobo de gauche et le bobo de droite (dont l’existence fait d’ailleurs polémique), le bobo parisien et le bobo provincial, le bobo véritablement bourgeois et le bobo sans le sou… Mais j’ai suffisamment brassé d’air pour aujourd’hui.

Et les commentaires sont là pour recueillir vos réflexions…

Le goût… suspendu à ses lèvres

05 Le gout suspendu à ses lèvres

Deux hivers et deux étés que nous mangeons les légumes de Georges, cultivés, ramassés, transportés et vendus par cet homme passionné qui raconte des histoires de courses d’escargots à mon fils. Mais Georges prend sa retraite. Désormais mon petit ne pourra plus affirmer, très sérieux, que les haricots de Georges sont bien meilleurs que ceux du congélateur. Chez Georges, on trouvait ces boules violines couvertes de tiges à une feuille. Un jour, mon garçon a expliqué à ses grands-parents qu’il s’agissait de choux raves, et que c’était très bon. Quelques semaines à peine après son premier repas de légume, ma petite puce a croqué à pleines dents dans une fleurette de brocoli. Repas après repas, mes enfants ont goûté, mangé, boudé les légumes de Georges. Ils les ont parfois renversés par erreur, ou jetés par terre exprès. Ils ont préféré une cuisson à l’huile, ou à la vapeur, ils ont refusé ce qui n’était pas blanc comme des pâtes, ils ont redemandé des concombres, ils ont piqué dans l’assiette de l’autre… En me remémorant ces vingt-quatre mois de repas en famille, je touche du doigt ce bonheur ; les rires, l’impatience et même l’agacement.

L’alimentation, quel sujet central de la parentalité ! Et la mère, « nourricière » de son état, qui s’y investit à corps perdu. Il s’y cristallise tant de craintes ; surpoids, anorexie, mauvaise santé. Quand l’angoisse me monte au nez, embusquée derrière la colère de les voir ne pas manger, je me répète avec force les mots de ce pédiatre, vu à la télé. Il disait qu’il suffisait de mettre de la nourriture sur la table, de proposer, pour que les enfants ne meurent pas de faim. Alors, la peur se ratatine, et il ne reste plus que le plaisir.

Et l’inattendu…

Ce midi à table, nous avions un fromage fermier, une tomme de brebis à la croute puante et au goût prononcé. Une nouveauté gustative, pour notre fils, entraîne, depuis déjà plusieurs mois, un automatisme de refus catégorique. La petite puce, au contraire, montre un intérêt pour le fromage odorant. Alors, sans conviction, je lui propose une fine lamelle. Elle goûte. Pendant quelques secondes, le silence se répand. Chaque membre de la famille s’immobilise, suspendu aux lèvres de la petite dernière. « Est bon ! » prononce-t-elle dans un sourire. Et ce succès nous laisse sans voix…

Alors aujourd’hui, je me dis que mes enfants ont le goût de « manger ».

Et chez vous ? Les repas ont quel goût ?

Tu accoucheras sans question ni liberté

SONY DSC

Une brise chaude caressait le ventre arrondi de Salomé. Autour d’elle l’air lumineux dessinait un halo. Sans se hâter, elle épinglait la bâche sur les cordes à linge, et le soleil, le vent jouaient avec cette voile improvisée. Pour elle, le premier jour de l’été marquait le début du troisième trimestre. En comptant les mois et les semaines qui s’écoulaient, elle préparait l’arrivée de son enfant. Le temps semblait s’alanguir.


Au mois de mars, Bérénice avait mis au monde son premier enfant, une fille nommée Jade. Bérénice, l’ainée des jumelles, réalisait toujours la première ses expériences sous le regard contemplatif de Salomé.

Aussi, lorsque dans l’intimité de sa chambre blanche, à la clinique, Bérénice confia à sa sœur le récit de son accouchement, Salomé pensa d’abord qu’elle n’aurait qu’à se laisser porter par l’histoire de sa jumelle, et glisser à sa suite sur les vagues de la maternité.

Mais Bérénice fixa Salomé avec gravité. Les hormones en chute libre, la douleur, la fatigue eurent raison du tact dont elle aurait fait preuve en toute autre circonstance. Bérénice raconta la souffrance inconnue, envahissante et cruelle des contractions. Le sommeil de la péridurale. Le réveil embrumé. Les sensations anesthésiées, l’impression d’être une poupée de chiffon. La poussée subie, rythmée par les ordres du médecin pressé. Le bruit de la ventouse. L’extirpation.

Puis on avait posé sa fille, chaude, humide, sur son ventre.

On avait recousu les lambeaux de son sexe, presque sans douleur elle avait senti les fils passer dans sa chair, point par point. Elle n’avait pas compté, mais il y en avait un grand nombre.

Sous elle, la tâche rouge foncée avait été cachée par d’autres draps mais Bérénice avait entrevu cette effrayante flaque de sang.

Salomé, marquée par les révélations de sa jumelle, avait alors entrepris de lire tout ce qu’elle pouvait trouver sur l’accouchement. A trois mois de grossesse, elle enchaînait déjà les nuits blanches, rongée par l’angoisse et les cauchemars.


Quelques semaines étaient passées, rythmées par les lectures répétées de Salomé, et les visites à Bérénice aux prises avec sa maternité toute neuve. Au fil des témoignages Salomé avait cheminé. Jour après jour elle avait emmené Jonathan à ses côtés sur cette route caillouteuse. Ils avaient choisi le chemin qui, à tous, paraissait le plus vertigineux. Pour Jonathan et Salomé, pourtant, il s’agissait de la voie la plus simple et la plus naturelle.


Ils avaient rencontré Anne à la fin du mois d’avril, au milieu de la grossesse de Salomé. Habituée des accouchements à la maison, la sage-femme avait, des années durant, accompagné des couples dans ce projet de naissance alternatif. Ils avaient conversé longuement de leurs attentes, de leurs désirs. Elle les avait rassuré sur les risques, statistiques à l’appui, et ils avaient été convaincus.

Ils étaient heureux et fiers de leur choix, pourtant ils n’en dirent pas un mot à leurs proches.

De leur côté, Bérénice et Cédric étaient en train de traverser une crise de couple d’une rare violence. A l’heure où ils devenaient parents, la réalité à laquelle ils étaient confrontés s’éloignait tant du bonheur imaginé. Les nuits hachées en tout petits tronçons, l’épuisement, les pleurs de Jade, même le jour, sa demande incessante des seins de sa mère. Ils ne s’attendaient pas à ce que leur vie devienne si dure d’un seul coup.

Salomé les observait se déchirer, s’énerver, se noyer. Son corps frissonnait des douleurs de sa jumelle, mais elle restait spectatrice extérieure de ce triste numéro. Ainsi elle vit sa sœur, submergée, abandonner son allaitement.

Et Salomé lut tout ce qu’elle put trouver sur l’allaitement maternel.


Le jour de la fête des mères, Bérénice et Salomé se retrouvèrent chez leurs parents. Malgré une épaisse couche de maquillage, la jeune mère ne pouvait cacher ses cernes gris, et ses parents la questionnèrent avec inquiétude. Jade était là, elle dormait paisiblement dans sa poussette sous la surveillance de son père. Plus silencieuse que jamais. Aussi les grands-parents eurent bien du mal à comprendre de quoi se plaignaient leur fille et leur gendre.

Salomé et Jonathan se tenaient un peu à l’écart des conversations. Ils ne souhaitaient pas révéler leur secret, pas encore. Tandis que Salomé caressait son ventre, sa mère s’enquit de l’avancée de la grossesse. La deuxième échographie avait été réalisée quelques jours plus tôt. Nadine demanda alors quel était le sexe du bébé. Quelle déception lorsque les futurs parents expliquèrent qu’ils voulaient garder la surprise ! Même Bérénice se détacha de ses propres soucis, s’étonnant du choix de sa sœur. Les questions fusèrent. Sur le choix des vêtements, de la couleur de la chambre, du prénom. Salomé et Jonathan répondirent avec calme. Ils voulaient vivre l’arrivée de leur enfant de la façon la plus naturelle possible. Ces quelques mots étaient presque une révélation.

Les interrogations s’accumulèrent. L’inscription à la maternité – la même que Bérénice, bien sûr. Les cours de préparation – de la clinique, bien entendu. Le matériel de puériculture – indispensable, forcément.

Les futurs parents bafouillèrent des réponses vides tout en se cherchant du regard.


La bâche était une relique des travaux de leur maison, gardée pour une possible utilité future. Salomé avait profité de cette belle journée de juin pour nettoyer la toile plastique, avant que son ventre ne soit trop lourd, et trop gros, pour cette tâche. Elle avait frotté à la brosse toute la surface, savonné et rincé les deux côtés. Ce faisant, elle avait été surprise par quelques contractions isolées.

Lorsque Jonathan arriva, Salomé l’informa en souriant que le parquet en bois massif de leur jolie chambre serait bien protégé. Il n’y aurait pas de sang séché entre les lattes.


Anne ne leur avait pas caché l’aspect financier du choix qu’ils s’apprêtaient à faire. Pour accompagner les accouchements à domicile, elle devait être assurée, or les tarifs prohibitifs de cette assurance professionnelle l’obligeaient à pratiquer un dépassement d’honoraire important. En l’occurrence, le prix du voyage pour lequel ils économisaient depuis plusieurs mois.

Pour Jonathan et Salomé, le sacrifice était justifié. Ils échangeaient volontiers une escapade africaine contre la naissance de leur premier enfant dans l’intimité de leur foyer.


Au milieu du mois d’août, Salomé se rendit à la maternité pour les rendez-vous « obligatoires » du neuvième mois. Elle s’y était inscrite, quelque temps auparavant, pour parer à toute éventualité. Là, elle mentit sur ses réelles intentions, craignant que son inscription ne soit annulée s’ils apprenaient qu’elle désirait accoucher chez elle.

Elle se força à répondre aux questions de l’anesthésiste. « Voulez-vous la péridurale ? » Comme si l’on pouvait vraiment répondre à cette question…

– Plutôt non, osa-t-elle timidement.

– C’est votre premier accouchement ? Alors je coche « peut-être », parce qu’à mon avis, vous la prendrez », annonça-t-il avec assurance.

Salomé quitta l’hôpital la boule au ventre. Elle y avait été accueillie comme un numéro de dossier. On lui avait posé des questions creuses, on n’avait pas vraiment écouté ses réponses. Et la sage-femme qui l’avait examinée semblait ne pas avoir le temps, ni l’envie, de se montrer douce.

Sur le chemin du retour, Salomé passa à la pharmacie de son village. Le pharmacien s’étonna de la prescription d’Anne pour une bouteille d’oxygène. Salomé dût lui expliquer que c’était une mesure de précaution, pour venir en aide au nouveau-né s’il en avait besoin. Elle se heurta à un mur d’incompréhension quand elle prononça finalement les mots « accouchement à domicile ». Le pharmacien mit à peine les formes pour lui affirmer que cette démarche était insensée, et dangereuse.

Mais elle pût tout de même ramener la bouteille chez elle. Ils étaient enfin prêts.


Au moment de l’altercation, la pharmacie était bondée. Au village, les langues allaient commencer à se délier. Il était temps de prévenir la famille. Salomé et Jonathan invitèrent Nadine, Gilles, Bérénice et Cédric. Le dîner fut programmé un vendredi soir, quatre semaines tout juste avant la date prévue pour le terme.

Alors qu’ils s’apprêtaient à trinquer, Salomé se leva, regarda ses parents, sa sœur, son beau-frère, puis elle déclara que leur bébé pouvait maintenant arriver à n’importe quel moment, et qu’il allait naître chez eux, dans cette maison. L’annonce fut accueillie par un silence ébahi. Sans attendre les questions de leurs proches, Salomé et Jonathan expliquèrent les raisons de cette démarche. Leur envie de naturel, d’intime, d’humain. Le débat fut houleux. Chacun tenta de les faire changer d’avis, mais cela faisait bien trop longtemps que cette décision était ancrée en eux.


Deux semaines plus tard, le début du mois de septembre avait remis chacun au travail. Salomé s’impatientait. Chaque jour, elle faisait de longues promenades dans le village et même, quand il ne faisait pas trop chaud, dans les collines environnantes.

Les heures s’égrenaient, jour après jour, interminable attente.


Deux jours avant la date limite présumée, Salomé commença à discerner quelques contractions. Tout au long de la journée, elle ressentit la tête de son enfant appuyer si bas qu’elle ne parvenait plus à se mouvoir comme d’habitude.

Quand Jonathan rentra du travail, il trouva sa femme allongée sur le canapé, caressant son ventre et essayant de trouver une position confortable. Elle lui dit qu’elle se sentait différente, et que leur bébé allait peut-être arriver cette nuit.

Pendant la soirée, Salomé et Jonathan alternèrent les positions. Les ronds de bassin sur le ballon, les suspensions, les accroupis. Chaque contraction arrivait, plus forte, plus impressionnante que la précédente. A chaque fois, le calme qui y succédait était si parfait qu’il semblait marquer la fin de l’épisode. Alors ils discutaient, riaient, vaquaient à leurs occupations. Mais une autre contraction survenait, déferlante de douleur croissante.

Ainsi les heures passèrent. Jonathan soutenait Salomé, de son corps il la portait, de sa voix l’encourageait, et les mots simples qu’il prononçait étaient réconfortants comme du miel.

Peu à peu, la douleur était devenue intense, les contractions s’étaient rapprochées. Même sans compter, Salomé le savait dans son corps. Lorsqu’elle vit à l’horloge du salon qu’il était minuit, elle demanda à Jonathan d’installer la bâche dans leur chambre. Vite. Entre deux contractions il se mit à dérouler le plastique. Depuis le salon Salomé le rappela en criant. Elle ne pouvait pas tenir sans lui, elle avait besoin de ce contact, de cet amour, de son corps pour s’accrocher, s’agripper, se suspendre.

Entrecoupé dans chacune de ses actions, Jonathan installa la chambre, la lumière, la musique, appela Anne. Elle n’était pas loin de chez eux. Elle fut vite là.

Son arrivée rassura Salomé. Avivée par la souffrance, son angoisse avait enflé. Tout à coup tout allait mieux. Ils n’étaient plus seuls.

Anne annonça tranquillement à Salomé que le travail était bien avancé. Leur bébé était prêt à naître.

Quant elle s’assit dans le bain, le soulagement fut immédiat. Les contractions étaient toujours là, mais dans l’eau elles semblaient enrobées.

Encore quelques dizaines de minutes dans ce temps suspendu.

Salomé se releva. Elle sentit un liquide chaud couler entre ses jambes. Ce n’était pas l’eau du bain. C’était l’eau de son ventre.

En quelques minutes, la douleur décupla, en puissance et en fréquence.

Salomé, Jonathan et Anne étaient dans la chambre à présent. A chaque contraction, les gémissements de Salomé se faisaient plus violents. Elle ne savait plus qui elle était ni ce qu’elle faisait là. Tout se perdait dans l’acuité de la douleur.

Soudain elle perçut ce qui l’avait incité à renoncer à la péridurale. Cette sensation qu’on lui avait décrite, irrépressible. Une poussée qui venait de l’intérieur.

Elle s’installa sur le lit, à quatre pattes. Depuis cinq mois qu’elle se préparait à ce moment, elle s’était toujours vue accoucher ainsi.

Et elle poussa.

Elle y était. Elle donnait tout.

Elle avait si mal. Impression d’écartèlement. Elle se sentit perdre pied.

Elle devina les mains de son homme sur elle. Elle entendit sa voix, et celle d’Anna, au milieu de ses propres hurlements. Elle s’accrocha à ces voix. Elle leur dit. Qu’elle n’y arriverait pas. Que c’était trop.

« Je vois ses cheveux », dit Anne, d’une voix douce et confiante. « Tu peux le sentir avec ta main, là. » Salomé tendit une main hésitante, et elle toucha. C’était vrai, son bébé était juste là.

Une dernière fois, elle poussa. Elle cria. Elle n’entendait plus rien. Elle ne sentait plus rien. Ou plutôt si, elle sentait tout. Le monde entier la traverser. La vie naître d’elle.


Son geignement rompit le silence. Salomé la regardait, surprise de la découvrir là, sous elle, si petite. Sa fille.

Elle l’effleura, bredouilla quelques mots. Des mots déjà prononcés, quand elle était dans son ventre, mais qui en cet instant prenaient un son étrange. Elle la prit contre elle, se retourna, la posa sur sa poitrine. Puis elle la contempla. Jonathan était juste à côté, abasourdi.

Ils avaient l’impression de flotter.

Depuis neuf mois ils attendaient ce moment, ils l’avaient préparé, ils en avaient parlé. Jamais pourtant ils n’avaient imaginé qu’ils seraient dans un tel état. Euphorie calme, contemplation, adoration.

En quelques secondes elle était devenue une mère, il était devenu un père. Plus que la naissance de leur fille, ils venaient de vivre une renaissance, leur propre renaissance. Ils en restaient hébétés.

« Notre monde vient d’en trouver un autre » chuchota Jonathan.



Le bruit des conversations emmêlées emplissait toute la salle. Anonymes au milieu de tous, Jonathan et Salomé se tenaient, silencieux, leurs épaules appuyées l’une contre l’autre. Leurs regards balayaient la scène dépouillée, le pupitre et les spots crachant leur lumière acérée.

Lorsqu’elle parut, les discussions s’estompèrent. Elle prit le temps de considérer le public, puis d’une voix claire et veloutée, elle égrena son discours. Choix, accouchement naturel, maisons de naissance, le monde avait changé. Elle salua le courage des sages-femmes qui, avant elle, avaient mené ce combat, du temps où l’opinion publique s’y opposait. « Les sages-femmes, et les mères aussi, car nous ne serions rien sans elles » ajouta-t-elle. Jonathan et Salomé frémirent, elle les avait trouvés. Elle planta ses yeux dans ceux de Salomé. Elle articula encore : « Je m’appelle Inaya, j’ai trente-et-un ans, et j’ai été mise au monde à la maison. »

Sans décrocher son regard de celui de sa mère, la jeune femme effleura son ventre, juste en dessous de son nombril. Alors une larme coula sur la joue de Salomé.

Ce que font nos enfants quand ils se croient seuls

06 image article

La vie de mère offre parfois des parenthèses de plaisir brut. J’ai repéré chez moi une attitude, qui se répète, qui se répand, un petit bonheur en train de devenir une habitude. J’observe les enfants quand ils se croient seuls, quand ils ne voient pas le regard de l’adulte sur eux, quand ils sont tout entiers dans leurs jeux, au sein de leur univers, et qu’ils nous ont oublié. Alors, je les considère, je les admire devrais-je dire, car à chaque fois mes yeux se remplissent d’étoiles joyeuses, un sourire béat se dessine sur mon visage, et je reste ainsi, immobile.

Au début, bien sûr, j’ai contemplé mes propres enfants, et je ne distinguais, dans le plaisir immense qui m’envahissait, que mon amour infini de maman. Avec les premiers pas de mon fils à l’école, j’ai eu des occasions réitérées d’examiner d’autres enfants. Je les ai vus s’accueillir dans la classe le matin, se donner la main, s’installer ensemble à une table de jeu ou au coin bibliothèque. J’ai vu l’amitié naissante dans leurs yeux et dans leurs gestes. J’ai assisté à des bribes de conversations, tendant l’oreille pour distinguer les mots qu’ils se disaient. J’ai été étonné de les entendre deviser en reprenant à leur compte des mots d’adultes. J’ai bien souvent entendu mes propres mots dans la bouche de mon fils, comme ce jour où il montrait sa petite sœur à une des ses copines de classe. « Tu as vu comme elle est belle, ma petite puce ? » avait-il prononcé.

A chaque fois, je me fige, silencieuse. J’essaie de me rendre invisible, et je mets en route la caméra mentale derrière ma vision. Je ne veux pas en perdre une goutte. Les autres mamans semblent surprises de mon attitude… Alors j’explique que j’aime les observer, les enfants, les regarder vivre.

Quand ils nous parlent, quand ils nous questionnent, le partage est intéressant et amusant, mais c’est autre chose. Quand ils sont entre eux, qu’ils ne sont pas en représentation devant l’adulte, ils se révèlent différents. La même chose se produit quand ils jouent seuls, qu’ils laissent leur imagination les envelopper, et nous relèguent en dehors du cercle.

Et vous, avez-vous pris le temps d’observer vos enfants quand ils oublient votre présence ?

Pleurer, aimer, continuer

Pleurer aimer continuer

Samedi 14 novembre, à 6h, les pleurs de ma fille m’ont tirée de ma torpeur. Tandis qu’elle tétait, goulument, allongée entre nous, j’ai raconté à mon homme les attentats atroces de la veille. En quelques mots, prononcés dans l’obscurité d’une chambre, j’ai démembré nos espoirs d’un weekend radieux.

05 Attentats

Une demi-heure plus tard, nous étions debout et la télé, allumée, nous crachait à la figure son flot de mots et d’images d’horreur. Petit loup a rejoint le salon avec un bruit joyeux de petits pas sur le parquet… « Ce matin il n’y a pas de dessins animés », lui a-t-on dit. Et il s’est mis à pleurer.

Alors, on s’est détaché de l’écran, on a zappé, avec difficulté on s’est décroché de ces images qui nous retenaient.

Sans conviction, on a joué, on a chanté. Puis j’ai appelé le théâtre, et une voix terne m’a confirmé qu’ils étaient ouverts. J’étais tel un somnambule ivre de tristesse et inapte à verser ses larmes.

Mais on a continué. Dans la rue, on a ri, on a couru. On est allé contempler ce spectacle jeune public, réservé des jours plus tôt. Pour nos enfants, on a vécu, on a parlé, presque comme si de rien n’était. Leur innocence a été un baume sur nos blessures.

Maintenant, les jours passent, on va pleurer.

On va lutter contre leur haine, on va s’aimer.

On va continuer.

Au nom de sa famille

Au nom de sa famille

Tout avait changé dans sa vie quand elle était devenue mère. Depuis ce jour de février 2012 il lui semblait que rien d’autre ne valait la peine qu’elle s’y intéresse. Avant de basculer, elle ne pensait pas être ainsi happée pourtant. Enceinte de sa fille, elle s’imaginait en mère active, en journaliste prolixe, elle avait même commencé à constituer un répertoire de baby-sitters. Mais lorsque Awa était née, son monde s’était trouvé totalement transfiguré. Elle avait suspendu son écriture, avait pris congé de son travail. Elle avait expliqué à Yanis qu’elle désirait être simplement une mère pour leur fille, et les jours, puis les mois s’étaient écoulés. Alors que Awa avait deux ans et demi, Myrtille avait mis au monde Naël, et sa vie s’en était trouvée doublement emplie. Ses rares lectures étaient des articles concernant le sommeil, la propreté ou l’éducation des jeunes enfants. Elle collectionnait les cartes de fidélité des magasins de jouets et des enseignes de puériculture. Son armoire à pharmacie débordait de sirops anti-fièvre ou anti-toux et de granules d’homéopathie. Les doudous de ses enfants, immondes peluches rapées par l’usure, machonnées et déformées, étaient devenus des gris-gris aux pouvoirs magiques. Elle était même impatiente de voir la joie de ses enfants se déchaînant à la kermesse de leur école. Elle qui n’avait jamais supporté le bruit des cours de récréation, elle aurait volontiers déjà réservé sa place pour tenir le stand de chamboule-tout. Si la langue inuit dispose d’une douzaine de mots pour désigner la neige, combien faudrait-il en inventer pour décrire l’amour de Myrtille pour ses deux enfants, et leurs baisers, et leurs étreintes ?

Cette parenthèse maternelle prit fin de façon abrupte en janvier 2015. Le mercredi 7 janvier, Myrtille, Yanis, Awa et Naël avaient passé leur journée sur les pistes enneigées d’une station des Pyrénées. Coupés des actualités parisiennes, ils avaient modelé un grand bonhomme de neige et avaient glissé dans une luge rouge. Les parents, vêtus de combinaisons de ski bariolées totalement kitsch, avaient accompagné de leurs bravos les premiers mètres à ski de leur fille. Ils avaient pris des dizaines de photographies de Awa, trois ans, et de Naël, six mois. Tous les quatre, ils avaient empli l’air froid de leurs éclats de rire d’enfants naïfs. La chute n’en fut que plus violente lorsqu’en fin de journée ils apprirent qu’un attentat avait visé et touché Charlie Hebdo.

Le vendredi 9 janvier, la neige tombait en gros flocons et le blizzard soufflait en rafale. Yanis et Myrtille passèrent leur journée devant le petit écran de leur chambre d’hôtel. Autour d’eux les enfants jouaient, mais Yanis et Myrtille ne pouvaient se détacher des images. En fin de journée, la sidération laissa la place à la honte. C’était leur nom.

Le lendemain matin Myrtille et Yanis se réveillèrent avec une sensation de gueule de bois. Comment vivre en France le 10 janvier 2015 quand on se nomme Coulibaly ? La jeune femme qui tenait la réception de l’hôtel ce matin là fut traversée d’un tremblement lorsqu’elle lut son nom, un frémissement très léger, presque imperceptible, mais en cet instant Yanis aurait souhaité disparaître. Lui le fils d’immigrés, il avait fusionné avec la France, il avait grandi en prenant racine dans son terreau de liberté, de tolérance, il était devenu journaliste, il avait épousé une « française » – comme disaient ses copains du quartier. Aujourd’hui seuls sa couleur de peau et son patronyme témoignaient de ses origines maliennes. Mais soudainement il devait partager son nom, le nom de sa femme et de ses enfants avec un terroriste, ami des tueurs de Charlie Hebdo, qui avait choisi de cibler des juifs.

Rentrés à Toulouse, Myrtille et Yanis s’étaient ressourcés dans l’anonymat du rassemblement du 11 janvier. Pourtant dès le lendemain l’amalgame était en marche. Quand Yanis arriva dans les bureaux de la télévision locale ce lundi matin c’en était un autre qui préparait la présentation de son journal. Son nouveau contrat était déjà prêt. On lui expliqua qu’il ne pouvait plus paraître à l’antenne après les « événements », qu’il ferait partie de l’équipe de rédaction mais que son nom ne serait plus mentionné. Après avoir vécu trente cinq ans dans sa peau de noir, Yanis devenait un nègre.

Le soir même, Myrtille reprit l’écriture, avec ses mots en guise d’armes, elle n’était plus seulement la mère et l’épouse, elle avait un combat à mener. Elle créa un wiki qu’elle intitula « Janvier 2015, après le choc la pensée », et invita tous les journalistes de ses contacts à y collaborer. En attendant de réintégrer son poste au journal, elle passa des heures à surfer sur le web. Un jour, alors qu’elle faisait des recherches sur les discriminations liées au nom de famille, la sérendipité la mena vers la liste des formalités à accomplir pour changer de nom. Yanis se montra enthousiaste quand Myrtille lui soumit cette idée. « Nos enfants ne porteront plus le nom d’un terroriste… » Avec ces mots il avait convaincu son épouse, et ils étaient devenu la famille Chrétien, nom de jeune fille de Myrtille. Awa et Naël devrait supporter la dissonance de l’association entre leur prénom et leur nom, association qui devenait l’étendard du couple mixte formé par leurs parents.

Un an plus tard, Myrtille présenta son manuscrit à un éditeur parisien ami du directeur de son journal, qui exprima un refus catégorique. « Une Coulibaly qui écrit à propos des événements des 7 et 9 janvier 2015, c’est vendeur… Mais si c’est une Chrétien ça n’intéresse vraiment personne. Donner la priorité au nom de vos enfants, c’était vraiment une erreur pour votre carrière. » L’éditeur pensait l’avoir piqué au vif, ce fut l’inverse. Dans la seconde, Myrtille fut envahie par la zénitude, elle sut qu’elle avait pris la bonne décision. Dans sa chair elle ressentit que l’événement le plus marquant de son existence était bien celui qui avait fait d’elle une mère, et que depuis ce jour tout ce qu’elle accomplissait dans sa vie était, d’abord, au nom de sa famille.

Le pire mois de l’année ?

Le pire mois de l annee

L’effervescence de la rentrée est enterrée. L’hiver pas encore tout-à-fait là. Et les journées d’automne s’étirent dans la morosité du mois de novembre. Novembre. J’ai coutume de l’affubler du sobriquet de pire mois de l’année, le plus maussade, terne et interminable. Lorsque le mois de décembre arrive, avec son calendrier de l’avent et son sapin illuminé, c’est à chaque fois un soulagement. Enfin, on va être ensemble, au chaud, à fredonner des chants de Noël en buvant des tisanes à la cannelle… Non pas qu’il soit impossible de boire des tisanes en novembre, mais il me semble que rien n’a de goût, que rien n’est gai en cette période.

Alors j’essaie de poser des jalons de joie. Au calendrier de novembre, j’accroche des évènements à me remémorer. Cette année, je lance mon blog, l’an dernier je commençais à écrire au quotidien. Et dans mon cœur, le mois de novembre est en train de muter.

Novembre c’est aussi le mois du NaNoWriMo – National Novel Writing Month. Un challenge bien connu des écrivains amateurs, qui consiste à écrire 50000 signes, soit un roman d’environ 175 pages, en un mois. Lancé en 1999 aux Etats-Unis, le NaNoWriMo est devenu un véritable phénomène avec ses forums, ses rencontres réelles et même sa fête de fin, début décembre. Une question me taraude pourtant. Pourquoi choisir le mois de novembre pour un tel événement d’écriture ? Si un amateur de Nano passant par là a ne serait-ce qu’une bribe de réponse, je suis toute ouïe… Peut-être que l’an prochain je me jetterai dans cette nouvelle aventure.

Alors, peu à peu, le pâle et fade mois de novembre entamé auprès des morts devient porteur d’un élan de création.

Et vous, vous en faites quoi, de ce mois de novembre ?

La maîtresse aime la nature

La maitresse aime la nature

Depuis qu’il peut marcher dans la rue sans trop de difficulté, il ramasse des fleurs… Les pissenlits poussent à l’embouchure des immeubles et des trottoirs, ils se faufilent dans le goudron et jaillissent en bouquets ensoleillés dès les premiers jours du printemps. Alors, les gamins du quartier leur font subir un génocide de fleurs. Enfin, les gamins… Le mien en tout cas… A chaque passage, un, deux, trois pissenlits arrachés, au creux de ses petites mains.

En quelques jours, les fleurs de la rue sont trépassées. Mais le pissenlit, ça pousse comme de la mauvaise herbe. Et les unes après les autres elles poussent, les fleurs, puis repérées, attrapées, elle finissent leur vie dans une poche, dans mes cheveux ou dans un verre d’eau sur le plan de travail de la cuisine.

Au fil des mois, la passion des fleurs s’est répandue à tout ce qui pousse et tout ce qui vit, tout ce qu’on trouve sur le sol des parcs, sous les arbres de la ville ou dans les légumes bio…

Puis, en deuxième année de maternelle, mon fils a rencontré « la maîtresse qui aime la nature ».

Dimanche dernier, il a ramassé une bonne trentaine de glands à côté des jeux d’enfants. Il en a rempli ses poches. Et les a amené en offrande à sa maîtresse.

Quelques matins plus tard, devant la classe, nous étions trois mamans. Chaque enfant avait un présent.

Des dessins agrafés en forme de livre, et une étincelle s’est éclairée dans les yeux de la maîtresse. « Super ! As-tu écrit le nom de l’auteur ? »

Un gland retrouvé au fond d’une poche, et un sourire a illuminé son visage. « Oh, un gland ! On va le mettre avec les autres ! »

Une boîte en Pyrex avec des fourmis et, rayonnante, elle s’est exclamée : « Génial ! En plus il y en a une rouge ! »

Avec les deux autres mamans, nous nous sommes regardées, interloquées et amusées.

Et le lendemain, quand mon fiston a ramassé une « magnifique » feuille d’automne en train de se ratatiner, je lui ai lancé dans l’instant : « Super mon cœur, tu l’amèneras à ta maîtresse. »

La prochaine fois qu’on trouve des escargots dans une salade, je les mets dans une boîte en Pyrex, et zou, à l’école !

Et vous, que faites vous des escargots trouvés dans les salades ?