Pleurer, aimer, continuer

Pleurer aimer continuer

Samedi 14 novembre, à 6h, les pleurs de ma fille m’ont tirée de ma torpeur. Tandis qu’elle tétait, goulument, allongée entre nous, j’ai raconté à mon homme les attentats atroces de la veille. En quelques mots, prononcés dans l’obscurité d’une chambre, j’ai démembré nos espoirs d’un weekend radieux.

05 Attentats

Une demi-heure plus tard, nous étions debout et la télé, allumée, nous crachait à la figure son flot de mots et d’images d’horreur. Petit loup a rejoint le salon avec un bruit joyeux de petits pas sur le parquet… « Ce matin il n’y a pas de dessins animés », lui a-t-on dit. Et il s’est mis à pleurer.

Alors, on s’est détaché de l’écran, on a zappé, avec difficulté on s’est décroché de ces images qui nous retenaient.

Sans conviction, on a joué, on a chanté. Puis j’ai appelé le théâtre, et une voix terne m’a confirmé qu’ils étaient ouverts. J’étais tel un somnambule ivre de tristesse et inapte à verser ses larmes.

Mais on a continué. Dans la rue, on a ri, on a couru. On est allé contempler ce spectacle jeune public, réservé des jours plus tôt. Pour nos enfants, on a vécu, on a parlé, presque comme si de rien n’était. Leur innocence a été un baume sur nos blessures.

Maintenant, les jours passent, on va pleurer.

On va lutter contre leur haine, on va s’aimer.

On va continuer.

2 réflexions sur “Pleurer, aimer, continuer

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