Le goût… suspendu à ses lèvres

05 Le gout suspendu à ses lèvres

Deux hivers et deux étés que nous mangeons les légumes de Georges, cultivés, ramassés, transportés et vendus par cet homme passionné qui raconte des histoires de courses d’escargots à mon fils. Mais Georges prend sa retraite. Désormais mon petit ne pourra plus affirmer, très sérieux, que les haricots de Georges sont bien meilleurs que ceux du congélateur. Chez Georges, on trouvait ces boules violines couvertes de tiges à une feuille. Un jour, mon garçon a expliqué à ses grands-parents qu’il s’agissait de choux raves, et que c’était très bon. Quelques semaines à peine après son premier repas de légume, ma petite puce a croqué à pleines dents dans une fleurette de brocoli. Repas après repas, mes enfants ont goûté, mangé, boudé les légumes de Georges. Ils les ont parfois renversés par erreur, ou jetés par terre exprès. Ils ont préféré une cuisson à l’huile, ou à la vapeur, ils ont refusé ce qui n’était pas blanc comme des pâtes, ils ont redemandé des concombres, ils ont piqué dans l’assiette de l’autre… En me remémorant ces vingt-quatre mois de repas en famille, je touche du doigt ce bonheur ; les rires, l’impatience et même l’agacement.

L’alimentation, quel sujet central de la parentalité ! Et la mère, « nourricière » de son état, qui s’y investit à corps perdu. Il s’y cristallise tant de craintes ; surpoids, anorexie, mauvaise santé. Quand l’angoisse me monte au nez, embusquée derrière la colère de les voir ne pas manger, je me répète avec force les mots de ce pédiatre, vu à la télé. Il disait qu’il suffisait de mettre de la nourriture sur la table, de proposer, pour que les enfants ne meurent pas de faim. Alors, la peur se ratatine, et il ne reste plus que le plaisir.

Et l’inattendu…

Ce midi à table, nous avions un fromage fermier, une tomme de brebis à la croute puante et au goût prononcé. Une nouveauté gustative, pour notre fils, entraîne, depuis déjà plusieurs mois, un automatisme de refus catégorique. La petite puce, au contraire, montre un intérêt pour le fromage odorant. Alors, sans conviction, je lui propose une fine lamelle. Elle goûte. Pendant quelques secondes, le silence se répand. Chaque membre de la famille s’immobilise, suspendu aux lèvres de la petite dernière. « Est bon ! » prononce-t-elle dans un sourire. Et ce succès nous laisse sans voix…

Alors aujourd’hui, je me dis que mes enfants ont le goût de « manger ».

Et chez vous ? Les repas ont quel goût ?

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