Les petits boulets !

Les petits boulets !

« Je vais l’écharper ce gosse ! » murmure-t-il, exaspéré.

Le jeune garçon vient de passer à toute allure à côté du bureau de son père, faisant voler un paquet de feuilles. L’homme devient cramoisi et se lève en fulminant. Sans un mot, il ramasse les feuilles étalées par terre, se rassoit sur son fauteuil de cuir vieilli et entreprend de les remettre en ordre.

Dans la pièce voisine, Thomas, cinq ans, court après sa petite sœur en poussant des cris stridents.

Sans bouger de sa place, Claude prend une grande respiration, comme pour se calmer, mais sa voix se fait tonitruante lorsqu’il s’adresse à son épouse :

« Dis-leur d’arrêter de courir, et d’arrêter de gueuler, on va encore avoir des ennuis avec les voisins. »

Le volume sonore baisse un petit peu, mais cinq minutes plus tard le camion de Sam le pompier file, sirène hurlante, sur le sol stratifié du petit appartement.

Thomas crie : « Attention, accident !!! » et le jouet lancé à fond traverse l’entrée, passe la porte de la chambre des parents et finit sa course folle dans le verre que Claude, faute de place sur le bureau surchargé, a posé par terre.

La bière se répand. Le père met sa tête dans les mains en soufflant bruyamment.

« Pardon papa ! » entonne Thomas de sa voix fine et claire, nuancée d’une pincée de regret.

Tandis que Claude attrape un torchon pour éponger sa bière, Thomas a rejoint sa petite sœur et sa mère dans le salon. Il attrape un poupon qui traîne là, et se met à le remuer dans tous les sens. La petite Clara, deux ans, lève des yeux admiratifs vers son grand frère, mais lorsqu’elle voit ce qu’il fait subir à son bébé de plastique, elle se met à hurler. Sa voix aigüe crispe les corps, attaque les oreilles, et le son insupportable de son cri ne semble pas vouloir s’arrêter. Elle attrape le poupon et le tire vers elle, l’arrachant avec violence des bras de son frère. Celui-ci, surpris et vexé, essaye de récupérer le jouet, en vain. A chaque tentative, Clara parvient à s’échapper en poussant un petit cri strident.

Alors Thomas se met à pleurer. Le visage déformé, il parvient à faire couler des larmes sur ses joues. Il fixe sa mère d’un œil implorant, les sanglots vont crescendo.

Suzanne attrape avec tendresse chacun de ses enfants par une main, et déroule, sans être écoutée, ses explications.

Pourtant, les larmes et les cris ne cessent pas. Essayant à nouveau d’échapper à son frère, Carla retire vivement la poupée en levant le bras au dessus de sa tête. Cette fois, l’objet lui échappe des mains et va se fracasser sur le camion de pompier. Au bruit de plastique brisé succèdent les pleurs de Thomas qui redoublent de force. La grande échelle ne tient plus.

Le temps de faire passer la crise, et Thomas rejoint sa sœur pour jouer aux figurines dans leur chambre. Moins d’une minute plus tard, il est de retour devant ses parents qui regardent la télé, enfin posés dans leur canapé, et il les interroge en leur montrant deux petits bonhommes en plastique : « C’est qui, eux ?

— Joe et Averell Dalton.

— Et ça ?

— Ça, ce sont leurs petits boulets. Ils sont petits, mais très lourds.

— Un peu comme…

— Comme quoi, papa ?

— Comme rien…

2 réflexions sur “Les petits boulets !

    • SoDeb dit :

      Oh non ! Je parle de nous en tout premier lieu même si je me doute que beaucoup se reconnaîtront…
      Enfin, juste une petite fiction illustration de cette expression que j’aime bien et que j’utilise beaucoup (« les petits boulets »).

      J'aime

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