La parole automatique

La parole automatique

« Ne t’inquiète pas », me dit mon père.

« Tu manges, hein, papa ?

— Mais oui, ne t’inquiète pas. »

« Tu prends tes médicaments ?

— Oui oui, ne t’inquiète pas. »

« Tu m’appelles si ça va pas !

— Ne t’inquiète pas. »

Jusque dans le box d’un service d’urgences : « Ne t’inquiète pas. »

Alors si, je m’inquiète, et sa phrase automatique, répétée comme une prière, comme une ponctuation, il y a des moments où je voudrais juste ne plus l’entendre. Cette exhortation impossible, ce conseil irréalisable, je souhaiterais surtout qu’il le taise.

Un jour, je lui ai demandé de ne plus prononcer ces mots. Et pendant trois jours il s’est retenu.

Mais les mêmes mots sont revenus, dans ma propre bouche. « Ne t’inquiète pas », à mon fils. Comme une phrase gravée dans mon esprit. Une phrase qui sort sans qu’on y pense.

Il y en a tant d’autres, inscrites au fronton de nos habitudes, sentences inutiles autant qu’automatiques.

« Ne pleure pas », aux jeunes enfants qui geignent dans nos bras.

« Tu vas te faire mal », comme une prédiction que l’on fait pour éviter qu’elle ne se réalise. Celle-là, j’arrive parfois à la remplacer par « Tu RISQUES de te faire mal ». La langue française est nuances…

Je suis sûre que vous en avez, vous aussi, des phrases automatiques…

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