Forum de la francophonie

Forum de la francophonie

Je tapote la poignée, puis je pousse la porte du bout des doigts. A l’intérieur, les lignes horizontales accompagnent le regard. L’ambiance est moderne, les couleurs sobres et chaudes.

J’avance à petits pas, m’approchant des gens installés aux tables proches de l’entrée. J’écoute les conversations, j’observe avec attention les silhouettes. Certaines sont à l’aise, affalées sur les banquettes. D’autres, droites sur leurs chaises, triturent nerveusement leurs mains. Leurs phrases s’écrivent dans l’espace clair.

J’erre de tables en tables, de discussions en monologues, je couve des yeux ce nouveau monde, savourant ma découverte.

Je marche, silencieuse et invisible, entre leurs mots.

Enfin, je m’assois à une table. Je m’attarde, je choisis mes mots, mon image. Je nais, virtuellement.

Des corps fantomatiques s’approchent de moi. Leurs profils se dessinent, les lignes se précisent à la lecture du style et des tournures de leurs phrases.

Une grande femme blonde au carré ondulé me rejoint, elle se fait appeler « Blondie ». Je lis ses quelques mots et sa voix, puissante, résonne avec un fort accent québécois. « La nuit dernière j’ai envoyé mon chum chez le dépanneur pour une bouteille de soda, il est revenu couvert de poudrerie comme une gaufre au sucre glace. » Elle est la première à répondre à ma prose innocente à propos de la pluie et du beau temps, sur fond de réchauffement climatique, et m’explique à grand renfort de « tabernacle » la différence entre une neige et une autre.

« Le petit suisse » prend son tour, un jeune homme que j’imagine dans la vingtaine, cheveux en brosse et sourire charmeur, travaillant à la réception d’un grand hôtel genevois. « En Suisse en plein hiver les températures sont si basses que l’on se réfugie dans les cafés. C’est le ristrette brulant qui te sauve, car tout à coup tu te sens vigousse et prêt à affronter l’air glacial. »

« Depuis trois semaines qu’il drache, le soleil éclaire moins qu’une lumerotte derrière les nuages noirs bouffis », se plaint « Léon Belgium ». Et je le visualise promener son embonpoint dans les rues de Bruxelles plongées dans un hiver crépusculaire.

« Fanny », la marseillaise expatriée, commente longuement l’humidité de sa région d’adoption. « Dégun peut supporter cent-quarante pour cent d’humidité, ça rend encore plus fada que le mistral ce temps ! » Elle fait la moue et prend une pose de cagole devant son écran.

« Chafouin », un congolais de quarante ans chargé du développement de l’ostréiculture en Haïti, décrit la sécheresse qui frappe la région depuis de nombreuses semaines. « La survenue de la pluie semble plus improbable que la présence d’un champagné dans un de ces tap-tap bariolés qui font le tour de l’île. »

Lorsque j’éclaire mon ordinateur ce soir-là, dix jours après avoir lancé mon post à la mer numérique, je me précipite à l’intérieur du forum de la francophonie. Je m’y sens à l’aise, déjà. Je m’installe à ma table et clos la conversation que j’avais initiée. « Merci pour votre participation inspirante. Les dix mots de la semaine de la langue française et de la francophonie 2016 seront donc, grâce à vous, les suivants : chafouin, champagné, dépanneur, dracher, fada, lumerotte, poudrerie, ristrette, tap-tap et vigousse. »

 

 

Si vous voulez fêter dans la vraie vie, cette semaine, la langue française et la Francophonie, toutes les infos sont ici !

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