Des humains comme nous

caresse

Aujourd’hui, sur le territoire français, on peut remettre en cause le droit à la nourriture pour certains êtres humains.

Cela ne ressort pas particulièrement si l’on ne scrute pas les actualités, à croire que cette information est moins émouvante que l’affaire Fillon… Mais pourtant elle existe bien, relayée par de nombreux journaux – et par certains de mes contacts Facebook en l’occurrence. Jeudi dernier, le 2 mars 2017, la maire de Calais Mme Bouchart a signé un arrêté interdisant les regroupements sur une zone déterminée, zone sur laquelle se déroulaient précisément les distributions de repas aux migrants restés – et revenus – sur la «jungle» de Calais. Le but, bien entendu, est d’éviter la constitution d’une nouvelle jungle… Mais là où le ministre de l’intérieur Bruno Le Roux s’est montré tout de même favorable à la poursuite des distributions de repas, l’élue Les Républicains a persisté sur sa ligne, souhaitant éviter un effet «appel d’air».

Selon les dernières infos que j’ai pu trouver, la situation est en suspens. Les associations poursuivent les distributions, la maire attend une intervention de la préfecture et semble avoir renoncé à prendre de nouveaux arrêtés comme elle l’affirmait jeudi.

N’empêche. Au risque de me répéter, aujourd’hui en France on peut remettre en question le fait de distribuer de la nourriture à des personnes qui ont faim. Sous le prétexte qu’ils sont nombreux. Sous le prétexte qu’ils sont «en situation illégale». Sous le prétexte qu’ils ne sont pas nous. Sous le prétexte que nous ne voulons pas d’eux chez nous…

Sauf qu’ils sont des humains comme nous. Ils sont nous.

Quand vient le soir, vous avez faim ? Ils ont faim.

Vous voulez vivre, vous voulez être en sécurité. Ils veulent…

Si nous étions nés à quelques kilomètres de là où nous avons la chance de vivre, juste de l’autre côté de la Méditerranée, nous serions eux.

Ils sont nous.

Il y a moins de deux mois, j’avais écrit cet article, déjà, avec un lien vers ce livre : «Eux c’est nous».

Ce qui m’a poussé à réitérer sur le sujet des «migrants» – encore un article politique, le deuxième en deux jours – outre l’actualité choquante, ce sont les commentaires des lecteurs du Figaro. Si vous voulez sentir votre cœur d’humain se briser, ou que vous avez besoin de dégueuler votre repas, ils sont en bas de cette page. Un amas monstrueux de haine, où les commentaires de félicitation à la maire de Calais effacent ceux qui parlent fraternité et charité. A titre d’exemple à vomir, j’évoquerais seulement la «bien commode» guerre qui leur permet de venir chez nous. J’avoue n’avoir jamais aperçu ce genre d’idée traverser ma tête…

Si nous allons au bout de leur logique «nous ne voulons pas d’eux, sous aucun prétexte, aucune aide d’aucun ordre pour les clandestins» devons nous arrêter de secourir les embarcations en détresse en Méditerranée ? Jusqu’à quelle inhumanité pourrait nous mener le rejet de ces humains là ?

Déjà le directeur de Frontex (l’agence de protection des frontières européennes) affirmait le 27 février dernier qu’«il faut éviter de soutenir l’action des réseaux criminels et des passeurs en Libye en prenant en charge les migrants de plus en plus près des côtes libyennes». Je vous invite à lire la réponse de SOS Méditerranée ici, et ses données en nombre de morts en Méditerranée qui font tourner la tête…

Je terminerai en vous disant que j’ai peur. J’ai peur que la libération de la parole de haine qui fleurit sur internet devienne la norme dans la vraie vie. J’ai peur que nos futurs élus soient le relais de ces idées. J’ai peur qu’au son des cris d’«on ne peut pas accueillir toute la misère du monde» on perde notre humanité. J’ai peur qu’on perde notre âme à force d’avoir peur… d’eux… qui sont nous.