« Moi aussi » ?

Moi aussi

Je n’arrive pas à retirer le point d’interrogation de mon titre. Je n’arrive pas à me sentir complètement légitime derrière les #metoo et #balancetonporc car il ne m’est jamais rien arrivé de grave. Pas d’agression physique. Pas de harcèlement sur mon lieu de travail. Je suis chanceuse.

De ma petite place derrière mon ordi j’observe depuis quelques jours la parole se libérer et je sens en même temps une colère sourde monter à l’intérieur. Une furieuse envie de guillotiner des testicules. (Certaines testicules, je vous rassure tout de suite messieurs, si vous n’êtes pas un sale pervers aucun risque pour vos bourses…)

A force de lire des témoignages, je me suis sentie concernée. Moi aussi.

Moi aussi je me suis fait insulter dans la rue parce que je ne répondais pas aux « Eh mademoiselle t’es charmante ! ».

Moi aussi j’ai senti les regards poisseux des hommes déjà adultes sur mes formes de jeune fille dans le métro.

Moi aussi j’ai eu peur dans les transports en commun quand il était un peu trop tard, qu’il n’y avait pas trop de monde, et que l’ambiance sentait mauvais pour mes fesses.

Alors je me suis protégée avec une série de mesures d’éloignement du danger.

J’ai appris à baisser la tête, à ne pas soutenir le regard, à accélérer le pas.

J’ai renoncé aux jupes les jours où je prenais le métro – je n’avais pas encore quinze ans lorsque j’ai pris cette décision.

J’ai considéré que le métro marseillais ne fonctionnait plus pour moi passé 20h.

J’ai laissé passer les années sans me préoccuper beaucoup du harcèlement quasi quotidien subi par les femmes. Mais aujourd’hui l’explosion de témoignages, de mots et d’anecdotes sordides me tire de cette torpeur soumise.

Aujourd’hui, tout cela n’en finit pas de s’accumuler dans ma tête. Une gamine de treize ans se fait coller par un pervers dans le bus et n’ose pas en parler à ses parents par crainte de les mettre en colère. Une jeune femme se fait bloquer les jambes dans le métro, plusieurs fois, et doit quitter le wagon en courant, la peur au ventre. (Deux histoires récentes et malheureusement vraies !) Pour certains hommes les femmes ne sont que des sexes, des seins et des culs à consommer… dès treize ans, si elles commencent à avoir des formes.

Pour ma fille ce sera dans dix ans.

Je la regarde, ma petite fille souriante, joyeuse, avec ses boucles blondes et ses yeux pétillants. Je voudrais que le monde change avant que je lui ais inculqué la peur du viol, celle que ma mère a instillé dans mon cerveau il y a de cela bien longtemps… Et pour chaque femme, remplacer la crainte par le refus, être capable de dire : « Je refuse que tu me parles, me regardes, me traites ainsi. Je n’ai pas peur de toi. »

 

Vous voulez lire les témoignages qui ont précipité le mien ? Il y a celui de Maman BCBG ici, celui de ColombesMum là, et puis encore celui de 3 enfants en 3 ans, puis sa suite, celui de Red red wine, celui d’Une apprentie végane en Bretagne, celui de Des gueules. J’arrête de chercher, j’en trouverais des dizaines, des centaines, des milliers.

 

Je vous laisse avec les paroles d’une comptine dans laquelle une bergère se fait aborder draguer harceler (?) par un « monsieur ». La fin est sidérante ! J’en suis désolée mais je ne pourrai plus lire ou voir une situation de « drague » sans penser à l’article de Des gueules (à cliquer juste au dessus).

 

Ah ! dis moi donc bergère, à qui sont ces moutons ?
Eh par ma foi Monsieur, à ceux qui les gardions
Et tra la la déridérette et tra déronla 

Ah ! dis-moi donc bergère, combien as-tu d’moutons ?
Et par ma foi Monsieur, il faut qu’je les comptions
Refrain

Ah ! dis-moi donc bergère, l’étang est-il profond ?
Et par ma foi Monsieur, il descend jusqu’au fond
Refrain

Ah ! dis-moi donc bergère, par où ce chemin va ? 
Et par ma foi Monsieur, il ne bouge pas de là !
Refrain

Ah ! dis-moi donc bergère, le poisson est-il bon ? 
Et par ma foi Monsieur, pour ceux qui le mangions
Refrain

Ah ! dis-moi donc bergère, n’as-tu pas peur du loup 
Et par ma foi Monsieur, pas plus du loup qu’de vous !
Refrain

 

7 réflexions sur “« Moi aussi » ?

  1. Maman BCBG dit :

    Un témoignage de plus…. merci d’avoir « toi aussi » écrit sur ce sujet même si… je ne sais même plus si cela me fait plaisir de voir, comme tu dis, que la parole se libère, ou bien si ça me déprime un peu plus de constater que nous sommes effectivement toutes concernées.

    Même quand nous n’avons rien subi de « grave » (il faudrait définir ce mot…) nous intégrons tellement cette menace latente que, comme toi, nous limitons par mesure de sécurité notre liberté. Liberté de se vêtir, liberté d’aller et venir, liberté de sourire ou de lever les yeux de son bouquin dans les transports, de peur de…

    Aimé par 1 personne

    • SoDeb dit :

      Aucun doute, nous sommes toutes concernées… Peut-être que cette vague de témoignage est un signe, pour les hommes, mais pour nous aussi, que le moment est venu de dire « Non ! Je n’ai pas peur de toi le porc de base avec ton fond de perversion… »

      Aimé par 1 personne

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