Autoportrait

Les mots...

Les mots…

Je regarde vivre les gens. Qui marchent. Qui courent. Qui trépignent ou jacassent. Je les écoute. Je voudrais vivre mes journées à la terrasse d’un bar. Un bar qui ressemblerait à un bistrot parisien. Avec des chaises rouges et des tables rondes. De ma terrasse je regarderais les gens. Ils seraient indifférents à mon regard dans la vibration de leurs vies. Quand je quitte ma terrasse je marche en ville. Je déroule ma carcasse le long des trottoirs assiégés. Je dormirais bien les volets jamais fermés, chaque nuit. Quand j’avais vingt ans je pensais que toute la joie de ma vie était là. A trente ans j’aurais brûlé mes vingt ans insignifiants devant la plénitude trentenaire. Vivrai-je une crise à quarante ans ? J’ai appris à aimer les légumes. A les cuisiner aussi, c’est peut-être pour ça. Merci à eux, mon mari et mes gosses, d’exister pour me faire cuisiner. Pour moi-même la plupart des soirs je ne pourrais même pas me faire cuire des pâtes. J’aime les voisins qui font du bruit. Ça me libère de mon propre bruit. Et ça me permet de les espionner. A l’oreille. J’aime bien deviner les histoires d’intimité des gens (si c’est crasseux c’est mieux mais même trop sage ça passe). Si j’avais une grande maison d’écrivain, je m’ennuierais et j’aurais froid. J’aime avoir chaud l’hiver. Pousser le chauffage mettre des cols roulés moches et des chaussures montantes pour aller travailler. Et une veste en polaire ou un blouson de ski. Parfois j’ai un peu honte mais j’aime quand même. Je ne peux pas écrire tranquillement si j’ai froid aux pieds.

 

Un petit texte d’atelier d’écriture inspiré d’Edouard Levé (« Autoportrait ») avec pour contrainte de terminer par « Je ne peux pas écrire tranquillement si… » (la phrase d’Edouard Levé étant « Je ne peux pas écrire tranquillement s’il n’y a rien à manger dans mon frigidaire. »).