Lactalis et Sodiaal, du lait, du vice, des chacals

Lactalis et Sodiaal

Si l’on n’y prend pas garde, dans une semaine nous aurons oublié. Une autre actualité dégoûtante nous heurtera, un autre scandale choquera le citoyen épris de justice qui sommeille au fond de nous. D’autres seront pris la main dans le sac de leurs erreurs et nous écarquillerons nos yeux incrédules devant notre stupide télévision. Nous nous bercerons du goût de scandale pendant quelques autres jours puis la nouveauté repoussera l’actualité dans le tréfonds des moteurs de recherche et de nos mémoires.

Si l’on n’y prend pas garde, nous croirons — qu’il est bon de croire parfois — qu’un industriel peut fournir du lait contaminé sans avoir à reconnaître la moindre faute, sans avoir même commis la moindre faute. La salmonelle née d’une immaculée conception dans une innocente usine Lactalis — tant qu’on est dans la croyance.

Si l’on n’y prend pas garde, nous remercierons ces industriels de la poudre de substitution pour nourrisson de nous avoir fourni la liberté. La liberté de ne pas allaiter en échange de seulement quelques euros pour cette soupe chimique — et de concessions irrémédiables sur la qualité de l’alimentation de nos bébés. Remercions tant que nous y sommes les maternités qui nous offre le biberon de complément plutôt que le temps d’accompagnement quand les crevasses et le baby blues se donnent rendez vous dans notre chambre blanche. Remercions les médecins qui nous assènent que c’est trop ou pas assez et que l’allaitement long c’est pour l’Afrique. Soyons reconnaissantes d’avoir le choix du sein ou du biberon, un choix éclairé conscient et certainement pas forcé.

Si l’on n’y prend pas garde, nous finirons par comprendre, c’est si bien expliqué, que la simple normalité du marché consiste à payer un producteur de lait moins que ce que lui coûte sa production. «C’était la crise, voyons. Les autres années étaient meilleures. Les autres prix étaient meilleurs.» Nos paysans ne comptent plus leurs gains mais leurs pertes, pourtant nous parviendrons à le comprendre, c’est une simple tournure d’esprit. Si l’on écoute suffisamment longtemps les cadres de Lactalis ou les justifications de Sodiaal, peut être notre normalité pourra-t-elle vaciller comme la leur ?

Si l’on n’y prend pas garde, nous continuerons à acheter les produits de ces géants, celui qui ne publie pas ses comptes et celui qui pèse un demi milliard d’euros. Nous oublierons quelles marques de lait de fromage et de beurre appartiennent à Lactalis, cette entreprise familiale devenue holding. Nous oublierons qu’avant le lait à la salmonelle, avant le reportage d’Elice Lucet, avant les blocages des producteurs, avant les négociations de prix unilatérales, il y avait eu d’autres scandales, d’autres condamnations. Nous oublierons que derrière Sodiaal, sous son costume de coopérative de producteurs vertueuse, ce sont les mêmes techniques. Pour gagner plus. Pour payer moins.

Si l’on n’y prend pas garde, nous oublierons ce Cash investigation, leur enquête leurs questions et les réponses embarrassées qu’ils ont arrachés.

Si l’on ne veut pas oublier, il y a le replay.

Et puis cette liste des marques de Lactalis et de Sodiaal – en ordre alphabétique s’il vous plait ! Moi je vais l’imprimer et la garder dans mon porte-monnaie… puisqu’il reste mon seul moyen réel de pression sur leurs millions.

Lactalis marques

Sodiaal marques

 

Votre avis, les amis, a toute sa place en commentaire…