Cachez ce handicap que je ne saurais voir

Différence

Différence

Si nous sommes honnêtes avec nous mêmes et avec la réalité de notre société, nous le savons – et certains doivent même l’apprécier – le handicap reste le plus souvent planqué bien profond. Pas glamour, pas vendeur, pas photogénique…

Pour se donner une impression de modernité, d’ouverture et de tolérance, on met bien en avant les personnes en situation de handicap, dans certaines circonstances. On peut citer les jeux paralympiques, la version « handi » des mythiques jeux olympiques. Ceux de 2018 se sont terminés il y a quelques jours, le dimanche 18 mars. Et oui, déjà ! Vous en avez entendu parler, vous ? Je veux dire autant que les « vrais » jeux olympiques, ceux avec les sportifs « normaux » ? Vous avez vu des épreuves ? Vous avez compté les médailles ? Parce que moi je n’ai que trop peu vu de tout cela sur les médias qui parviennent jusqu’à moi. Par contre j’ai vu ce coup de gueule de Philippe Croizon.

Et puis il y a l’autisme. On en parle de plus en plus, certes ! Pour la plupart des gens, le personnage qui représente l’autisme, c’est dans Rain Man. Oui mais voilà, dans Rain Man on voit un autiste surdoué, qui peut compter 246 cure-dents en quelques secondes. Un autiste Asperger. Or la plupart des autistes ne sont pas Asperger. La plupart des mères d’autiste s’entendent dire que c’est de leur faute. La plupart des enfants autistes sont considérés comme des sales gosses malpolis dans les lieux publics.

Alors c’est vrai, c’est plus sympa le handicap surdoué, c’est plus vendeur, exceptionnel et positif. Mais cela ne représente pas la réalité.

Les sportifs des jeux paralympiques, on les tolère car ils sont le haut du panier du handicap, des handicapés physiques de compète, des super-handis comme diraient les personnages de Vestiaires.

Mais quand parle-t-on du quotidien des personnes en situation de handicap ? Des épreuves, des injustices, du monde qui n’est pas pensé pour eux, des lieux publics inaccessibles et des communications désastreuses ? Quand accepte-t-on de les regarder en face, de les considérer comme d’autres nous, nous comme des « eux » potentiels ?

Je suis professeur spécialisée, le handicap fait partie de mon quotidien, j’ai abandonné la gêne la pitié et l’indifférence pour l’égalité. J’essaie de répandre ma parole et ma vision autour de moi, de briser le tabou des mots, d’ouvrir les regards et les esprits. (Ici un article sur la Trisomie 21, une vidéo au message assez similaire.)

Avec mes enfants, déjà, dont je ne censure aucune question même en présence d’une personne en situation de handicap. J’ai été éduquée dans la honte de mes questions d’enfant « pourquoi il est en fauteuil roulant le monsieur ? » et je veux l’exact opposé pour mes mômes.

Avec mes élèves, ensuite, que j’abreuve de rencontres avec plusieurs types de handicaps et que j’essaie d’accompagner au mieux dans l’acceptation de leurs propres difficultés.

Avec les adultes de mon entourage et avec vous, enfin, ce type d’article comme un leitmotiv.

Regarder le handicap en face c’est un apprentissage nécessaire pour nous tous.

Et puis parfois, je m’appuie sur des initiatives existant déjà : depuis quelques années Vestiaires, une mini série diffusée sur France 2, y va fort dans la mise en avant du handicap. C’est percutant, souvent très drôle, en un mot inévitable ! Pour goûter à cet humour décapant, foncez sur France 2 le vendredi et le samedi à 20h45, ou bien ici ou . Et pour le savourer en version complète, les six premières saisons sont disponibles à la vente en coffret intégral ici. Je vous envoie aussi vers cette vidéo dans le style et avec les personnages de Vestiaires pour la campagne Ex Aequo du Ministère des Sports.

Je sais que certains ne peuvent pas supporter la vision des corps abîmés et amputés dans cette série… Et vous ?

La force de ces corps de femmes

La force de ces corps de femmes

Ils sont, ils se contentent d’exister

Ces chairs assemblées

Ces corps imparfaits

Non photoshopés

Ils sont, machines bien huilées

Destinés à servir

Doivent être utilisés

 

Pour porter les enfants

Porter les enfants

Porter les enfants

Porter les enfants

Tenir les enfants

Tirer les enfants

Pousser les enfants

 

Porter la grossesse

Porter pour nourrir

Porter devant

Porter dans le dos

Tenir pour marcher

Tirer tout le long de la vie qui file

Puis les pousser dans cette vie

Redevenir des corps séparés

 

Etre alors, encore, un autre corps

Un corps de sourires de soupirs de plaisirs et de rires

Un corps qui se mire et veut s’alanguir

Un corps qui transpire

Un corps fort

 

 

 

Ce texte est à la fois une aspiration personnelle et une réponse au défi initiateur d’écriture de mars (A vos claviers #5) du blog L’atelier sous les feuilles. J’ai été la première étonnée de le voir prendre la forme d’un texte poétique tant la poésie ne fait pas partie de mes types d’écrits…

Si comme moi le sujet du corps des mères vous inspire j’avais écrit un autre texte (non poétique) sur ce thème.

Le Kosovo et nos horloges

Le Kosovo et nos horloges

Peut-être aurez-vous lu cette nouvelle le 7 mars dernier. Les différents politiques entre le Kosovo et la Serbie sont à l’origine d’une légère baisse de la fréquence de l’électricité produite par l’ensemble des pays européens, or comme les horloges de nos appareils électriques se règlent à la fréquence électrique du réseau, leur heure a pris jusqu’à 6 minutes de retard entre mi-janvier et début mars.

Lorsque j’ai lu cette information (la version concise est dans Brief.me), j’ai demandé au maître du temps de notre maison – mon mari – s’il avait constaté des retards sur certaines de nos horloges, ce qu’il a confirmé. (Vous verrez, ce week-end, en changeant votre heure.)

Puis j’ai songé que paradoxalement, l’inter-connection effrénée de notre monde pouvait aussi nous conduire sur le chemin de la lenteur

Devenir un chasseur de déchets plastiques

Devenir un chasseur de dechets plastiques

Une autre info Brief.me qui m’a accrochée (le 9 mars dernier) !

Vous aimeriez aider à débarrasser notre planète de tous ces déchets plastiques qui la jonchent ? Et bien maintenant, vous pouvez contribuer à une action participative, à grande échelle, sans bouger de derrière l’écran de votre ordinateur. En effet, l’organisation anglaise The Plastic Tide sollicite les citoyens concernés afin qu’ils aident à programmer un algorithme, avec comme but ultime que le logiciel puisse reconnaître (seul !) des déchets plastiques sur une photo aérienne.

Le principe est simple. Sur le site Zooniverse, n’importe quel volontaire peut repérer des déchets sur les photos détaillées, prises par des drones, de trente plages du Royaume-Uni. Il suffit d’encadrer les déchets visibles et de déterminer de quel type de plastique il s’agit (fragments plastiques rigides ou souples / ficelles et filets / bouteilles plastiques / autres contenants plastiques / autres objets / incertain (quand ce n’est peut-être pas un déchet)). Testez, vous verrez, c’est comme un jeu pas trop facile et (peut-être) utile !

Et pour joindre le réel au virtuel, avec les beaux jours qui arrivent, de nombreuses associations proposent aux volontaires de se réunir pour nettoyer des plages. A Marseille par exemple, l’association Boud’mer organise des «Frioulades», journées éco-citoyennes de nettoyage des îles du Frioul, la prochaine aura lieu ce week-end.

N’hésitez pas à partager d’autres initiatives en commentaires !

Emotions hivernales

Avant de basculer dans les jours printaniers, un coup d’œil par dessus l’épaule vers nos heures d’hiver.

On a bien pris notre part de neige tombée (comme l’hiver d’il y a deux ans, qui m’avait inspiré cela).

Restent à additionner, mentalement, les courses de luges effrénées et les descentes des enfants skis aux pieds (l’hiver dernier j’en parlais ).

Emotions hivernales 1

Emotions hivernales 2

Emotions hivernales 3

Emotions hivernales 4

Notre princesse Leïa des neiges et sa créature bizarre…

Emotions hivernales 5

Emotions hivernales 6

Emotions hivernales 7

Emotions hivernales 8

 

Le printemps c’est demain ! N’oubliez pas de changer d’heure ce week-end !

Faire un dab utile

Faire un dab utile

La première fois que j’ai entendu parler du dab (à mon travail de l’an dernier, en IME), je me suis sentie larguée. Mais à force de côtoyer des ados dans mon boulot ce concept a fini par intégrer mon quotidien. Aucune surprise, donc, lorsque j’ai lu dans le Brief.me du 7 mars (Brief.me, vous savez, tout l’incontournable de l’actualité dans votre boîte mail, j’en parle ) que la meilleure façon d’éternuer était peut-être d’en profiter pour faire un dab… Et donc, d’éternuer dans le creux de son coude et non dans sa main (ou alors on colle nos miasmes sur tout ce qu’on touche dans les cinq minutes qui suivent) ni en l’air (idem que dans le cas précédent, mais en les projetant en prime dans toute la pièce pour plusieurs heures). C’est le moment ou jamais d’en parler, puisque bientôt l’hiver, sa grippe, sa gastro et autres rhumes seront derrière nous. Cet article de Slate vous expliquera tout le pourquoi du comment de l’éternuement dabé et même, si vous le lisez jusqu’au bout, que votre panier de linge sale n’en pâtira pas. En plus, si vous êtes vraiment déconnectés de la jeunesse de ce pays, vous y trouverez un tuto Comment Daber réalisé par le jeune Tom, « presque 30 abonnés » au moment de la vidéo, moi j’espère juste que ses parents savent ce qu’il poste sur internet…

Sachez tout de même que le dab est devenu une référence chez les profs de maths d’aujourd’hui pour entraîner les élèves à la manipulation du théorème de Pythagore (vous voyez, pas si mammouth que ça, l’éducation nationale !).

Enfin, pour tous ceux que le sujet intéresse, je vous envoie ici et surtout  pour un décodage du dab, ses origines, son histoire, sa signification et son utilité (autre que celle d’éternuer stylé).

Rêve grand format

Reve grand format

Nous verrouillons la porte de notre appartement. Nos regards se caressent. Les enfants ont leurs yeux pétillants, ceux des matins d’aventure. Arthur porte fièrement sa valise à bout de bras. Nina se tient droite comme un i à côté de la sienne. Mon sac à dos est si plein qu’il rebondit contre mes omoplates. Mes yeux effleurent la valise portée par mon époux. Si menue pour six mois.

Sans un souffle, nous nous sourions. Le silence nous étreint. Autour tout sommeille, un cœur de nuit dans le petit matin. Nos pieds semblent flotter en descendant l’escalier, rien ne choque, tout caresse. Les clés sombrent dans la boîte aux lettres de nos voisins avec un cliquetis étouffé. Je perçois un presque clin d’œil à mon intention tandis qu’il ressort les doigts de l’ouverture. Les enfants sont à l’entrée de l’immeuble, raccords, chacun son rôle. Une qui pousse le loquet tandis que l’autre tire la porte à lui.

L’air froid nous surprend. Au delà des immeubles, des rues et des collines, les premiers rayons du soleil luttent déjà pour se pointer.

Je dis au revoir dans ma tête, sans me retourner. J’attrape à tâtons la main de ma fille contre ma jambe, d’un coup d’œil je retiens mon fils. Nous nous éloignons de chez nous, lentement. Le taxi est là.

Durant le trajet, le silence nous enveloppe, à peine dérangé par les phrases rapides du standard résonnant dans la radio.

L’aéroport est un autre lieu sans sons, feutré, avant le lever du jour.

Les heures d’avion s’égrènent et les mots reviennent, les rires, les bruits, les éclats. Nous sommes indifférents au film défilant sur grand écran. Notre cinéma, nous l’étalons sur nos quatre tablettes côte à côte. La carte des six prochains mois.

A l’atterrissage pourtant, la fatigue s’empare de nos corps. Le chauffeur de taxi parle dans une langue incompréhensible, jusqu’à ce que je reconnaisse son français. Il s’arrête devant une maison. Je ne reconnais pas la baraque. Le camion, si. Je descends, vite, mes jambes se pressent. Mon cœur tambourine. Les enfants crient. Mon mari arrive dans mon dos, attrape ma main et pose son menton sur mon épaule.

« Comment cela nous est-il arrivé ? »

Je murmure : « Tu te souviens ? »

Nous étions dans un camping des Cévennes. Nous venions de passer notre première nuit à quatre sous une tente. Au petit déjeuner, nos corps frais, nos mains blotties contre notre tasse de café, nos yeux encore embués, nous avons posé nos regards tout autour de nous, il était là. Le van. Avec un toit relevable et un branchement électrique.

« Tu as vu ? »

 

 

(Un texte écrit à l’occasion d’un atelier d’écriture autour des « presque riens ».)

Notre rêve au format réel, il est dans la rubrique Road-trip de ce blog.

Reve format reel

Fièvre

Fievre

La fièvre, robe de princesse rose en lambeaux au pied du lit. Les mots allongés sur leurs murs, papiers brûlés.

La fièvre, labyrinthe facial, feu clignotant. Pourquoi vouloir guérir tout ce qui vibre et s’écrit ?

La fièvre, regard qui martèle et paupières closes.

La fièvre, rictus des dents qui serrent.

Mots tambourinés, lignes soulignées, découpées.

Ombres entrechoquées. Bataille de lettres.

Frotter, gribouiller, déformer. Des mots enfiévrés. Plantés brulés, entourés enfermés, séquestrés oubliés. Allonger ses pensées, confusions ardentes.

La fièvre, litanie de lettres exsangues.

Délirer, lutter pour le sens.

Grippe sans sens.

 

 

 

Texte écrit en atelier d’écriture à partir de ce tableau de Basquiat :

basquiat