[Lecture] « Eroica » de Pierre Ducrozet

L10 Eroica imgCe livre est le récit romancé de la vie de Jean-Michel Basquiat, d’une partie de sa vie pour être plus exacte, de 1978 à sa mort en 1988. A l’intersection de la littérature et de l’art, on plonge dans l’univers du peintre, son génie sombre et étincelant, son ascension fulgurante, ses excès, ses manteaux trop grands, sa gueule d’ange et ses coiffures afros. On y sent vibrer le New York des années 80, on y croise Keith Haring, Andy Warhol et Madonna…

C’est un roman à savourer en regardant aussi des œuvres de Basquiat, en se laissant dériver des mots aux images tout au long de ses tableaux si particuliers. Alors bien sûr, si vous trouvez que Basquiat n’est guère plus qu’un gamin ayant pris trop de drogue, passez votre chemin. Mais si comme moi vous êtes attiré, autant qu’intrigué, par la vibration de son art et que vous voulez côtoyer un peu ce personnage… je vous conseille cette belle rencontre du mythe et du documentaire. A découvrir.

Une question de confiance

Une question de confiance

C’est mon secret. Un secret du quotidien.

Je l’ai offert à ma fille au sommet d’une petite randonnée de vacances. J’ai mis des mots sur ce ressenti intérieur. « La force c’est dans la tête. Quand c’est difficile pour notre corps, c’est grâce au mental qu’on arrive au bout. »

Pour moi, cette phrase, sous son apparente banalité, touche à l’essentiel. Cette confiance gouverne toute ma vie.

Dans le sport surtout. En témoignent toutes les minutes tenues grâce à mon mental, en me répétant en boucle que « c’est dans la tête ».

Pour les autres petits défis aussi. Faire rentrer la tente dans son sac. « Mais oui elle est pliée assez serrée, elle va rentrer il faut y croire. » Retrouver un jouet perdu. « Il finira bien par réapparaître. » Boucler un projet ou un dossier pour dans deux jours. « Il me reste 48 heures je suis large ! »

Cette même confiance, encore, je l’insuffle à mes élèves. Elle nourrit leur estime en leurs propres capacités. Je pense souvent que c’est ma confiance, aussi, qui leur permet de progresser…

Et puis, bien sûr, elle est au cœur du regard que je pose sur mes enfants.

Ce n’est pas toujours si facile, vous pensez bien. Les moments de doutes sont fréquents. Mais ne pas savoir, se remettre en cause, cela permet aussi d’évoluer… en acceptant de se faire confiance pendant les périodes de tâtonnements.

Vous l’aurez compris, la confiance est mon secret et ma force.

Et chez vous ? Quelle place occupe-t-elle ?

[Lecture] « Le sabotage amoureux » d’Amélie Nothomb

L09 imgMes pensées de lectrice ont suivi la même trajectoire que lors de mon précédent (et premier) Amélie Nothomb (Cosmétique de l’ennemi, j’en parlais là). Au début, «mais qu’est ce que c’est que cela ?», pendant les deux premières pages, une sensation de bizarrerie, de rythme saccadé et déplaisant, l’impression d’être emmenée par la main à un endroit qui ne m’intéressait pas. Dès la troisième page pourtant, j’y étais et j’y suis restée, dans ce ghetto de la Chine communiste, au sein de cette guerre d’enfants, à suivre les premiers pas d’amoureuse de la narratrice, sept ans, entre deux cavalcades sur son vélo qui est en fait un cheval… Parfois j’ai relevé la tête pour observer d’en haut cette bizarrerie. J’ai lâché et repris ma lecture. Malgré la taille réduite de ce roman j’ai mis plusieurs jours à le lire. J’ai oscillé en lisant, intriguée, distanciée, amusée.

J’ai apprécié les petites phrases irrésistibles, pépites de drolerie, qui jalonnent l’histoire, et la vision rafraichissante…

Sur les enfants et les adultes « ces enfants déchus ». « Nous n’abordions pas non plus l’inepte question de notre avenir. Peut-être parce qu’instinctivement nous avions tous trouvé la seule vraie réponse : « Quand je serai grand, je penserai à quand j’étais petit. » »

Sur les hommes. « Jusqu’à mes quatorze ans, j’ai divisé l’humanité en trois catégories : les femmes, les petites filles et les ridicules. » (…) « J’avais de la sympathie pour les ridicules, d’autant que je trouvais leur sort tragique : ils naissaient ridicules. Ils naissaient avec, entre les jambes, cette chose grotesque dont ils étaient pathétiquement fiers, ce qui les rendait encore plus ridicules. »

Et puis à la fin, à l’instant où j’ai refermé le livre, j’ai songé : «Il est tel qu’il doit être, chaque mot à sa place parfaite». Comme avec le précédent Amélie Nothomb, j’ai éprouvé la justesse déjantée de cette écriture si particulière. Et la sensation de rencontrer une maîtresse femme de la littérature contemporaine. Bluffant.

L’allaitement c’est partout

L allaitement c est partout

Aujourd’hui, je vais vous reparler d’allaitement – ça faisait longtemps. Pour la première fois depuis sa création, la Foire de Marseille proposera un lieu dédié à l’allaitement et aux familles. Ce stand, tenu par des bénévoles de l’association Autour de l’Enfant, proposera un joli coin pour se poser le temps d’une tétée, d’un biberon ou d’un jeu calme, mais aussi des animations tout au long de la foire. L’objectif d’Autour de l’enfant est notamment de favoriser l’allaitement maternel en le rendant plus facile et plus visible.

Pour moi, il s’agit d’un vrai sujet de société, un sujet d’importance. L’allaitement en public fait d’ailleurs régulièrement couler de l’encre, du moins dans les médias qui parviennent jusqu’à moi. Les histoires se ressemblent toujours un peu. Il y est question d’une mère qui allaite son enfant, dans une piscine, un magasin, à la CAF ; d’une personne, choquée de cette vision là dans ce lieu là, qui demande à la mère d’arrêter ou de sortir. Ou d’aller dans les toilettes.

Ai-je vraiment besoin de redonner tous les arguments servis mille fois ? Le but biologique du sein est de nourrir les enfants (bien au-delà des quelques semaines admises par la société si l’on suit notre condition de mammifère), un bébé allaité est nourri à la demande, de nombreuses fois dans la journée. L’allaitement pour un nourrisson c’est un besoin vital. Les jeunes mères ne peuvent pas rester enfermées chez elles pendant la durée de l’allaitement, elles ne le veulent pas, elles veulent vivre. Les toilettes ne sont pas un endroit correct pour prendre son repas. Quand un bébé tète, le téton de sa mère est caché. Un sein qui allaite, même sans essayer de le couvrir, n’est pas forcément plus découvert qu’avec un décolleté plongeant. Le corps des femmes est exposé partout, de façon beaucoup plus provocante, pour vendre toutes sortes de choses, et cela ne semble choquer personne. L’allaitement en public n’est pas considéré comme une atteinte à la pudeur car il ne s’agit pas d’un acte sexuel ni d’un acte obscène.

J’ai moi même allaité mes enfants, partout, tout le temps, et longtemps. J’ai beaucoup utilisé la technique de la superposition de t-shirts pour allaiter discret sans acheter de fringues spéciales (je soulève le t-shirt du dessus, j’abaisse le débardeur du dessous, mon sein est couvert, mon ventre est couvert, j’allaite où je veux). Et puis au fil des années je me suis sentie de plus en plus libre de dégainer mon nichon. Je n’ai jamais eu la sensation de m’exhiber. Et surtout, j’ai tellement gagné en confiance que même dans mon attitude corporelle, j’ai complètement arrêté de demander la permission aux autres d’être la mère que je voulais être. J’étais tellement sûre d’être dans ma justesse absolue…

Alors c’est vrai, des femmes qui allaitent dans les lieux publics, il n’y en a pas tant que cela. On n’est pas habitué. D’ailleurs, on n’est pas habitué à l’allaitement tout court, quand bien même il reste la manière la plus adaptée de nourrir un petit être humain. C’est cette vision qui doit changer. L’allaitement finira par s’imprimer dans l’inconscient collectif comme une normalité, si l’on continue à multiplier les images d’allaitement, comme avec cette série de photographies (ou bien avec cette initiative londonienne un peu provoc).

Si l’on multiplie aussi, comme en Allemagne, en Belgique ou en Suisse, les lieux accueillants pour les mères allaitantes… Je vous donne alors rendez-vous à l’étape suivante, après la salle d’allaitement de la Foire de Marseille, avec la liste Autour de l’enfant des endroits marseillais – boutiques, cafés, restaurants – prêts à accueillir décemment des mamans allaitantes (plus largement des familles) dans leurs locaux.

En attendant, venez donc me voir à la Foire de Marseille, j’animerai un atelier arts plastiques pour les enfants de 4 à 10 ans le mercredi 26 septembre de 10h à 11h et le dimanche 30 septembre de 15h à 16h (toutes les informations pour l’inscription seront très très bientôt ici et sur le site ADE).

Il y aura aussi… des ateliers portage, signes, premiers secours, éveil musical, massage bébé maman, des réunions allaitement, des démonstrations de moulage 3D pour les familles, des conférences… Allez donc faire un tour sur la page Facebook du stand

[Lecture] « Tombée des nues » de Violaine Bérot

L08 imageCe livre est une petite pépite de sensibilité et d’originalité. Sa sensibilité, en lien avec son sujet – dont par choix je ne dirai rien – et les voix de ses personnages, si réalistes qu’il nous semble les entendre. Son originalité, c’est notamment l’ordre de lecture laissé au choix du lecteur : une lecture chronologique classique ou des sauts de chapitres en chapitres au gré des indications de l’auteur.

J’ai choisi la lecture non linéaire, et pour aller encore plus loin dans le mystère j’ai suivi l’incitation du magazine littéraire Page : je n’ai pas lu la quatrième de couverture.

Cette découverte à l’aveugle s’est révélée d’une fluidité et d’une beauté rare. L’histoire a filé à toute vitesse à travers moi, à travers mes émotions entre crainte et espoir, en un seul morceau de nuit, et m’a laissé un goût de poésie qui s’ignore, une poésie du réel abrupt, une sensation de douce sidération comme seul peut en laisser l’événement narré dans ce roman…

Croquer et troquer ses livres

Croquer et troquer ses livres

Les livres, on les croque, et après, on les troque !

Bien sûr, nous avons tous des livres dont nous ne voulons pas nous séparer, qui nous ont marqué profondément, qu’on pense relire ou faire lire ou qui nous ont constitué au même titre que les évènements de notre vie. Mais il y a aussi tous les autres bouquins, ceux qu’on ne touchera plus, ceux avec lesquels on a passé un bon moment mais qu’on n’a pas besoin d’encastrer dans nos murs. Et puis, dans nos maisons non extensibles, on doit bien libérer de la place si l’on veut continuer à garder certains livres…

Depuis quelque temps, j’ai donc pris l’habitude d’élaguer mes étagères, et je ressens de moins en moins de difficultés à me séparer de certains ouvrages. Nos bibliothèques deviennent vivantes, mouvantes, elles évoluent comme nous au fil des découvertes.

Mon envie, depuis quelques mois déjà, c’était de troquer mes livres, qu’ils puissent en quittant ma maison poursuivre leur vie dans d’autres mains et que je puisse varier mes lectures grâce à ces échanges. Alors je me suis inscrite sur le site internet La Tornade. Ce n’est pas le lieu parfait dont je rêverais (la bibliothèque d’échange de type cabine téléphonique ne l’est malheureusement pas non plus), mais je dois avouer qu’il fonctionne assez bien et qu’il y a beaucoup de choix, y compris des films.

Ça vous tente ? Sautez le pas, c’est gratuit (à l’exception des timbres pour les envois) et hyper simple d’utilisation, on peut même obtenir un objet avant d’avoir commencé à échanger les siens grâce à l’avance de points. Et si vous rejoignez La Tornade, venez donc jeter un coup d’œil sur mon profil (SoDeb) et donnez moi votre pseudo en commentaire !

Le recyclage des cabines téléphoniques

Le recyclage des cabines telephoniques

Pour le meilleur ou pour le pire, le téléphone portable a rendu caduques la grande majorité des cabines téléphoniques qui émaillaient nos territoires auparavant.

A Londres, comme elles sont un patrimoine national, il a fallu leur offrir une seconde vie (ce reportage – pas tout récent – donne de nombreux exemples de reconversion de ces belles cabines rouges).

En Allemagne et en France aussi, on a quelques cabines devenues bibliothèques d’échange. Mais on peut aussi imaginer en faire des bornes de recharge, des machines à café voire des mini-discothèques (ça existe, voyez ici !).

Allez, je referme la parenthèse amusement avec cette image réservée aux moins jeunes d’entre nous : vous rappelez vous d’une de vos conversations dans une cabine téléphonique ?

Des livres d’enfants, pour adultes aussi

Des livres d enfants pour les adultes aussi

Je suis une adulte qui lit des livres d’enfants. Enfin pas seulement… Si vous traînez par ici vous le savez déjà, j’ai même inauguré une nouvelle catégorie Lecture il y a peu de temps.

Mais quand même, les albums de littérature de jeunesse, je suis capable de les lire, sans mes enfants, sans mes élèves, juste pour moi-même et pour savourer leur beauté. Je recherche surtout la vibration à l’unisson entre la poésie des mots et le dessin, la douceur ou l’originalité des images, les couleurs, la signification soufflée tout en sensibilité…

Et comme, en plus, j’ai des enfants, une classe et un mari enseignant, la littérature de jeunesse, chez nous, c’est une institution. D’ailleurs quand je vais à la bibliothèque municipale avec mes enfants, je les stoppe au poids du sac qu’ils remplissent en seulement quelques minutes.

Il y a quelques jours, je me suis rendue seule à la grande bibliothèque de l’Alcazar à Marseille. Je voulais absolument recharger ma pile de livres à lire avant la tornade de la rentrée. Quelques livres pour moi – pas trop car le mois de septembre est de toute façon surchargé de boulot – le bon nombre c’était cinq. Avant que je ne quitte la maison mon fils m’a fait sa commande : « Prend des Claude Ponti et des livres qui nous plairont. ». Je comptais bien faire un petit passage au rayon jeunesse et prendre quelques albums de toute façon, j’en avais quatre sur ma liste de repérages. Je n’en ai trouvé aucun des quatre. Par contre j’ai rempli le sac en moins de temps qu’il n’en faut à mes deux enfants ensemble.

Je suis une adulte qui lit des livres d enfants

Au retour, sur mon épaule, il était au moins aussi lourd que si nous étions allé à la bibliothèque en famille.

Alors voilà. Je suis une adulte qui lit des livres d’enfants.

Et comme vous avez été très très sages, je vous donne quelques uns de mes coups de cœur du moment et de toujours…

184 Le doudou méchant

 

Le doudou méchant de Claude Ponti et de façon générale tous les albums de ce génie de la littérature de jeunesse, farfelus au possible, mettant en scène un univers tentaculaire d’une richesse prodigieuse.

 

184 Une figue de reve

 

Une figue de rêve de Chris Van Allsburg et tous les albums de ce maître du fantastique et du mystère, avec ses dessins ciselés et ses histoires envoutantes.

 

 

184 L enfant derriere la fenetre

 

L’enfant derrière la fenêtre de Anne-Gaëlle Féjoz et Dani Torrent, une découverte au hasard des bacs de la bibliothèque, un album tout en sensibilité sur l’autisme avec des dessins doux et colorés.

 

184 Les-poings-sur-les-iles

184 Les poings sur les iles bis

 

Le poing sur les îles d’Elise Fontenaille et Violeta Lopiz, un album recommandé par ma librairie adorée ; à l’intérieur c’est un jardin touffu et l’histoire d’un grand-père qui jardine, qui cuisine mais ne sait ni lire ni écrire.

 

184 La voliere doree

 

La volière dorée de Carll Cneut et Anna Castagnoli, une autre recommandation de ma librairie, un album dont les dessins superbes servent l’histoire d’une princesse sanguinaire à la recherche de tous les oiseaux les plus rares du monde et surtout de l’oiseau unique qu’elle pourra enfermer dans sa volière dorée.

 

184 Le jour d avant

 

Le jour d’avant d’Hélène Rice et Lydie Sabourin, une petite pépite fantasque (ce blog en parle très bien) découverte dans la maison échangée cet été, par hasard donc encore.

 

 

Il faut bien s’arrêter, il y en a tellement, des albums magnifiques…

Et vous, des coups de cœur littérature de jeunesse à partager ?

Rentrée

Rentrée

Depuis quelques jours déjà, on s’apprête à se glisser à nouveau dans le moule du quotidien, les horaires de classe, la nounou et les activités extra-scolaires, les journées de travail, les soirées trop vite passées et l’attente des week-ends. Et si c’était mieux que ça n’en a l’air ?

L’année dernière j’écrivais ce texte sur les instants précédant les premières minutes de classe. Cette année, on prend les mêmes et l’on recommence, avec toujours cette sensation de joie palpitante au creux du ventre. Septembre, cette effervescence d’envie et d’énergie, je la savoure chaque année de nouveau sans m’en lasser.

Et vous ?

 

Je vous souhaite, ainsi qu’à vos enfants, une rentrée joyeuse.