Moi paysage

Moi paysage

La lumière tombe de partout dans le ciel, blanche et jaune, plate et claire, verticale. Elle fait briller des points, des lignes, des pointillés. Des tirets en fait. Des reflets de fenêtres comme des traits d’union entre les caractères de ce paysage. Les carrés et les rectangles se multiplient, ils sont des yeux dans les façades multicolores. En haut, une ligne se découpe, saccadée, pleine d’à-coups harmonieux. Des pentes, des droites, des cheminées. Tout près. Au loin. Arbres, immeubles, murs, volets, portes et jardins. La ligne des toits s’arpente du regard, comme un chemin. Au fond, un peu cachée, la statue se dresse, timide sous son or moelleux.

 

Avant, il y a la mer. La profondeur de sa couleur et de ses tourments, son calme nauséeux, ses îles déchiquetées.

 

Après, la vallée. Le regard reprend le sentier, plus doux, plus raide, le tracé naturel des cimes de ses montagnes. Se succèdent les sommets, les cols, les noms. Le gendarme, la Séolane, le roi guillotiné. Plus tard, le soleil s’éteindra derrière la crête, de ce côté. La ligne est nette, le dessous sombre, le dessus clair, elle dessine le tracé familier d’un ailleurs jamais complètement exploré, libre, beau, comme un enfant.

[Lecture] « Les heures souterraines » de Delphine de Vigan

L34 imgCe roman parle de vies broyées par le quotidien, par la ville, par le travail. On voit le harcèlement à l’œuvre, et l’étouffement, l’écrasement. La plume est belle, douce, l’écriture glisse. Mais le souvenir de ce livre ne s’est pas ancré en moi. En le refermant – il y a quelque temps déjà – j’ai juste ressenti une lassitude et une tristesse presque infinis, et puis j’ai presque oublié…