(Rires)

Rires

Allez, maintenant, rions !

Les bouches ouvertes, les dents, les gloussements de dindons et autres caquetements.

Ouvrez grand. Aaaah…

Vous avez mal ?

Hon…

Et là ?

Hiii…

Est ce que c’est mieux comme ça ?

Eu hé ha.

Comment il veut que je lui réponde. Il a ses doigts dans ma bouche.

En plus il a battu mon mec au tennis paddle yogalate. Enfin, au tennis.

Enfoiré de dentiste.

J’en étais où ?

Ah oui, le rire. La bouche, les dents, j’ai dérivé.

Reprenons.

Le rire ce n’est pas cela. Ce n’est pas le masque.

Qu’est ce qu’elle disait déjà ?

« Le rire sardonique de ceux qui vont mourir. »

Voilà.

En même temps… (En même temps, comme les allocutions du dernier atelier, les « à un moment donné » et « du coup ». Du coup quoi ? Du coup… rien.)

Reprendre le fil.

En même temps, donc, nous allons tous mourir un jour.

Tous dans le rire sardonique, alors, si l’on y pense…

Rire en mourant, pourquoi pas.

A moins que (A moins que ?)… A moins que ce ne soit Mourir en riant.

Pas vraiment en riant, avec un rictus plutôt. (Plutôt ? C’est pas… ? J’arrête.)

Un rictus de rire dans la mort.

Un rictus. Ça doit faire mal aux mâchoires.

Quelle mort de merde.

Moi, je veux mourir en dormant.

Ou en baisant, tiens.

Quoique. C’est pas cool pour le mec. Ou la fille.

Ah non, ça suffit. La personne, dit. La personne ! Arrête de t’afficher, un peu. C’est un atelier d’écriture, pas un divan de psychanalyse, putain !

Reviens, t’es trop loin.

Lâche le, le divan.

Un divan rouge en velours côtelé qui sent les beaux quartiers et les livres poussiéreux.

Lâche le.

Oui, le psy est beau gosse. Un petit air de David Duchovny à la belle époque. Talalalalala… Pompompompom.

Ma pauvre fille t’es dingo.

Le sujet ! Oui madame.

Ecrire, sur le rire, à propos de… Euh…

Ecrire un texte qui fait rire.

J’espère qu’elle leur file pas des sujets comme ça à ses élèves…

Les pauvres gosses…

Je te lis de la poésie contemporaine.

Et maintenant écris un texte qui fait rire.

Si tu veux ça peut être un rire sardonique…

Tu la vois, là, la gueule de l’ado de base derrière son bureau ?

Tu l’entends, le silence crispé de la classe ?

Allez, tranche-t-elle, on se poile !

Quoi ? A poil ?

Ah, voilà une bonne idée !

A poil !

On y revient, enfin. On y revient toujours.

Peau contre peau. Côtes contre côtes.

Nos jambes imbriquées, alternées.

Il me chuchote une blague et je ris dans ses bras.

Peut-être que je préfèrerais être secouée d’autre chose.

Merde, ça revient.

Où il est le divan ? Vite ! Le psy d’X-files !

Ça y est, je recommence à débloquer.

Je suis au lit avec un homme, docteur, et je pense au rire sardonique.

Au rire de ceux qui vont mourir.

Ceux qui vont mourir te saluent, César.

Normalement, c’est en latin.

Normalement.

Rien n’est normal dans ce texte.

On rit sur commande.

Sous la plume.

Dans les lits et au restaurant.

En sous-vêtements dans la cuisine.

On rit à pleines dents en mangeant.

Dégueulasse.

Voilà, c’est malin, j’imagine l’intérieur de la bouche de quelqu’un qui mange, maintenant. Et tout le reste disparaît.

Le lit, le divan, le psy canon.

Le sujet d’écriture. C’était quoi déjà ?

Madaaaaaame ?

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