Cabane

Cabane

Camping sauvage (2011) de Fred BIESMANS

Les murs de ma cabane sont des mots. Partout où elle va elle en attrape des nouveaux. Parce que ma cabane, elle roule. Elle prend la route, elle aussi, ma cabane à la pensée nomade. Ses murs sont d’abord les pages des livres lus. Les histoires qui peuplent mon passé, mes pensées, mon imagination d’avenir.

Mais ensuite, elle roule et cahote. Son plancher glisse, doux et lisse sous la plante de mes pieds. Et chaud. Il sent la résine. Quand je frotte le bout de mes orteils sur son bois je sens ses anneaux, ses nœuds et ses veines.

Elle a de grandes fenêtres pour contempler le monde. Et une porte close. Sauf… rarement. Pour garder la chaleur et éviter les flèches.

Ma cabane est une roulotte musicienne. Tous les sons de l’univers directement branchés sur mon cerveau. En très fort parfois. Ou en silence impérieux. Elle porte des stylos feutres de toutes les couleurs, des carnets aux couvertures colorées et au papier doux.

Elle reçoit les pages que j’écris dans son ventre, comme une amie. Mes mots rebondissent sur ses murs, deviennent familiers à force de résonner et bourdonner sous mon nez. Et ils rejoignent leurs amis, dans les murs de ma cabane.