[Lecture] « The End » de Zep

L14 imgCette bande dessinée est arrivée dans mon cheminement de lectures juste après La route. Ses images de forêt et ses dessins doux à la coloration monochrome m’ont dès lors ressourcée, après la lecture éprouvante du roman post-apocalyptique de Cormac McCarthy. Dans le même temps, les histoires sont entrées en résonance, et encore une fois l’enchaînement (hasardeux – je vous l’ai déjà dit, l’ordre de mes lectures n’est souvent dicté que par la date de retour en bibliothèque) de l’une avec l’autre induit une étrange sensation de perfection.

L’histoire : Un petit groupe de scientifiques étudient les substances émises par les arbres d’une réserve naturelle. Le professeur dirigeant ces recherches défend l’idée selon laquelle les arbres, outre leurs capacités de communication et de défense contre les prédateurs, renferment dans leur génome l’intégralité de l’histoire de la planète.

Bien entendu, je ne vous en révèlerai pas davantage sur le mystère que vont découvrir les protagonistes de cette histoire… Je vous dirai juste que c’est une bande dessinée très réussie, utilisant comme point de départ des données scientifiques réelles sur la communication des arbres (j’en parlais , d’ailleurs, rappelez vous…).

Voilà en tout cas un album de Bande Dessinée qui me donne envie de redécouvrir le genre, entre deux romans…

[Lecture] « La route » de Cormac McCarthy

L13 imgUn homme et son fils marchent sur une route, en direction du sud, pour fuir le froid glacial d’une terre post-apocalyptique. Une poussière grise recouvre le monde dévasté, envahit toute l’atmosphère, cachant jusqu’à la lumière du soleil. Tout ce qui a existé n’est plus. Les plantes sont mortes, les maisons abandonnées, les magasins pillés depuis longtemps. L’humanité quasiment décimée est retournée à une barbarie insoutenable.

Ce roman était sur ma liste de livres à lire depuis des années, il était un choix de libraire dans l’émission La Grande Librairie. Cela fait si longtemps, que je ne me rappelle plus les mots qui m’avaient convaincus de l’inscrire sur ma liste. Il avait probablement été décrit comme un livre culte, terrible et puissant, un livre à lire absolument. Le hasard ensuite a fait son œuvre. Quand on réserve un ouvrage à la bibliothèque municipale, on ne sait jamais vraiment quand on l’aura, et quand on est toujours à la bourre pour lire son paquet de livres, on se base, pour l’ordre, sur la date de retour. C’est ainsi que La route est arrivé dans ma vie le jeudi 11 octobre 2018. Je n’ai pas su, d’abord, si j’avais bien fait de l’ouvrir. Sa noirceur intense m’a effrayée en même temps qu’elle m’a capturée. Je n’ai plus pu le lâcher. Je l’ai lu en deux jours, le ventre noué, au bord de la nausée, entre sidération et désespoir.

Et puis, finalement, la lumière est revenue. Quand on a tout perdu, l’espoir est mince mais il est tout ce qu’il nous reste…

Ce livre, je ne l’ai pas lu comme un roman de science-fiction. Je l’ai lu comme une prophétie. Il est dans ma tête désormais. Chaque jour je pose les yeux sur le monde qui m’entoure et je ressens, en même temps : que ma vie au présent est un luxe infini ; et que demain, dans un an, dans dix ans ou dans cinquante ans, peut-être, la poussière recouvrira tout comme dans La route. Et qu’il s’agira alors de survivre, de sauver nos enfants, de garder notre humanité dans un monde où plus rien ne nous protègera les uns des autres. Quand on a presque tout perdu, l’espoir est la seule lumière qui reste.

[Lecture] « Vers la beauté » de David Foenkinos

L12 imgDécidément, ma rentrée de lectrice s’est faite sous le signe du roman artistique (dans la peau de Basquiat avec Eroica, une enquête policière sur fond de musée de province avec La distance de courtoisie et maintenant ce roman de David Foenkinos se déroulant entre le musée d’Orsay et l’école des Beaux-Arts de Lyon).

Dans ce livre, nous suivons Antoine Duris, ancien professeur émérite aux Beaux-arts de Lyon devenu du jour au lendemain gardien au du musée d’Orsay. Pourquoi cette reconversion ressemblant à une fuite ? Que cache donc cet homme ? Pourquoi a-t-il autant besoin de se rapprocher de la beauté pour survivre ? L’histoire nous le révélera plus tard, et l’apparente légèreté du propos glissera presque sans nous prévenir vers une noirceur inattendue, avec l’apparition du deuxième personnage central de ce roman, la jeune Camille.

Comme d’habitude dans mes articles « Lecture » je n’en dirai pas plus sur l’intrigue. Je ne veux rien révéler des rouages et des surprises de ce livre…

En lisant Vers la beauté, je me suis sentie littéralement « descendre », dans la seconde partie du roman, d’une intrigue agréable vers une littérature beaucoup plus sombre. Avec ma lecture suivante, la descente s’est poursuivie… Et même s’il n’est que l’effet du hasard des dates limites de retour à la bibliothèque, le livre que j’ai lu ensuite est arrivé à point. Probablement comme tous les romans vraiment importants… A suivre, donc.

[Lecture] « La distance de courtoisie » de Sophie Bassignac

L11 imageCette histoire se déroule autour d’un petit musée de province dans lequel, un soir de vernissage, un tableau disparaît… L’événement, aussi étrange qu’imprévisible, désarçonne les personnages de cette fiction, tout en ébranlant les liens qu’ils entretiennent les uns avec les autres. Pour moi ce sont ces personnages, surtout, qui procurent toute sa saveur au roman, la façon qu’a l’auteure de les croquer en quelques mots, leur apparition singulière dans notre esprit de lecteur, plus vrais que nature, précis et drôles… Et puis l’on observe, amusé, leur danse sociale, l’attraction et le rejet, l’amour et l’indifférence, leur façon de vivre au quotidien cette « distance de courtoisie » qui régit leurs relations – et les nôtres. Une lecture pleine de vie, légère et agréable.

 

Adélaïde aime Ivan qui aime Luzia, Héloïse aime Étienne qui aime Sylvana, Marthe aime Gaspard qui lui préfère sa liberté…

Comment supporter que les autres passent à côté de ce que nous sommes, à savoir des gens formidables ? Comment composer avec cette distance dite de courtoisie qui nous éloigne du reste du monde ? Telles sont les questions qui affleurent dans ce roman en forme de comédie policière, où l’humour et la fantaisie triomphent du désespoir.

[Lecture] « Eroica » de Pierre Ducrozet

L10 Eroica imgCe livre est le récit romancé de la vie de Jean-Michel Basquiat, d’une partie de sa vie pour être plus exacte, de 1978 à sa mort en 1988. A l’intersection de la littérature et de l’art, on plonge dans l’univers du peintre, son génie sombre et étincelant, son ascension fulgurante, ses excès, ses manteaux trop grands, sa gueule d’ange et ses coiffures afros. On y sent vibrer le New York des années 80, on y croise Keith Haring, Andy Warhol et Madonna…

C’est un roman à savourer en regardant aussi des œuvres de Basquiat, en se laissant dériver des mots aux images tout au long de ses tableaux si particuliers. Alors bien sûr, si vous trouvez que Basquiat n’est guère plus qu’un gamin ayant pris trop de drogue, passez votre chemin. Mais si comme moi vous êtes attiré, autant qu’intrigué, par la vibration de son art et que vous voulez côtoyer un peu ce personnage… je vous conseille cette belle rencontre du mythe et du documentaire. A découvrir.

[Lecture] « Le sabotage amoureux » d’Amélie Nothomb

L09 imgMes pensées de lectrice ont suivi la même trajectoire que lors de mon précédent (et premier) Amélie Nothomb (Cosmétique de l’ennemi, j’en parlais là). Au début, «mais qu’est ce que c’est que cela ?», pendant les deux premières pages, une sensation de bizarrerie, de rythme saccadé et déplaisant, l’impression d’être emmenée par la main à un endroit qui ne m’intéressait pas. Dès la troisième page pourtant, j’y étais et j’y suis restée, dans ce ghetto de la Chine communiste, au sein de cette guerre d’enfants, à suivre les premiers pas d’amoureuse de la narratrice, sept ans, entre deux cavalcades sur son vélo qui est en fait un cheval… Parfois j’ai relevé la tête pour observer d’en haut cette bizarrerie. J’ai lâché et repris ma lecture. Malgré la taille réduite de ce roman j’ai mis plusieurs jours à le lire. J’ai oscillé en lisant, intriguée, distanciée, amusée.

J’ai apprécié les petites phrases irrésistibles, pépites de drolerie, qui jalonnent l’histoire, et la vision rafraichissante…

Sur les enfants et les adultes « ces enfants déchus ». « Nous n’abordions pas non plus l’inepte question de notre avenir. Peut-être parce qu’instinctivement nous avions tous trouvé la seule vraie réponse : « Quand je serai grand, je penserai à quand j’étais petit. » »

Sur les hommes. « Jusqu’à mes quatorze ans, j’ai divisé l’humanité en trois catégories : les femmes, les petites filles et les ridicules. » (…) « J’avais de la sympathie pour les ridicules, d’autant que je trouvais leur sort tragique : ils naissaient ridicules. Ils naissaient avec, entre les jambes, cette chose grotesque dont ils étaient pathétiquement fiers, ce qui les rendait encore plus ridicules. »

Et puis à la fin, à l’instant où j’ai refermé le livre, j’ai songé : «Il est tel qu’il doit être, chaque mot à sa place parfaite». Comme avec le précédent Amélie Nothomb, j’ai éprouvé la justesse déjantée de cette écriture si particulière. Et la sensation de rencontrer une maîtresse femme de la littérature contemporaine. Bluffant.

[Lecture] « Tombée des nues » de Violaine Bérot

L08 imageCe livre est une petite pépite de sensibilité et d’originalité. Sa sensibilité, en lien avec son sujet – dont par choix je ne dirai rien – et les voix de ses personnages, si réalistes qu’il nous semble les entendre. Son originalité, c’est notamment l’ordre de lecture laissé au choix du lecteur : une lecture chronologique classique ou des sauts de chapitres en chapitres au gré des indications de l’auteur.

J’ai choisi la lecture non linéaire, et pour aller encore plus loin dans le mystère j’ai suivi l’incitation du magazine littéraire Page : je n’ai pas lu la quatrième de couverture.

Cette découverte à l’aveugle s’est révélée d’une fluidité et d’une beauté rare. L’histoire a filé à toute vitesse à travers moi, à travers mes émotions entre crainte et espoir, en un seul morceau de nuit, et m’a laissé un goût de poésie qui s’ignore, une poésie du réel abrupt, une sensation de douce sidération comme seul peut en laisser l’événement narré dans ce roman…

[Lecture] « La fissure » de Jean-Paul Didierlaurent

L07 imageJe m’étais délectée, il y a quelque temps, du Liseur du 6h27, du même auteur. C’est ce qui m’a poussé vers ce roman, une autre de mes lectures de vacances avec Le camion, My absolute darling et Cosmétique de l’ennemi. Ça et la quatrième de couverture bien sûr.

Dernier représentant d’une entreprise de nains de jardin rachetée par une holding américaine, Xavier Barthoux mène une vie bien rangée entre la tournée de ses clients, son épouse, son chien et sa résidence secondaire des Cévennes. Mais quand il découvre une fissure dans le mur de sa maison, c’est tout son univers qui se lézarde… Animé par une unique obsession, réparer la fissure, il entreprend un périple extrême et merveilleux jusqu’à l’autre bout du monde.

Ce livre, je l’ai trouvé parfait dans le contexte de camping dans lequel je l’ai lu, pas très loin de la fameuse maison secondaire des Cévennes qui plus est. Les aventures du très rangé Xavier Barthoux sont loufoques, rafraichissantes et très amusantes. On passe un délicieux moment de détente et d’évasion avec ce livre. L’aventure, pourtant, est plus profonde et intime qu’il n’y paraît d’abord. Au point de nous interpeller, une fois le roman refermé, sur la fissure que l’on porte tous et toutes sous nos camouflages…

[Lecture] « Cosmétique de l’ennemi » d’Amélie Nothomb

L06 imageC’était mon premier Nothomb. Et oui, j’étais jusqu’à présent passée à côté de ce phénomène littéraire. Le hasard, l’indifférence à son excentricité, la préférence pour d’autres lectures surtout m’avaient tenue à l’écart de ses romans. J’ai donc abordé Cosmétique de l’ennemi sans a priori autre que celui induit par sa quatrième de couverture :

« Sans le vouloir, j’avais commis le crime parfait : personne ne m’avait vu venir, à part la victime. La preuve, c’est que je suis toujours en liberté. » C’est dans le hall d’un aéroport que tout a commencé. Il savait que ce serait lui. La victime parfaite. Le coupable désigné d’avance. Il lui a suffi de parler. Et d’attendre que le piège se referme. C’est dans le hall d’un aéroport que tout s’est terminé. De toute façon, le hasard n’existe pas.

J’avoue avoir été étonnée par l’entrée dans ce livre : un dialogue entre deux hommes dans un aéroport, l’un imposant sa logorrhée envahissante à l’autre. « Ce n’est que cela, la prose d’Amélie Nothomb ? » me suis-je surprise à penser. Mais page après page, tandis que l’échange se poursuit, désagréable puis oppressant et pour finir terriblement révélateur, on entre dans ce jeu littéraire, dans ce roman qui peut se lire d’une traite. Et finalement, « c’est donc cela, Amélie Nothomb ».

Sur l’intrigue, je n’en dirai pas plus. Par contre, je peux vous dire que je suis allée chercher les autres Amélie Nothomb présents dans la bibliothèque familiale…

Une dernière chose tout de même. Je m’interroge souvent sur la genèse des livres que je lis. Je me suis alors demandé, à propos de Cosmétique de l’ennemi, si la scène décrite à la fin était un fait divers réel ayant inspiré l’auteure. En furetant sur internet, j’ai trouvé cet entretien avec Amélie Nothomb expliquant la genèse de ce roman (attention elle en dit plus que moi sur certains éléments de l’histoire). Maintenant, que j’ai en tête ses mots pour décrire son acte d’écrire, j’ai encore plus envie de la lire. Allez, je vous laisse, j’ai un Amélie Nothomb sur ma table de chevet…

[Lecture] « My absolute darling » de Gabriel Tallent

L05 image.jpgC’est un livre percutant, traduit de l’américain mais dans lequel la traduction ne se sent pas, un roman qui nous enserre et nous embarque dans sa violence et sa beauté obscure.

C’est l’histoire captivante d’une jeune fille de quatorze ans, servie par une écriture magnifique de contrastes, tour à tour enivrante de poésie et terriblement crue dans ses dialogues répétitifs.

C’est une lecture haletante, puisque jusqu’à la toute fin du livre on se demande si «Turtle» parviendra à s’échapper de cette emprise d’amour absolu («my absolute darling», lui dit-il), de cette prison folle construite par son père autour d’elle, autour d’eux.

C’est un roman extrême, à découvrir absolument. Et comme ils en parlent tellement mieux que moi, je vous invite à visionner ici l’entretien réalisé par François Busnel avec l’auteur pour La Grande Librairie du 8 mars 2018.

C’est une découverte, enfin, que je n’aurais pas pu faire sans la magnifique note rédigée par l’une des libraires de chez Pantagruel (ma librairie de quartier), merci à elle.