La liste de mes contradictions

La liste de mes contradictions

Chéri, tu passeras chez Biocoop, il nous faudrait des fruits, du café et du chocolat ; des piles, pour les jouets criards des gamins, qui dégoulineront dans les coins ; une pizza surgelée, pour ne pas cuisiner ce soir, pas la peine qu’elle soit bio, non, faut pas pousser ; prends du vin, tiens, aussi, avec sulfite, si ça te suffit, tu crois que ça fonctionne le vin naturel, en terme de tête tournée j’entends ; tiens tu me prendrais pas une vie de rechange tant qu’on y est ?, une vie sans attache, un corps sans ratage, un rattrapage, un autre âge, vingt ans de moins sur le visage, non tu as raison, dix ans ça suffit et c’est plus sage, n’oublie pas le cacao des nains on n’en a plus, et le rendez-vous avec le banquier ; tes parents sont au courant qu’ils gardent les gnomes, tu as noté qu’on change d’heure ce week-end, rajoute donc une horloge et un camion aménagé pour se barrer, non juste le camion, et de la liberté si tu en trouve, il faudra de l’essence pour rouler, c’est vrai, on passera chez Total sur le chemin du départ, ce ne sera pas un hasard, rien n’est jamais un hasard, prend donc la liste des courses sur le frigo, moi je reste là.

La folie, cette hérédité

La folie cette heredite

L’invasion était arrivée, soudaine, violente, dévastant tout sur son passage. Comme les turcs dans son village. Le feu, les bruits, les saccades, les cris. Elle ressentait souvent, en silence, ce cri qui l’avait déchirée cette nuit là. Les fissures qu’il avait laissées dans sa raison malade. Alors elle se faisait envahir, transpercer, écarteler. Ses yeux s’arrondissaient et ses lèvres tremblaient. Son corps palpitait. Des traits rouges rayaient son regard. Sa vue se brouillait. A peine put-elle distinguer les ciseaux dans le tiroir de la cuisine. Elle se jeta, courut presque, avant que son mental ne revienne à son secours, avant que la vague ne s’apaise, les liens rompus, elle se jeta. Le geste acéré, explosif et vital. Répété. Encore et encore. Jusqu’à ce qu’il ne reste que des lambeaux de tissu moins larges que la paume de sa main. Jusqu’au bout de sa folie. Elle rangea les morceaux l’un à côté de l’autre sur l’édredon laiteux. Des rayures sur fond blanc. Un code barre coloré.

« La facture de ta soirée volée, ma fille. »

Elle ferma la porte de la chambre de sa fille derrière elle, si doucement qu’elle entendit à peine le clapotement de la serrure. Ses pas redevenus silencieux la ramenèrent dans la cuisine, elle déposa les ciseaux dans le tiroir resté ouvert. L’invasion est passée sur elle et elle s’est enfuie.

 

Plus un jour.

La jupe sera encore plus courte et la nuit plus longue.

Le rimel sur ses paupières n’en finissait pas d’être repassé, le rouge sur ses lèvres et ses bas neufs.

La porte claquée pour dire au revoir.

Le bruit des talons sur le goudron neuf de l’impasse sordide.

La rumeur enfle, la clameur, la cadence, la musique s’empare de ses idées noires et elles s’échappent dans des tourbillons de fumée. Elle tire sur sa cigarette et imagine le bruit de son grésillement. Le son couvre tout. Son corps se déconnecte des paroles qui continuent à affluer à l’intérieur d’elle, de secousses en tressaillements il se libère du chemin rectiligne qu’on lui a assigné. Il ne lui appartient même plus quand elle coupe le dernier filin la retenant au rivage. Rien à perdre et encore moins à gagner. Plus rien n’existe que la musique et ces corps couverts de sueur. Le temps se déroule, invisible et inodore dans la moiteur des corps de plus en plus nombreux, de plus en plus proches, et la danse devient transe. Elle ne s’arrêtera pas, deviendra insatiable de cette liberté arrachée.

 

Plus vingt-deux ans.

— Et si j’étais folle comme ma grand-mère.

— Folle comme l’autre dingue, pourquoi tu dis ça ? De toute façon elle est pas folle elle est méchante.

— Elle est folle. Tu as vu ses yeux quand elle cris sur maman. Tu as vu les veines pétées comme si elle fumait du shit.

— Peut-être qu’elle fume du shit.

— Non mais sans blague je flippe. Si c’était héréditaire la folie…

— Héréditaire, et puis quoi encore ? Par contre, le shit, elle en fume peut-être pas, mais toi si, et ça n’aide pas.

— Mouais.

— Tu le sais quand même que ça libère la schizophrénie le bédot. Avec ton bagage héréditaire tu devrais peut-être faire gaffe.

— Tu viens de dire que c’était des conneries ces histoires d’hérédité.

— Oui je sais ce que j’ai dit. Mais je suis une voix dans ta tête alors bon, ce que je dis.

— Tais-toi maintenant.

— Pourquoi ?

— J’ai peur de devenir folle et t’entendre dans ma tête ça n’aide pas.

— En même temps, tu veux quoi ? Ne pas être folle. Etre eux.

— Qui eux ?

— Tes parents. Chacun son côté du lit. La drogue c’est mal. Tu n’as que seize ans. Passe ton bac d’abord. Bla. Bla. Bla. Tous ces mots, tous ces objets qui ne servent à rien…

 

Le désir de l’oubli

Un jour je dirai « j’ai oublié ». Oubliée, la route propre et bien tracée. Oubliée, la route neuve et lisse. Oublié, le bonheur parfait d’une vie rêvée. Sur le côté, camouflée dans le paysage, il y a une fissure. Je m’y suis engouffrée, je m’y suis enfoncée. J’ai suivi la route abandonnée. Le chemin de traverse dont tu m’avais parlé, sombre, dangereux et terriblement attirant.

Au bout de cette route perdue qu’y a-t-il à part l’oubli ? De plus en plus souvent je veux la suivre, m’éloigner, m’engouffrer, m’enfoncer vers le bout du monde, vers la fin du monde, là où il n’y aura plus que la forêt ou peut-être même pas, là où il n’y aura plus rien de notre vie si brillante si belle si neuve si lisse si heureuse et si facile. Au bout, s’il y a un bout, on aura oublié la vie, on aura oublié le monde, le futur, on aura oublié la route même.

Au début, pourtant, on avait voulu garder notre lucidité, comme tu disais. On avait suivi la ligne blanche comme un rail. Un rail de dope mais un rail quand même. Au bout de la route, on savait la forêt, touffue, sauvage, dévorante, multitude, entière, solitaire et pleine. On pensait qu’en suivant la ligne on ne s’oublierait pas. On se croyait inoubliables, en fait, les humains et leurs vanités. Mais la ligne s’abîme, la ligne s’efface, d’abord un peu puis on l’oublie, on la recouvre.

Elle est oubliée, elle est recouverte, elle est effacée.

J’avais les pieds sur la peinture, pourtant, il n’y a pas si longtemps. Tant que je suis la ligne tout ira bien, je me disais, je saurai revenir, refluer vers la route droite et propre loin des chemins de traverse. Puis j’ai oublié. J’ai oublié où menait cette route. J’ai oublié pourquoi je l’avais prise et si tu y étais toi aussi. J’ai oublié ce qu’il y avait au bout. J’ai oublié si je l’ai su un jour. J’ai pris la route qui éloigne, qui se perd, qui ne rejoint pas, ne rejoint plus. J’ai pris la route qui mène partout, n’importe où, nulle part. Et puis j’ai oublié.

Au bout de la route tu étais là je crois, tout était blanc, doux, chaud. Les frissons de l’oubli m’ont prise, les yeux fermés, le temps suspendu, la fin sur le bout de la langue, j’ai oublié.

Une nouvelle série de nouvelles… pour 2019

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Quand une nouvelle année commence, il faut :

  • Souhaiter une « Bonne année » à tous, dans la réalité et dans le virtuel aussi… Je vous souhaite donc une merveilleuse année pleine de… tout ce que vous voudrez.
  • Redémarrer, continuer, aller si possible vers de la nouveauté. J’attendais donc 2019 pour proposer ici une série de nouvelles, écrites il y a quelque temps, et sorties de leur contexte. J’explique :

Au départ c’était un livre que j’avais écrit au moment de la mort de mon père, construit sur une alternance de récits de la réalité et de nouvelles forcément fictives. Le temps passant sur cette histoire intime m’a privée de l’envie de la partager avec le monde. Ne restent alors que les fictions, dans lesquelles tout n’est pas inventé, mais rien n’est totalement vrai… Je les disséminerai ici, dans les semaines et les mois à venir, comme des rendez-vous.

 

Ces 7 là vont ensemble, vous verrez :

La nuit tous les chats sont gris

Un polichinelle dans le miroir

Escorter l’amour

L’argent ne fait pas l’amitié

Il y contribue

Au nom du Non

Je ne suis plus moi même

 

Les autres sont plus indépendantes :

Evaluer une destinée

Les deux soeurs

Elle, avec ses valises

Lui : aimer c’est abandonner

Nous

Nous

Nous sommes une famille. Nous sommes des voisins. Nous sommes une rue. Nous sommes des parents de la petite école, celle qui regarde la vierge de face. Si nous étions de l’autre côté de la colline, nous regarderions son cul. Serions-nous les mêmes ? Presque. Nos quartiers sont presque les mêmes.

Nous sommes une ville. Nous tous. Mais quand même. Avons-nous des fissures dans nos murs ? Avons-nous un maillot bleu et blanc dans nos placards ? Aimons-nous ce bleu, ni France, ni ciel, ni mer ? Ce bleu un peu chimique, un peu guirlande électrique clignotante, ce bleu un peu moche…

Nous sommes une ville, peut-être. Mais sommes-nous la ville du nord ou celle du sud ? De quel côté de la Canebière ? Quel numéro d’arrondissement ?

Nous sommes une ville. Nous sommes ces lettres craquelées – déjà, et oui – vues depuis le littoral. Sommes-nous ses effondrements, sommes-nous ses questionnements, sommes-nous un nous ?

Nous n’avons parcouru que quelques kilomètres depuis notre salon, notre cocon de nous quatre, notre chez nous, et nous sommes déjà si loin, déjà si pleins. Nous sommes des différences, des origines, des idées, des langues. Nous sommes des visages et des mots.

Nous ne sommes pas vraiment nous.

Mais poussons le nous, écartons nous.

Nous sommes des provençaux. Nous sommes nos crèches, nos oliviers, nos cigales, notre soleil, notre lumière. Le sommes-nous ?

Nous sommes notre pays. Là, ça se complique.

Sommes-nous un Un ou sommes-nous une somme de uns ? Une somme de nous, une sommes de «nous on dit», «nous on pense», «nous on pleure», «nous on souffre», «nous c’est pas comme vous». Ah non mais vous ne comprenez pas, vous ne nous écoutez pas, nous allons vous expliquer ce qui est vrai et ce qui est juste parce que, la vérité, nous la connaissons. D’ailleurs la preuve que nous avons raison, c’est que nous sommes ensemble, nous sommes nous et vous êtes moins que nous à penser comme vous. D’ailleurs, où sont les autres vous ? Vous voyez ? Ils ne sont pas là avec nous… Bon, je ne vous parle même pas d’eux. Comment ça, « qui ça eux », mais eux ! Eux qui ne sont pas nous, voyons. Vous savez bien, eux ! Au moins, vous et nous, nous nous connaissons, même si nous ne sommes pas toujours d’accord, nous faisons partie d’un tout. Alors que eux…

Eux… c’est nous. D’autres nous. Des petits nous à deux trois ou quatre. Des nous à un plus un à l’intérieur. Des nous sur ce bateau qui va couler. Des nous ne voulons pas mourir.

Et si nous revenions au cœur du nous.

Nous c’est lui et moi et eux. Nous c’est lui et moi parfois, la nuit sous les draps ou pendant les soirées nounou plus cinéma.

Nous, surtout, c’est moi et eux, pour toujours dans ma peau. Jusqu’à ce qu’ils créent leur propre nous. Je suis devenue nous. Une multitude de nous qui retourne toujours en cercle autour d’un seul moi. Une illusion de nous.

Nous.

Un calendrier de l’avent non matériel

Un calendrier de l avent non materiel

Cette année, j’ai eu envie d’un calendrier de l’avent un peu différent. Le constat de base, c’était cette sensation d’écoeurement assez prégnante devant la surconsommation indécente de la période de Noël (et je ne parle même pas du Black Friday), à laquelle s’ajoute le dégoût du plastique à tout va. Impossible, dès lors, de faire dans le calendrier à base de babioles en plastique comme les années précédentes. Et comme on n’est pas non plus fanatiques des calendriers à base de chocolat ; mais que la période de l’avent conserve un sens important pour les enfants – et pour nous aussi – il fallait vraiment trouver une solution… D’où ce calendrier de l’avent non matériel.

A chaque jour correspondra une activité en famille : bricolage, cuisine, jeu, sortie… Le coût de ce calendrier, pour deux enfants : presque zéro euro. Mais l’essentiel est bien là : attendre la grande fête familiale de Noël en passant des bons moments ensemble et profiter d’un petit rendez-vous plaisir (et surprise) au quotidien pour nous aider à patienter jusqu’au jour J. J’espère juste que, sur ce coup là, mes enfants ne seront pas trop matérialistes, eux qui aiment tellement leurs petites figurines en plastique…

Vous aussi vous voulez tester le calendrier de l’avent non matériel ? C’est archi simple. Vous faites votre calendrier d’activités, en fonction des habitudes de votre famille et des jours de la semaine, un système d’enveloppes numérotées, et le tour est joué. Moi j’ai repris les enveloppes – numéros glissées entre les livres de la bibliothèque, qui m’avaient servies pour un calendrier de l’avant sous forme de chasse au trésor.

Vous peinez à trouver 24 activités familiales différentes ? Je suis sûre qu’internet regorge d’idées de toute sortes, et puis sinon, voici les miennes :

idees_calendrier_avent_non_materiel

Le calendrier non matériel vous tente ? Vous le pratiquez déjà ? Vous avez d’autres idées d’activités ? Laissez-moi un petit commentaire !

Devine quel âge j’ai eu à la cantine aujourd’hui ?

Devine quel age j ai eu

Nous avons tous connu ces verres de cantine numérotés dont on comparait les âges fictifs.

Nos enfants jouent le même jeu dans les cantines de leurs écoles. Les verres numérotés en pirex sont l’un de ces nombreux traits d’union entre nos enfants et nous, entre leur enfance et notre enfance. Comme les billes, les jeux de société mythiques auxquels nous jouions avec nos parents ou les romans marquants de nos premiers pas de lecteur…

Observer mes enfants qui grandissent, c’est revivre des bribes de ma propre enfance, et ce faisant tisser des liens supplémentaires entre eux et moi, entre mon homme et moi, entre mes parents et moi, même.

Lorsque je tiens les petites mains de ma fille pour l’aider à casser un œuf sur la tranche du saladier, je me souviens du geste identique de ma mère avec moi. Quand je feuillette un catalogue de jouets avec mon fils et que je pointe Mastermind en lui expliquant à quel point ce jeu est génial, ce sont des émotions d’enfant qui vibrent dans mon crâne. Et quand j’écris avec eux leurs « lettres au Père Noël », c’est encore un rendez-vous avec mes désirs d’enfant.

J’ai tant de fois l’impression de rajeunir, en regardant vivre mes enfants et en vivant à leur côtés, au contact de leur naturel et de leur enthousiasme.

En plus, chez moi, Noël est la période idéale pour les réminiscences d’enfance…

Et chez vous ?

Quand je vis en nomade…

Quand je vis en nomade

Quand je vis en nomade, je crois, parfois, que je ne pourrai plus jamais vivre autrement. J’aime croire, pour quelques jours ou quelques semaines, que je pourrais renoncer au confort d’une maison pour la liberté d’un lieu chaque jour différent. Pour la beauté du passage, en pleine nature, du jour à la nuit, de la nuit au jour. Pour l’intensité de cette vie, au plus proche de ce qu’est, en fait, la vie. Bouger, regarder, manger, dormir, recommencer.

A la fin de nos vacances d’été, après des semaines de chaussures de marche et d’opinel dans la poche, je n’arrivais pas à m’imaginer revivre en ville.

Quand je vis en nomade 2

Nous sommes rentrés à Marseille, et un midi de la fin du mois d’août, ce reportage est passé à la télévision. A l’écran, nous avons découvert assez hébétés comment cet homme avait vécu, pendant plusieurs mois, principalement de cueillette, marchant toute la journée, dormant dans un hamac sous une bâche, se lavant à sec à la poudre d’argile… Avec cette « initiation à la vie sauvage », Vianney voulait prouver que l’homme pouvait vivre en autonomie dans la nature. Comme une version très augmentée de notre nomadisme de loisir…

Je reviens toujours avec bonheur, finalement, au cocon de notre vie sédentaire. A la chaleur d’un radiateur l’hiver, à la sécurité d’un mur tout autour de nous la nuit, à la douce habitude d’une vue par la fenêtre. Cette sédentarité, je l’apprécie d’autant plus que la vie nomade m’appelle à chaque période pas trop fraîche de vacances…

 

En attendant les escapades de printemps, voici les quelques images du retour du combi réparé (Brest – Marseille en 4 jours) pendant les vacances de la Toussaint, photos prises au portable, sans filtre ni aucune retouche… (ça fait gagner du temps !).

Bivouac nuit 1 sur le golfe du Morbihan :

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Route jour 2 :

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Bivouac nuit 2 vers Saintes :

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Bivouac nuit 3 vers Albi :

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Route jour 4 :

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Arrivée à Marseille :

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Poussettes interdites ?

Poussettes interdites

Vous aurez lu ou entendu cette info, peut être. Un collectif de parents marseillais a fondé un « Syndicat des poussettes enragées » pour dénoncer les problèmes rencontrés par les familles dans notre ville : trottoirs impraticables, voitures reines, transports en communs non accessibles, manque de place en crèche, mauvais état des écoles, piètre qualité des cantines, rareté des espaces verts…

Quand on met bout à bout tous ces constats, Marseille apparaît comme une ville dans laquelle les enfants ne sont pas du tout les bienvenus. Et j’ai beau apprécier ma belle ville, mon « amoureuse », l’aimer à la folie pour sa beauté, sa folie et sa chaleur, je ne peux pas contredire ces faits.

Je me souviens encore de ce jour, mon fils avait dans les un an et je suis allée au musée avec une amie. J’ai été fort surprise de devoir laisser ma poussette au vestiaire. « Les salles d’expositions sont interdites aux poussettes. » (Il y a pire, cela dit, dans le genre musée inaccessible.) Je n’ai pas pu m’empêcher de penser que c’était bien commode pour éviter les bébés… Mais j’ai sorti ma mini écharpe filet de mon sac et j’ai porté mon fils contre moi pendant toute la visite guidée. J’ai fait semblant de ne pas voir le regard noir d’une des femmes du groupe quand mon bébé a commencé à râler et que j’ai sorti mon sein pour le calmer, debout un peu à l’écart dans la salle d’exposition.

Quand la poussette n’était pas la meilleure des solutions, j’ai porté mes enfants, sur le ventre, sur le dos, puis sur les épaules… Et peu à peu, la fameuse poussette – l’achat incontournable de ma première grossesse – a pris la poussière dans un coin de mon appartement.

Finalement, au fil des années, je me suis fabriquée une jolie vie de famille dans cette ville qui n’accueille pas toujours bien les familles. Je sais où vaquer, quand et comment. Quelles activités proposer à mes nains, où aller respirer.

N’empêche qu’aujourd’hui, le Syndicat des poussettes enragées marseillais fait les couvertures de la presse nationale, et prépare une parade de Noël revendicative pour le 8 décembre (à suivre sur leur page Facebook). Dans le même temps, l’association Autour de l’Enfant (dont je suis fière de faire partie) lance un concept de salles d’allaitement à Marseille ; la première était à la foire de Marseille il y a quelques semaines (j’en parlais là). L’accueil des familles dans les lieux publics devient un sujet, je ne peux que m’en réjouir…

Et vous, qu’en pensez-vous ? Les non marseillais, c’est comment chez vous ?