La folie, cette hérédité

La folie cette heredite

L’invasion était arrivée, soudaine, violente, dévastant tout sur son passage. Comme les turcs dans son village. Le feu, les bruits, les saccades, les cris. Elle ressentait souvent, en silence, ce cri qui l’avait déchirée cette nuit là. Les fissures qu’il avait laissées dans sa raison malade. Alors elle se faisait envahir, transpercer, écarteler. Ses yeux s’arrondissaient et ses lèvres tremblaient. Son corps palpitait. Des traits rouges rayaient son regard. Sa vue se brouillait. A peine put-elle distinguer les ciseaux dans le tiroir de la cuisine. Elle se jeta, courut presque, avant que son mental ne revienne à son secours, avant que la vague ne s’apaise, les liens rompus, elle se jeta. Le geste acéré, explosif et vital. Répété. Encore et encore. Jusqu’à ce qu’il ne reste que des lambeaux de tissu moins larges que la paume de sa main. Jusqu’au bout de sa folie. Elle rangea les morceaux l’un à côté de l’autre sur l’édredon laiteux. Des rayures sur fond blanc. Un code barre coloré.

« La facture de ta soirée volée, ma fille. »

Elle ferma la porte de la chambre de sa fille derrière elle, si doucement qu’elle entendit à peine le clapotement de la serrure. Ses pas redevenus silencieux la ramenèrent dans la cuisine, elle déposa les ciseaux dans le tiroir resté ouvert. L’invasion est passée sur elle et elle s’est enfuie.

 

Plus un jour.

La jupe sera encore plus courte et la nuit plus longue.

Le rimel sur ses paupières n’en finissait pas d’être repassé, le rouge sur ses lèvres et ses bas neufs.

La porte claquée pour dire au revoir.

Le bruit des talons sur le goudron neuf de l’impasse sordide.

La rumeur enfle, la clameur, la cadence, la musique s’empare de ses idées noires et elles s’échappent dans des tourbillons de fumée. Elle tire sur sa cigarette et imagine le bruit de son grésillement. Le son couvre tout. Son corps se déconnecte des paroles qui continuent à affluer à l’intérieur d’elle, de secousses en tressaillements il se libère du chemin rectiligne qu’on lui a assigné. Il ne lui appartient même plus quand elle coupe le dernier filin la retenant au rivage. Rien à perdre et encore moins à gagner. Plus rien n’existe que la musique et ces corps couverts de sueur. Le temps se déroule, invisible et inodore dans la moiteur des corps de plus en plus nombreux, de plus en plus proches, et la danse devient transe. Elle ne s’arrêtera pas, deviendra insatiable de cette liberté arrachée.

 

Plus vingt-deux ans.

— Et si j’étais folle comme ma grand-mère.

— Folle comme l’autre dingue, pourquoi tu dis ça ? De toute façon elle est pas folle elle est méchante.

— Elle est folle. Tu as vu ses yeux quand elle cris sur maman. Tu as vu les veines pétées comme si elle fumait du shit.

— Peut-être qu’elle fume du shit.

— Non mais sans blague je flippe. Si c’était héréditaire la folie…

— Héréditaire, et puis quoi encore ? Par contre, le shit, elle en fume peut-être pas, mais toi si, et ça n’aide pas.

— Mouais.

— Tu le sais quand même que ça libère la schizophrénie le bédot. Avec ton bagage héréditaire tu devrais peut-être faire gaffe.

— Tu viens de dire que c’était des conneries ces histoires d’hérédité.

— Oui je sais ce que j’ai dit. Mais je suis une voix dans ta tête alors bon, ce que je dis.

— Tais-toi maintenant.

— Pourquoi ?

— J’ai peur de devenir folle et t’entendre dans ma tête ça n’aide pas.

— En même temps, tu veux quoi ? Ne pas être folle. Etre eux.

— Qui eux ?

— Tes parents. Chacun son côté du lit. La drogue c’est mal. Tu n’as que seize ans. Passe ton bac d’abord. Bla. Bla. Bla. Tous ces mots, tous ces objets qui ne servent à rien…

 

Le désir de l’oubli

Un jour je dirai « j’ai oublié ». Oubliée, la route propre et bien tracée. Oubliée, la route neuve et lisse. Oublié, le bonheur parfait d’une vie rêvée. Sur le côté, camouflée dans le paysage, il y a une fissure. Je m’y suis engouffrée, je m’y suis enfoncée. J’ai suivi la route abandonnée. Le chemin de traverse dont tu m’avais parlé, sombre, dangereux et terriblement attirant.

Au bout de cette route perdue qu’y a-t-il à part l’oubli ? De plus en plus souvent je veux la suivre, m’éloigner, m’engouffrer, m’enfoncer vers le bout du monde, vers la fin du monde, là où il n’y aura plus que la forêt ou peut-être même pas, là où il n’y aura plus rien de notre vie si brillante si belle si neuve si lisse si heureuse et si facile. Au bout, s’il y a un bout, on aura oublié la vie, on aura oublié le monde, le futur, on aura oublié la route même.

Au début, pourtant, on avait voulu garder notre lucidité, comme tu disais. On avait suivi la ligne blanche comme un rail. Un rail de dope mais un rail quand même. Au bout de la route, on savait la forêt, touffue, sauvage, dévorante, multitude, entière, solitaire et pleine. On pensait qu’en suivant la ligne on ne s’oublierait pas. On se croyait inoubliables, en fait, les humains et leurs vanités. Mais la ligne s’abîme, la ligne s’efface, d’abord un peu puis on l’oublie, on la recouvre.

Elle est oubliée, elle est recouverte, elle est effacée.

J’avais les pieds sur la peinture, pourtant, il n’y a pas si longtemps. Tant que je suis la ligne tout ira bien, je me disais, je saurai revenir, refluer vers la route droite et propre loin des chemins de traverse. Puis j’ai oublié. J’ai oublié où menait cette route. J’ai oublié pourquoi je l’avais prise et si tu y étais toi aussi. J’ai oublié ce qu’il y avait au bout. J’ai oublié si je l’ai su un jour. J’ai pris la route qui éloigne, qui se perd, qui ne rejoint pas, ne rejoint plus. J’ai pris la route qui mène partout, n’importe où, nulle part. Et puis j’ai oublié.

Au bout de la route tu étais là je crois, tout était blanc, doux, chaud. Les frissons de l’oubli m’ont prise, les yeux fermés, le temps suspendu, la fin sur le bout de la langue, j’ai oublié.

Une nouvelle série de nouvelles… pour 2019

Une nouvelle serie de nouvelles.jpg

Quand une nouvelle année commence, il faut :

  • Souhaiter une « Bonne année » à tous, dans la réalité et dans le virtuel aussi… Je vous souhaite donc une merveilleuse année pleine de… tout ce que vous voudrez.
  • Redémarrer, continuer, aller si possible vers de la nouveauté. J’attendais donc 2019 pour proposer ici une série de nouvelles, écrites il y a quelque temps, et sorties de leur contexte. J’explique :

Au départ c’était un livre que j’avais écrit au moment de la mort de mon père, construit sur une alternance de récits de la réalité et de nouvelles forcément fictives. Le temps passant sur cette histoire intime m’a privée de l’envie de la partager avec le monde. Ne restent alors que les fictions, dans lesquelles tout n’est pas inventé, mais rien n’est totalement vrai… Je les disséminerai ici, dans les semaines et les mois à venir, comme des rendez-vous.

 

Ces 7 là vont ensemble, vous verrez :

La nuit tous les chats sont gris

Un polichinelle dans le miroir

Escorter l’amour

L’argent ne fait pas l’amitié

Il y contribue

Au nom du Non

Je ne suis plus moi même

 

Les autres sont plus indépendantes :

Evaluer une destinée

Les deux soeurs

Elle, avec ses valises

Lui : aimer c’est abandonner

Nous

Nous

Nous sommes une famille. Nous sommes des voisins. Nous sommes une rue. Nous sommes des parents de la petite école, celle qui regarde la vierge de face. Si nous étions de l’autre côté de la colline, nous regarderions son cul. Serions-nous les mêmes ? Presque. Nos quartiers sont presque les mêmes.

Nous sommes une ville. Nous tous. Mais quand même. Avons-nous des fissures dans nos murs ? Avons-nous un maillot bleu et blanc dans nos placards ? Aimons-nous ce bleu, ni France, ni ciel, ni mer ? Ce bleu un peu chimique, un peu guirlande électrique clignotante, ce bleu un peu moche…

Nous sommes une ville, peut-être. Mais sommes-nous la ville du nord ou celle du sud ? De quel côté de la Canebière ? Quel numéro d’arrondissement ?

Nous sommes une ville. Nous sommes ces lettres craquelées – déjà, et oui – vues depuis le littoral. Sommes-nous ses effondrements, sommes-nous ses questionnements, sommes-nous un nous ?

Nous n’avons parcouru que quelques kilomètres depuis notre salon, notre cocon de nous quatre, notre chez nous, et nous sommes déjà si loin, déjà si pleins. Nous sommes des différences, des origines, des idées, des langues. Nous sommes des visages et des mots.

Nous ne sommes pas vraiment nous.

Mais poussons le nous, écartons nous.

Nous sommes des provençaux. Nous sommes nos crèches, nos oliviers, nos cigales, notre soleil, notre lumière. Le sommes-nous ?

Nous sommes notre pays. Là, ça se complique.

Sommes-nous un Un ou sommes-nous une somme de uns ? Une somme de nous, une sommes de «nous on dit», «nous on pense», «nous on pleure», «nous on souffre», «nous c’est pas comme vous». Ah non mais vous ne comprenez pas, vous ne nous écoutez pas, nous allons vous expliquer ce qui est vrai et ce qui est juste parce que, la vérité, nous la connaissons. D’ailleurs la preuve que nous avons raison, c’est que nous sommes ensemble, nous sommes nous et vous êtes moins que nous à penser comme vous. D’ailleurs, où sont les autres vous ? Vous voyez ? Ils ne sont pas là avec nous… Bon, je ne vous parle même pas d’eux. Comment ça, « qui ça eux », mais eux ! Eux qui ne sont pas nous, voyons. Vous savez bien, eux ! Au moins, vous et nous, nous nous connaissons, même si nous ne sommes pas toujours d’accord, nous faisons partie d’un tout. Alors que eux…

Eux… c’est nous. D’autres nous. Des petits nous à deux trois ou quatre. Des nous à un plus un à l’intérieur. Des nous sur ce bateau qui va couler. Des nous ne voulons pas mourir.

Et si nous revenions au cœur du nous.

Nous c’est lui et moi et eux. Nous c’est lui et moi parfois, la nuit sous les draps ou pendant les soirées nounou plus cinéma.

Nous, surtout, c’est moi et eux, pour toujours dans ma peau. Jusqu’à ce qu’ils créent leur propre nous. Je suis devenue nous. Une multitude de nous qui retourne toujours en cercle autour d’un seul moi. Une illusion de nous.

Nous.

Pourquoi ce blog ?

Pourquoi ce blog

Je vous avoue que c’est une question que je me pose parfois. En trois ans de « blogging » j’ai rencontré des moments de doute assez intenses, des moments où l’écriture ne vient plus, où l’inspiration se délite, où tout le reste prend le dessus sur ce que je vis ici.

Et puis je reviens toujours.

Après trois ans – et 266 articles – ce blog condense de très nombreux souvenirs auxquels je tiens particulièrement, avec l’immense avantage de leur éviter la poussière et le moisi d’une cave humide.

Il me permet, surtout, de partager des convictions qui méritent, selon moi, d’être soufflées au plus de monde possible. J’ai essayé, pour cet anniversaire, de retrouver quelques uns de mes articles les plus révélateurs.

Il y a, d’abord, bien sûr, les articles sur la maternité…

Sur l’amour entre parents et enfants : Il n’y a pas de « parce que » dans mes « je t’aime »

Et ces sujets de tension, parfois, que sont par exemple le sommeil et l’allaitement :

Le sommeil des bébés, ce sujet de déchirure

Allaitement long, très long, très très long

L’allaitement c’est partout

Enfin, j’ai un attachement tout particulier à cet article sur Le corps des mères.

Au delà de la maternité, avoir un blog pour moi c’est l’occasion d’écrire le recul que je prends, parfois, sur ma vie, comme dans Pourquoi je laisse ma cape de super-woman au placard ou bien La revendication de la lenteur.

Mais ce qui m’aide surtout à me ressourcer, vous le savez si vous passez ici de temps en temps, ce sont les moments en pleine nature avec notre combi, ces temps de Bivouac.

Il y a aussi les grands sujets. L’écologie :

Le plastique c’est pas fantastique

Tester les couches lavables ? C’est par ici ! (Cet article là recense tout ce que j’ai appris et appliqué concernant les couches lavables, c’est une mine d’informations !)

Le sexisme ou le handicap – ce grand invisible de notre société.

La lecture, dernière arrivée sur ce blog. L’article Quelle place pour la lecture ? évoque d’ailleurs un projet rêvé pour mon collège (Silence on lit, on en parle en ce moment dans les médias…) comme cet autre article Une cour de récré est faite pour jouer !

Tout est ouvert, donc. A écrire, à poursuivre, à reprendre, à redire, à agir… Encore et encore.

Rêve grand format

Reve grand format

Nous verrouillons la porte de notre appartement. Nos regards se caressent. Les enfants ont leurs yeux pétillants, ceux des matins d’aventure. Arthur porte fièrement sa valise à bout de bras. Nina se tient droite comme un i à côté de la sienne. Mon sac à dos est si plein qu’il rebondit contre mes omoplates. Mes yeux effleurent la valise portée par mon époux. Si menue pour six mois.

Sans un souffle, nous nous sourions. Le silence nous étreint. Autour tout sommeille, un cœur de nuit dans le petit matin. Nos pieds semblent flotter en descendant l’escalier, rien ne choque, tout caresse. Les clés sombrent dans la boîte aux lettres de nos voisins avec un cliquetis étouffé. Je perçois un presque clin d’œil à mon intention tandis qu’il ressort les doigts de l’ouverture. Les enfants sont à l’entrée de l’immeuble, raccords, chacun son rôle. Une qui pousse le loquet tandis que l’autre tire la porte à lui.

L’air froid nous surprend. Au delà des immeubles, des rues et des collines, les premiers rayons du soleil luttent déjà pour se pointer.

Je dis au revoir dans ma tête, sans me retourner. J’attrape à tâtons la main de ma fille contre ma jambe, d’un coup d’œil je retiens mon fils. Nous nous éloignons de chez nous, lentement. Le taxi est là.

Durant le trajet, le silence nous enveloppe, à peine dérangé par les phrases rapides du standard résonnant dans la radio.

L’aéroport est un autre lieu sans sons, feutré, avant le lever du jour.

Les heures d’avion s’égrènent et les mots reviennent, les rires, les bruits, les éclats. Nous sommes indifférents au film défilant sur grand écran. Notre cinéma, nous l’étalons sur nos quatre tablettes côte à côte. La carte des six prochains mois.

A l’atterrissage pourtant, la fatigue s’empare de nos corps. Le chauffeur de taxi parle dans une langue incompréhensible, jusqu’à ce que je reconnaisse son français. Il s’arrête devant une maison. Je ne reconnais pas la baraque. Le camion, si. Je descends, vite, mes jambes se pressent. Mon cœur tambourine. Les enfants crient. Mon mari arrive dans mon dos, attrape ma main et pose son menton sur mon épaule.

« Comment cela nous est-il arrivé ? »

Je murmure : « Tu te souviens ? »

Nous étions dans un camping des Cévennes. Nous venions de passer notre première nuit à quatre sous une tente. Au petit déjeuner, nos corps frais, nos mains blotties contre notre tasse de café, nos yeux encore embués, nous avons posé nos regards tout autour de nous, il était là. Le van. Avec un toit relevable et un branchement électrique.

« Tu as vu ? »

 

 

(Un texte écrit à l’occasion d’un atelier d’écriture autour des « presque riens ».)

Notre rêve au format réel, il est dans la rubrique Road-trip de ce blog.

Reve format reel

Fièvre

Fievre

La fièvre, robe de princesse rose en lambeaux au pied du lit. Les mots allongés sur leurs murs, papiers brûlés.

La fièvre, labyrinthe facial, feu clignotant. Pourquoi vouloir guérir tout ce qui vibre et s’écrit ?

La fièvre, regard qui martèle et paupières closes.

La fièvre, rictus des dents qui serrent.

Mots tambourinés, lignes soulignées, découpées.

Ombres entrechoquées. Bataille de lettres.

Frotter, gribouiller, déformer. Des mots enfiévrés. Plantés brulés, entourés enfermés, séquestrés oubliés. Allonger ses pensées, confusions ardentes.

La fièvre, litanie de lettres exsangues.

Délirer, lutter pour le sens.

Grippe sans sens.

 

 

 

Texte écrit en atelier d’écriture à partir de ce tableau de Basquiat :

basquiat

Bonne année !

Bonne année

Mon premier article de 2018 sera, comme il se doit (ou pas !), un article de vœux. Je suis pourtant loin de suivre, pour moi-même, cette obsession du texto ou du coup de fil de bonne année. Je crois que l’essentiel est ailleurs, même si les vœux emplissent à leur façon notre besoin d’être ensemble, d’être pareils et d’échanger…

Je vous souhaite, alors, une année 2018 à l’unisson de vos souhaits, de vos espoirs et même de vos rêves…

Ici, la sérénité joyeuse dans laquelle a été créé ce bonhomme de neige s’inscrira je l’espère dans notre mélodie familiale de 2018. Et si je continuerai, bien sûr, à écrire sur ce blog, le ralentissement de rythme influera encore sur mes moments de présence et d’absence, comme une vague à l’équilibre délicat entre ma famille, moi-même, mon travail et l’écriture, sans oublier mon unique (très) bonne résolution dont je vous parlerai je l’espère un de ces jours de 2018…

Autoportrait

Les mots...

Les mots…

Je regarde vivre les gens. Qui marchent. Qui courent. Qui trépignent ou jacassent. Je les écoute. Je voudrais vivre mes journées à la terrasse d’un bar. Un bar qui ressemblerait à un bistrot parisien. Avec des chaises rouges et des tables rondes. De ma terrasse je regarderais les gens. Ils seraient indifférents à mon regard dans la vibration de leurs vies. Quand je quitte ma terrasse je marche en ville. Je déroule ma carcasse le long des trottoirs assiégés. Je dormirais bien les volets jamais fermés, chaque nuit. Quand j’avais vingt ans je pensais que toute la joie de ma vie était là. A trente ans j’aurais brûlé mes vingt ans insignifiants devant la plénitude trentenaire. Vivrai-je une crise à quarante ans ? J’ai appris à aimer les légumes. A les cuisiner aussi, c’est peut-être pour ça. Merci à eux, mon mari et mes gosses, d’exister pour me faire cuisiner. Pour moi-même la plupart des soirs je ne pourrais même pas me faire cuire des pâtes. J’aime les voisins qui font du bruit. Ça me libère de mon propre bruit. Et ça me permet de les espionner. A l’oreille. J’aime bien deviner les histoires d’intimité des gens (si c’est crasseux c’est mieux mais même trop sage ça passe). Si j’avais une grande maison d’écrivain, je m’ennuierais et j’aurais froid. J’aime avoir chaud l’hiver. Pousser le chauffage mettre des cols roulés moches et des chaussures montantes pour aller travailler. Et une veste en polaire ou un blouson de ski. Parfois j’ai un peu honte mais j’aime quand même. Je ne peux pas écrire tranquillement si j’ai froid aux pieds.

 

Un petit texte d’atelier d’écriture inspiré d’Edouard Levé (« Autoportrait ») avec pour contrainte de terminer par « Je ne peux pas écrire tranquillement si… » (la phrase d’Edouard Levé étant « Je ne peux pas écrire tranquillement s’il n’y a rien à manger dans mon frigidaire. »).

C’est ma peau tu comprends…

C'est ma peau tu comprends

C’est ma peau tu comprends, elle veut écrire aussi.

Elle veut des lettres incrustées.

Elle veut des mots arabesques.

Elle veut des points, des volutes.

C’est ma peau tu comprends, elle veut se dire aussi.

Elle veut se dessiner des morceaux de musique, faire dans le lyrique.

Elle veut se noircir, se colorer, elle veut crier.

C’est ma peau tu comprends, elle veut me voir souffrir.

Souffrir avant de sourire.

C’est ma peau tu comprends, elle veut son mot à dire.

Je ne sais pas si je peux la laisser se couvrir de rires.

Avant les rides.

 

 

Texte d’atelier d’écriture sur le thème de l’autoportrait à partir de l’incitation d’écriture «C’est ma peau tu comprends, elle…».