L’allaitement c’est partout

L allaitement c est partout

Aujourd’hui, je vais vous reparler d’allaitement – ça faisait longtemps. Pour la première fois depuis sa création, la Foire de Marseille proposera un lieu dédié à l’allaitement et aux familles. Ce stand, tenu par des bénévoles de l’association Autour de l’Enfant, proposera un joli coin pour se poser le temps d’une tétée, d’un biberon ou d’un jeu calme, mais aussi des animations tout au long de la foire. L’objectif d’Autour de l’enfant est notamment de favoriser l’allaitement maternel en le rendant plus facile et plus visible.

Pour moi, il s’agit d’un vrai sujet de société, un sujet d’importance. L’allaitement en public fait d’ailleurs régulièrement couler de l’encre, du moins dans les médias qui parviennent jusqu’à moi. Les histoires se ressemblent toujours un peu. Il y est question d’une mère qui allaite son enfant, dans une piscine, un magasin, à la CAF ; d’une personne, choquée de cette vision là dans ce lieu là, qui demande à la mère d’arrêter ou de sortir. Ou d’aller dans les toilettes.

Ai-je vraiment besoin de redonner tous les arguments servis mille fois ? Le but biologique du sein est de nourrir les enfants (bien au-delà des quelques semaines admises par la société si l’on suit notre condition de mammifère), un bébé allaité est nourri à la demande, de nombreuses fois dans la journée. L’allaitement pour un nourrisson c’est un besoin vital. Les jeunes mères ne peuvent pas rester enfermées chez elles pendant la durée de l’allaitement, elles ne le veulent pas, elles veulent vivre. Les toilettes ne sont pas un endroit correct pour prendre son repas. Quand un bébé tète, le téton de sa mère est caché. Un sein qui allaite, même sans essayer de le couvrir, n’est pas forcément plus découvert qu’avec un décolleté plongeant. Le corps des femmes est exposé partout, de façon beaucoup plus provocante, pour vendre toutes sortes de choses, et cela ne semble choquer personne. L’allaitement en public n’est pas considéré comme une atteinte à la pudeur car il ne s’agit pas d’un acte sexuel ni d’un acte obscène.

J’ai moi même allaité mes enfants, partout, tout le temps, et longtemps. J’ai beaucoup utilisé la technique de la superposition de t-shirts pour allaiter discret sans acheter de fringues spéciales (je soulève le t-shirt du dessus, j’abaisse le débardeur du dessous, mon sein est couvert, mon ventre est couvert, j’allaite où je veux). Et puis au fil des années je me suis sentie de plus en plus libre de dégainer mon nichon. Je n’ai jamais eu la sensation de m’exhiber. Et surtout, j’ai tellement gagné en confiance que même dans mon attitude corporelle, j’ai complètement arrêté de demander la permission aux autres d’être la mère que je voulais être. J’étais tellement sûre d’être dans ma justesse absolue…

Alors c’est vrai, des femmes qui allaitent dans les lieux publics, il n’y en a pas tant que cela. On n’est pas habitué. D’ailleurs, on n’est pas habitué à l’allaitement tout court, quand bien même il reste la manière la plus adaptée de nourrir un petit être humain. C’est cette vision qui doit changer. L’allaitement finira par s’imprimer dans l’inconscient collectif comme une normalité, si l’on continue à multiplier les images d’allaitement, comme avec cette série de photographies (ou bien avec cette initiative londonienne un peu provoc).

Si l’on multiplie aussi, comme en Allemagne, en Belgique ou en Suisse, les lieux accueillants pour les mères allaitantes… Je vous donne alors rendez-vous à l’étape suivante, après la salle d’allaitement de la Foire de Marseille, avec la liste Autour de l’enfant des endroits marseillais – boutiques, cafés, restaurants – prêts à accueillir décemment des mamans allaitantes (plus largement des familles) dans leurs locaux.

En attendant, venez donc me voir à la Foire de Marseille, j’animerai un atelier arts plastiques pour les enfants de 4 à 10 ans le mercredi 26 septembre de 10h à 11h et le dimanche 30 septembre de 15h à 16h (toutes les informations pour l’inscription seront très très bientôt ici et sur le site ADE).

Il y aura aussi… des ateliers portage, signes, premiers secours, éveil musical, massage bébé maman, des réunions allaitement, des démonstrations de moulage 3D pour les familles, des conférences… Allez donc faire un tour sur la page Facebook du stand

La force de ces corps de femmes

La force de ces corps de femmes

Ils sont, ils se contentent d’exister

Ces chairs assemblées

Ces corps imparfaits

Non photoshopés

Ils sont, machines bien huilées

Destinés à servir

Doivent être utilisés

 

Pour porter les enfants

Porter les enfants

Porter les enfants

Porter les enfants

Tenir les enfants

Tirer les enfants

Pousser les enfants

 

Porter la grossesse

Porter pour nourrir

Porter devant

Porter dans le dos

Tenir pour marcher

Tirer tout le long de la vie qui file

Puis les pousser dans cette vie

Redevenir des corps séparés

 

Etre alors, encore, un autre corps

Un corps de sourires de soupirs de plaisirs et de rires

Un corps qui se mire et veut s’alanguir

Un corps qui transpire

Un corps fort

 

 

 

Ce texte est à la fois une aspiration personnelle et une réponse au défi initiateur d’écriture de mars (A vos claviers #5) du blog L’atelier sous les feuilles. J’ai été la première étonnée de le voir prendre la forme d’un texte poétique tant la poésie ne fait pas partie de mes types d’écrits…

Si comme moi le sujet du corps des mères vous inspire j’avais écrit un autre texte (non poétique) sur ce thème.

Le sommeil des bébés, ce sujet de déchirure

Le sommeil des bebes ce sujet de dechirure

Les jeunes mères l’ignorent avant d’y être confrontées – parfois dès la grossesse – mais dans la parentalité il est des sujets glissants, voire tabous. Le choix du sein ou du biberon font partie de ces thèmes polémiques, puisque presque tout le monde a un avis tranché sur la question et essaiera la plupart du temps de vous ramener dans son camp. Pour le sommeil des bébés, même combat. Ceux qui n’y sont plus confrontés ne manqueront pas d’y aller de leur petite expérience ou de leur conseil même non sollicité pour ces jeunes parents, épuisés par leurs nuits hachées en pleins de minuscules petits bouts.

Ce qui est majoritairement admis, et transmis, c’est que les enfants doivent « faire leurs nuits ». A votre première réunion de famille après la naissance de votre bébé, ou chaque fois que vous croiserez la vieille voisine de vos parents, la même question reviendra, comme une comptine enfantine : « Elle fait ses nuits ? ». C’est le pendant du « Il est sage ? », vous le savez, vous le sentez, que vous ne devez pas répondre non à ces questions. Alors vous mentez peut être ou vous éludez… Mais au fond, n’ayez plus de doute, la réponse normale et largement répandue, c’est non. Non, mon enfant de dix jours, un mois, trois mois, six mois, ne fait pas ses nuits. Enfin en tout cas il ne fait pas nos nuits, à nous ses parents.

J’ai souvent entendu dans les réunions d’allaitement (ces succursales de mamans allaitantes mais aussi, porteuses, bienveillantes, cododotantes, voire instruisantes en famille…) que « faire ses nuits » signifiait dormir cinq heures d’affilée trois fois par semaine (je cite de mémoire). De quoi répondre à votre tante Gertrude que oui oui, votre loustic fait bien ses nuits même si votre anticerne est devenu votre meilleur ami. Sans aucun hasard, le sujet du sommeil finissait constamment par arriver vers le milieu des réunions allaitement. Il y avait toujours une maman épuisée pour demander de l’aide tout en répétant ce que lui serinait l’entourage plus ou moins proche.

« C’est parce que tu l’allaites qu’elle ne fait pas ses nuits. »

« Tu devrais essayer le « 5 10 15 » ça a marché avec la cousine de la fille de mon patron. »

« Un bébé ça doit dormir 21 heures par jour donc 11 heures et demi par nuit. »

La vérité, c’est que la plupart de bébés ne font pas les nuits de leurs parents avant plusieurs mois. Allaitement ou pas. Blindage de biberon à la farine épaississante en soirée ou pas. Méthode du laisser pleurer ou pas. Croire que la normalité pour les bébés est de laisser les parents dormir… est un autre leurre qu’on agite devant les parents débutants et démunis. Cet article de Happynaiss en parle fort bien – et a d’ailleurs inspiré mon propre article. C’est aussi le thème de ce projet photographique que vous avez peut-être croisé sur les réseaux sociaux : Nuits sans larmes, Parents debout.

En expliquant que ces semaines ou ces mois de fatigue intense sont inéluctables, je ne veux pas non plus les réduire à une souffrance silencieuse. Au contraire, la solitude n’est pas obligatoire pour les mères en manque chronique de sommeil. Les partages bienveillants entre mères permettent toujours de délayer le ras-de-bol installé, même s’ils restent moins efficaces que le partage des réveils nocturnes avec le papa…

Vous voulez que je termine sur une bonne nouvelle ? Ils finissent par dormir, et cela se produit forcément avant l’adolescence…

Aux mères et aux pères dont le sommeil ne coïncide pas avec celui de leurs enfants, je souhaite simplement du courage pour « passer le cap ». Vous êtes les meilleurs des parents pour votre enfant…

Lactalis et Sodiaal, du lait, du vice, des chacals

Lactalis et Sodiaal

Si l’on n’y prend pas garde, dans une semaine nous aurons oublié. Une autre actualité dégoûtante nous heurtera, un autre scandale choquera le citoyen épris de justice qui sommeille au fond de nous. D’autres seront pris la main dans le sac de leurs erreurs et nous écarquillerons nos yeux incrédules devant notre stupide télévision. Nous nous bercerons du goût de scandale pendant quelques autres jours puis la nouveauté repoussera l’actualité dans le tréfonds des moteurs de recherche et de nos mémoires.

Si l’on n’y prend pas garde, nous croirons — qu’il est bon de croire parfois — qu’un industriel peut fournir du lait contaminé sans avoir à reconnaître la moindre faute, sans avoir même commis la moindre faute. La salmonelle née d’une immaculée conception dans une innocente usine Lactalis — tant qu’on est dans la croyance.

Si l’on n’y prend pas garde, nous remercierons ces industriels de la poudre de substitution pour nourrisson de nous avoir fourni la liberté. La liberté de ne pas allaiter en échange de seulement quelques euros pour cette soupe chimique — et de concessions irrémédiables sur la qualité de l’alimentation de nos bébés. Remercions tant que nous y sommes les maternités qui nous offre le biberon de complément plutôt que le temps d’accompagnement quand les crevasses et le baby blues se donnent rendez vous dans notre chambre blanche. Remercions les médecins qui nous assènent que c’est trop ou pas assez et que l’allaitement long c’est pour l’Afrique. Soyons reconnaissantes d’avoir le choix du sein ou du biberon, un choix éclairé conscient et certainement pas forcé.

Si l’on n’y prend pas garde, nous finirons par comprendre, c’est si bien expliqué, que la simple normalité du marché consiste à payer un producteur de lait moins que ce que lui coûte sa production. «C’était la crise, voyons. Les autres années étaient meilleures. Les autres prix étaient meilleurs.» Nos paysans ne comptent plus leurs gains mais leurs pertes, pourtant nous parviendrons à le comprendre, c’est une simple tournure d’esprit. Si l’on écoute suffisamment longtemps les cadres de Lactalis ou les justifications de Sodiaal, peut être notre normalité pourra-t-elle vaciller comme la leur ?

Si l’on n’y prend pas garde, nous continuerons à acheter les produits de ces géants, celui qui ne publie pas ses comptes et celui qui pèse un demi milliard d’euros. Nous oublierons quelles marques de lait de fromage et de beurre appartiennent à Lactalis, cette entreprise familiale devenue holding. Nous oublierons qu’avant le lait à la salmonelle, avant le reportage d’Elice Lucet, avant les blocages des producteurs, avant les négociations de prix unilatérales, il y avait eu d’autres scandales, d’autres condamnations. Nous oublierons que derrière Sodiaal, sous son costume de coopérative de producteurs vertueuse, ce sont les mêmes techniques. Pour gagner plus. Pour payer moins.

Si l’on n’y prend pas garde, nous oublierons ce Cash investigation, leur enquête leurs questions et les réponses embarrassées qu’ils ont arrachés.

Si l’on ne veut pas oublier, il y a le replay.

Et puis cette liste des marques de Lactalis et de Sodiaal – en ordre alphabétique s’il vous plait ! Moi je vais l’imprimer et la garder dans mon porte-monnaie… puisqu’il reste mon seul moyen réel de pression sur leurs millions.

Lactalis marques

Sodiaal marques

 

Votre avis, les amis, a toute sa place en commentaire…

Le corps des mères

Le corps des meres

Cette histoire commence avec l’implantation d’un locataire dans un corps jusqu’alors libre. Une prise de poids effrénée, des assimilations linguistiques entre «grossesse» et «grosse», des mots prononcés avec un étonnement un peu écoeuré («Mais tu es énorme !») ponctuent les neufs mois de squat intensif de notre ventre. Je passe vite sur l’imbécillité crasse de ceux qui, sur une chaîne néerlandaise dont on taira le nom, ont décidé de faire de la comparaison entre grosse et enceinte la question d’un jeu télévisé. Je passe aussi sur les désagréments qui ne nous toucheront pas toutes au même endroit ni avec la même intensité, la nature est injuste et frappe au hasard. Les vergetures comme de la peinture qui craquelle et le décolleté transformé en carte routière «toutes les routes mènent aux seins» ne sont que la partie visible du désordre corporel. A l’intérieur les organes se poussent pour laisser croître l’enfant, et les conséquences sur le système digestif de la mère à venir sont à la hauteur de ce bouleversement.

Et puis un jour arrive la première contraction, celle où l’on comprend. Celle qui nous fera vivre toutes les douleurs de règles à venir comme de la souffrance de petite joueuse. L’étau serre, redondant, imposant, puissant. De femme on devient mère dans la force de la douleur utile, enserrée et écartelée, désespérée et joyeuse, énergique et anéantie. Soyons reconnaissantes, les accouchées « voie basse », certaines deviennent mères dans le froid et le silence d’une salle d’opération. Leur passage à elles, c’est une incision au scalpel.

Après, la douleur deviendra les mots pour la décrire et le corps oubliera. Il oubliera même la fermeture éclair entre les cuisses et les douleurs honteuses qui n’en finissent pas de palpiter. D’autres épreuves sont dressées pour nos corps de mères. La privation de sommeil. Les mamelons cisaillés. La reprise du travail. Le retour à la vie d’avant.

Sauf que pour notre corps, notre corps de mère, l’avant n’est plus une option d’avenir. On a porté le futur, on a fabriqué l’amour, on a construit notre dévouement pour nos enfants dans le creux de notre chair. Nos seins ne sont plus un accessoire de mode. Nos hanches ont contenu un être humain. Notre ventre est devenu un coussin confortable pour les jours de maladie de nos petits.

Notre corps s’est transformé même quand autour de lui rien n’a changé, ni les couvertures des magazines ni les panneaux publicitaires ni les attendus de la société. Notre corps de mère s’est transfiguré, à l’inverse de ces injonctions superficielles.

Il porte sur lui les stigmates de son histoire et de son but…

Soyez fières de votre corps de mère, soyez fiers du corps de mère de votre femme, soyons fiers du corps de mère de nos mères. Il est à l’origine de tout.

Chemin de parents

Chemin de parents

Pendant que les enfants poussent les parents grandissent.

A chaque croisement ils font des choix. Allaitement ou biberon. Pouce ou sucette. Sommeil séparé ou cododo. Tel pédiatre ou tel autre. Poussette ou écharpe.

Au fur et à mesure qu’ils avancent, ils ferment des voies. D’autres s’ouvrent. Ils évoluent, découvrent, explorent. Des rencontres de bord de chemin dévoilent des sentiers cachés.

Mais surtout, ils deviennent sûrs. Gagnent en confiance. En sérénité. En expérience.

Ils ne sont plus ces jeunes parents avides de perfection, avec ce besoin de prouver à tous qu’ils sont capables. Ils ont renoncé à la perfection et même à la capacité. Ils ont compris qu’ils ne seront jamais cette illusion…

Au bout de quelques années et à partir de deux enfants, tous ceux qui les noyaient de conseils plus ou moins (plutôt moins) sollicités ne mouftent plus un mot. Les parents n’ont plus rien à prouver. Leur susceptibilité s’est éteinte.

Alors les rares conseils encore donnés glissent. Ils acceptent cette main tendue pour ce qu’elle est, ni critique ni recette, mais une astuce en forme de parenthèse.

De toute façon, pour ceux autour, ils n’en ont pas vraiment besoin. Ils ont gagné leurs galons de parents, comme un tampon à chaque étape. Ils sont sacrément tamponnés, ça se voit de l’extérieur. Qu’importe si l’intérieur est constamment submergé.

Un chemin sous-marin en quelque sorte…

Réussir son allaitement ce n’est pas seulement un coup de chance

Tenue correcte exigée

On a peut être un peu trop tendance à penser, enceintes, que l’allaitement c’est naturel. Que ça coulera tout seul – c’est le cas de le dire.

On compte sur la chance de la débutante, sur les conseils à la maternité, sur l’expertise du pédiatre… Aïe ! Rien de tout cela ne fonctionne à coup sûr. L’accompagnement en maternité est souvent bien léger – quand il est approprié ; les conseils contradictoires – voire contraires aux bons usages de l’allaitement ; les pédiatres pas formés à cette question – et pour certains carrément réfractaires à un allaitement qui dépasserait trois mois. On n’est pas rendues dès lors, si l’on ne s’est pas renseignées pendant la grossesse, si l’on ne pose pas les questions aux bonnes personnes, si l’on ne se blinde pas contre les bêtises que l’on entendra.

Si l’allaitement est important pour vous, si vous croyez qu’il est important pour votre enfant, si vous y tenez, ne passez pas à côté de l’inévitable prise d’informations avant. Sachez où prendre les infos pendant (site de la Leche League, Forum des tétouilleurs, associations de soutien à l’allaitement). Et puis venez partager aux réunions allaitement, on y chemine tellement, entourées d’autres mères qui allaitent, qui ont allaité, qui vivent, qui ont vécu ce que l’on traverse…

A Marseille, c’est nouveau cette année, la Famille Zen propose des rencontres allaitement, totalement gratuites, que je co-anime avec une autre maman ayant une expérience longue d’allaitement (en ce qui me concerne : plus de deux ans pour mon fils et plus de trois ans pour ma fille), avec l’envie d’accompagner avec bienveillance votre expérience d’allaitement.

Les réunions allaitement me manquaient tant, j’ai dû trouver un moyen d’en faire exister de nouvelles ! Et puis… le savoir ne vaut rien s’il n’est pas partagé.

Ça vous tente ? Je vous donne les dates des prochaines réunions pour 2017 : le dimanche 15 octobre, le dimanche 12 novembre et le dimanche 17 décembre, de 10h à 12h à chaque fois. Après-demain, ce sera au parc du Palais Longchamps (tant qu’il fait beau et chaud profitons-en !). Toutes les infos sont sur la page facebook de la Famille Zen. A dimanche ?

Allaitement long, très long, très très long

Allaitement long

Il fait tellement partie de mon quotidien, cet allaitement. Avec le temps il est devenu tellement naturel, tellement normal. J’ai développé une telle indifférence à la surprise des gens, qu’elle glisse sur moi. Les remarques sont devenues inexistantes face à cette assurance sereine que je porte en moi, qu’allaiter son enfant jusqu’au sevrage « naturel » c’est… naturel. J’en parlais déjà, ici, avant que ma fille ne fête ses trois ans. Quelques mois sont passés, et l’allaitement est encore là, en pointillé, de moins en moins présent, chaque tétée comme peut-être la dernière, mais encore là… Dans une semaine, cela fera six ans que j’allaite – avec une interruption de cinq mois pendant ma seconde grossesse. Alors oui, chez nous l’allaitement est très très long. Une très longue période de ma vie de femme, de notre vie de famille.

En créant ce blog je pensais que l’allaitement serait un sujet récurrent, et puis finalement dans le nuage de tags le mot reste petit, discret, comme son rôle dans notre vie de famille, maintenant que nous n’avons plus de nourrisson à la maison.

Je pensais que l’allaitement – ce lien et cette implication du corps dans la maternité – me manquerait en s’estompant, mais je me trompais. L’allaitement est un passage. La maternité est un tout.

Je l’oublie, alors, cet allaitement « hors norme »… Et puis parfois il ressurgit dans toute son exception. L’autre jour chez notre pédiatre un journaliste faisait un reportage sur la vaccination. Quand j’ai mis ma fille de trois ans au sein pour l’aider à gérer la douleur de l’injection, que mon médecin adoré en a rajouté une – énorme – couche en me demandant de répéter l’âge de ma fille, et a affirmé au journaliste qu’il assistait à quelquechose d’extraordinaire… Bon j’avoue que j’ai piqué un fard.

De la même façon, quand je compare nos propos de futurs parents à ce que l’on vit aujourd’hui, le contraste est flagrant. Enceinte, quand j’évoquais, déjà, l’allaitement long (à cette époque j’envisageais d’allaiter un an), nous étions d’accord avec mon amoureux pour dire que nous trouvions cela étrange un enfant qui marche, qui parle… et qui tète encore. Mais ça c’était avant… Il y a quelques semaines, ma fille est venue me voir dans ma chambre et m’a dit très précisément : « Je veux téter avant que tu ailles te doucher ». « Avant que tu ailles », quoi ! Et puis elle a tété, cinq secondes en tout, moi accroupie, elle debout, et j’ai eu cette image à l’esprit…

Allaitement long Une Time

Cette Une « scandaleuse » représentant une réalité que personne ne veut voir.

L’allaitement dure trois ans

lallaitement-dure-trois-ans

Du moins, il peut.

Comme il peut durer trois jours.

Ou trois semaines, avec un pic de croissance dont personne ne parle (hormis les mamans allaitantes averties) et qui fera croire à la plus motivée des mères qu’elle n’a « pas assez de lait ».

Ou trois mois, avec la reprise du boulot et le refus de la présumée torture du tire-lait.

Il existe mille raisons d’arrêter l’allaitement avant qu’il ne cesse de lui même…

Chez nous, on a cheminé, de mois en mois, jusqu’à deux ans et quatre mois pour mon grand. J’étais enceinte de sa sœur, et c’est ma grossesse qui a provoqué son sevrage (les hormones induisent changement de goût et diminution de quantité).

Ma fille, deux ans et neuf mois, tète encore. Depuis longtemps ce n’est plus que dans l’intimité du réveil ou des soirées à la maison. Et si je ne me cache pas d’allaiter encore, quand le sujet est abordé, j’avoue sans mal aussi que j’en ai vraiment marre.

J’en ai marre, mais j’irai au bout. Jusqu’au sevrage naturel. Je savais par expérience que passé un certain âge il est plus difficile de sevrer un enfant, plus douloureux, plus brutal, moins justifiable. Comment pourrais-je expliquer à ma fille qu’hier encore elle pouvait téter, et qu’aujourd’hui c’est fini ? Je m’y refuse et donc je persisterai jusqu’à ce qu’elle s’arrête d’elle-même. A un moment, l’enfant est prêt à passer à autre chose, et le réflexe de succion disparaît. Tout concorde, ils n’en ont plus besoin et ils ne savent plus. Quand j’explique cela à toute personne qui s’y intéresse, la question suit immédiatement : « Mais ça peut durer longtemps ? »

Alors je réponds d’un ton sérieux que la plupart des enfants se sèvrent naturellement entre deux et trois ans. J’espère que ce sera notre cas. Et j’omets de stipuler ceux qui ont cessé à cinq ans.

L’allaitement est tout empli, aussi, de merveilleux moments de tendresse, et d’histoires rigolotes. Comme lorsque je raconte que si je bois de l’alcool au repas du soir, je lui annonce qu’elle ne pourra pas téter avant le lendemain matin. Alors elle me demande régulièrement : « Tu as bu du vin, maman ? Je peux téter ? » Mon pharmacien a bien rigolé lorsque je lui ai livré, il y a quelques jours, cette petite anecdote.

Je suis consciente d’être un peu une extra-terrestre. Mais ce qui me permet d’assumer notre anormalité sociétale, c’est que je suis persuadée d’être dans la normalité biologique…

Tenue correcte exigée

Tenue correcte exigée

Tout est blanc. Les lattes du plancher, les murs en lambris, les nappes cotonneuses, la vaisselle. Même les verres à vin arborent un blanc laiteux. La jupe beige clair de la serveuse virevolte tandis qu’elle papillonne d’une table à l’autre, un carnet de bons dans une main et plusieurs panières dans l’autre.

A la table une, après de nombreuses hésitations sur la position du landau gris clair, un couple s’est établi.

A la table ronde, portant le numéro trois, juste à côté, une famille attend qu’on leur apporte les cartes. La grand-mère ne cause guère et ne sourit pas davantage, elle inspecte le restaurant. Sa fille est assise à sa gauche, et à côté de celle-ci, son gendre. A sa droite se tient une jeune fille de dix-sept ans, captivée par l’écran de son smartphone, puis le petit frère de onze ans.

Lorsque le bébé de la table une se met à pleurer, sa mère l’extrait avec lenteur de sa nacelle. Le tenant contre elle, elle se balance avec légèreté, tel un bateau qui tangue. Les cris stridents de ce tout jeune nourrisson sont insolites, dans ce lieu épuré et silencieux, aussi, de nombreux clients examinent la jeune femme. Elle caresse avec douceur les cheveux clairsemés de son enfant, y frotte son menton et sa bouche, respire leur odeur. Elle porte un pantalon en lin blanc et un débardeur rose blousant. Ses longs cheveux blonds dorés sont attachés en un joli chignon tressé. Ses yeux couleur noisette sont entourés d’un halo bleu. A travers les plis de son haut, elle sort un sein, décroche en un claquement de doigt la dentelle qui le recouvre, et son aréole paraît. La couleur de caramel foncé contraste avec la blancheur de peau de la jeune femme. D’un geste mal assuré, mais qui se voudrait rapide, elle dirige son téton vers la bouche du nourrisson. Lorsqu’il attrape le sein, Aurore se détend enfin dans un sourire lumineux.

A la table trois Lola et Jeannine, la jeune fille et sa grand-mère, observent, ahuries, la scène. Patricia, la mère, se fige. Elle demande à Lola et Jeannine ce qui les stupéfait tant, et la conversation se poursuit dans un murmure.

Une demi-heure s’est écoulée. Jeannine s’impatiente. Les yeux rivés sur la montre qu’elle consulte toutes les deux minutes, elle prend sa fille à témoin. « Tu as vu Patricia, la table d’à côté, ils sont arrivés après nous et ils sont déjà servis ! »

Tout en picorant dans son assiette de frites, Aurore fait à nouveau téter son fils, et Lola lève les yeux de son écran pour s’étonner que l’enfant mange encore.

A l’occasion d’un changement de sein, le téton brun foncé d’Aurore réapparaît, juste au dessus de l’assiette de la jeune mère. Lola tourne la tête, écœurée. Elle imagine qu’une goutte de lait pourrait couler dans la nourriture. Il lui semble d’ailleurs avoir aperçu une traînée blanche sur l’aréole.

Jeannine bouillonne, et comme la serveuse se faufile avec vivacité à côté d’elle, elle la stoppe d’un geste prompt. Sa voix se fait rocailleuse tandis qu’elle l’interpelle avec fermeté. Elle lui parle d’abord de l’attente intolérable, puis, tout en lançant des œillades fébriles en direction de la table une, déplore l’indécence de certains clients, qui détonne avec l’élégance du lieu.

Aurore a rangé sa poitrine et recouché son enfant. Elle entrevoit les regards mauvais que lui jettent maintenant Jeannine et Lola. Patricia, restée jusqu’alors en retrait, essaie de tempérer les propos malveillants de sa mère et de sa fille. Elle admet pourtant, que dans cet endroit distingué, l’attitude de la jeune mère peut paraître inconvenante.

Une heure plus tard, les poissons commandés par la table trois ont été décortiqués, mangés, leur restes jetés, et Aurore a nourri son bébé une troisième fois en ignorant de façon délibérée les mines choquées de ses voisines de restaurant. Dès la fin de leur repas, Jeannine, Patricia et Lola déguerpissent de table, et s’affalent sur les transats beiges de cette plage privée.

Jeannine foudroie du regard sa fille qui, d’un geste assuré, a retiré son haut de maillot, mais pour Patricia, le topless est un symbole de libération, et l’avis de sa mère lui importe peu. Lola quant à elle profite d’une meilleure connexion internet sur son téléphone pour consulter ses réseaux sociaux. Elle découvre alors qu’Instagram a supprimé les photos seins nus qu’elle avait postées la veille sous le hashtag #FreetheNipple. Le mail d’explication du réseau social précise que les photographies de seins dénudés ne sont autorisées sur Instagram que dans deux cas bien spécifiques : l’image des cicatrices d’une mastectomie et … un allaitement actif.