[Lecture] « Vers la beauté » de David Foenkinos

L12 imgDécidément, ma rentrée de lectrice s’est faite sous le signe du roman artistique (dans la peau de Basquiat avec Eroica, une enquête policière sur fond de musée de province avec La distance de courtoisie et maintenant ce roman de David Foenkinos se déroulant entre le musée d’Orsay et l’école des Beaux-Arts de Lyon).

Dans ce livre, nous suivons Antoine Duris, ancien professeur émérite aux Beaux-arts de Lyon devenu du jour au lendemain gardien au du musée d’Orsay. Pourquoi cette reconversion ressemblant à une fuite ? Que cache donc cet homme ? Pourquoi a-t-il autant besoin de se rapprocher de la beauté pour survivre ? L’histoire nous le révélera plus tard, et l’apparente légèreté du propos glissera presque sans nous prévenir vers une noirceur inattendue, avec l’apparition du deuxième personnage central de ce roman, la jeune Camille.

Comme d’habitude dans mes articles « Lecture » je n’en dirai pas plus sur l’intrigue. Je ne veux rien révéler des rouages et des surprises de ce livre…

En lisant Vers la beauté, je me suis sentie littéralement « descendre », dans la seconde partie du roman, d’une intrigue agréable vers une littérature beaucoup plus sombre. Avec ma lecture suivante, la descente s’est poursuivie… Et même s’il n’est que l’effet du hasard des dates limites de retour à la bibliothèque, le livre que j’ai lu ensuite est arrivé à point. Probablement comme tous les romans vraiment importants… A suivre, donc.

[Lecture] « La distance de courtoisie » de Sophie Bassignac

L11 imageCette histoire se déroule autour d’un petit musée de province dans lequel, un soir de vernissage, un tableau disparaît… L’événement, aussi étrange qu’imprévisible, désarçonne les personnages de cette fiction, tout en ébranlant les liens qu’ils entretiennent les uns avec les autres. Pour moi ce sont ces personnages, surtout, qui procurent toute sa saveur au roman, la façon qu’a l’auteure de les croquer en quelques mots, leur apparition singulière dans notre esprit de lecteur, plus vrais que nature, précis et drôles… Et puis l’on observe, amusé, leur danse sociale, l’attraction et le rejet, l’amour et l’indifférence, leur façon de vivre au quotidien cette « distance de courtoisie » qui régit leurs relations – et les nôtres. Une lecture pleine de vie, légère et agréable.

 

Adélaïde aime Ivan qui aime Luzia, Héloïse aime Étienne qui aime Sylvana, Marthe aime Gaspard qui lui préfère sa liberté…

Comment supporter que les autres passent à côté de ce que nous sommes, à savoir des gens formidables ? Comment composer avec cette distance dite de courtoisie qui nous éloigne du reste du monde ? Telles sont les questions qui affleurent dans ce roman en forme de comédie policière, où l’humour et la fantaisie triomphent du désespoir.

[Lecture] « Eroica » de Pierre Ducrozet

L10 Eroica imgCe livre est le récit romancé de la vie de Jean-Michel Basquiat, d’une partie de sa vie pour être plus exacte, de 1978 à sa mort en 1988. A l’intersection de la littérature et de l’art, on plonge dans l’univers du peintre, son génie sombre et étincelant, son ascension fulgurante, ses excès, ses manteaux trop grands, sa gueule d’ange et ses coiffures afros. On y sent vibrer le New York des années 80, on y croise Keith Haring, Andy Warhol et Madonna…

C’est un roman à savourer en regardant aussi des œuvres de Basquiat, en se laissant dériver des mots aux images tout au long de ses tableaux si particuliers. Alors bien sûr, si vous trouvez que Basquiat n’est guère plus qu’un gamin ayant pris trop de drogue, passez votre chemin. Mais si comme moi vous êtes attiré, autant qu’intrigué, par la vibration de son art et que vous voulez côtoyer un peu ce personnage… je vous conseille cette belle rencontre du mythe et du documentaire. A découvrir.

Des livres d’enfants, pour adultes aussi

Des livres d enfants pour les adultes aussi

Je suis une adulte qui lit des livres d’enfants. Enfin pas seulement… Si vous traînez par ici vous le savez déjà, j’ai même inauguré une nouvelle catégorie Lecture il y a peu de temps.

Mais quand même, les albums de littérature de jeunesse, je suis capable de les lire, sans mes enfants, sans mes élèves, juste pour moi-même et pour savourer leur beauté. Je recherche surtout la vibration à l’unisson entre la poésie des mots et le dessin, la douceur ou l’originalité des images, les couleurs, la signification soufflée tout en sensibilité…

Et comme, en plus, j’ai des enfants, une classe et un mari enseignant, la littérature de jeunesse, chez nous, c’est une institution. D’ailleurs quand je vais à la bibliothèque municipale avec mes enfants, je les stoppe au poids du sac qu’ils remplissent en seulement quelques minutes.

Il y a quelques jours, je me suis rendue seule à la grande bibliothèque de l’Alcazar à Marseille. Je voulais absolument recharger ma pile de livres à lire avant la tornade de la rentrée. Quelques livres pour moi – pas trop car le mois de septembre est de toute façon surchargé de boulot – le bon nombre c’était cinq. Avant que je ne quitte la maison mon fils m’a fait sa commande : « Prend des Claude Ponti et des livres qui nous plairont. ». Je comptais bien faire un petit passage au rayon jeunesse et prendre quelques albums de toute façon, j’en avais quatre sur ma liste de repérages. Je n’en ai trouvé aucun des quatre. Par contre j’ai rempli le sac en moins de temps qu’il n’en faut à mes deux enfants ensemble.

Je suis une adulte qui lit des livres d enfants

Au retour, sur mon épaule, il était au moins aussi lourd que si nous étions allé à la bibliothèque en famille.

Alors voilà. Je suis une adulte qui lit des livres d’enfants.

Et comme vous avez été très très sages, je vous donne quelques uns de mes coups de cœur du moment et de toujours…

184 Le doudou méchant

 

Le doudou méchant de Claude Ponti et de façon générale tous les albums de ce génie de la littérature de jeunesse, farfelus au possible, mettant en scène un univers tentaculaire d’une richesse prodigieuse.

 

184 Une figue de reve

 

Une figue de rêve de Chris Van Allsburg et tous les albums de ce maître du fantastique et du mystère, avec ses dessins ciselés et ses histoires envoutantes.

 

 

184 L enfant derriere la fenetre

 

L’enfant derrière la fenêtre de Anne-Gaëlle Féjoz et Dani Torrent, une découverte au hasard des bacs de la bibliothèque, un album tout en sensibilité sur l’autisme avec des dessins doux et colorés.

 

184 Les-poings-sur-les-iles

184 Les poings sur les iles bis

 

Le poing sur les îles d’Elise Fontenaille et Violeta Lopiz, un album recommandé par ma librairie adorée ; à l’intérieur c’est un jardin touffu et l’histoire d’un grand-père qui jardine, qui cuisine mais ne sait ni lire ni écrire.

 

184 La voliere doree

 

La volière dorée de Carll Cneut et Anna Castagnoli, une autre recommandation de ma librairie, un album dont les dessins superbes servent l’histoire d’une princesse sanguinaire à la recherche de tous les oiseaux les plus rares du monde et surtout de l’oiseau unique qu’elle pourra enfermer dans sa volière dorée.

 

184 Le jour d avant

 

Le jour d’avant d’Hélène Rice et Lydie Sabourin, une petite pépite fantasque (ce blog en parle très bien) découverte dans la maison échangée cet été, par hasard donc encore.

 

 

Il faut bien s’arrêter, il y en a tellement, des albums magnifiques…

Et vous, des coups de cœur littérature de jeunesse à partager ?

Picasso avec les minots

Picasso 1

Les marseillais, ce sont des événements que vous ne pouvez pas louper…

La Vieille Charité et le Mucem accueillent l’exposition « Picasso Voyages Imaginaires » jusqu’au 24 juin 2018. Au Centre de la Vieille Charité, quatre thèmes, «Bohème bleue, Afrique fantôme, Amour antique et Orient rêvé» nous invitent à découvrir les sources et les voyages imaginaires de l’artiste.

Picasso 2

Au Mucem, l’exposition intitulée «Picasso et les Ballets russes, entre Italie et Espagne» explore le travail de scénographe et de costumier de Picasso pour les Ballets russes.

A une heure de là, aux Carrières de Lumières des Baux-de-Provence, c’est encore Picasso qui est à l’honneur avec le nouveau spectacle – projection et musique – intitulé « Picasso et les maîtres espagnols », jusqu’au 6 janvier 2019. Pour les enfants, les Carrières, c’est toujours un moment festif et magique ; on regarde de partout, on a les yeux qui brillent, on rit, on danse, on vit l’art… en immersion intégrale.

Picasso 3

Picasso 4

Picasso 5

Picasso 6

Pour prolonger encore un peu le plaisir de la découverte, je vous ai dégoté ce jeu interactif « Dessiner à la manière de Picasso » sur le site France TV éducation. Chez nous, les nains ont testé et adopté…

Picasso 7

Picasso 8

Mes découvertes théâtrales (saison 2017 2018)

Mes decouvertes theatrales

En sortant pas à pas de la «petite enfance» de nos marmots, nous avons commencé à rentrer dans des théâtres, reprise exaltante d’une vie culturelle qu’on avait laissée pour quelque temps derrière nous…

En ce qui me concerne, cette saison théâtrale qui touche à sa fin m’a fortement désarçonnée. Je ne peux la laisser s’achever sans vous parler de mes trois coups de cœurs de l’année, si importants que je repartirai à leur recherche l’an prochain.

 

Don’t we deserve / grand human projects that give us meaning ?

 Dont we deserve

Sur un plateau carré, vide et blanc, Robbert&Frank, deux plasticiens / acteurs mettent en scène une vision à la fois comique et bouleversante de notre monde. Quand le sourire se mue en larmes, quand le sens naît de l’accumulation en pointillés d’images, de mouvements et de mots, on touche du doigt, on embrasse l’infinité. Ce spectacle de théâtre à la marge et à l’intersection de différents arts m’a touchée et surprise. Je vous invite, alors, à suivre le travail de ce duo génial sur leur site internet. Moi, en tout cas, j’espère les retrouver bientôt…

 

Point d’interrogation

(Texte Stefano Massini, Mise en scène Irina Brook)

Point d interrogation

L’énorme coup de cœur de cette année ! Une heure de théâtre survolté pour interroger le futur. C’est beau, drôle, intelligent, vrai, émouvant, et servi par de jeunes acteurs talentueux et dynamiques ! C’est tout ce que j’attends du théâtre, qu’il me prenne par la main, me fasse rire, pleurer et réfléchir. J’avais déjà écrit ici une brève élogieuse sur cette fantastique pièce que tous nos jeunes devraient voir.

 

Projet M. D.

(De Patrick Laffont, plasticien-vidéaste et Nicolas Guimbard, acteur. D’après Marguerite Duras)

ProjetMD6

Cette vision théâtrale des mots si particuliers de Marguerite Duras m’a saisie et continue à m’accompagner des semaines après, comme si l’esthétique si précise et si précieuse de ce spectacle vibrait dans ma mémoire. L’émotion qui perdure en moi peine à se traduire en mots. Mais essayons. C’est la présence du corps, peut-être, son intensité, son regard, son lien avec notre regard, cette tension sublime à l’opposée du hasard. La vie, les mots, le corps, tout est là dans sa simplicité et sa complexité, nous touche et reste, palpite, longtemps après.

 

 

Finalement, il semblerait qu’il n’y ait que le théâtre ne correspondant pas à ce qu’on en attend pour me transporter aussi loin…

 

Fièvre

Fievre

La fièvre, robe de princesse rose en lambeaux au pied du lit. Les mots allongés sur leurs murs, papiers brûlés.

La fièvre, labyrinthe facial, feu clignotant. Pourquoi vouloir guérir tout ce qui vibre et s’écrit ?

La fièvre, regard qui martèle et paupières closes.

La fièvre, rictus des dents qui serrent.

Mots tambourinés, lignes soulignées, découpées.

Ombres entrechoquées. Bataille de lettres.

Frotter, gribouiller, déformer. Des mots enfiévrés. Plantés brulés, entourés enfermés, séquestrés oubliés. Allonger ses pensées, confusions ardentes.

La fièvre, litanie de lettres exsangues.

Délirer, lutter pour le sens.

Grippe sans sens.

 

 

 

Texte écrit en atelier d’écriture à partir de ce tableau de Basquiat :

basquiat

Tableaux multi(carto)colores

11 Un coeur qui bat AUBAGNE

Un coeur qui bat          (Aubagne)

07 Ville perlée MARSEILLE

Ville perlée        (Marseille)

04 En vi(ll)e ou pas MIRAMAS

En vi(ll)e ou pas         (Miramas)

02 Regarder MARTIGUES

Regarder           (Martigues)

06 Mixture magique MARSEILLE CENTRE

Mixture magique          (Marseille)

01 Cheminer dans sa vie SALON DE PROVENCE

Cheminer dans sa vie          (Salon de Provence)

08 Puzzle disparate MARSEILLE

Puzzle disparate         (Marseille)

13 Enchevêtrée ici BOUCHES DU RHONE

Enchevêtrée ici          (Bouches-du-Rhône)

09 Constellation de pleins en creux MARSEILLE

Constellation de pleins en creux              (Marseille)

12 Famille marseillaise-zen MARSEILLE

Famille marseillaise-zen           (Marseille)

14 Des rond(e)s dans l'eau ISTRES

Des rond(e)s dans l’eau       (Istres)

03 Rêve de zurbanards ARLES

Rêve de zurbanards         (Arles)

15 Roulez boulets MARSEILLE

Roulez boulets          (Marseille)

19 Sur les traces du père CASAMANCE

Sur les traces du père           (Casamance)

18 En pointillés AUBAGNE LA CIOTAT

En pointillés         (Aubagne – La Ciotat)

Si vous avez déroulé cet article jusqu’ici, du bout de vos doigts sur votre souris… peut-être puis-je vous confier alors une part de mes pensées du moment concernant ma production artistique. L’an dernier à la même période je produisais intensément, frénétiquement même, j’emplissais l’espace autour de moi de cartes colorées. J’ai peint jusqu’à cette exposition du printemps 2017 au Baobab Café des enfants d’Aubagne.

Puis l’été s’est installé en traînant, la rentrée pressée s’est précipitée avec sa masse de travail nouveau, les priorités ont changé et j’ai levé le pied.

Aujourd’hui je le sens, en terme de production plastique, la ferveur, l’envie et l’inspiration m’ont quittée. Je n’arrive plus à les rattraper, d’autant que je n’ai pas le temps de leur courir après. Et pour être tout à fait honnête, l’indifférence plutôt générale ou l’intérêt seulement conjugué à la gratuité, concernant ces tableaux, ont rebondi en écho à l’intérieur de moi et m’ont vidée.

Pour l’instant, j’en suis là. Trop vide pour même envisager la moindre exposition. Un jour peut être je serai à nouveau quelque part dans mon monde coloré…

Souvent, ralentir…

Souvent ralentir

Souvent je lâche le rythme effréné. Je deviens soudain moins hyperactive. Je zappe le rythme de publication du blog. Je revois mes priorités en fonction de mon énergie disponible, des obligations professionnelles ou de la météo.

S’il fait froid je ne souhaite que me blottir devant ma cheminée imaginaire, sous un plaid, les pieds au chaud. Déjà le sapin clignote dans un coin du salon. J’ai ressorti les gants et même les bonnets.

Je veux du temps vide, j’en ai besoin, alors je renonce. Je renonce pour l’heure au moins à certains projets… Les heures perdues de ma vie, je veux d’abord les perdre. Regarder mes enfants qui jouent. Jouer avec eux. Offrir les minutes qui restent, perdues, aux mots plutôt qu’aux images.

Poursuivre au fil des inspirations les rendez-vous illustrés du blog. Et puis surtout, creuser jusqu’au bout de la matière mes chantiers d’écriture.

Souvent je change de rythme, ici et ailleurs. Ralentir c’est encore plus… vivre.