Marseille aussi

136 Fort St Jean

Je ne supporte pas les oiseaux de mauvaise augure. Aussi j’évite autant que possible d’en être un moi-même. Alors je le disais peu. Mais je savais. Que cela arriverait. Ici. Dans ma ville. Lumineuse, insouciante, virevoltante.

L’anticipation n’a pas rendu le choc plus doux.

J’ai pensé ne pas publier l’article sur les parents bienveillants hier. Puis j’ai songé qu’être parent c’est aussi passer outre la terreur dans le quotidien. Le lendemain du Bataclan nous allions au théâtre en famille et j’écrivais cet article : « Pleurer, aimer, continuer ». Aujourd’hui encore, l’écriture me libère et je sais que si la joie est éteinte aujourd’hui elle renaîtra demain. Sous leur haine nos vies trépigneront toujours…

Il y a deux ans

il-y-a-deux-ans

Je n’ai pas la mémoire des dates… Sauf quand je l’ai.

Perdus au cœur de l’océan des « anniversaires », certains jours font sonner, chaque année, les émotions de mes souvenirs…

Les naissances de mes enfants, les premiers baisers échangés avec mon époux…

Et puis les dates qui dessinent à la fois mon histoire et l’Histoire.

Le 11 septembre 2001.

Et le 7 janvier 2015.

Même si j’essaie, de tout mon être, de refuser la peur et la tristesse associés aux commémorations de nos nombreux attentats… Ce premier choc marque une rupture d’insouciance. Et je ne peux laisser passer la date sans revivre partiellement ce basculement irréversible.

Et comme le 11 septembre, qui reste gravé, je pense que je ne l’oublierai…

Jamais…

 

Ici, une nouvelle écrite en 2015, entre les deux attentats… (Et publié « par hasard » le 13 novembre 2015 au matin.)

Pleurer, aimer, continuer

Pleurer aimer continuer

Samedi 14 novembre, à 6h, les pleurs de ma fille m’ont tirée de ma torpeur. Tandis qu’elle tétait, goulument, allongée entre nous, j’ai raconté à mon homme les attentats atroces de la veille. En quelques mots, prononcés dans l’obscurité d’une chambre, j’ai démembré nos espoirs d’un weekend radieux.

05 Attentats

Une demi-heure plus tard, nous étions debout et la télé, allumée, nous crachait à la figure son flot de mots et d’images d’horreur. Petit loup a rejoint le salon avec un bruit joyeux de petits pas sur le parquet… « Ce matin il n’y a pas de dessins animés », lui a-t-on dit. Et il s’est mis à pleurer.

Alors, on s’est détaché de l’écran, on a zappé, avec difficulté on s’est décroché de ces images qui nous retenaient.

Sans conviction, on a joué, on a chanté. Puis j’ai appelé le théâtre, et une voix terne m’a confirmé qu’ils étaient ouverts. J’étais tel un somnambule ivre de tristesse et inapte à verser ses larmes.

Mais on a continué. Dans la rue, on a ri, on a couru. On est allé contempler ce spectacle jeune public, réservé des jours plus tôt. Pour nos enfants, on a vécu, on a parlé, presque comme si de rien n’était. Leur innocence a été un baume sur nos blessures.

Maintenant, les jours passent, on va pleurer.

On va lutter contre leur haine, on va s’aimer.

On va continuer.