Moi paysage

Moi paysage

La lumière tombe de partout dans le ciel, blanche et jaune, plate et claire, verticale. Elle fait briller des points, des lignes, des pointillés. Des tirets en fait. Des reflets de fenêtres comme des traits d’union entre les caractères de ce paysage. Les carrés et les rectangles se multiplient, ils sont des yeux dans les façades multicolores. En haut, une ligne se découpe, saccadée, pleine d’à-coups harmonieux. Des pentes, des droites, des cheminées. Tout près. Au loin. Arbres, immeubles, murs, volets, portes et jardins. La ligne des toits s’arpente du regard, comme un chemin. Au fond, un peu cachée, la statue se dresse, timide sous son or moelleux.

 

Avant, il y a la mer. La profondeur de sa couleur et de ses tourments, son calme nauséeux, ses îles déchiquetées.

 

Après, la vallée. Le regard reprend le sentier, plus doux, plus raide, le tracé naturel des cimes de ses montagnes. Se succèdent les sommets, les cols, les noms. Le gendarme, la Séolane, le roi guillotiné. Plus tard, le soleil s’éteindra derrière la crête, de ce côté. La ligne est nette, le dessous sombre, le dessus clair, elle dessine le tracé familier d’un ailleurs jamais complètement exploré, libre, beau, comme un enfant.

La force de ces corps de femmes

La force de ces corps de femmes

Ils sont, ils se contentent d’exister

Ces chairs assemblées

Ces corps imparfaits

Non photoshopés

Ils sont, machines bien huilées

Destinés à servir

Doivent être utilisés

 

Pour porter les enfants

Porter les enfants

Porter les enfants

Porter les enfants

Tenir les enfants

Tirer les enfants

Pousser les enfants

 

Porter la grossesse

Porter pour nourrir

Porter devant

Porter dans le dos

Tenir pour marcher

Tirer tout le long de la vie qui file

Puis les pousser dans cette vie

Redevenir des corps séparés

 

Etre alors, encore, un autre corps

Un corps de sourires de soupirs de plaisirs et de rires

Un corps qui se mire et veut s’alanguir

Un corps qui transpire

Un corps fort

 

 

 

Ce texte est à la fois une aspiration personnelle et une réponse au défi initiateur d’écriture de mars (A vos claviers #5) du blog L’atelier sous les feuilles. J’ai été la première étonnée de le voir prendre la forme d’un texte poétique tant la poésie ne fait pas partie de mes types d’écrits…

Si comme moi le sujet du corps des mères vous inspire j’avais écrit un autre texte (non poétique) sur ce thème.

Ces corps parfaits sont de pauvres «fake»

Ces corps parfaits qui sont des fake

Nous le savons tous et toutes et pourtant la supercherie continue. Tous ces corps parfaits dessinés au bistouri photoshop auxquels on se compare, encore et toujours… de pauvres «fake». Non les mecs, ne pleurez pas que vous n’avez pas autant de pectoraux que je ne sais quel mannequin… vous savez que vous ne serez jamais comparés, mesurés, jaugés comme le sont les femmes. Evaluées à coup de « elle est bonne celle-là ». Sur nos écrans et les murs de nos villes, combien de ventres d’hommes pour combien de seins de femmes, de fesses de femmes, de nombrils de femmes ? Le pire, c’est que tout cela est faux. Vous le savez. Nous le savons. Ces mannequins qui tirent la tronche ne représentent pas les femmes réelles (parmi lesquelles seules 5% mettent de la taille 36). Toutes les lignes de ces corps sont réinventées. Des mensonges en forme de corps de femme pour vendre des vêtements, des parfums, des yaourts ou des crèmes solaires. Nous le savons tous, pourtant, les vrais corps des vraies femmes sont beaux, ils vibrent de leur réalité sous le grain de leur peau.

Je pourrais écrire cet article comme ça, gratuitement, juste pour le plaisir de dénoncer le diktat du corps parfait, mais ce n’est pas le cas. Vous avez peut-être déjà eu l’information… à partir de maintenant, si une photo a été retouchée dans une publicité cela devra être indiqué, comme les avertissements sur l’alcool et les cigarettes. Une avancée salutaire. Par contre les magazines pourront continuer à nous tromper impunément dans leurs pages « mode » et sur leurs couvertures, nulle obligation pour eux… alors en attendant, on continue à informer toutes les jeunes filles complexées – ou pas encore ! – autour de nous : «non tu vois ma bichette, cette femme n’a pas vraiment ce corps, elle a été re-tou-chée !».