Picasso avec les minots

Picasso 1

Les marseillais, ce sont des événements que vous ne pouvez pas louper…

La Vieille Charité et le Mucem accueillent l’exposition « Picasso Voyages Imaginaires » jusqu’au 24 juin 2018. Au Centre de la Vieille Charité, quatre thèmes, «Bohème bleue, Afrique fantôme, Amour antique et Orient rêvé» nous invitent à découvrir les sources et les voyages imaginaires de l’artiste.

Picasso 2

Au Mucem, l’exposition intitulée «Picasso et les Ballets russes, entre Italie et Espagne» explore le travail de scénographe et de costumier de Picasso pour les Ballets russes.

A une heure de là, aux Carrières de Lumières des Baux-de-Provence, c’est encore Picasso qui est à l’honneur avec le nouveau spectacle – projection et musique – intitulé « Picasso et les maîtres espagnols », jusqu’au 6 janvier 2019. Pour les enfants, les Carrières, c’est toujours un moment festif et magique ; on regarde de partout, on a les yeux qui brillent, on rit, on danse, on vit l’art… en immersion intégrale.

Picasso 3

Picasso 4

Picasso 5

Picasso 6

Pour prolonger encore un peu le plaisir de la découverte, je vous ai dégoté ce jeu interactif « Dessiner à la manière de Picasso » sur le site France TV éducation. Chez nous, les nains ont testé et adopté…

Picasso 7

Picasso 8

Trop Minions !

Mes articles ne sont jamais bien longs, et pourtant j’ai le plus grand mal, souvent, à me limiter à un seul sujet… Aujourd’hui je vous parlerai donc des minions, ces personnages hilarants des films Moi moche et méchant 1 et 2, qui ont aussi eu droit à leur propre opus Les Minions en 2015 ; mais aussi de la gestion du temps de la semaines en attendant le week-end et des GIFs, ces images animées de plus en plus utilisées sur internet et dans nos communications… Mais oui, tout cela a un lien !

Juste avant les vacances d’hiver, j’ai cherché un GIF mettant en scène les Minions pour exprimer l’excitation et l’euphorie qui m’animait en ce dernier jour de travail. Voilà ce que j’ai trouvé :

Trop Minions SUPER.gif

La référence Minions, c’est pour cette affiche à laquelle je pense semaines après semaines pour introduire de l’humour dans mon attente du week-end.

Trop Minions affiche

Puis pendant ces fameuses vacances, mon fils a porté ces skis :

Trop Minions skis

Là, je pourrais dériver sur la consommation de produits à l’effigie des héros de nos enfants, expliquer pourquoi nous ne voulons pas de housse de couette Reine des neiges pour notre fille, ou pire, de pare-soleil Dora pour notre voiture familiale (ils sont célèbres ceux-là), me justifier pour les skis Minions en rejetant la faute sur le loueur de matériel… mais ce serait juste mettre encore plus de fouillis (restons poli) dans cet article qui part déjà dans tous les sens.

Restons plutôt sur les Minions. Nous avons rattrapé, en famille, ce retard « culturel » qui nous avait tenus éloignés du phénomène Minions en visionnant les trois films dont je parle en tête de cet article. C’est alors que j’ai décidé d’enrichir cet article – qui à la base ne parlait que de l’attente du week-end jour après jour dans la semaine répétée semaine après semaine – d’une petite collection de GIFs (rendez-vous sur Giphy pour constituer votre propre collection…).

Je pense que je vais remplacer certains émoticônes et certains mots de mes conversations écrites…

BISOUS

Trop Minions BISOUS

 

LOL

Trop Minions LOL

 

QUOI ?

Trop Minions QUOI

 

NON

Trop Minions NON

 

WHAOU ! (Mode contemplation)

Trop Minions WHAOU

 

VENDREDI ! (Restons dans le thème…)

Trop Minions FRIDAY

(Ce soir y’a Koh Lanta !)

 

BA-NA-NA !

Trop Minions BANANA

(Spéciale dédicace pour mes enfants fans de bananes et fans de minions fans de bananes…)

 

Bon, ok, j’arrête. Si vous êtes arrivés au bout de cet article foutoir défouloir, peut-être pouvez-vous me laisser votre GIF préféré en commentaire ? (J’ai peut-être besoin de sortir des Minions…).

Je vous souhaite un bon vendredi ( Trop Minions FRIDAY ) !

Cachez ce handicap que je ne saurais voir

Différence

Différence

Si nous sommes honnêtes avec nous mêmes et avec la réalité de notre société, nous le savons – et certains doivent même l’apprécier – le handicap reste le plus souvent planqué bien profond. Pas glamour, pas vendeur, pas photogénique…

Pour se donner une impression de modernité, d’ouverture et de tolérance, on met bien en avant les personnes en situation de handicap, dans certaines circonstances. On peut citer les jeux paralympiques, la version « handi » des mythiques jeux olympiques. Ceux de 2018 se sont terminés il y a quelques jours, le dimanche 18 mars. Et oui, déjà ! Vous en avez entendu parler, vous ? Je veux dire autant que les « vrais » jeux olympiques, ceux avec les sportifs « normaux » ? Vous avez vu des épreuves ? Vous avez compté les médailles ? Parce que moi je n’ai que trop peu vu de tout cela sur les médias qui parviennent jusqu’à moi. Par contre j’ai vu ce coup de gueule de Philippe Croizon.

Et puis il y a l’autisme. On en parle de plus en plus, certes ! Pour la plupart des gens, le personnage qui représente l’autisme, c’est dans Rain Man. Oui mais voilà, dans Rain Man on voit un autiste surdoué, qui peut compter 246 cure-dents en quelques secondes. Un autiste Asperger. Or la plupart des autistes ne sont pas Asperger. La plupart des mères d’autiste s’entendent dire que c’est de leur faute. La plupart des enfants autistes sont considérés comme des sales gosses malpolis dans les lieux publics.

Alors c’est vrai, c’est plus sympa le handicap surdoué, c’est plus vendeur, exceptionnel et positif. Mais cela ne représente pas la réalité.

Les sportifs des jeux paralympiques, on les tolère car ils sont le haut du panier du handicap, des handicapés physiques de compète, des super-handis comme diraient les personnages de Vestiaires.

Mais quand parle-t-on du quotidien des personnes en situation de handicap ? Des épreuves, des injustices, du monde qui n’est pas pensé pour eux, des lieux publics inaccessibles et des communications désastreuses ? Quand accepte-t-on de les regarder en face, de les considérer comme d’autres nous, nous comme des « eux » potentiels ?

Je suis professeur spécialisée, le handicap fait partie de mon quotidien, j’ai abandonné la gêne la pitié et l’indifférence pour l’égalité. J’essaie de répandre ma parole et ma vision autour de moi, de briser le tabou des mots, d’ouvrir les regards et les esprits. (Ici un article sur la Trisomie 21, une vidéo au message assez similaire.)

Avec mes enfants, déjà, dont je ne censure aucune question même en présence d’une personne en situation de handicap. J’ai été éduquée dans la honte de mes questions d’enfant « pourquoi il est en fauteuil roulant le monsieur ? » et je veux l’exact opposé pour mes mômes.

Avec mes élèves, ensuite, que j’abreuve de rencontres avec plusieurs types de handicaps et que j’essaie d’accompagner au mieux dans l’acceptation de leurs propres difficultés.

Avec les adultes de mon entourage et avec vous, enfin, ce type d’article comme un leitmotiv.

Regarder le handicap en face c’est un apprentissage nécessaire pour nous tous.

Et puis parfois, je m’appuie sur des initiatives existant déjà : depuis quelques années Vestiaires, une mini série diffusée sur France 2, y va fort dans la mise en avant du handicap. C’est percutant, souvent très drôle, en un mot inévitable ! Pour goûter à cet humour décapant, foncez sur France 2 le vendredi et le samedi à 20h45, ou bien ici ou . Et pour le savourer en version complète, les six premières saisons sont disponibles à la vente en coffret intégral ici. Je vous envoie aussi vers cette vidéo dans le style et avec les personnages de Vestiaires pour la campagne Ex Aequo du Ministère des Sports.

Je sais que certains ne peuvent pas supporter la vision des corps abîmés et amputés dans cette série… Et vous ?

La force de ces corps de femmes

La force de ces corps de femmes

Ils sont, ils se contentent d’exister

Ces chairs assemblées

Ces corps imparfaits

Non photoshopés

Ils sont, machines bien huilées

Destinés à servir

Doivent être utilisés

 

Pour porter les enfants

Porter les enfants

Porter les enfants

Porter les enfants

Tenir les enfants

Tirer les enfants

Pousser les enfants

 

Porter la grossesse

Porter pour nourrir

Porter devant

Porter dans le dos

Tenir pour marcher

Tirer tout le long de la vie qui file

Puis les pousser dans cette vie

Redevenir des corps séparés

 

Etre alors, encore, un autre corps

Un corps de sourires de soupirs de plaisirs et de rires

Un corps qui se mire et veut s’alanguir

Un corps qui transpire

Un corps fort

 

 

 

Ce texte est à la fois une aspiration personnelle et une réponse au défi initiateur d’écriture de mars (A vos claviers #5) du blog L’atelier sous les feuilles. J’ai été la première étonnée de le voir prendre la forme d’un texte poétique tant la poésie ne fait pas partie de mes types d’écrits…

Si comme moi le sujet du corps des mères vous inspire j’avais écrit un autre texte (non poétique) sur ce thème.

Faire un dab utile

Faire un dab utile

La première fois que j’ai entendu parler du dab (à mon travail de l’an dernier, en IME), je me suis sentie larguée. Mais à force de côtoyer des ados dans mon boulot ce concept a fini par intégrer mon quotidien. Aucune surprise, donc, lorsque j’ai lu dans le Brief.me du 7 mars (Brief.me, vous savez, tout l’incontournable de l’actualité dans votre boîte mail, j’en parle ) que la meilleure façon d’éternuer était peut-être d’en profiter pour faire un dab… Et donc, d’éternuer dans le creux de son coude et non dans sa main (ou alors on colle nos miasmes sur tout ce qu’on touche dans les cinq minutes qui suivent) ni en l’air (idem que dans le cas précédent, mais en les projetant en prime dans toute la pièce pour plusieurs heures). C’est le moment ou jamais d’en parler, puisque bientôt l’hiver, sa grippe, sa gastro et autres rhumes seront derrière nous. Cet article de Slate vous expliquera tout le pourquoi du comment de l’éternuement dabé et même, si vous le lisez jusqu’au bout, que votre panier de linge sale n’en pâtira pas. En plus, si vous êtes vraiment déconnectés de la jeunesse de ce pays, vous y trouverez un tuto Comment Daber réalisé par le jeune Tom, « presque 30 abonnés » au moment de la vidéo, moi j’espère juste que ses parents savent ce qu’il poste sur internet…

Sachez tout de même que le dab est devenu une référence chez les profs de maths d’aujourd’hui pour entraîner les élèves à la manipulation du théorème de Pythagore (vous voyez, pas si mammouth que ça, l’éducation nationale !).

Enfin, pour tous ceux que le sujet intéresse, je vous envoie ici et surtout  pour un décodage du dab, ses origines, son histoire, sa signification et son utilité (autre que celle d’éternuer stylé).

Le sommeil des bébés, ce sujet de déchirure

Le sommeil des bebes ce sujet de dechirure

Les jeunes mères l’ignorent avant d’y être confrontées – parfois dès la grossesse – mais dans la parentalité il est des sujets glissants, voire tabous. Le choix du sein ou du biberon font partie de ces thèmes polémiques, puisque presque tout le monde a un avis tranché sur la question et essaiera la plupart du temps de vous ramener dans son camp. Pour le sommeil des bébés, même combat. Ceux qui n’y sont plus confrontés ne manqueront pas d’y aller de leur petite expérience ou de leur conseil même non sollicité pour ces jeunes parents, épuisés par leurs nuits hachées en pleins de minuscules petits bouts.

Ce qui est majoritairement admis, et transmis, c’est que les enfants doivent « faire leurs nuits ». A votre première réunion de famille après la naissance de votre bébé, ou chaque fois que vous croiserez la vieille voisine de vos parents, la même question reviendra, comme une comptine enfantine : « Elle fait ses nuits ? ». C’est le pendant du « Il est sage ? », vous le savez, vous le sentez, que vous ne devez pas répondre non à ces questions. Alors vous mentez peut être ou vous éludez… Mais au fond, n’ayez plus de doute, la réponse normale et largement répandue, c’est non. Non, mon enfant de dix jours, un mois, trois mois, six mois, ne fait pas ses nuits. Enfin en tout cas il ne fait pas nos nuits, à nous ses parents.

J’ai souvent entendu dans les réunions d’allaitement (ces succursales de mamans allaitantes mais aussi, porteuses, bienveillantes, cododotantes, voire instruisantes en famille…) que « faire ses nuits » signifiait dormir cinq heures d’affilée trois fois par semaine (je cite de mémoire). De quoi répondre à votre tante Gertrude que oui oui, votre loustic fait bien ses nuits même si votre anticerne est devenu votre meilleur ami. Sans aucun hasard, le sujet du sommeil finissait constamment par arriver vers le milieu des réunions allaitement. Il y avait toujours une maman épuisée pour demander de l’aide tout en répétant ce que lui serinait l’entourage plus ou moins proche.

« C’est parce que tu l’allaites qu’elle ne fait pas ses nuits. »

« Tu devrais essayer le « 5 10 15 » ça a marché avec la cousine de la fille de mon patron. »

« Un bébé ça doit dormir 21 heures par jour donc 11 heures et demi par nuit. »

La vérité, c’est que la plupart de bébés ne font pas les nuits de leurs parents avant plusieurs mois. Allaitement ou pas. Blindage de biberon à la farine épaississante en soirée ou pas. Méthode du laisser pleurer ou pas. Croire que la normalité pour les bébés est de laisser les parents dormir… est un autre leurre qu’on agite devant les parents débutants et démunis. Cet article de Happynaiss en parle fort bien – et a d’ailleurs inspiré mon propre article. C’est aussi le thème de ce projet photographique que vous avez peut-être croisé sur les réseaux sociaux : Nuits sans larmes, Parents debout.

En expliquant que ces semaines ou ces mois de fatigue intense sont inéluctables, je ne veux pas non plus les réduire à une souffrance silencieuse. Au contraire, la solitude n’est pas obligatoire pour les mères en manque chronique de sommeil. Les partages bienveillants entre mères permettent toujours de délayer le ras-de-bol installé, même s’ils restent moins efficaces que le partage des réveils nocturnes avec le papa…

Vous voulez que je termine sur une bonne nouvelle ? Ils finissent par dormir, et cela se produit forcément avant l’adolescence…

Aux mères et aux pères dont le sommeil ne coïncide pas avec celui de leurs enfants, je souhaite simplement du courage pour « passer le cap ». Vous êtes les meilleurs des parents pour votre enfant…

Il n’y a pas de «parce que» dans mes «je t’aime»

Il n y a pas de parce que dans mes je t aime

J’en parlais dans mon article précédent. Nous avons traversé une phase familiale mouvementée entre septembre dernier et maintenant. Une tempête d’émotions qui a opposé nos deux enfants et nous a embarqué nous aussi, les parents, dans ses tourbillons. Dès la rentrée j’ai perçu que ma fille souffrait de la nouvelle place de son grand frère, l’apprenti lecteur, encore plus posé et tranquille qu’auparavant, étalant sa raison et sa sagesse pour nous épater. Nos mots n’ont pas su apaiser sa déception de n’être «que» la petite sœur de trois ans et demi, notre amour ne l’a pas assez rassurée et les crises se sont enchaînées, inexorablement attachées les unes aux autres. Un jour elle s’est mise à dessiner avec frénésie. Des semaines plus tard je me suis remémoré mes mots : « Toi tu es en petite section, tu apprends à dessiner… » Les mots peuvent nous enfermer parfois.

Puis nous libérer.

Il y a deux semaines environ j’exprimais une fois de plus à mes deux enfants mon amour pour eux. Pour chacun d’eux. Je leur redisais que je n’aimais pas «plus» l’autre, en leur demandant de cesser leur lutte pour notre amour de parents. A ce moment là, je regarde ma fille dans les yeux : « Je t’aime pour ce que tu es. »

Mon fils enchaîne : « Et moi tu m’aimes parce que je sais lire. » Ces mots ont résonné comme l’explication de texte des cris réitérés des mois précédents… Alors j’ai trouvé cette phrase libératrice. « Il n’y a pas de «parce que» dans mes «je t’aime». » En leur disant que mon amour ne dépendait pas de leurs réussites je les ai peut-être libérés. Apaisés…

Magie des mots.

Succession de phases

Succession de phases

Souvent j’envisage la vie de parents telle une succession.

Il y a quelques mois, imbibés de parentalité bienveillante, nous avions laissé couler notre vie familiale, tranquille, facile et sereine. Puis la rentrée scolaire, avec ses nécessaires chamboulements, a marqué un basculement, un amoncellement de pleurs et de cris. Tous les accrocs du quotidien sont devenus des prétextes, entre parents et enfants, entre enfant et enfant, à ne pas se comprendre, à ne pas se voir, à se fâcher.

Une grande dame de ma connaissance raconte au sujet de l’équilibre familial qu’au moment où tout va bien dans nos vies l’univers nous envoie de quoi tout remettre en question. Parfois nous souhaiterions rester dans la tranquillité, mais c’est sans compter ces successions de phases rythmant nos vies.

Au sommet des montagnes russes l’euphorie nous porte si haut que nous n’envisageons même pas la chute, ses battements cardiaques et ses hurlements. Quand elle survient, soudaine et progressive, douce et violente, on change de phase comme l’on se retournerait sur ses propres pas. Gardons en tête dans les phases basses de nos existences que d’autres phases viendront…

Ainsi depuis quelques jours la sérénité semble être de retour par chez nous…

Succession de phases.

La télé des mini-nains

La tele des mini nains

J’avais déjà écrit (ici) un article sur les dessins animés. Ceux de ma jeunesse et ceux de leur jeunesse. J’avoue avoir toujours cet engouement particulier pour Miraculous, ce qui amuse particulièrement mon mari d’ailleurs (« Laisse maman tranquille elle regarde son dessin animé. »).

Je ne vous ai pas parlé par contre des autres dessins animés, ceux qu’on ne regarde pas ou plus, ou du coin de l’œil. Ceux dont le principal – seul ? – intérêt est de permettre aux parents de grappiller quelques dizaines de minutes supplémentaires dans leur lit les matins de week-end. Je suis tombée sur cet article le week-end dernier justement, j’en ai pleuré de rire… Parents de nains, je vous souhaite une bonne lecture.

Laisse pas rouler ton fils

Laisse pas rouler ton fils

De rares graffitis se dessinent sur les panneaux colorés. L’air est empli de voix enfantines et de rires qui éclatent tels des bulles de savons, plusieurs petits s’agitent et courent, et leur excitation est communicative comme le bonheur qui vit dans leur sourire. Le tourniquet couine un petit peu, la tôle du toboggan joyeusement frappée résonne d’un son métallique, un bruit de roulement incessant accompagne ce trotteur, en forme de moto rouge, qui tourne rapidement autour de la structure de jeux. Le jeune garçon, fièrement dressé sur l’engin, pousse si intensément sur ses jambes qu’il se propulse de plus en plus vite. Chaque accélération est accompagnée d’un hurlement victorieux. A deux ans et demi, Mathis est un enfant que l’on pourrait qualifier de turbulent. Dans ce parc, il peut galoper, crier, se défouler. Assise sur un banc en retrait, Stéphanie regarde son fils du coin de l’œil. A quelques mètres de là, une jeune femme blonde aux cheveux raides impeccables observe aussi le gamin. Elle tente d’anticiper la trajectoire de la moto écarlate, et retient les pas de sa fille qui, concentrée sur sa marche hésitante, ne semble pas percevoir le bolide. A dix-huit mois, Lisa découvre avec émerveillement tous les détails du monde autour d’elle. Elle se penche pour attraper un petit caillou, et alors qu’elle se relève, la moto la frôle. La petite fille crie puis pleure de peur, elle se retourne précipitamment pour se blottir dans les bras de sa mère. Amandine serre Lisa contre elle, et lève la tête vers Mathis. Il est déjà loin, il a presque fait un tour de plus. Amandine le suit du regard, son agacement est clairement perceptible. Sur son banc, la silhouette imposante de Stéphanie ne bouge pas. Ses yeux vert clair accompagnent très distraitement les tours rapides de son fils.

Le jeune motard en culotte courte semble ne s’être aperçu de rien, et il continue son manège. Amandine prend Lisa dans les bras et sort du circuit dessiné par la moto, elle rejoint Jérôme qui vient d’arriver. Il embrasse sa fille, échange quelques mots avec sa femme. Il se fixe lui aussi sur les cercles de l’engin rouge, et lorsque son épouse lui raconte la frayeur de Lisa, son étonnement devient énervement. « Il n’a pas de parents cet enfant ?

– Je crois que c’est sa mère sur le banc là-bas. »

Petite Lisa attrape l’encolure du pull d’Amandine et tire dessus. La jeune femme s’assoit sur un muret bordant l’aire de jeux, soulève son haut et offre le sein à sa fille. La scène est plutôt inhabituelle ; la fillette a dépassé de beaucoup l’âge limite socialement admis pour l’allaitement maternel, et la mère n’a pas le style adopté par la plupart de ces femmes hyper maternantes. Elle est ainsi habillée de façon classique, cashmere beige et pantalon en laine gris, son maquillage est prononcé, son brushing parfait ; en ce samedi après-midi elle est apprêtée comme pour aller travailler, et l’on devine aisément qu’elle exerce un poste à responsabilité.

Pendant que sa petite tète, Amandine observe attentivement Mathis. Il a posé brutalement son trotteur près du tourniquet et joue maintenant au toboggan. Il y a quelque chose chez cet enfant qui la dérange. Est-ce la dureté des traits de son visage, l’épaisseur de ses sourcils, ou peut être juste cette domination qu’il exerce sans relâche sur les plus petits que lui ? Alors que sa mère est concentrée sur son téléphone portable, Mathis bouscule les autres enfants et leur passe devant, il est invariablement le vainqueur dans cette lutte pour la première place. La tétée finie, Lisa veut retourner jouer. Elle pointe un index vers le toboggan en poussant de petits cris joyeux. Amandine et Jérôme hésitent, mais finissent par céder devant l’enthousiasme de leur bébé. Pour Lisa c’est la première glissade sur toboggan, hésitante elle fait quelques pas sur la plateforme avant de s’engager pour une autre descente. Mathis surgit telle une tornade et fonce, il frôle Lisa qui perd l’équilibre et tombe sur les fesses. Cette fois c’est sans un pleur qu’elle se relève. Mathis est déjà en bas. La môme se décide enfin, elle s’assoit en haut du toboggan. Mathis remonte sur sa moto. Lisa attend, Amandine pose ses mains sur le ventre et le dos de sa fille. Mathis recommence à tourner. Lisa glisse doucement, soutenue par sa mère. Mathis pousse sur ses pieds pour aller plus vite. En bas, alors qu’elle essaie de se relever, Lisa perd l’équilibre vers l’avant et se rattrape sur ses mains. Mathis accélère. Lisa se redresse, elle fait un pas, sa mère est à quelques centimètres. Soudain Mathis est là, il roule vite et sa trajectoire passe si proche de Lisa, que sa jambe et le pied de Lisa s’entrechoquent. La petite tombe en arrière. Amandine et Jérôme la voient chuter comme au ralenti. Sa tête frappe le sol. Pendant une seconde elle est si surprise, qu’aucun son ne sort de sa bouche. Son visage se déforme, elle se met à crier. A nouveau, Mathis ne s’est pas arrêté, il a presque fait un tour de plus. Amandine prend sa fille hurlant dans les bras, ses yeux poursuivent Mathis, sans réfléchir elle pose son pied sur l’itinéraire de la moto. Le voilà stoppé, le caïd de bac à sable. Amandine attrape la moto et la soulève. Mathis se retrouve soudain debout, sans trotteur. Amandine perd son sang froid, le son de ses mots se fait plus fort que les hurlements de Lisa. Mathis la regarde ahuri. En quelques secondes, Stéphanie est là. Et l’incident devient un combat de mères. Stéphanie défend son fils ; c’est un bébé, il n’a pas fait exprès, ce n’est pas la peine de lui crier dessus. Amandine est furieuse, elle reproche à Stéphanie de n’être pas intervenue avant, d’avoir laissé son fils rouler à fond la caisse et mettre en danger les autres enfants, de l’avoir laissé les doubler et les pousser sans jamais lui poser de limites. Jérôme s’est approché de son épouse, en soutien inconditionnel. Entre les deux femmes le ton monte très rapidement, Stéphanie se sent insultée en tant que mère, Amandine surenchérit sur les agressions subies par Lisa puis elle dérape en attaquant directement Mathis. La violence devient palpable. Jérôme ne sait plus comment intervenir. Dans le parc, plusieurs parents se sont levés et observent la scène, prêts à s’interposer pour séparer les deux mégères. Au bout de quelques secondes, Jérôme sort enfin de sa torpeur, il attrape le bras d’Amandine et lui chuchote de se calmer.

« Tu as raison ça ne sert à rien. De toute façon il n’y a qu’à voir sa mère pour comprendre, c’est pas de sa faute au gosse si c’est un petit con ». Ces derniers mots sont comme des clous que l’on enfonce et qui résonnent dans le silence.

Une voix grave lui répond. Une voix qu’elle connaît.

« C’est de mon fils dont tu parles là ? »

Amandine tourne la tête. Elle comprend tout à coup pourquoi le visage du garçon la mettait si mal à l’aise. Sa mâchoire carrée, ses sourcils épais, ses expressions, comment n’a-t-elle pas vu en lui le fils de Cédric ?

Elle bafouille, incapable d’articuler le moindre mot. Jérôme perçoit chez sa femme une apathie qu’il ne parvient pas à décrypter. « Vous vous connaissez ? », se hasarde-t-il à demander. Il espère qu’une certaine familiarité entre Amandine et le père du sale gosse leur permettra de dénouer le conflit.

« Oui on se connaît ! » lance Cédric à Amandine. « Dis lui donc à ton mari. »

Amandine demeure silencieuse. Elle n’arrive pas à se détacher du visage de Cédric. Elle fixe ses yeux, qui lui confirment ce qu’elle a toujours su. Soudain lui reviennent en mémoire la pléthore de questions sur l’origine des yeux bleus de sa fille.

Il regarde Lisa, puis Amandine.

« C’est ma fille ? »

Ce n’est presque pas une question.

Il aurait pu demander son âge et faire le calcul. Ils auraient su mais Jérôme et Stéphanie auraient pu l’ignorer encore. Mais il ne fait pas dans la demi mesure. C’est bien ce qui lui avait plu chez lui, cette brutalité.

Il faut dire que Cédric n’a plus rien à perdre, cela fait plus d’un an que Stéphanie et lui sont séparés. Avec la naissance de Mathis, la présence de l’enfant, le surpoids de son épouse, l’absence de sexe dans son couple, Cédric avait multiplié les conquêtes. Il avait ainsi usé de son charme de latin dominateur avec Amandine alors que Mathis avait tout juste trois mois. Amandine et Jérôme quant à eux essayaient de faire un enfant depuis deux mois. La jeune femme, terrorisée à l’idée de devenir mère, s’était laissée séduire par l’interdit, une dernière friandise avant de renoncer à sa féminité, elle qui avait tellement peur de perdre la femme derrière la mère… Pourtant, par un tour de passe-passe du destin, c’était au moment où elle célébrait sa liberté que Lisa s’était installée. Une capote qui craque et le tour était joué.

La liaison n’avait guère duré. Amandine s’était persuadée que la date de conception avancée par les médecins était fausse ; et elle avait réussi à croire à son propre mensonge, jusqu’à aujourd’hui.

Jérôme est atterré.

Amandine muette.

La haine de Stéphanie se déchaîne alors : « Toi la mère parfaite tu voulais me donner des leçons, mais tu n’es qu’une traînée ! Tu continues d’ailleurs, tu sors tes seins dans les parcs, soit disant pour allaiter ta fille, tu crois que je n’ l’ai pas vu ton numéro d’aguicheuse ? »

Rapidement, Jérôme et Amandine quittent le parc.

Stéphanie déverse encore sa rancœur. « Tu te rends compte de ce qu’elle a dit sur Mathis ? »

Mais Cédric ne répond pas. Il pense à cette petite fille qu’il découvre, et ses grands yeux qui le regardent…

 

Sur la structure de jeux presque neuve, des décalco-graffitis fleurissent déjà. Mathis et Lisa sont assis sur un banc. Un jeune garçon de trois ans fait des tours de trotteur.

Lisa s’adresse à son frère dans un sourire : « Laisse pas rouler ton fils Mathis… Si tu ne veux pas que ta vie glisse… »

 

 

(Une nouvelle écrite il y a plus de deux ans.)