Le sommeil des bébés, ce sujet de déchirure

Le sommeil des bebes ce sujet de dechirure

Les jeunes mères l’ignorent avant d’y être confrontées – parfois dès la grossesse – mais dans la parentalité il est des sujets glissants, voire tabous. Le choix du sein ou du biberon font partie de ces thèmes polémiques, puisque presque tout le monde a un avis tranché sur la question et essaiera la plupart du temps de vous ramener dans son camp. Pour le sommeil des bébés, même combat. Ceux qui n’y sont plus confrontés ne manqueront pas d’y aller de leur petite expérience ou de leur conseil même non sollicité pour ces jeunes parents, épuisés par leurs nuits hachées en pleins de minuscules petits bouts.

Ce qui est majoritairement admis, et transmis, c’est que les enfants doivent « faire leurs nuits ». A votre première réunion de famille après la naissance de votre bébé, ou chaque fois que vous croiserez la vieille voisine de vos parents, la même question reviendra, comme une comptine enfantine : « Elle fait ses nuits ? ». C’est le pendant du « Il est sage ? », vous le savez, vous le sentez, que vous ne devez pas répondre non à ces questions. Alors vous mentez peut être ou vous éludez… Mais au fond, n’ayez plus de doute, la réponse normale et largement répandue, c’est non. Non, mon enfant de dix jours, un mois, trois mois, six mois, ne fait pas ses nuits. Enfin en tout cas il ne fait pas nos nuits, à nous ses parents.

J’ai souvent entendu dans les réunions d’allaitement (ces succursales de mamans allaitantes mais aussi, porteuses, bienveillantes, cododotantes, voire instruisantes en famille…) que « faire ses nuits » signifiait dormir cinq heures d’affilée trois fois par semaine (je cite de mémoire). De quoi répondre à votre tante Gertrude que oui oui, votre loustic fait bien ses nuits même si votre anticerne est devenu votre meilleur ami. Sans aucun hasard, le sujet du sommeil finissait constamment par arriver vers le milieu des réunions allaitement. Il y avait toujours une maman épuisée pour demander de l’aide tout en répétant ce que lui serinait l’entourage plus ou moins proche.

« C’est parce que tu l’allaites qu’elle ne fait pas ses nuits. »

« Tu devrais essayer le « 5 10 15 » ça a marché avec la cousine de la fille de mon patron. »

« Un bébé ça doit dormir 21 heures par jour donc 11 heures et demi par nuit. »

La vérité, c’est que la plupart de bébés ne font pas les nuits de leurs parents avant plusieurs mois. Allaitement ou pas. Blindage de biberon à la farine épaississante en soirée ou pas. Méthode du laisser pleurer ou pas. Croire que la normalité pour les bébés est de laisser les parents dormir… est un autre leurre qu’on agite devant les parents débutants et démunis. Cet article de Happynaiss en parle fort bien – et a d’ailleurs inspiré mon propre article. C’est aussi le thème de ce projet photographique que vous avez peut-être croisé sur les réseaux sociaux : Nuits sans larmes, Parents debout.

En expliquant que ces semaines ou ces mois de fatigue intense sont inéluctables, je ne veux pas non plus les réduire à une souffrance silencieuse. Au contraire, la solitude n’est pas obligatoire pour les mères en manque chronique de sommeil. Les partages bienveillants entre mères permettent toujours de délayer le ras-de-bol installé, même s’ils restent moins efficaces que le partage des réveils nocturnes avec le papa…

Vous voulez que je termine sur une bonne nouvelle ? Ils finissent par dormir, et cela se produit forcément avant l’adolescence…

Aux mères et aux pères dont le sommeil ne coïncide pas avec celui de leurs enfants, je souhaite simplement du courage pour « passer le cap ». Vous êtes les meilleurs des parents pour votre enfant…

Il n’y a pas de «parce que» dans mes «je t’aime»

Il n y a pas de parce que dans mes je t aime

J’en parlais dans mon article précédent. Nous avons traversé une phase familiale mouvementée entre septembre dernier et maintenant. Une tempête d’émotions qui a opposé nos deux enfants et nous a embarqué nous aussi, les parents, dans ses tourbillons. Dès la rentrée j’ai perçu que ma fille souffrait de la nouvelle place de son grand frère, l’apprenti lecteur, encore plus posé et tranquille qu’auparavant, étalant sa raison et sa sagesse pour nous épater. Nos mots n’ont pas su apaiser sa déception de n’être «que» la petite sœur de trois ans et demi, notre amour ne l’a pas assez rassurée et les crises se sont enchaînées, inexorablement attachées les unes aux autres. Un jour elle s’est mise à dessiner avec frénésie. Des semaines plus tard je me suis remémoré mes mots : « Toi tu es en petite section, tu apprends à dessiner… » Les mots peuvent nous enfermer parfois.

Puis nous libérer.

Il y a deux semaines environ j’exprimais une fois de plus à mes deux enfants mon amour pour eux. Pour chacun d’eux. Je leur redisais que je n’aimais pas «plus» l’autre, en leur demandant de cesser leur lutte pour notre amour de parents. A ce moment là, je regarde ma fille dans les yeux : « Je t’aime pour ce que tu es. »

Mon fils enchaîne : « Et moi tu m’aimes parce que je sais lire. » Ces mots ont résonné comme l’explication de texte des cris réitérés des mois précédents… Alors j’ai trouvé cette phrase libératrice. « Il n’y a pas de «parce que» dans mes «je t’aime». » En leur disant que mon amour ne dépendait pas de leurs réussites je les ai peut-être libérés. Apaisés…

Magie des mots.

Succession de phases

Succession de phases

Souvent j’envisage la vie de parents telle une succession.

Il y a quelques mois, imbibés de parentalité bienveillante, nous avions laissé couler notre vie familiale, tranquille, facile et sereine. Puis la rentrée scolaire, avec ses nécessaires chamboulements, a marqué un basculement, un amoncellement de pleurs et de cris. Tous les accrocs du quotidien sont devenus des prétextes, entre parents et enfants, entre enfant et enfant, à ne pas se comprendre, à ne pas se voir, à se fâcher.

Une grande dame de ma connaissance raconte au sujet de l’équilibre familial qu’au moment où tout va bien dans nos vies l’univers nous envoie de quoi tout remettre en question. Parfois nous souhaiterions rester dans la tranquillité, mais c’est sans compter ces successions de phases rythmant nos vies.

Au sommet des montagnes russes l’euphorie nous porte si haut que nous n’envisageons même pas la chute, ses battements cardiaques et ses hurlements. Quand elle survient, soudaine et progressive, douce et violente, on change de phase comme l’on se retournerait sur ses propres pas. Gardons en tête dans les phases basses de nos existences que d’autres phases viendront…

Ainsi depuis quelques jours la sérénité semble être de retour par chez nous…

Succession de phases.

La télé des mini-nains

La tele des mini nains

J’avais déjà écrit (ici) un article sur les dessins animés. Ceux de ma jeunesse et ceux de leur jeunesse. J’avoue avoir toujours cet engouement particulier pour Miraculous, ce qui amuse particulièrement mon mari d’ailleurs (« Laisse maman tranquille elle regarde son dessin animé. »).

Je ne vous ai pas parlé par contre des autres dessins animés, ceux qu’on ne regarde pas ou plus, ou du coin de l’œil. Ceux dont le principal – seul ? – intérêt est de permettre aux parents de grappiller quelques dizaines de minutes supplémentaires dans leur lit les matins de week-end. Je suis tombée sur cet article le week-end dernier justement, j’en ai pleuré de rire… Parents de nains, je vous souhaite une bonne lecture.

Laisse pas rouler ton fils

Laisse pas rouler ton fils

De rares graffitis se dessinent sur les panneaux colorés. L’air est empli de voix enfantines et de rires qui éclatent tels des bulles de savons, plusieurs petits s’agitent et courent, et leur excitation est communicative comme le bonheur qui vit dans leur sourire. Le tourniquet couine un petit peu, la tôle du toboggan joyeusement frappée résonne d’un son métallique, un bruit de roulement incessant accompagne ce trotteur, en forme de moto rouge, qui tourne rapidement autour de la structure de jeux. Le jeune garçon, fièrement dressé sur l’engin, pousse si intensément sur ses jambes qu’il se propulse de plus en plus vite. Chaque accélération est accompagnée d’un hurlement victorieux. A deux ans et demi, Mathis est un enfant que l’on pourrait qualifier de turbulent. Dans ce parc, il peut galoper, crier, se défouler. Assise sur un banc en retrait, Stéphanie regarde son fils du coin de l’œil. A quelques mètres de là, une jeune femme blonde aux cheveux raides impeccables observe aussi le gamin. Elle tente d’anticiper la trajectoire de la moto écarlate, et retient les pas de sa fille qui, concentrée sur sa marche hésitante, ne semble pas percevoir le bolide. A dix-huit mois, Lisa découvre avec émerveillement tous les détails du monde autour d’elle. Elle se penche pour attraper un petit caillou, et alors qu’elle se relève, la moto la frôle. La petite fille crie puis pleure de peur, elle se retourne précipitamment pour se blottir dans les bras de sa mère. Amandine serre Lisa contre elle, et lève la tête vers Mathis. Il est déjà loin, il a presque fait un tour de plus. Amandine le suit du regard, son agacement est clairement perceptible. Sur son banc, la silhouette imposante de Stéphanie ne bouge pas. Ses yeux vert clair accompagnent très distraitement les tours rapides de son fils.

Le jeune motard en culotte courte semble ne s’être aperçu de rien, et il continue son manège. Amandine prend Lisa dans les bras et sort du circuit dessiné par la moto, elle rejoint Jérôme qui vient d’arriver. Il embrasse sa fille, échange quelques mots avec sa femme. Il se fixe lui aussi sur les cercles de l’engin rouge, et lorsque son épouse lui raconte la frayeur de Lisa, son étonnement devient énervement. « Il n’a pas de parents cet enfant ?

– Je crois que c’est sa mère sur le banc là-bas. »

Petite Lisa attrape l’encolure du pull d’Amandine et tire dessus. La jeune femme s’assoit sur un muret bordant l’aire de jeux, soulève son haut et offre le sein à sa fille. La scène est plutôt inhabituelle ; la fillette a dépassé de beaucoup l’âge limite socialement admis pour l’allaitement maternel, et la mère n’a pas le style adopté par la plupart de ces femmes hyper maternantes. Elle est ainsi habillée de façon classique, cashmere beige et pantalon en laine gris, son maquillage est prononcé, son brushing parfait ; en ce samedi après-midi elle est apprêtée comme pour aller travailler, et l’on devine aisément qu’elle exerce un poste à responsabilité.

Pendant que sa petite tète, Amandine observe attentivement Mathis. Il a posé brutalement son trotteur près du tourniquet et joue maintenant au toboggan. Il y a quelque chose chez cet enfant qui la dérange. Est-ce la dureté des traits de son visage, l’épaisseur de ses sourcils, ou peut être juste cette domination qu’il exerce sans relâche sur les plus petits que lui ? Alors que sa mère est concentrée sur son téléphone portable, Mathis bouscule les autres enfants et leur passe devant, il est invariablement le vainqueur dans cette lutte pour la première place. La tétée finie, Lisa veut retourner jouer. Elle pointe un index vers le toboggan en poussant de petits cris joyeux. Amandine et Jérôme hésitent, mais finissent par céder devant l’enthousiasme de leur bébé. Pour Lisa c’est la première glissade sur toboggan, hésitante elle fait quelques pas sur la plateforme avant de s’engager pour une autre descente. Mathis surgit telle une tornade et fonce, il frôle Lisa qui perd l’équilibre et tombe sur les fesses. Cette fois c’est sans un pleur qu’elle se relève. Mathis est déjà en bas. La môme se décide enfin, elle s’assoit en haut du toboggan. Mathis remonte sur sa moto. Lisa attend, Amandine pose ses mains sur le ventre et le dos de sa fille. Mathis recommence à tourner. Lisa glisse doucement, soutenue par sa mère. Mathis pousse sur ses pieds pour aller plus vite. En bas, alors qu’elle essaie de se relever, Lisa perd l’équilibre vers l’avant et se rattrape sur ses mains. Mathis accélère. Lisa se redresse, elle fait un pas, sa mère est à quelques centimètres. Soudain Mathis est là, il roule vite et sa trajectoire passe si proche de Lisa, que sa jambe et le pied de Lisa s’entrechoquent. La petite tombe en arrière. Amandine et Jérôme la voient chuter comme au ralenti. Sa tête frappe le sol. Pendant une seconde elle est si surprise, qu’aucun son ne sort de sa bouche. Son visage se déforme, elle se met à crier. A nouveau, Mathis ne s’est pas arrêté, il a presque fait un tour de plus. Amandine prend sa fille hurlant dans les bras, ses yeux poursuivent Mathis, sans réfléchir elle pose son pied sur l’itinéraire de la moto. Le voilà stoppé, le caïd de bac à sable. Amandine attrape la moto et la soulève. Mathis se retrouve soudain debout, sans trotteur. Amandine perd son sang froid, le son de ses mots se fait plus fort que les hurlements de Lisa. Mathis la regarde ahuri. En quelques secondes, Stéphanie est là. Et l’incident devient un combat de mères. Stéphanie défend son fils ; c’est un bébé, il n’a pas fait exprès, ce n’est pas la peine de lui crier dessus. Amandine est furieuse, elle reproche à Stéphanie de n’être pas intervenue avant, d’avoir laissé son fils rouler à fond la caisse et mettre en danger les autres enfants, de l’avoir laissé les doubler et les pousser sans jamais lui poser de limites. Jérôme s’est approché de son épouse, en soutien inconditionnel. Entre les deux femmes le ton monte très rapidement, Stéphanie se sent insultée en tant que mère, Amandine surenchérit sur les agressions subies par Lisa puis elle dérape en attaquant directement Mathis. La violence devient palpable. Jérôme ne sait plus comment intervenir. Dans le parc, plusieurs parents se sont levés et observent la scène, prêts à s’interposer pour séparer les deux mégères. Au bout de quelques secondes, Jérôme sort enfin de sa torpeur, il attrape le bras d’Amandine et lui chuchote de se calmer.

« Tu as raison ça ne sert à rien. De toute façon il n’y a qu’à voir sa mère pour comprendre, c’est pas de sa faute au gosse si c’est un petit con ». Ces derniers mots sont comme des clous que l’on enfonce et qui résonnent dans le silence.

Une voix grave lui répond. Une voix qu’elle connaît.

« C’est de mon fils dont tu parles là ? »

Amandine tourne la tête. Elle comprend tout à coup pourquoi le visage du garçon la mettait si mal à l’aise. Sa mâchoire carrée, ses sourcils épais, ses expressions, comment n’a-t-elle pas vu en lui le fils de Cédric ?

Elle bafouille, incapable d’articuler le moindre mot. Jérôme perçoit chez sa femme une apathie qu’il ne parvient pas à décrypter. « Vous vous connaissez ? », se hasarde-t-il à demander. Il espère qu’une certaine familiarité entre Amandine et le père du sale gosse leur permettra de dénouer le conflit.

« Oui on se connaît ! » lance Cédric à Amandine. « Dis lui donc à ton mari. »

Amandine demeure silencieuse. Elle n’arrive pas à se détacher du visage de Cédric. Elle fixe ses yeux, qui lui confirment ce qu’elle a toujours su. Soudain lui reviennent en mémoire la pléthore de questions sur l’origine des yeux bleus de sa fille.

Il regarde Lisa, puis Amandine.

« C’est ma fille ? »

Ce n’est presque pas une question.

Il aurait pu demander son âge et faire le calcul. Ils auraient su mais Jérôme et Stéphanie auraient pu l’ignorer encore. Mais il ne fait pas dans la demi mesure. C’est bien ce qui lui avait plu chez lui, cette brutalité.

Il faut dire que Cédric n’a plus rien à perdre, cela fait plus d’un an que Stéphanie et lui sont séparés. Avec la naissance de Mathis, la présence de l’enfant, le surpoids de son épouse, l’absence de sexe dans son couple, Cédric avait multiplié les conquêtes. Il avait ainsi usé de son charme de latin dominateur avec Amandine alors que Mathis avait tout juste trois mois. Amandine et Jérôme quant à eux essayaient de faire un enfant depuis deux mois. La jeune femme, terrorisée à l’idée de devenir mère, s’était laissée séduire par l’interdit, une dernière friandise avant de renoncer à sa féminité, elle qui avait tellement peur de perdre la femme derrière la mère… Pourtant, par un tour de passe-passe du destin, c’était au moment où elle célébrait sa liberté que Lisa s’était installée. Une capote qui craque et le tour était joué.

La liaison n’avait guère duré. Amandine s’était persuadée que la date de conception avancée par les médecins était fausse ; et elle avait réussi à croire à son propre mensonge, jusqu’à aujourd’hui.

Jérôme est atterré.

Amandine muette.

La haine de Stéphanie se déchaîne alors : « Toi la mère parfaite tu voulais me donner des leçons, mais tu n’es qu’une traînée ! Tu continues d’ailleurs, tu sors tes seins dans les parcs, soit disant pour allaiter ta fille, tu crois que je n’ l’ai pas vu ton numéro d’aguicheuse ? »

Rapidement, Jérôme et Amandine quittent le parc.

Stéphanie déverse encore sa rancœur. « Tu te rends compte de ce qu’elle a dit sur Mathis ? »

Mais Cédric ne répond pas. Il pense à cette petite fille qu’il découvre, et ses grands yeux qui le regardent…

 

Sur la structure de jeux presque neuve, des décalco-graffitis fleurissent déjà. Mathis et Lisa sont assis sur un banc. Un jeune garçon de trois ans fait des tours de trotteur.

Lisa s’adresse à son frère dans un sourire : « Laisse pas rouler ton fils Mathis… Si tu ne veux pas que ta vie glisse… »

 

 

(Une nouvelle écrite il y a plus de deux ans.)

Peut-on faire confiance au père Noël ?

Peut-on faire confiance au père Noël

Allez comme j’ai été quelque peu absente ces derniers temps je vous ai concocté vite fait un autre petit article avant le réveillon.

Peut-on faire confiance au père Noel, ou le jour où mon fils, six ans, a capté que sa mère était à la ramasse…

Remettons déjà en place le contexte. Mon fils sait que le père Noël n’existe pas «en vrai» depuis l’année dernière. Nous avons répondu à ses questions («mais il existe en vrai le père Noël ?») en lui disant la vérité, avant Noël. Donc depuis un an déjà il a bien intégré que les cadeaux c’est nous, ses grands parents, ses tontons, tatas et compagnie…

Il y a quelques semaines, il venait de perdre une dent de lait et devisait ainsi sur le passage de la petite souris : «Mais tu es sûre maman qu’elle va passer la petite souris ?» (Comme si la petite souris lui avait déjà fait faux bond !)

— Bien sûr mon cœur qu’elle va passer la petite souris !

— Mais si elle oublie ?

— Tu sais qui c’est la petite souris en vrai ?

— C’est toi !

— Alors fais confiance à la petite souris, elle va passer.

J’ai, bien entendu, fait en sorte de ne pas oublier la pièce sous l’oreiller cette nuit là.

Mais quelques jours après, il m’a questionné à nouveau.

« Maman tu es sûre qu’il va passer le père Noël ? »

— Oui je suis sûre.

— Mais s’il oublie ?

Et là, j’avoue que je suis restée interloquée. Tout en le rassurant, les yeux écarquillés, « Il ne va pas oublier les cadeaux le père Noël, enfin ! », j’ai compris qu’il savait, du haut de ses six ans, le tourbillon de nos vies et nos mémoires qui décrochent. J’ai appris aussi qu’avec son esprit enfantin il me voyait encore plus à la ramasse que je ne le suis en réalité…

 

En espérant que chez vous le père Noël ait encore assuré cette année, je vous souhaite un merveilleux Noël !

Favoritisme vestimentaire pro-filles

Favoritisme vestimentaire pro filles

Cette galère pour habiller les garçons, on en parle ?

Il y a deux semaines, je voulais regarnir l’armoire de mon fils, 6 ans et demi, pour l’hiver. Je me rends donc en magasin, dans l’enseigne très connue à laquelle je suis fidèle depuis ma première grossesse. Pour une fois j’aimerais pouvoir essayer avec lui, qui est si fin et porte des tailles différentes en haut et en bas… Ce samedi matin, dans le rayon garçon à l’abandon, je songe qu’ils devraient modifier leur slogan « Les enfants d’abord » pour « Les filles d’abord… les garçons s’il reste de la place… ». La zone « petit mec » est clairement moins garnie et la plupart des tailles introuvable. Je finis par passer en caisse en ressassant mon agacement, deux pantalons à la main. « Ils lui vont, ils lui plaisent, c’est déjà ça. » Pourtant – surprise ! – la caissière m’annonce un prix bien supérieur à celui que j’avais calculé, puis m’explique « vous n’êtes plus dans le club depuis le 1er novembre madame » (nous sommes le 4 novembre) « pour prolonger votre adhésion vous devez prendre un troisième article ». C’est vrai que je suis juste cliente depuis sept ans ! La colère enfouie remonte à la surface, les pantalons posés sur la caisse, je quitte le magasin en expliquant qu’il me sera impossible de prendre un article de plus dans ce désert que constitue leur rayon garçon.

Plus tard, sur internet, je n’ai trouvé que ce texte déplorant le manque de choix pour les garçons. Et puis je me suis souvenue des discussions de mamans sur la galère de l’habillage de garçon. Mon fils était encore bébé, je ne ressentais pas encore cette difficulté. Aujourd’hui je suis en plein dedans et une chose est certaine, j’éviterai cette marque désormais… Marre de ne trouver chez eux, pour mon fils, que du plus triste et moins bien coupé que ce qu’ils proposent à l’autre sexe. Pour nos garçons, du gris, du marron, du taupe… couleur des murs revisités en « home staging » par une célèbre émission télévisée…

Lutter contre le sexisme, c’est aussi arrêter de considérer les filles comme des princesses bien habillées – mais écervelées et chouineuses – et les garçons comme des meubles – mais intelligents ne vous plaignez pas !

Mon fils me le disais il y a quelques mois : « Maman pourquoi tu me changes de tee-shirt, l’essentiel c’est d’être habillé ! » L’essentiel, oui, mais je refuse de renoncer à des vêtements assortis, à un peu de fun, un peu de couleur et un peu de style.

Il y a davantage de choix sur internet, me direz vous, on peut même, selon les enseignes, y précommander des tailles à essayer. En maman moderne qui se respecte, j’utilise souvent les boutiques sur internet… mais j’aimerais aussi pouvoir simplement aller acheter des vêtements en magasin avec mon garçon. Ce ne sera plus chez cet âne verdâtre, j’espère que ce sera ailleurs. La solution est peut-être chez les marques qui ne différencient plus les rayons garçons et filles

Ou alors on déménage dans un pays où l’on peut rester en maillot toute l’année…

 

Et vous alors, des galères d’habillage de nains à raconter ?

Bienveillance ou tradition, l’éducation en question

Bienveillance ou tradition l education en question

Il semble impossible d’écrire un article neutre à ce sujet, tant les parents s’entre-déchirent entre partisans d’une éducation dite traditionnelle incluant pour certains des fessées « n’ayant jamais tué personne » et adeptes de l’éducation bienveillante qui tentent de bannir même les cris…

A défaut de neutralité j’essaierai de mettre un peu de distance pour témoigner de cette évolution que nous ne pouvons pas ignorer. Depuis quelques années déjà, il semble que l’on s’interroge davantage sur la bienveillance à l’égard des enfants, que ce soit les parents, les professionnels de la petite enfance ou même l’éducation nationale, la bienveillance se diffuse.

La bienveillance se diffuse… comme ces petits films « Les mots qui font mal » à la télévision et sur internet depuis le 15 septembre 2017 qui expliquent comment les mots blessants reçus pendant l’enfance peuvent marquer un individu à vie.

Ainsi la remise en question souffle doucement sa petite mélodie sur chacun d’entre nous. Certains jours plus que d’autres, certes. Mais il suffit presque d’être parent et d’avoir un compte sur un réseau social pour voir se multiplier les sollicitations de type articles, astuces et formations de parentalité positive. La bienveillance, jusqu’à l’écœurement parfois, avec maladresse souvent, au point d’être perçue comme agressive – ou juste non bienveillante – par nombre de parents faisant face à leurs imperfections… Moi aussi j’ai parfois repoussé les injonctions à « ne plus faire ces bêtes erreurs éducatives », mi agacée mi amusée par ces donneurs de leçon. Parler éducation bienveillante nécessite, je crois, de redoubler de bienveillance à l’égard des… parents.

La bienveillance se diffuse, mais la loi reste bloquée… Celle qui visait symboliquement à supprimer le « droit de correction » sur les enfants – pour faire court les fessées et autres punitions impliquant un désagrément physique – a été censurée par le conseil constitutionnel le 26 janvier 2017 après avoir pourtant été votée par l’assemblée nationale. La courte période pendant laquelle cette loi fut annoncée comme imminente aura-t-elle suffit à faire changer les mentalités ? Ou n’aura-t-elle été que l’occasion d’entendre ceux qui, sous prétexte qu’ils ont reçu des fessées et n’en sont pas morts, ne voient pas pourquoi l’on renoncerait à frapper les enfants ?

Alors c’est vrai, pour l’instant on a encore deux clans prêts à s’affronter jusqu’à la mort. Je n’ose même plus lire les commentaires accompagnant certains articles sur internet tant ils peuvent être haineux. A chaque fois je m’interroge : comment peut-on être aussi acerbes entre parents, alors que nous poursuivons tous le bien de nos enfants, que nous partageons les mêmes difficultés quotidiennes, que nous vivons les mêmes questionnements ?

 

Et vous ? Faites-vous partie de ceux qui questionnent leur éducation ? Que pensez-vous de cette opposition acide entre « tradition » et « bienveillance » ?

Le corps des mères

Le corps des meres

Cette histoire commence avec l’implantation d’un locataire dans un corps jusqu’alors libre. Une prise de poids effrénée, des assimilations linguistiques entre «grossesse» et «grosse», des mots prononcés avec un étonnement un peu écoeuré («Mais tu es énorme !») ponctuent les neufs mois de squat intensif de notre ventre. Je passe vite sur l’imbécillité crasse de ceux qui, sur une chaîne néerlandaise dont on taira le nom, ont décidé de faire de la comparaison entre grosse et enceinte la question d’un jeu télévisé. Je passe aussi sur les désagréments qui ne nous toucheront pas toutes au même endroit ni avec la même intensité, la nature est injuste et frappe au hasard. Les vergetures comme de la peinture qui craquelle et le décolleté transformé en carte routière «toutes les routes mènent aux seins» ne sont que la partie visible du désordre corporel. A l’intérieur les organes se poussent pour laisser croître l’enfant, et les conséquences sur le système digestif de la mère à venir sont à la hauteur de ce bouleversement.

Et puis un jour arrive la première contraction, celle où l’on comprend. Celle qui nous fera vivre toutes les douleurs de règles à venir comme de la souffrance de petite joueuse. L’étau serre, redondant, imposant, puissant. De femme on devient mère dans la force de la douleur utile, enserrée et écartelée, désespérée et joyeuse, énergique et anéantie. Soyons reconnaissantes, les accouchées « voie basse », certaines deviennent mères dans le froid et le silence d’une salle d’opération. Leur passage à elles, c’est une incision au scalpel.

Après, la douleur deviendra les mots pour la décrire et le corps oubliera. Il oubliera même la fermeture éclair entre les cuisses et les douleurs honteuses qui n’en finissent pas de palpiter. D’autres épreuves sont dressées pour nos corps de mères. La privation de sommeil. Les mamelons cisaillés. La reprise du travail. Le retour à la vie d’avant.

Sauf que pour notre corps, notre corps de mère, l’avant n’est plus une option d’avenir. On a porté le futur, on a fabriqué l’amour, on a construit notre dévouement pour nos enfants dans le creux de notre chair. Nos seins ne sont plus un accessoire de mode. Nos hanches ont contenu un être humain. Notre ventre est devenu un coussin confortable pour les jours de maladie de nos petits.

Notre corps s’est transformé même quand autour de lui rien n’a changé, ni les couvertures des magazines ni les panneaux publicitaires ni les attendus de la société. Notre corps de mère s’est transfiguré, à l’inverse de ces injonctions superficielles.

Il porte sur lui les stigmates de son histoire et de son but…

Soyez fières de votre corps de mère, soyez fiers du corps de mère de votre femme, soyons fiers du corps de mère de nos mères. Il est à l’origine de tout.