Pause estivale

Pause estivale

L’été est là. Les vacances toutes proches. Les soirées, les barbecues, les glaces, le sable, les lunettes de soleil.

Je vais éteindre mon ordinateur, m’éloigner de ma connexion internet, oublier Facebook et les statistiques de mon blog.

Je vais jouer avec mes enfants, sourire à mon mari, partir sur les routes.

Je vais lire dans mon lit le soir, parfois à la frontale sous la toile du combi.

Je vais écrire, un peu beaucoup passionnément, prendre le temps de poser mes idées en mots sans les publier tout de suite sur internet.

Je vais prendre des centaines de photos.

 

Et puis dans seulement quelques semaines ce sera l’heure de la rentrée. L’énergie reviendra avec le renouveau et des projets tout neufs (re)prendront forme…

Ma vie professionnelle sera chamboulée, un nouveau poste dans un autre lieu et davantage de travail.

J’espère pouvoir écrire régulièrement pour le site internet d’une association marseillaise et y aborder des thèmes qui me tiennent à cœur – maternité parentalité allaitement famille…

Il y aura peut-être une exposition de photographies à l’automne.

Je présenterai – si tout va bien – de nouveaux tableaux dans un restaurant marseillais en décembre ou en février.

 

En attendant, je vous souhaite un bel été, joyeux, léger et ressourçant. Et de pouvoir suivre jusqu’au bout vos envies pour maintenant et pour ensuite…

La kermesse est dite

La kermesse est dite

L’année scolaire s’achève dans trois jours et l’heure est au bilan. Cette année j’avais endossé le costume de présidente de l’association de parents d’élèves. Un costume qui s’avère plusieurs mois après à la fois trop grand et trop lourd pour moi.

Je voulais que ce ne soit qu’un mot posé sur moi comme une plume, parce qu’il en faut bien un… Je voulais une démocratie participative sans chef, une responsabilité partagée. Je voulais n’être qu’une dans le groupe. Une qui synthétise quand il le faut, et qui fait le lien entre les parents et les enseignants. Une qui dissémine le poids… Je pensais que comme je suis moi même « instit » ce rôle me conviendrais. Expliquer l’école et son fonctionnement, parler le Professeur des écoles deuxième langue. Si pour cette part du job ça fonctionne à peu près, je ne m’attendais pas à l’inertie du groupe. Je pensais que mon investissement et mon énergie génèreraient des vocations. Je pensais qu’à plus de vingt adultes on soulèverait des montagnes. Mon optimisme trop éclatant m’éblouissait, et ce n’est qu’après, dans le vif, que j’ai vu la réalité.

J’ai envoyé des mails par dizaines à ce groupe de 23. En réponse, parfois, je n’ai eu que le souffle du vent vide du désert de Gobi. Un silence assourdissant quand on demande un ou des volontaires pour une chose ou une autre. Et toujours les quelques mêmes qui se bougent.

J’ai organisé la kermesse de l’école. Pas seule, non. L’ancien président le faisait seul. Je ne sais comment c’est possible. Il est pour moi un commando de la fête d’école, un militaire de l’extrême. Moi, j’ai eu de l’aide. Une surtout, et en binôme on a passé une grande partie de notre temps libre à… À faire quoi, me direz vous, ce n’est qu’une kermesse…

Répertorier, concevoir, écrire les règles de jeux. Choisir, comparer, acheter les jouets. Créer des documents. Organiser les volontaires sur les stands. Recenser et acheter le matériel nécessaire. Penser à chaque petit détail. Imprimer, demander à imprimer, récupérer les copies. Agrafer, découper. Avoir besoin de relancer ceux qui avaient dit qu’ils feraient. Ne pas relancer. Trouver des solutions. S’appeler, se concerter, se questionner, s’envoyer des mails jusque tard le soir et parfois aussi tôt le matin. Oui, faire une kermesse, c’est du boulot, surtout si l’on veut y apporter un souffle nouveau.

Quand tout a été est fini, tout réussi que ça ait été, je me suis demandé si cela valait vraiment l’énergie dépensée…

Ce qui est sûr, c’est que sur la fin je n’ai plus éprouvé le plaisir. Juste l’obligation d’aller au bout de mes engagements. Il y a une semaine, j’ai affiché devant l’école les résultats des concours de la kermesse. En réalisant cette dernière des tâches, je me suis dit : «Maintenant c’est fini.»

Je ne ferai aucun compte rendu d’aucune réunion. Je n’enverrai plus aucun mail.

Je me sens usée par la fonction. Au bout de tout.

Pendant ce temps à mon boulot l’année se termine aussi. La kermesse c’était hier.

L’année est finie. Les kermesses sont dites.

On se retrouvera à l’école dans deux mois, les enfants, les parents, les enseignants, et le renouveau dynamique de la rentrée nous portera.

En attendant, je veux juste « vivre, rire, lire et écrire ». Le rythme du blog sera au fil de l’inspiration et des possibilités de connexion… Quelle que soit la fréquence de mes articles, de vos lectures, je vous souhaite un bel été.

Tenue correcte exigée

Tenue correcte exigée

Tout est blanc. Les lattes du plancher, les murs en lambris, les nappes cotonneuses, la vaisselle. Même les verres à vin arborent un blanc laiteux. La jupe beige clair de la serveuse virevolte tandis qu’elle papillonne d’une table à l’autre, un carnet de bons dans une main et plusieurs panières dans l’autre.

A la table une, après de nombreuses hésitations sur la position du landau gris clair, un couple s’est établi.

A la table ronde, portant le numéro trois, juste à côté, une famille attend qu’on leur apporte les cartes. La grand-mère ne cause guère et ne sourit pas davantage, elle inspecte le restaurant. Sa fille est assise à sa gauche, et à côté de celle-ci, son gendre. A sa droite se tient une jeune fille de dix-sept ans, captivée par l’écran de son smartphone, puis le petit frère de onze ans.

Lorsque le bébé de la table une se met à pleurer, sa mère l’extrait avec lenteur de sa nacelle. Le tenant contre elle, elle se balance avec légèreté, tel un bateau qui tangue. Les cris stridents de ce tout jeune nourrisson sont insolites, dans ce lieu épuré et silencieux, aussi, de nombreux clients examinent la jeune femme. Elle caresse avec douceur les cheveux clairsemés de son enfant, y frotte son menton et sa bouche, respire leur odeur. Elle porte un pantalon en lin blanc et un débardeur rose blousant. Ses longs cheveux blonds dorés sont attachés en un joli chignon tressé. Ses yeux couleur noisette sont entourés d’un halo bleu. A travers les plis de son haut, elle sort un sein, décroche en un claquement de doigt la dentelle qui le recouvre, et son aréole paraît. La couleur de caramel foncé contraste avec la blancheur de peau de la jeune femme. D’un geste mal assuré, mais qui se voudrait rapide, elle dirige son téton vers la bouche du nourrisson. Lorsqu’il attrape le sein, Aurore se détend enfin dans un sourire lumineux.

A la table trois Lola et Jeannine, la jeune fille et sa grand-mère, observent, ahuries, la scène. Patricia, la mère, se fige. Elle demande à Lola et Jeannine ce qui les stupéfait tant, et la conversation se poursuit dans un murmure.

Une demi-heure s’est écoulée. Jeannine s’impatiente. Les yeux rivés sur la montre qu’elle consulte toutes les deux minutes, elle prend sa fille à témoin. « Tu as vu Patricia, la table d’à côté, ils sont arrivés après nous et ils sont déjà servis ! »

Tout en picorant dans son assiette de frites, Aurore fait à nouveau téter son fils, et Lola lève les yeux de son écran pour s’étonner que l’enfant mange encore.

A l’occasion d’un changement de sein, le téton brun foncé d’Aurore réapparaît, juste au dessus de l’assiette de la jeune mère. Lola tourne la tête, écœurée. Elle imagine qu’une goutte de lait pourrait couler dans la nourriture. Il lui semble d’ailleurs avoir aperçu une traînée blanche sur l’aréole.

Jeannine bouillonne, et comme la serveuse se faufile avec vivacité à côté d’elle, elle la stoppe d’un geste prompt. Sa voix se fait rocailleuse tandis qu’elle l’interpelle avec fermeté. Elle lui parle d’abord de l’attente intolérable, puis, tout en lançant des œillades fébriles en direction de la table une, déplore l’indécence de certains clients, qui détonne avec l’élégance du lieu.

Aurore a rangé sa poitrine et recouché son enfant. Elle entrevoit les regards mauvais que lui jettent maintenant Jeannine et Lola. Patricia, restée jusqu’alors en retrait, essaie de tempérer les propos malveillants de sa mère et de sa fille. Elle admet pourtant, que dans cet endroit distingué, l’attitude de la jeune mère peut paraître inconvenante.

Une heure plus tard, les poissons commandés par la table trois ont été décortiqués, mangés, leur restes jetés, et Aurore a nourri son bébé une troisième fois en ignorant de façon délibérée les mines choquées de ses voisines de restaurant. Dès la fin de leur repas, Jeannine, Patricia et Lola déguerpissent de table, et s’affalent sur les transats beiges de cette plage privée.

Jeannine foudroie du regard sa fille qui, d’un geste assuré, a retiré son haut de maillot, mais pour Patricia, le topless est un symbole de libération, et l’avis de sa mère lui importe peu. Lola quant à elle profite d’une meilleure connexion internet sur son téléphone pour consulter ses réseaux sociaux. Elle découvre alors qu’Instagram a supprimé les photos seins nus qu’elle avait postées la veille sous le hashtag #FreetheNipple. Le mail d’explication du réseau social précise que les photographies de seins dénudés ne sont autorisées sur Instagram que dans deux cas bien spécifiques : l’image des cicatrices d’une mastectomie et … un allaitement actif.