[Lecture] « Leurs enfants après eux » de Nicolas Mathieu

L18 img« Leurs enfants après eux » est un roman de l’adolescence. Au début, ils ont 14 à 16 ans. Dans les jours vides et caniculaires de l’été 1992, ils vivent les premiers émois, les premiers pas de côté, comme un commencement de la vie… Ensuite, il y aura d’autres étés, et l’on retrouvera Anthony, Steph, Hacine et les autres. Ils se débattront, se chercheront, se retrouveront, dans la chaleur étouffante, à l’ombre des haut-fourneaux à l’arrêt, vestiges du passé industriel de leur ville de seconde zone. Ils vivront l’incandescence et la violence des émotions adolescentes. Puis le temps passera sur leurs espoirs déçus et sur leur jeunesse, les creusera jusqu’à l’ennui que portaient déjà leurs parents…

J’ai aimé lire ce roman, goûté particulièrement certaines phrases et leur langue d’une justesse magnifique, j’ai revécu une époque grâce à sa bande son, je me suis laissée prendre par la jeunesse turbulente de ses personnages, et j’ai souffert avec eux de la morosité de leur avenir.

Et pourtant, lorsqu’il a fallu choisir entre « Leurs enfants après eux » et « Arcadie », pour le Prix des Lecteurs Pantagruel, j’ai préféré, de loin, « Arcadie ».

Rares sont les livres qui peuvent changer nos vies…

[Lecture] « Arcadie » de Emmanuelle Bayamack-Tam

L17 img« Arcadie » est un roman tout à fait hors-normes, tout comme son héroïne et les personnages de la communauté libertaire dans laquelle elle a grandi. Au delà de la truculente et enthousiasmante galerie de personnages, grand-mère naturiste et lesbienne, mère électrosensible et inconsistante, chef spirituel aussi charismatique que lubrique… à Liberty House, tous sont inadaptés, voire frappés de tares les éloignant irrémédiablement de la société. Alors c’est vrai, j’ai une attirance particulière – probablement étrange – pour les « anormaux » de toute sorte, eux qui sont une ode à l’extraordinaire de notre humanité, un trésor dissimulé… Mais la force d’Arcadie est plus profonde encore, dans sa modernité mordante, dans l’intensité des questions soulevées au fil des pages, dans sa langue aussi truculente que littéraire. Ce livre solaire et vibrant est de ceux qui donnent terriblement envie de vivre, de jouir, et de lire encore…

Au moment où je le referme, je continue à me questionner, à l’instar de Farah : « Qu’est ce qu’être une femme ? », sans distinguer pour l’instant de réponse qui me convienne.

Pour cette question et les autres, pour les images lumineuses qu’il convoque, pour le bonheur fou que j’ai éprouvé en le lisant, je crois que ce livre fera partie de ceux qui restent. Et vous le savez, au final, il y en a peu, de ceux là…

[Lecture] « 37,2° le matin » de Philippe Djian

L16 imgJ’ai lu ce roman après l’avoir attrapé un peu par hasard sur une étagère poussiéreuse. Un livre paru en 1985 qui avait du être lu, il y a fort longtemps, par ma mère ou par mon père – peut-être les deux. Je portais en moi un souvenir flou du film tiré de cet ouvrage, j’étais en manque de lecture, abandonnée sans roman entre les mains, il ne m’en fallait pas plus pour me retrouver avec « 37,2° le matin » sous les yeux.

Je l’ai lu sans passion dévorante, mais avec le désir de poursuivre l’histoire, de découvrir la suite de cet enchaînement dément. Ce livre raconte une histoire d’amour fou entre le narrateur et la belle Betty. Il est le roman d’amour le plus brut, le plus tranchant et le plus réaliste qu’il m’ait été donné de lire ces derniers temps. Il est surtout un roman sur la folie insidieuse qui craquelle des vies ordinaires. Tout au long de la narration, les crises s’enchaînent, et entre chacune d’entre elles les respirations se font de plus en plus angoissées, comme si l’on n’avait pas droit à ces parenthèses de bonheur, comme si la vie n’était que l’attente du drame à venir.

Je me suis particulièrement attaché au personnage du narrateur, cet écrivain qui s’ignore et qui n’aspire qu’à une vie simple aux côtés de la femme qu’il aime.

Et en refermant ce livre, j’ai eu envie de retrouver cette histoire sur écran, puis de lire peut-être un jour d’autres ouvrages de Philippe Djian. Lectures à suivre, donc…

[Lecture] « La fabrique des coïncidences » de Yoav Blum

L15 imgLa fabrique des coïncidences est un roman à l’intrigue originale dans lequel on se laisse embarquer assez facilement.

Guy est un faiseur de coïncidences. Avant d’embrasser cette carrière d’agent secret – secret avant d’être agent – il était ami imaginaire… Pendant sa formation de faiseur de coïncidences, il a rencontré Emily et Eric. Et maintenant qu’ils connaissent tout des liens de cause à effet et des moyens d’agir sur les décisions d’autrui, ces trois là provoquent des rencontres amoureuses, font germer des idées scientifiques, révèlent des carrières artistiques ou déclenchent des évènements particuliers en suivant les consignes des ordres de mission qui leur parviennent de manière mystérieuse. (D’ailleurs, si vous voulez jouer au faiseur de coïncidence et recevoir votre propre ordre de mission, vous pouvez aller faire un tour ici.)

Une fois que l’on est entré dans l’univers tout en douceur de ce livre, on suit la trame qui avance assez vite, jusqu’au retournement final… Et pour le coup, même si j’avais bien compris que c’était une histoire pour sourire plus que pour s’interroger très profondément sur la nature humaine, le dénouement est tellement parfumé à l’eau de rose qu’il me laisse au bord de l’écoeurement. Trop de sucre nuit au goût, et c’est dommage parce qu’à côté de cela, ce roman est un questionnement assez réussi sur les rapports entre destin et libre arbitre…

[Lecture] « The End » de Zep

L14 imgCette bande dessinée est arrivée dans mon cheminement de lectures juste après La route. Ses images de forêt et ses dessins doux à la coloration monochrome m’ont dès lors ressourcée, après la lecture éprouvante du roman post-apocalyptique de Cormac McCarthy. Dans le même temps, les histoires sont entrées en résonance, et encore une fois l’enchaînement (hasardeux – je vous l’ai déjà dit, l’ordre de mes lectures n’est souvent dicté que par la date de retour en bibliothèque) de l’une avec l’autre induit une étrange sensation de perfection.

L’histoire : Un petit groupe de scientifiques étudient les substances émises par les arbres d’une réserve naturelle. Le professeur dirigeant ces recherches défend l’idée selon laquelle les arbres, outre leurs capacités de communication et de défense contre les prédateurs, renferment dans leur génome l’intégralité de l’histoire de la planète.

Bien entendu, je ne vous en révèlerai pas davantage sur le mystère que vont découvrir les protagonistes de cette histoire… Je vous dirai juste que c’est une bande dessinée très réussie, utilisant comme point de départ des données scientifiques réelles sur la communication des arbres (j’en parlais , d’ailleurs, rappelez vous…).

Voilà en tout cas un album de Bande Dessinée qui me donne envie de redécouvrir le genre, entre deux romans…

[Lecture] « La route » de Cormac McCarthy

L13 imgUn homme et son fils marchent sur une route, en direction du sud, pour fuir le froid glacial d’une terre post-apocalyptique. Une poussière grise recouvre le monde dévasté, envahit toute l’atmosphère, cachant jusqu’à la lumière du soleil. Tout ce qui a existé n’est plus. Les plantes sont mortes, les maisons abandonnées, les magasins pillés depuis longtemps. L’humanité quasiment décimée est retournée à une barbarie insoutenable.

Ce roman était sur ma liste de livres à lire depuis des années, il était un choix de libraire dans l’émission La Grande Librairie. Cela fait si longtemps, que je ne me rappelle plus les mots qui m’avaient convaincus de l’inscrire sur ma liste. Il avait probablement été décrit comme un livre culte, terrible et puissant, un livre à lire absolument. Le hasard ensuite a fait son œuvre. Quand on réserve un ouvrage à la bibliothèque municipale, on ne sait jamais vraiment quand on l’aura, et quand on est toujours à la bourre pour lire son paquet de livres, on se base, pour l’ordre, sur la date de retour. C’est ainsi que La route est arrivé dans ma vie le jeudi 11 octobre 2018. Je n’ai pas su, d’abord, si j’avais bien fait de l’ouvrir. Sa noirceur intense m’a effrayée en même temps qu’elle m’a capturée. Je n’ai plus pu le lâcher. Je l’ai lu en deux jours, le ventre noué, au bord de la nausée, entre sidération et désespoir.

Et puis, finalement, la lumière est revenue. Quand on a tout perdu, l’espoir est mince mais il est tout ce qu’il nous reste…

Ce livre, je ne l’ai pas lu comme un roman de science-fiction. Je l’ai lu comme une prophétie. Il est dans ma tête désormais. Chaque jour je pose les yeux sur le monde qui m’entoure et je ressens, en même temps : que ma vie au présent est un luxe infini ; et que demain, dans un an, dans dix ans ou dans cinquante ans, peut-être, la poussière recouvrira tout comme dans La route. Et qu’il s’agira alors de survivre, de sauver nos enfants, de garder notre humanité dans un monde où plus rien ne nous protègera les uns des autres. Quand on a presque tout perdu, l’espoir est la seule lumière qui reste.

[Lecture] « Vers la beauté » de David Foenkinos

L12 imgDécidément, ma rentrée de lectrice s’est faite sous le signe du roman artistique (dans la peau de Basquiat avec Eroica, une enquête policière sur fond de musée de province avec La distance de courtoisie et maintenant ce roman de David Foenkinos se déroulant entre le musée d’Orsay et l’école des Beaux-Arts de Lyon).

Dans ce livre, nous suivons Antoine Duris, ancien professeur émérite aux Beaux-arts de Lyon devenu du jour au lendemain gardien au du musée d’Orsay. Pourquoi cette reconversion ressemblant à une fuite ? Que cache donc cet homme ? Pourquoi a-t-il autant besoin de se rapprocher de la beauté pour survivre ? L’histoire nous le révélera plus tard, et l’apparente légèreté du propos glissera presque sans nous prévenir vers une noirceur inattendue, avec l’apparition du deuxième personnage central de ce roman, la jeune Camille.

Comme d’habitude dans mes articles « Lecture » je n’en dirai pas plus sur l’intrigue. Je ne veux rien révéler des rouages et des surprises de ce livre…

En lisant Vers la beauté, je me suis sentie littéralement « descendre », dans la seconde partie du roman, d’une intrigue agréable vers une littérature beaucoup plus sombre. Avec ma lecture suivante, la descente s’est poursuivie… Et même s’il n’est que l’effet du hasard des dates limites de retour à la bibliothèque, le livre que j’ai lu ensuite est arrivé à point. Probablement comme tous les romans vraiment importants… A suivre, donc.

[Lecture] « La distance de courtoisie » de Sophie Bassignac

L11 imageCette histoire se déroule autour d’un petit musée de province dans lequel, un soir de vernissage, un tableau disparaît… L’événement, aussi étrange qu’imprévisible, désarçonne les personnages de cette fiction, tout en ébranlant les liens qu’ils entretiennent les uns avec les autres. Pour moi ce sont ces personnages, surtout, qui procurent toute sa saveur au roman, la façon qu’a l’auteure de les croquer en quelques mots, leur apparition singulière dans notre esprit de lecteur, plus vrais que nature, précis et drôles… Et puis l’on observe, amusé, leur danse sociale, l’attraction et le rejet, l’amour et l’indifférence, leur façon de vivre au quotidien cette « distance de courtoisie » qui régit leurs relations – et les nôtres. Une lecture pleine de vie, légère et agréable.

 

Adélaïde aime Ivan qui aime Luzia, Héloïse aime Étienne qui aime Sylvana, Marthe aime Gaspard qui lui préfère sa liberté…

Comment supporter que les autres passent à côté de ce que nous sommes, à savoir des gens formidables ? Comment composer avec cette distance dite de courtoisie qui nous éloigne du reste du monde ? Telles sont les questions qui affleurent dans ce roman en forme de comédie policière, où l’humour et la fantaisie triomphent du désespoir.

Quelle place pour la lecture ?

Quelle place pour la lecture

La première vitrine de Pantagruel, ma librairie de quartier

Nous vivons tous et toutes des vies trépidantes, avec cette sensation, parfois, de n’avoir du temps pour rien. Alors la lecture, elle peut souvent passer après, après les tâches ménagères, après le programme télé, après les réseaux sociaux… Et pourtant, elle est centrale.

Il y a quelques mois, c’est ce roman « Un paquebot dans les arbres » qui m’a fait replonger dans la puissance de la lecture. Il a réveillé mon envie de lire davantage, pas seulement en vacances lorsque le temps s’étire, mais tout le temps et partout.

La lecture a repris son rôle de nourriture indispensable du quotidien. Il me suffit de plonger dans mon roman du moment, l’effet est presque magique ; je m’échappe, une douce sérénité m’envahit, ma liste mentale de choses à faire se transforme en silence. Même lorsqu’elles ne durent que quelques minutes, ces parenthèses sont de formidables sources d’énergie intérieure.

J’essaie, alors, de partager et de transmettre ce bonheur de lire. En parlant de mes lectures ici (et ). En donnant, en prêtant, en troquant des livres. En empruntant pour mes enfants des albums et des romans premières lectures par dizaines à la bibliothèque. En instaurant des moments de lecture libre pour mes élèves, en classe, sur le modèle de cette initiative (j’aimerais aussi tester cette jolie idée de livre surprise dans mon collège)… Pour moi, la lecture est une liberté enivrante et une succession d’aventures.

Et vous, quelle place occupe la lecture dans votre vie ?

[Lecture] « Eroica » de Pierre Ducrozet

L10 Eroica imgCe livre est le récit romancé de la vie de Jean-Michel Basquiat, d’une partie de sa vie pour être plus exacte, de 1978 à sa mort en 1988. A l’intersection de la littérature et de l’art, on plonge dans l’univers du peintre, son génie sombre et étincelant, son ascension fulgurante, ses excès, ses manteaux trop grands, sa gueule d’ange et ses coiffures afros. On y sent vibrer le New York des années 80, on y croise Keith Haring, Andy Warhol et Madonna…

C’est un roman à savourer en regardant aussi des œuvres de Basquiat, en se laissant dériver des mots aux images tout au long de ses tableaux si particuliers. Alors bien sûr, si vous trouvez que Basquiat n’est guère plus qu’un gamin ayant pris trop de drogue, passez votre chemin. Mais si comme moi vous êtes attiré, autant qu’intrigué, par la vibration de son art et que vous voulez côtoyer un peu ce personnage… je vous conseille cette belle rencontre du mythe et du documentaire. A découvrir.