[Lecture] « L’archipel du chien » de Philippe Claudel

L26 imgJe suis passée par tous les états en lisant ce livre.

Le thème, d’abord, m’avait accrochée dès la parution du livre, aussi était-il sur ma liste de lecture depuis des mois.

Quand je l’ai ouvert, je suis entrée très vite dans l’histoire :

Un matin, sur une petite île de l’archipel du chien, trois cadavres sont retrouvés sur la plage. Des cadavres de jeunes hommes noirs. Mais une telle découverte n’est pas une bonne nouvelle pour la petite île en plein projet de construction touristique…

A partir de là tout s’enchaîne, très vite. Trop vite, peut-être. J’ai eu la sensation de me retrouver au milieu du roman alors que je l’avais tout juste commencé.

Vers les trois-quarts du livre je me suis dit « tout ça pour ça… ». Puis la fin m’a rattrapée, et j’ai refermé le livre avec les larmes aux yeux, ce qui, chez moi, est toujours très bon signe…

 

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[Lecture] « Un monde à portée de main » de Maylis de Kerangal

L25 imgIls sont trois, deux filles et un garçon. Ils se sont connus dans une école de Bruxelles, une école qui forme des peintres de trompe l’œil. On suit Paula, de la décision à la plongée dans ce monde de la peinture.

C’est un livre qui décrit des sensations surtout, plus qu’une histoire.

La douleur du corps qui peint. L’apprentissage, lent, précis, difficile. Les prémices d’une vie, la vie de Paula, qui veut peindre.

Il n’y a pas véritablement d’intrigue, mais une vraie douceur à entrer dans cette vie, dans cet univers dont on arrive presque à sentir les effluves.

Un mois après, je garde un souvenir très sensuel de cette lecture, l’impression d’avoir été embarquée avec ces jeunes gens, d’avoir tenu leur pinceau, d’avoir vécu leurs désarrois et leurs réussites… Un voyage des sens.

 

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[Lecture] « Not fade away » de Jim Dodge

l24 imgImaginez les paysages américains, de la côte ouest aux plaines du Midwest, et sur les routes à perte de vue, un chauffeur amphétaminé complètement perché, lancé à toute blinde dans une cadillac flambant neuve, au son du rock’n roll des années 50. Tout au long de ces pages, on redécouvre le bon vieux rock vintage du Big Bopper (« Chantilly Lace »), de Buddy Holly (« Not Fade Away ») et de Ritchie Valens (« Donna ») pour ne citer qu’eux. C’est un vrai trip que nous propose Jim Dodge, un trip dans tous les sens du terme, un voyage déjanté, halluciné au point d’être presque une expérience de la drogue en lecture. Filez vite découvrir ce livre joyeux, azimuté, ses personnages exubérants et sa quête musicale par le road-trip. La lecture est une drogue dure en vente libre…

 

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[Lecture] « Ce qu’aimer veut dire » de Mathieu Lindon

l23 imgTout au long de ce livre, Mathieu Lindon écrit son amour pour Michel Foucault, qui n’est ni un amour amoureux ni un amour filial mais bien davantage, un amour qui lui permet de vivre tous les autres et, surtout, de réinvestir l’amour pour son père. Ce livre se lit comme du fond d’un cocon, c’est bon, doux et chaud. Le style d’écriture, simple, voire maladroit, n’en est pas moins touchant. Et puis l’on se sent appartenir à ce monde, entre les éditions de Minuit (de Jérôme Lindon, le père de Mathieu Lindon), Michel Foucault, Samuel Beckett, Hervé Guibert. On évolue dans la fin des années 70 et le début des années 80, l’insouciance immédiatement suivie de l’hécatombe du sida. J’avoue que tout le passage de la rue Vaugirard – l’appartement de Michel (Foucault) – m’a assez peu impliquée personnellement, car même avec une grande imagination, les prises d’acides et d’héroïne sur fond d’homosexualité masculine sont très éloignées de moi… Peut-être que tout ce livre manque simplement de personnages féminins pour m’embarquer complètement. Même les apparitions de Marguerite Duras sont rares, lointaines, presque irréelles.

Ce qu’aimer veut dire reste quand même un joli livre sur la jeunesse, l’amitié et le rapport au père, et puis, bien sûr, sur l’Amour…

Allez, mes photos-citations, c’est cadeau :

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[Lecture] « L’affaire Mayerling » de Bernard Quiriny

L22 imgVous êtes-vous déjà arrêté devant la vitrine d’une agence immobilière pour commenter les annonces affichées ? Avez-vous déjà observé les affiches de ces programmes de construction de logements neufs ? Etes-vous déjà entré dans l’un de ces préfabriqués proprets pour demander une brochure classieuse vantant les mérites d’une future résidence au nom soigneusement choisi ?

Les narrateurs de cette histoire, eux, ont fait de l’observation immobilière leur passe-temps favori. Dans les pages de ce roman, ils racontent comment le Mayerling – un immeuble chic en centre-ville de la ville de « Rouvière » – est devenue le pire cauchemar de ses habitants.

Moi qui apprécie particulièrement les galeries de personnages, j’ai surtout aimé que leur vie bien rangée déraille, et les voir se démener face à des successions d’évènements pour le moins improbables. Les histoires de ces êtres humains pourraient être davantage creusées, mais en fait, le personnage principal de L’affaire Mayerling, c’est l’immeuble…

Vous êtes intrigués ? Vous aimerez peut-être ce roman amusant et original qui se lit presque d’une traite.

[Lecture] « Modèle vivant » de Joann Sfar

L21 imgCe livre n’est pas vraiment un roman. C’est Joann Sfar, professeur aux beaux-arts et auteur, qui s’interroge sur l’écriture, sur le dessin, sur le regard de l’artiste sur le modèle, sur les exigences du modèle vis à vis de l’artiste, sur le corps, sur le rapport entre les hommes et les femmes et le harcèlement présumé ou réel des unes par les autres…

Alors ça se lit vite, c’est plaisant, voire carrément marrant à certains moments, après je ne sais pas si ça fait vraiment avancer le débat… Reste que si l’on aime Joann Sfar, on aimera Modèle vivant.

[Lecture] « La femme au carnet rouge » d’Antoine Laurain

L20 imgLe sac volé d’une femme est découvert, au petit matin, par un libraire. S’ensuit une enquête pour remonter la piste de la femme au carnet rouge… Ces deux-là finiront-ils par se rencontrer ?

C’est un roman dont j’ai suivi volontiers la ligne de douceur, c’est agréable, ça change de mes lectures habituelles. Une belle histoire amoureuse pour ceux qui aiment les livres et les carnets d’écriture…

[Lecture] « Debout-payé » de Gauz

L19 imgCe roman est un voyage sans sortir de Paris. Un voyage dans le métier de vigile, dans les pensées foisonnantes au sein de l’immobilisme debout. Debout pour être payé.

Debout-payé est le roman d’Ossiri, étudiant ivoirien devenu vigile après avoir atterri sans papiers à Paris en 1990. C’est un chant en l’honneur d’une famille, d’une mère et de la communauté africaine avec ses travers, ses souffrances et ses différences. C’est l’histoire politique d’un immigré et de son regard sur notre pays, à travers l’évolution du métier de vigile, de la Françafrique jusqu’à l’après 11-Septembre. C’est enfin le recueil des choses vues et entendues par l’auteur lorsqu’il travaillait au Camaïeu de Bastille et au Sephora des Champs-Élysées.
Une satire à la fibre sociale et au regard aigu sur les dérives du monde marchand contemporain.

C’est un livre vite lu, plaisant sans être renversant, avec quelques bons mots…

[Lecture] « Leurs enfants après eux » de Nicolas Mathieu

L18 img« Leurs enfants après eux » est un roman de l’adolescence. Au début, ils ont 14 à 16 ans. Dans les jours vides et caniculaires de l’été 1992, ils vivent les premiers émois, les premiers pas de côté, comme un commencement de la vie… Ensuite, il y aura d’autres étés, et l’on retrouvera Anthony, Steph, Hacine et les autres. Ils se débattront, se chercheront, se retrouveront, dans la chaleur étouffante, à l’ombre des haut-fourneaux à l’arrêt, vestiges du passé industriel de leur ville de seconde zone. Ils vivront l’incandescence et la violence des émotions adolescentes. Puis le temps passera sur leurs espoirs déçus et sur leur jeunesse, les creusera jusqu’à l’ennui que portaient déjà leurs parents…

J’ai aimé lire ce roman, goûté particulièrement certaines phrases et leur langue d’une justesse magnifique, j’ai revécu une époque grâce à sa bande son, je me suis laissée prendre par la jeunesse turbulente de ses personnages, et j’ai souffert avec eux de la morosité de leur avenir.

Et pourtant, lorsqu’il a fallu choisir entre « Leurs enfants après eux » et « Arcadie », pour le Prix des Lecteurs Pantagruel, j’ai préféré, de loin, « Arcadie ».

Rares sont les livres qui peuvent changer nos vies…

[Lecture] « Arcadie » de Emmanuelle Bayamack-Tam

L17 img« Arcadie » est un roman tout à fait hors-normes, tout comme son héroïne et les personnages de la communauté libertaire dans laquelle elle a grandi. Au delà de la truculente et enthousiasmante galerie de personnages, grand-mère naturiste et lesbienne, mère électrosensible et inconsistante, chef spirituel aussi charismatique que lubrique… à Liberty House, tous sont inadaptés, voire frappés de tares les éloignant irrémédiablement de la société. Alors c’est vrai, j’ai une attirance particulière – probablement étrange – pour les « anormaux » de toute sorte, eux qui sont une ode à l’extraordinaire de notre humanité, un trésor dissimulé… Mais la force d’Arcadie est plus profonde encore, dans sa modernité mordante, dans l’intensité des questions soulevées au fil des pages, dans sa langue aussi truculente que littéraire. Ce livre solaire et vibrant est de ceux qui donnent terriblement envie de vivre, de jouir, et de lire encore…

Au moment où je le referme, je continue à me questionner, à l’instar de Farah : « Qu’est ce qu’être une femme ? », sans distinguer pour l’instant de réponse qui me convienne.

Pour cette question et les autres, pour les images lumineuses qu’il convoque, pour le bonheur fou que j’ai éprouvé en le lisant, je crois que ce livre fera partie de ceux qui restent. Et vous le savez, au final, il y en a peu, de ceux là…