Dire la mort aux enfants

Dire la mort aux enfants

Ce sujet traîne depuis des mois dans les prévisions d’articles pour mon blog… Je ne vais pas vous mentir, j’ai eu du mal à tirer l’inspiration qui sommeillait en moi à ce sujet, mais ce thème est tellement nécessaire et important dans une vie de famille, comment passer à côté ?

Nous y avons été confronté en 2016, lorsque j’ai perdu mon père. Mon fils avait cinq ans, il a vécu la mort d’un proche, l’a comprise, en a souffert. Ma fille avait deux ans. Elle n’a clairement pas compris le concept de mort, à ce moment là. Aujourd’hui elle en parle avec ses mots lorsque nous évoquons leur « papou », elle chemine en grandissant.

Au moment où la mort a toqué chez nous, nous avons choisi d’expliquer à nos enfants ce qu’il se passait, dès l’étape hôpital. Le jour du décès, nous avons mis des mots sur cet événement. Des mots vrais et simples. « Papou est mort, ça veut dire qu’on ne le verra plus jamais. » On n’a pas dit (ou peu, comme une habitude d’adulte à chasser) « parti », « au ciel », « décédé ». On a dit « mort ». Le vrai mot qui ne renvoie pas à une autre réalité. Parce que « parti »… en voyage ? « au ciel »… dans les nuages ?… comme le père Noël ? « Non le père Noël lui il est au pôle nord. » (Oulala on s’égare…)

« Mort » donc. Pas « décédé », ce mot d’adulte inventé pour adoucir la réalité auprès des adultes. « Mort ».

Dire la mort à nos enfants, cela s’est presque résumé à dire cette phrase, donc. « Papou est mort, ça veut dire qu’on ne le verra plus jamais. » En boucle parfois. Surtout pour la petite qui ne comprenait pas. « Il est où Papou ? » « Il est à l’hôpital ? »

Dire la mort aux enfants, c’est aussi les entendre dire des mots qui grattent la blessure déjà à vif. « Papou est mort. On ne le verra plus. On ne pourra même plus l’appeler au téléphone. C’est triste. Je voulais qu’il soit encore en vie. »

Dire la mort aux enfants c’est accepter de les voir tristes. De les voir tristes de nous voir tristes.

C’est se demander s’ils viennent à l’enterrement. Nous avons choisi de les laisser à l’école ce jour là mais il aurait pu en être autrement. Les habitudes anciennes de laisser les enfants à l’écart de ces choses de la vie est selon moi un carcan à faire exploser.

Dire la mort aux enfants, c’est aussi leur expliquer ce que veut dire « être incinéré » et leur montrer – un jour prochain – l’endroit où nous avons mis les cendres de mes parents.

Je me rends bien compte que la mort, c’est aussi une question religieuse. Que les mots d’autres seront teintés de croyances accompagnant les morts dans un ailleurs. J’ai bien vu les yeux brillants de mon fils quand je lui ai parlé du royaume des morts de l’Egypte antique – en mode « ah mais alors on est sauvés maman ».

Dire la mort hieroglyphes

Il est vrai que le moment de la mort de mon père a coïncidé avec – exacerbé peut être – les craintes de mort de mon fils. Ce qui génère des conversations presque insoutenables pour une maman. « Un jour tu vas mourir maman et moi je voudrai pas que tu sois morte je serai triste que tu meures. » Parfois sans crier gare, à table, au moment du dessert, ou au moment du couché, avec ou sans larmes.

Heureusement, dire la mort à ses enfants c’est aussi se détacher de la noirceur et de la peur qu’elle fait vibrer en nous. Dire la mort à ses enfants, c’est aussi dire la vie. Prendre sur soi et dire les mots pansements. Que la mort fait partie de la vie. Que tous les êtres vivants vivent et meurent. Que c’est ainsi et qu’on n’y peut rien. Qu’il faut simplement essayer de profiter au mieux de toute cette vie. Et que ceux qui sont morts continuent à exister dans les souvenirs des vivants.

A ce sujet en particulier – la mémoire des proches morts – je vous conseille Coco, le dernier Pixar de décembre 2017 sorti en DVD début avril, qui aborde ces thèmes à travers les traditions mexicaines du jour des morts. Un film magnifique, très esthétique, un métissage réussi entre légèreté joyeuse et profondeur du propos. Cet article de blog vous donnera plus d’éléments sur le film Coco. Dernière précision, la fin de ce dessin animé me retourne complètement, avec larmes abondantes et inévitables, mais ce n’est pas grave, la vie c’est aussi pleurer en pensant à la mort…

Le retour de la Jedi

Le retour de la Jedi

Je vous avais dit que je reviendrais… Après six semaines de silence je suis de retour. J’ai traversé une tempête de la vie, tristesse émotion abattement, obligations surmenage échéances.

Et puis au quarantième jour après la mort de mon père, le blog s’est mis à me manquer, vraiment. Depuis quelques jours, la création souffle à travers moi, plus fort. Elle est freinée par la fatigue, les occupations, le quotidien, mais elle devient bourrasque tant je ne peux la faire taire.

Alors je suis de retour.

Le sourire ne me quitte pas, et la joie de croquer ma vie, insolente… Elle est là, ma force, éclatante, lumineuse.

Je regarde autour de moi, j’écoute, et je vois les déceptions, j’entends les plaintes. Une noirceur qui plane dans l’air. Mais je m’oblige à balayer cette fumée d’un revers de la main, je souris, et j’avance.

Les Jedis des temps actuels sont ceux qui gardent l’esprit positif, et qui poussent leurs couleurs au milieu du monde boueux. C’est une force…

La Force.

Tu redeviendras poussière

Tu redeviendras poussière

Un jour ou l’autre, nous y serons… Et pour certains d’entre nous, un petit tas de cendres dans une boîte.

Je suis dans un moment de ma vie où j’ai décidé de m’occuper – enfin – des cendres de ma mère. La décision fut sans appel, en attendant. Il est hors de question que je garde une boîte avec les cendres d’une personne morte – fut-ce ma mère – à l’endroit où je vis. Alors j’ai déplacé l’objet dans le nouvel appartement de mon père, planqué au fond d’un placard. J’ai réfléchi à ce que j’allais en faire. J’ai ri, avec mon père, avec mon mari, du cocasse de cette situation heureusement inhabituelle. Mais surtout, j’ai exprimé le souhait de ne pas « finir », moi-même, en tas de cendres dans une boîte. Enfin, pour le tas de cendres, oui. Mais pour la boîte, non.

Ce « contenant » que mon mari ou mes enfants devraient transporter de maisons en placards… Jamais de la vie (si je peux me permettre l’ironie d’une telle expression) !

Les morts que l’on enterrait dans les cimetières, au moins, ne vivaient pas à l’état de petite boîte dans nos maisons (ou pire, sur une étagère bien en vue). De toute façon, à quoi bon conserver ces reliquats, puisqu’ils vivent pour l’éternité dans nos souvenirs et dans nos cœurs ?

Le jour où les cendres de ma mère retourneront à la poussière du monde, je devrai l’expliquer à mes enfants, et d’une certaine façon, la boucle sera bouclée…