En ce moment, à mon travail…

Tag Escat

Les montagnes russes des émotions répondent à une mécanique étrange… Ou c’est que la joie inondant mon cœur peut braver les tempêtes les plus violentes.

Avant-hier encore j’étais paumée. Je ne savais pas si je voulais rester ou tenter de partir.

J’ai essayé de prendre de la distance et de peser mentalement le poids des éléments. J’ai rédigé un tableau en deux colonnes et contre toute attente la liste de positif dépassait celle de négatif.

Alors j’ai décidé de laisser un an de plus la chance à ce lieu de se rapprocher de ce qu’il pourrait être, pour moi.

Sans surprise j’ai été rassurée par ma décision, emplie de bonheur et de rire toute la journée d’hier…

Avant de retomber, jeudi prochain peut-être, je publie cette chanson. Ecrite il y a quelques semaines quand on avait encore un directeur dynamique et enjoué, plein d’espoir et d’optimisme. Ecrite quand l’avenir était lumineux et certain. Ecrite avant.

 

Elle suit le thème de la chanson de La Petite Sirène « Sous l’océan », elle était ma réponse aux discours sombres…

 

Le roseau est toujours plus vert

Dans l’IME d’à côté

Toi qui voudrais y prendre l’air

Ce serait une calamité !

 

Regarde bien le monde qui t’entoure

Dans l’IME de Périer

On fait carnaval tous les jours

Mieux tu ne pourras pas trouver !

 

Au Centre Escat, au Centre Escat

Promis c’est bien mieux

Tout le monde est heureux

Au Centre Escat

Chez nous on n’est pas cent cinquante

Allez hisse-toi en haut de notre pente

Presqu’une famille

Même quand ça vrille

Le Centre Escat

 

Chez nous on invente, on cuisine

On construit et on fabrique

On a notre journal, on jardine

On fait du sport, de la musique

 

On s’épanouit en peinture

Et on écrit même des livres

On fait des sorties en nature

Ici on apprend à vivre

 

Au Centre Escat, au Centre Escat

Vraiment c’est le mieux

Tout le monde est heureux

Au Centre Escat

Ailleurs ils bossent tout l’été

Et en continu toute l’année

Mais nous on danse

Chaque vacances

Au Centre Escat

 

Au Centre Escat !

Au Centre Escat !

Au Centre Escat !

La vie est super

Voyons notre verre

A moitié plein

Oui, à moitié plein ! Hihi !

 

Maintenant regarde comme c’est chouette

Bientôt notre blog sur internet

On garde le rythme

C’est de la dynamite

Au Centre Escat !

 

(Le nuage de tags entièrement personnalisable, c’est sur Tagxedo, une application en ligne découverte par ma collègue professeur des écoles pour nos élèves. Ou comment s’amuser avec les mots…)

Pu… rée !

107 Pu... rée !

Aujourd’hui je vous livre des morceaux choisis des mots de mes enfants sur le thème des gros mots…

Mon fils, cinq ans, il y a quelques mois : « Il faut pas le dire hein maman, le vilain mot, tu sais, le mot qui commences par pu et qui finit par tain ? »

Nous habitons Marseille, et ce vilain mot là, il reste assez présent, presqu’un signe de ponctuation comme diraient certains… Un jour, ma fille m’a même affirmé, toute fière d’elle du haut de ses deux ans et demi : « Quand je sera grande je dira pu**** ! ». (Sur le coup, j’ai changé de tête – et maintenant j’en rigole.)

Alors on a trouvé des substituts, devenus presqu’autant savoureux que l’original.

Ma fille, trois ans, tout récemment : « Il faut dire purée ou punaise et pas l’autre mot ! » Et son frère de répondre : « On peut dire crotte-zut-flute aussi ! »

J’avoue, « crotte zut flute », ça va rester…

Et chez vous, on en rit ou pas ?

Des mots-défouloirs à partager ?

Je suis la galette, la galette

je-suis-la-galette

Je suis faite avec le blé, ramassé dans le grenier, on m’a mise à refroidir, mais j’ai mieux aimé courir !

Si vous avez des enfants en âge d’aller à l’école, vous n’avez pas pu passer à côté du célèbre album Roule Galette – enfin, c’est surtout eux qui n’ont pas pu passer à côté ! Une histoire à la structure répétitive dans lequel la galette prend la poudre d’escampette et rencontre tour à tour un lapin, un loup, un ours et un renard. Tous veulent la manger mais seul le rusé renard y parvient…

Je ne m’appesantirai pas sur la lecture archaïque que je fais de cet album. Le vieux assis sur son confortable fauteuil de patriarche demande à la vieille de lui faire une galette. Et la vieille ne lui répond pas «Tu n’as qu’à te la faire toi même ta galette !». Non, elle s’exécute. Sur les conseils du vieux, elle monte au grenier et balaie le plancher pour récupérer du blé pour faire la galette (Beurk ! Crado la galette à la poussière de grenier !). Le tout avec le sourire bien sûr. Quand elle a fini : Et voilà la galette cuite. « Elle est trop chaude ! crie le vieux. Il faut la mettre à refroidir ! » Et en plus il crie ! Non mais il se prend pour qui ce goujat. Si c’était moi je… (censuré)… D’accord je me suis un peu appesanti, mais c’est vrai qu’à chaque fois que je leur lis cette histoire, je ne peux pas m’empêcher de la trouver pas très vingt-et-unième siècle !

Revenons à notre galette qui roule, roule. L’autre jour mon fiston – cinq ans et demi – me demande : «Maman ? Est ce que ça existe en vrai la galette à l’escampette ?

– La galette à quoi ?

– Ben oui, si on met de la poudre d’escampette dans la galette ! »

C’est peut être pour ça qu’elle roule, cette galette, si l’on remplace la poudre d’amande par la poudre d’escampette, forcément…

Enfin, je n’ai pas résisté à la tentation d’aller voir sur internet d’où vient vraiment cette expression. Si ça vous intéresse, c’est .

On va rien lâcher

on-va-rien-lacher

Lundi, cet article est arrivé dans ma boîte mail. J’ai regardé la vidéo, découvert cette chanson slamée par Grand Corps Malade et Richard Bohringer.

L’impression que c’était pour moi, pour nous, pour ce début d’année 2017 et les élections que nous vivrons à son zénith. Pour leurs discours. Pour notre vie.

2017. On va rien lâcher.

 

Course contre la honte

 

Eh Tonton, est-ce que t´as regardé dehors ? Sur l´avenir de nos enfants il pleut de plus en plus fort

Quand je pense à eux pourtant, j´aimerais chanter un autre thème

Mais je suis plus trop serein, je fais pas confiance au système

Ce système fait des enfants mais il les laisse sur le chemin

Et il oublie que s´il existe, c´est pour gérer des êtres humains

On avance tous tête baissée sans se soucier du plan final

Ce système entasse des gosses et il les regarde crever la dalle

Tonton on est du bon côté mais ce qu´on voit, on ne peut le nier

J´ai grandi au milieu de ceux que le système a oubliés

On vit sur le même sol mais les fins de mois n´ont pas le même parfum

Et chaque année monte un peu plus la rumeur des crève-la-faim

Le système a décidé qu´y avait pas de place pour tout le monde

Tonton, t´as entendu les cris dehors, c´est bien notre futur qui gronde

Le système s´est retourné contre l´homme, perdu dans ses ambitions

L´égalité est en travaux et y´a beaucoup trop de déviations

 

Eh Tonton… On va faire comment ? Dis-moi Tonton, on va faire comment ?

Est-ce que les hommes ont voulu ça, est-ce qu´ils maîtrisent leur rôle

Ou est-ce que la machine s´est emballée et qu´on a perdu le contrôle

Est-ce qu´y a encore quelqu´un quelque part qui décide de quelque chose

Ou est-ce qu´on est tous pieds et poings liés en attendant que tout explose

Difficile de me rassurer Tonton, je te rappelle au passage

Que l´homme descend bel et bien du singe pas du sage

 

Et c´est bien l´homme qui regarde mourir la moitié de ses frères

Qui arrache les derniers arbres et qui pourrit l´atmosphère

Y´a de plus en plus de cases sombres et de pièges sur l´échiquier

L´avenir n´a plus beaucoup de sens dans ce monde de banquiers

C´est les marchés qui nous gouvernent, mais tous ces chiffres sont irréels

On est dirigé par des graphiques, c´est de la branlette à grande échelle

 

Eh Tonton, on va faire comment, tu peux me dire?

Comme il faut que tout soit rentable, on privatisera l´air qu´on respire

C´est une route sans issue, c´est ce qu´aujourd´hui, tout nous démontre

On va tout droit vers la défaite dans cette course contre la honte

 

Eh Tonton… On va faire comment ? Dis-moi tonton, on va faire comment ?

Entre le fromage et le dessert, tout là-haut dans leur diner

Est-ce que les grands de ce monde ont entendu le cri des indignés

Dans le viseur de la souffrance, y´a de plus en plus de cibles

Pour l´avenir, pour les enfants, essayons de ne pas rester insensibles

 

Ma petite gueule d´amour, mon Polo, mon ami Châtaigne

On va rien lâcher, on va aimer regarder derrière pour rien oublier, ni les yeux bleus ni les regards noirs

On perdra rien, peut-être bien un peu, mais ce qu´il y a devant, c´est si grand

Ma petite gueule d´amour, mon Polo, mon ami Châtaigne

T´as bien le temps d´avoir le chagrin éternel

S´ils veulent pas le reconstruire le nouveau monde, on se mettra au boulot

Il faudra de l´utopie et du courage

Faudra remettre les pendules à l´heure, leur dire qu´on a pas le même tic tac, que nous, il est plutôt du côté du coeur

Fini le compte à rebours du vide, du rien dedans

Ma gueule d´amour, mon petit pote d´azur il est des jours où je ne peux rien faire pour toi

Les conneries je les ai faites, et c´est un chagrin qui s´efface pas

Faut pas manquer beaucoup pour plus être le héros, faut pas beaucoup

Je t´jure petit frère, faut freiner à temps

Va falloir chanter l´amour, encore plus fort

Y´aura des révolutions qu´on voudra pas, et d´autres qui prennent leur temps, pourtant c´est urgent

Où est la banque ?

Il faut que je mette une bombe, une bombe désodorante, une bombe désodorante pour les mauvaises odeurs du fric qui déborde

Pas de place pour les gentils, les paumés de la vie

Chez ces gens-là, on aime pas, on compte

 

Ma petite gueule d´amour, mon Polo, mon ami Châtaigne

P´tit frère, putain, on va le reconstruire ce monde

Pour ça, Tonton, faut lui tendre la main

Tonton, il peut rien faire si t´y crois pas

Alors faudra se regarder, se découvrir, jamais se quitter

On va rien lâcher

On va rester groupé

Y´a les frères, les cousines, les cousins, y a les petits de la voisines, y´a les gamins perdus qui deviennent des caïds de rien, des allumés qui s´enflamment pour faire les malins

Y´a la mamie qui peut pas les aider, qu´a rien appris dans les livres, mais qui sait tout de la vie

À force de ne plus croire en rien, c´est la vie qui désespère

Faut aimer pour être aimé

Faut donner pour recevoir

Viens vers la lumière, p´tit frère

Ta vie c´est comme du gruyère, mais personne te le dis que tu as une belle âme

Ma petite gueule d´amour, mon Polo, mon ami Châtaigne

On va rien lâcher

On va aimer regarder derrière pour rien oublier

 

Rêver…

rever

Au passage d’une année à l’autre, je me nourris des vœux, de leur répétition et de leurs nuances. Mes paroles et mes mots répondent à chaque élan de ces temps chaleureux. Je distribue, moi aussi, souhaits de santé, de joie, de bonheur et de réussite. Tout et bien plus encore. Pour tous.

Mais quand je songe à ma vie, et à cette année vierge qui s’étale devant moi, le tout se résume à quelques mots. L’an dernier, « aimer, sourire, écrire ». Je garde.

Cette année… Rêver…

 

En 2017, je vous souhaite d’emplir votre vie de ce qui compte le plus à vos yeux.

Une histoire d’air

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La voiture grise s’engage dans la station service encombrée. Des véhicules sont stoppés près des postes d’essence dans les deux sens de circulation, la voie du fond est inaccessible en raison d’un camion immobilisé, et aux abords de la boutique le désordre règne, entre bois de chauffage et autres granules compressés. Non sans mal, la petite citadine se faufile et s’arrête derrière une vieille voiture rouge.

La jeune femme installée sur le siège passager lève les yeux de son téléphone, regarde autour d’elle d’un air distrait et questionne son compagnon :

— Qu’est ce qu’on fait là ?

— Je vais refaire la pression des roues avant de prendre la route. Ce pneu avant droit, depuis qu’on l’a réparé, sa pression baisse à froid, regarde il est à 2,1.

Plusieurs minutes s’écoulent.

L’automobiliste de la voiture rouge, devant eux, semble en difficulté. Cela fait un moment déjà qu’il se démène avec son tuyau d’air, visiblement sans succès. A sa demande, l’homme de la station service finit par le rejoindre. Il semble bourru, de mauvaise humeur.

Derrière son volant, Ange commence à s’impatienter. Lenora lui caresse la cuisse, elle pose sa tête sur son épaule, puis souffle dans son cou pour faire s’envoler les poils oubliés après son rasage de ce matin.

Devant eux, l’homme remonte dans sa voiture. L’employé de la station s’affaire auprès de l’arrivée d’air.

— Il n’est pas en train d’enlever le tuyau, quand même ? questionne Ange.

— Mais non, pourquoi l’enlèverait-il ?

Au départ de la vieille Volvo rouge, Ange gare sa voiture près de la cabane de l’air. D’un ton brusque, il confirme l’impression qu’il avait eue.

— Mais oui, il a enlevé l’air !

— Peut être qu’il faut payer ?

— J’ai pas payé la dernière fois. Tu te rappelles pas ? Il m’avait dit d’y aller, ça avait l’air de le gonfler, mais bon.

Agacé, Ange quitte sa voiture et entre dans la boutique.

— Bonjour, est ce que je pourrais utiliser votre air s’il vous plaît ?

De derrière son comptoir, l’homme considère Ange d’un air irascible, et répond dans un grognement étouffé.

— Normalement l’air est réservé aux clients de la station.

— Je suis client chez vous, répond le jeune homme sans se dégonfler.

— Tout le monde veut mon air aujourd’hui !

Ange ne cache pas sa surprise. Mais il décide de prendre le parti de l’humour.

— C’est parce que vous avez l’air sympathique.

L’homme, bougon, ignore la boutade d’Ange. Il poursuit :

— Normalement l’air est fermé le dimanche.

Ange ne relève pas. L’homme a déjà le tuyau à la main, ils sortent l’un à la suite de l’autre. De la voiture, Lenora observe la scène.

Tout en gardant sa mine acariâtre, l’homme retourne à l’intérieur, et en quelques minutes la pression est faite.

Ange reprend le volant.

— Il est 14h10, on sera chez nous avant 17h, annonce-t-il.

Puis il raconte, souriant, son histoire d’air à sa compagne.

— En fait ça l’a gonflé de te filer son air gratuit, conclut Lenora.

— Oui, je lui ai pompé l’air, quoi !

— Te dire que l’air est fermé le dimanche, il ne manque pas d’air, celui-là.

— Et puis t’as vu comme il a l’air d’un con ?

— Il en a l’air et la chanson.

— Oui, ça m’en a tout l’air, pouffe Ange.

Le long de la route, leur petit jeu continue.

— Le type de la station, il m’a regardé d’un drôle d’air, quand il a compris que j’allais lui voler son air.

— Je te confirme, à la tête qu’il faisait, j’ai compris qu’il y avait de l’orage dans l’air. Enfin, avec ton air de ne pas y toucher, tu lui as bien pompé l’air, au pompiste.

Et encore un peu plus tard…

— C’était bien ce week-end, on a bien profité de l’air de la montagne, lâche Ange.

— On a pris un grand bol d’air frais, ajoute Lenora.

— On a changé d’air.

— Et en plus c’était de l’air gratuit.

— On n’a pas eu besoin de le voler.

Les rires déclinent. Lenora laisse s’installer un silence, puis elle murmure :

— En parlant d’air, il faudra que j’appelle mon père en rentrant.

*

Dans le long couloir blanc, les lampes sont éteintes. La lumière du jour s’infiltre, à chaque extrémité, par les enfilades de fenêtres qui s’y trouvent. Célestin avance, pas à pas, sans se presser. Il pousse un chariot chargé d’une bouteille d’oxygène, et le tube transparent sortant de la bouteille amène son souffle d’air jusqu’à ses narines. Il se déplace avec lenteur, avec fatigue. A plusieurs reprises, il s’arrête, s’assied sur le socle de son chariot, et reprend son souffle. Puis il continue la route le long du vestibule. Au bout du couloir, il y a le salon de l’étage, quelques sièges en L en face de deux portes d’ascenseur. Célestin s’installe sur le dernier fauteuil disponible. Après le repas, les places sont chères, il n’y a rien à la télévision…

La plupart des personnes installées ici, au salon de l’ascenseur, portent aussi leur bouteille d’air. L’air de rien, Célestin tend l’oreille aux conversations, sans intervenir d’abord. Aujourd’hui, tout l’agace. Il ne supporte plus ces discussions stériles qui ne font que brasser de l’air, tous ces gens qui ne savent parler que de la maladie, et prendre de grands airs pour critiquer la nourriture de la clinique. Des jours comme aujourd’hui, il a envie de ficher tout en l’air, de quitter cet endroit et d’être libre comme l’air. Il en est là de ses réflexions, lorsque la porte de l’ascenseur s’ouvre et laisse apparaître Ria. Il sourit. Les visites, ici, sont toujours une bouffée d’air frais. Tout de suite, il lui propose de descendre.

— Viens, on va prendre l’air, dit-il.

Sur le banc du jardin de la clinique, les deux amis sont assis côte à côte. Ria sourit avec douceur en écoutant le monologue de Célestin.

— J’ai l’impression de manquer d’air, aujourd’hui, c’est fou, il n’y a pas d’air !

Et il fait des moulinets de ses bras, comme pour montrer la lourdeur de l’atmosphère qui l’entoure, ou peut être pour appeler à lui ce souffle d’air qui lui est si précieux.

— Là-haut, dans les chambres, il n’y a même pas moyen de faire des courants d’air. Au moins, ici, à l’air libre, je peux respirer l’air frais sans me faire pomper l’air par les autres, là…

Il reprend son souffle.

— En plus, j’ai l’impression qu’il n’y a pas trop d’air ici, pas comme à Marseille, où il y a l’air de la mer. Ici, ça doit être une cuvette pour qu’il y ait si peu de vent.

Il enchaîne.

— Je ne sais pas pourquoi je suis beaucoup plus essoufflé, certains jours. C’est comme quand je descendais manger à la cantine. Tout ce monde, je sais pas, j’ai l’impression de manquer d’air.

Il ne s’arrête pas de parler. Il raconte à Ria comment il s’était senti la première fois qu’il était sorti de sa chambre pour marcher. Au coin du couloir, à moins de dix mètres de son lit, il s’était arrêté, à bout de souffle. La bouche grande ouverte il cherchait son air, comme un poisson hors de son bocal.

Petit à petit, sans en avoir l’air, Ria amène Célestin sur d’autre sujets, dans l’air du temps. Les rires s’invitent au creux des phrases, entre nouvelles fraîches et anecdotes plus ou moins flétries. Célestin raconte la dernière visite de sa fille et l’air de famille que tout le monde leur avait trouvé.

— Elle est sur la route cette après-midi, elle rentre de la montagne. Je suis toujours un peu inquiet quand elle fait de la route, confie Célestin.

Lorsque Célestin évoque son inquiétude de père, cela agit comme un appel d’air sur Ria. Aussitôt elle se met à penser à son fils.

— Exupery a un contrôle de physique demain, il devait rester à la maison, cet après-midi, pour réviser sa leçon. Mais il est tellement tête en l’air, je suis sûre qu’il a oublié. Et puis si ses copains lui proposent une activité de plein air, il va y aller, pour sûr !

Ria attrape son smartphone, pianote quelques secondes, fait glisser les pages d’applications. Puis elle appelle son fils.

*

Au dessus du lit en désordre, le mur bleu pétrole est couvert d’affiches. En face, le bureau est encombré. Ordinateur, feuilles quadrillées, dessins, classeurs, cahier, aucun espace n’est inoccupé. Le jeune garçon, installé à sa table de travail, raccroche le téléphone en soufflant. Le portable est jeté sur le plateau, et se glisse entre deux classeurs. Courbant l’échine au dessus d’une page couverte d’écritures bleues, Exupéry se force à garder les yeux ouverts. Dans son crâne, les mots semblent flotter. Les schémas prennent vie. Exupéry ne comprend plus rien. Air, atmosphère, dioxygène, diazote, dioxyde de carbone, pression, volume, baromètre. Exupéry a soudain la sensation de manquer d’air, il la sent monter en lui, son angoisse, elle l’étreint. D’un geste violent, il pousse son classeur sur le capharnaüm de ses affaires d’école, attrape son smartphone, manque de renverser sa chaise en se levant. Il se précipite sur la porte fenêtre, tourne vite la poignée. Enfin il est à l’extérieur, sur le balcon. Sa respiration fait un bruit presque rauque. Il serre son téléphone dans sa main gauche. Il semble choir, mais se retient à la barre et s’assoit à même le sol de béton, adossé à la rambarde. Plusieurs minutes s’écoulent. Exupéry, le regard vitreux, fixe le ciel vide de nuages en face. Sa main est toujours cramponnée au portable.

Lorsque la sonnerie retentit, les yeux d’Exupéry semblent reprendre vie. D’abord, il ne bouge pas. La musique est accompagnée d’une vibration lancinante. Brrrrr. Exupéry regarde l’écran. Brrrrr. Il pose son doigt. Brrrrr. Le téléphone à l’oreille, il murmure « Allo ? »

Sa voix traîne, éteinte, comme anesthésiée.

Dans le combiné, la voix est rapide, grinçante, pressée.

— Y’a baston, mon gars, ça souffle grave faut que tu vienne voir ça. Attrape ton kite et rejoins nous.

Exupéry marmonne, il songe à son devoir de physique, ses notes qui dégringolent, sa mère qui ne le lâche pas. Il trébuche sur les mots.

— Allez ! lui souffle la voix, arrête de te donner l’air de travailler, là !

Exupéry se laisse convaincre. Le grand air de la mer lui fera du bien.

Quelques dizaines de minutes plus tard, il est sur la plage. Pas coiffé, les vêtements dépareillés, il n’a l’air de rien. Ses copains ne manquent pas de le lui faire remarquer.

— C’est pas en t’attifant comme ça que tu vas réussir t’envoyer en l’air.

— Oh oui, surenchérit l’un d’eux en s’esclaffant à grand bruit, avec ton faux air d’intello, tu peux oublier la partie de jambes en l’air.

Exupéry ignore leurs mesquineries. Il n’est pas là pour draguer, et son triste quotidien de collégien peu populaire et peu performant vient de s’envoler, porté par les bourrasques de vent. Tout en sifflant un air joyeux, il prépare son équipement. Il se sent si joyeux, qu’il se verrait bien se promener les fesses à l’air. Les filles, rares sur cette plage de kiters, pourraient le suivre, les seins à l’air. En rêvant, Exupéry s’avance vers l’eau. Il est dans les airs, il se fait son propre cinéma de plein air.

*

A quelques kilomètres, au même moment, Ange reprend la conversation sur le gars de la station service.

— Tu te rends compte, quand même, sans avoir l’air de rien, il voulait me faire payer son air ! Mais ça me donne une idée. Je vais rajouter deux questions subsidiaires à mon contrôle de physique de demain : « 1) Quelle est la composition de l’air de la station service ? 2) Sachant que le cours de l’or est de 32€ le gramme, et qu’une roue de voiture contient environ 0,0075 m3 d’air, combien est-ce que le gérant de la station service doit vendre son air pour rentrer dans ses frais ? »

— Elle n’a pas l’air facile, ta question, souffle Lenora en riant. Tu m’avais pas dit, déjà, qu’ils n’avaient rien compris au chapitre sur l’air ?

— Oui, ça en avait tout l’air, en tout cas. Mais bon, rassures-toi pour mes pauvres élèves, c’était des paroles en l’air.

Musée interdit aux handicapés

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Je commencerai avec un débat de mots. Parce que les mots importent. « Handicapé » c’est un raccourci, et tout le monde, tout le temps, devrait prendre le temps de dire «personne en situation de handicap». Le handicap n’est pas une définition de la personne mais un élément qui le met en difficulté dans son environnement. En apportant des aides ou en modifiant l’environnement, on permet à la personne de surmonter sa situation de handicap. C’est l’exemple simple de la paire de lunettes : en ce qui me concerne, si je dois conduire – ou simplement vivre – sans lunettes, je serai en situation de handicap… C’est bien la situation qui fait le handicap… Les mots importent.

L’absence de mots, aussi, importe.

Alors quand j’ai vu le logo du fauteuil barré sur la page internet de ce musée marseillais, mon cœur a bondi.

Les handicapés – ou plutôt les fauteuils roulants – interdits au même titre que les chiens ou la nourriture dans l’enceinte du musée. Cela me laisse songeuse… (Je ne m’appesantis pas sur l’interdiction des poussettes – des poussettes ou des bébés ? – qui ouvre un autre débat… Peut-être y reviendrai-je un jour.)

Sur la même ligne. Sans un mot d’explication.

J’aurais imaginé : «Les bâtiments qui accueillent le musée ne sont pas accessibles aux personnes à mobilité réduites.» Ou bien «Les nombreux escaliers ne permettent pas l’accès aux fauteuils roulants.»

Ou mieux : «Nous nous excusons auprès des personnes à mobilité réduites mais nos locaux ne sont pas encore accessibles aux fauteuils roulants. Dans le cadre de la loi d’accessibilité de 2005, les travaux de mise en conformité seront achevés à l’horizon 2020.»

2020, c’est très loin, surtout par rapport à 2005, mais ce serait toujours moins scandaleux qu’un logo d’interdiction…

J’ai cherché des cas similaires – dans la forme – et je n’ai rien trouvé d’aussi flagrant et violent dans la mise à l’écart d’une partie de la population. Dans le fond, bien sûr, de très nombreux lieux publics ne sont pas accessibles, et si le vrai scandale se trouve là, la parole, elle, devrait nous permettre d’humaniser ce problème.

 

S’il vous plaît, ne laissez pas la parole mourir, faites passer cet article…

Le jour où j’ai demandé mon chemin

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Je cherchais l’atelier Remise en jeux. Un atelier d’insertion qui récupère les jouets dont on ne veut plus pour leur offrir une seconde vie. Un lieu où la solidarité est un concept global. J’étais partie, donc, en mission reportage pour écrire un article les concernant dans le magazine Bubble (je consacrerai un article à ma prose bubblesque au moment de sa parution – en décembre).

Ce matin là, j’entre l’adresse de l’atelier dans le GPS de ma voiture : 670 route de Berre, Eguilles. Le robot cartographique m’indique le lieu dit vers le 350 route de Berre – erreur fréquente. Là, j’interroge une boulangère, sans succès. Je marche le long de la route à la recherche d’un endroit peut-être difficile à repérer en passant en voiture. Mais après quelques dizaines de mètres quand les numéros réapparaissent ils en sont déjà au 820. En revenant sur mes pas, je m’arrête dans une boutique qui semble correspondre au numéro recherché sur cette route. Une boutique de réparation de vélos. En entrant je dis « bonjour » et on ne me répond pas. La personne derrière le comptoir est visiblement occupée… J’attends quelques secondes. Un homme entre, un employé – ou le patron – du lieu. Et je pose ma question. Ça aurait pu être l’occasion de se montrer gentil et serviable. D’étaler sa science avec bienveillance. De répondre à l’espoir d’un monde généreux et altruiste que je portais dans ma mission de ce jour là. Mais à la place :

– Ah oui, on nous le demande souvent, ça. C’est quelle adresse que vous cherchez ?

– 670 route de Berre.

– Mais c’est dans quelle ville votre adresse ?

– Eguilles.

– Et on est où là ? On est à Eguilles ?

Le sourire qu’il adresse à un client planté là se fait sarcastique.

Je bredouille un « euh » hésitant. Il enchaîne.

– Et non ! On n’est pas à Eguilles, là. On est à Aix-en-Provence. Vous voyez, c’est pas la même chose. Eguilles. Aix-en-Provence.

– Mais nous sommes bien route de Berre ?

– Oui. Mais la route de Berre elle va d’un endroit à un autre. Elle commence à Aix et va à Eguilles. Vous, vous cherchez à Eguilles. Et là, on est à Aix.

– Mais j’ai le numéro, le 670.

– Vous ne comprenez pas. Là vous êtes à Aix. Vous ce que vous cherchez c’est à Eguilles. Des routes de Berre, il y en a plusieurs. A Aix, à Eguilles, à Berre…

J’ai compris. Il y a plusieurs 670 route de Berre. Il y a le 670 route de Berre à Aix, et il y a le 670 route de Berre à Eguilles. En fait il se trouve (je le découvrirai quelques minutes plus tard) que la route de Berre d’Aix et la route de Berre d’Eguilles sont dans la continuité l’une de l’autre. Autant dire que c’est la même route… Mais le 670, lui, il y en a plusieurs.

Tout en m’expliquant que je me suis trompé d’endroit sur un ton fort désagréable, l’homme ricane en coin en prenant comme témoin le client qui attend qu’on s’occupe de lui. Vers la fin, il ajoute, en aparté : « Ça arrive tout le temps. » (Je ne suis donc pas la première imbécile à m’être cru à Eguilles en étant à Aix ?)

Sans un mot, en retenant surtout le « merci » automatique que prononcent mes lèvres quand je quitte une personne qui m’a renseignée, je tourne les talons pour sortir de cet endroit.

– Je peux vous expliquer comment y aller. (Ne pouvait-il pas commencer par cela ?)

Je me retourne vers lui et écoute ses explications. Il faut continuer la route de Berre, passer un ou deux ronds-points, et tourner à droite après la station service.

Je quitte la boutique de cycles en murmurant un « merci » lugubre.

Le panneau indiquant la limite de la commune d’Aix-en-Provence se dresse à peine quelques centaines de mètres plus loin. Et l’atelier se trouve bien dans la zone commerciale derrière la station service.

De cette journée, je retiendrai deux informations importantes.

Dorénavant, je sais où j’irai pour donner les jouets de mes enfants – même abimés – ou trouver des jeux à tout petit prix.

Et aussi, si je dois faire réparer un vélo, je sais très bien où je n’irai pas…

Cuisse pas sage

N13 Cuisse pas sage

Je taillais les rosiers au fond du jardin. De là où je me trouvais, je percevais bien la voix puissante, presque criarde, de la châtelaine, mais celle de Rose ne me parvenait pas, sauf lorsqu’elle criait.

« J’vous jure, Madame, j’vous jure ! Je n’ai jamais couché avec un garçon ! J’vous jure Madame !

– Arrêtez de jurer Mademoiselle, vous êtes ridicule. Vous me rappelez ce film des années 80, comment c’était déjà ? La jeune fille s’appelait Marie-Thérèse, quel prénom ridicule. «Thérèse», c’est vraiment le prénom le plus moche du monde, vous ne trouvez pas ?

– …

– Ah c’est le prénom de votre mère ? Ah… Oui ben quand même, c’est moche.

Et puis votre mère, elle ne vous a même pas appris comment ne pas vous faire mettre en cloque. Ça valait le coup, tient, de vous fanatiser à coup de bible évangéliste et de vous laisser écarter les cuisses devant le premier jeune moustachu à gueule d’amour venu !

– …

– Ne soyez pas surprise, Mademoiselle, je l’ai bien vu le moustachu, se barrer vite fait au petit matin, la fesse légère et la queue frétillante.

– …

– Ne jurez pas j’vous dis ! De toute façon l’abstinence sexuelle à la mode catho, c’est vraiment pas réaliste.

– …

– Oui je suis catholique, et alors, c’est quoi le rapport ?

– …

– Oui mon mari aussi est catholique, bien sûr, mais en quoi…

– …

– Si si, dans notre bible aussi il est écrit qu’on ne doit pas tromper sa femme.

– …

– Non, on ne doit pas.

– …

– Non, avec personne.

– …

– Non, non même pas avec la bonne.

– …

– Même si elle fait la meilleure bolognaise du monde. Mais enfin, Mademoiselle, c’est quoi cette histoire ?

– …

– Mais non, le cuissage n’est pas une tradition héritée de notre passé de nobles ! Mais… Qu’est ce que vous racontez ?

– …

– Quoi ? »

Elle se leva à toute vitesse, décollant ses cuisses de sa chaise longue. Son visage devint rouge, elle ouvrit sa bouche tel un immense four. Une seconde passa, puis un hurlement suraigu, grinçant, douloureux, sortit de son gouffre.

« CHARLES-HEN-RI-I-I-I-I ! »

 

 

 

 

Ce petit texte est issu – après corrections et enrichissement – du jeu du dimanche soir d’un forum d’écrivains : il s’agit d’écrire, en dix minutes, un texte comprenant trois mots piochés au hasard dans le dictionnaire (les premiers des pages données par les participants). Ce soir là, les mots étaient « jurer, passé et fanatiser ».

Ecrire c’est vivre

Ecrire c'est vivre

Je n’arrive même plus à me rappeler comment j’occupais mes soirées avant. Ce que je faisais après l’effervescence de la journée. Comment je clôturais mon temps éveillé, quand je n’avais pas ce rituel d’écriture, tard le soir. Généralement, c’est après le film. Sauf quand la fatigue m’emporte.

Ce sont quelques mots, ou quelques pages. Différents projets qui s’imbriquent, qui se remplacent ou s’additionnent.

Une chose est sûre, c’est que depuis quelque temps, l’écriture a pris beaucoup de place dans ma vie, comme une passion qui dévore ma cervelle. J’agglutine le temps que je veux y consacrer, j’accumule les minutes. Les mots grignotent plus de place dans ma tête, dans ma vie.

Je perçois le changement. Je me demande comment j’ai pu vivre sans ce frisson de la création écrivaine. L’accomplissement de l’histoire achevée, la maternité des personnages qui vivent en miroir de mes pensées…

Comment j’ai pu aller au lit sans projet de roman ? Comment j’ai pu contrer les caprices du sommeil sans intrigue de nouvelle à échafauder ? Comment j’ai pu m’interroger, m’indigner, m’extasier, sans l’écrire, le partager ou en faire au moins une étincelle de quelque chose de plus grand ?

Ma vie est autre, et je suis autre, depuis que j’écris. Je suis plus. Une version augmentée de moi-même. Je suis les mots qui coulent dans ma tête. Je suis les petites notes que je prends à la va-vite sur le chemin du travail de peur d’oublier.

Je suis mon rêve d’écrivain qui me poursuit depuis presque toujours…

En ce moment, la fatigue me rattrape, à l’heure où j’affronte la page blanche sur mon écran, mes paupières tombent sans que je puisse rien y faire. Et quand je me couche, je n’arrive pas au bout de la première de mes pensées d’intrigues.

Le sommeil est plus fort, et c’est un vide douloureux qui s’installe chez moi, quand je n’écris pas.

Mais bientôt les vacances, et je vais combler le vide, vivre, rire, lire, et écrire.