Musée interdit aux handicapés

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Je commencerai avec un débat de mots. Parce que les mots importent. « Handicapé » c’est un raccourci, et tout le monde, tout le temps, devrait prendre le temps de dire «personne en situation de handicap». Le handicap n’est pas une définition de la personne mais un élément qui le met en difficulté dans son environnement. En apportant des aides ou en modifiant l’environnement, on permet à la personne de surmonter sa situation de handicap. C’est l’exemple simple de la paire de lunettes : en ce qui me concerne, si je dois conduire – ou simplement vivre – sans lunettes, je serai en situation de handicap… C’est bien la situation qui fait le handicap… Les mots importent.

L’absence de mots, aussi, importe.

Alors quand j’ai vu le logo du fauteuil barré sur la page internet de ce musée marseillais, mon cœur a bondi.

Les handicapés – ou plutôt les fauteuils roulants – interdits au même titre que les chiens ou la nourriture dans l’enceinte du musée. Cela me laisse songeuse… (Je ne m’appesantis pas sur l’interdiction des poussettes – des poussettes ou des bébés ? – qui ouvre un autre débat… Peut-être y reviendrai-je un jour.)

Sur la même ligne. Sans un mot d’explication.

J’aurais imaginé : «Les bâtiments qui accueillent le musée ne sont pas accessibles aux personnes à mobilité réduites.» Ou bien «Les nombreux escaliers ne permettent pas l’accès aux fauteuils roulants.»

Ou mieux : «Nous nous excusons auprès des personnes à mobilité réduites mais nos locaux ne sont pas encore accessibles aux fauteuils roulants. Dans le cadre de la loi d’accessibilité de 2005, les travaux de mise en conformité seront achevés à l’horizon 2020.»

2020, c’est très loin, surtout par rapport à 2005, mais ce serait toujours moins scandaleux qu’un logo d’interdiction…

J’ai cherché des cas similaires – dans la forme – et je n’ai rien trouvé d’aussi flagrant et violent dans la mise à l’écart d’une partie de la population. Dans le fond, bien sûr, de très nombreux lieux publics ne sont pas accessibles, et si le vrai scandale se trouve là, la parole, elle, devrait nous permettre d’humaniser ce problème.

 

S’il vous plaît, ne laissez pas la parole mourir, faites passer cet article…

Au musée avec de jeunes enfants

53 Au musée avec de jeunes enfants

Après nos vacances plutôt « nature », le retour à Marseille nous a permis de renouer avec l’un des gros avantages de notre vie citadine : les visites culturelles. La première expo incontournable de notre rentrée est celle de Turner qu’on avait pas vue avant l’été (si ça vous botte, allez y vite, il ne reste que très peu de temps).

Dans les salles bondées, on se fraye un passage étroit entre les personnes. On porte les enfants à hauteur des tableaux, parce que vus d’en bas, entre les jambes du public, ils ne sont pas tout à fait les mêmes. Quand surgit, à hauteur des yeux de mon fils cette fois, une tablette diffusant une succession de dessins érotiques du maître Turner (pas seulement des demoiselles nues, mais aussi des couples en plein acte sexuel), il faut réagir vite : «Viens on va voir là-bas.»

Au fil de l’exposition, on lit rapidement les commentaires qui après digestion et traduction instantanées sont rendus assimilables pour un garçon de cinq ans. On discute des couleurs, des thèmes récurrents, de ce qui se perçoit au premier coup d’œil et de ce qui apparaît ensuite. Un véritable exercice de commentaire d’œuvre d’art adapté aux enfants. Pour la petite, deux ans, on en reste à la représentation et aux couleurs. Mais quoi qu’il en soit, eux et nous, on se nourrit des œuvres exposées.

Vers la fin, on approche même une première définition de l’abstraction : «Tu vois, c’est un peu flou, on ne distingue pas bien ce qui est représenté, on a surtout une impression, et des couleurs…». Au tableau suivant, il souligne : «Là aussi c’est flou.»

Et puis il y a les perles de mon fils : «C’est quoi, ça, un téléphone de tableau ?» en montrant un audioguide collé à l’oreille d’un visiteur. Ses remarques d’enfant m’amusent toujours…