Le sommeil des bébés, ce sujet de déchirure

Le sommeil des bebes ce sujet de dechirure

Les jeunes mères l’ignorent avant d’y être confrontées – parfois dès la grossesse – mais dans la parentalité il est des sujets glissants, voire tabous. Le choix du sein ou du biberon font partie de ces thèmes polémiques, puisque presque tout le monde a un avis tranché sur la question et essaiera la plupart du temps de vous ramener dans son camp. Pour le sommeil des bébés, même combat. Ceux qui n’y sont plus confrontés ne manqueront pas d’y aller de leur petite expérience ou de leur conseil même non sollicité pour ces jeunes parents, épuisés par leurs nuits hachées en pleins de minuscules petits bouts.

Ce qui est majoritairement admis, et transmis, c’est que les enfants doivent « faire leurs nuits ». A votre première réunion de famille après la naissance de votre bébé, ou chaque fois que vous croiserez la vieille voisine de vos parents, la même question reviendra, comme une comptine enfantine : « Elle fait ses nuits ? ». C’est le pendant du « Il est sage ? », vous le savez, vous le sentez, que vous ne devez pas répondre non à ces questions. Alors vous mentez peut être ou vous éludez… Mais au fond, n’ayez plus de doute, la réponse normale et largement répandue, c’est non. Non, mon enfant de dix jours, un mois, trois mois, six mois, ne fait pas ses nuits. Enfin en tout cas il ne fait pas nos nuits, à nous ses parents.

J’ai souvent entendu dans les réunions d’allaitement (ces succursales de mamans allaitantes mais aussi, porteuses, bienveillantes, cododotantes, voire instruisantes en famille…) que « faire ses nuits » signifiait dormir cinq heures d’affilée trois fois par semaine (je cite de mémoire). De quoi répondre à votre tante Gertrude que oui oui, votre loustic fait bien ses nuits même si votre anticerne est devenu votre meilleur ami. Sans aucun hasard, le sujet du sommeil finissait constamment par arriver vers le milieu des réunions allaitement. Il y avait toujours une maman épuisée pour demander de l’aide tout en répétant ce que lui serinait l’entourage plus ou moins proche.

« C’est parce que tu l’allaites qu’elle ne fait pas ses nuits. »

« Tu devrais essayer le « 5 10 15 » ça a marché avec la cousine de la fille de mon patron. »

« Un bébé ça doit dormir 21 heures par jour donc 11 heures et demi par nuit. »

La vérité, c’est que la plupart de bébés ne font pas les nuits de leurs parents avant plusieurs mois. Allaitement ou pas. Blindage de biberon à la farine épaississante en soirée ou pas. Méthode du laisser pleurer ou pas. Croire que la normalité pour les bébés est de laisser les parents dormir… est un autre leurre qu’on agite devant les parents débutants et démunis. Cet article de Happynaiss en parle fort bien – et a d’ailleurs inspiré mon propre article. C’est aussi le thème de ce projet photographique que vous avez peut-être croisé sur les réseaux sociaux : Nuits sans larmes, Parents debout.

En expliquant que ces semaines ou ces mois de fatigue intense sont inéluctables, je ne veux pas non plus les réduire à une souffrance silencieuse. Au contraire, la solitude n’est pas obligatoire pour les mères en manque chronique de sommeil. Les partages bienveillants entre mères permettent toujours de délayer le ras-de-bol installé, même s’ils restent moins efficaces que le partage des réveils nocturnes avec le papa…

Vous voulez que je termine sur une bonne nouvelle ? Ils finissent par dormir, et cela se produit forcément avant l’adolescence…

Aux mères et aux pères dont le sommeil ne coïncide pas avec celui de leurs enfants, je souhaite simplement du courage pour « passer le cap ». Vous êtes les meilleurs des parents pour votre enfant…

Il n’y a pas de «parce que» dans mes «je t’aime»

Il n y a pas de parce que dans mes je t aime

J’en parlais dans mon article précédent. Nous avons traversé une phase familiale mouvementée entre septembre dernier et maintenant. Une tempête d’émotions qui a opposé nos deux enfants et nous a embarqué nous aussi, les parents, dans ses tourbillons. Dès la rentrée j’ai perçu que ma fille souffrait de la nouvelle place de son grand frère, l’apprenti lecteur, encore plus posé et tranquille qu’auparavant, étalant sa raison et sa sagesse pour nous épater. Nos mots n’ont pas su apaiser sa déception de n’être «que» la petite sœur de trois ans et demi, notre amour ne l’a pas assez rassurée et les crises se sont enchaînées, inexorablement attachées les unes aux autres. Un jour elle s’est mise à dessiner avec frénésie. Des semaines plus tard je me suis remémoré mes mots : « Toi tu es en petite section, tu apprends à dessiner… » Les mots peuvent nous enfermer parfois.

Puis nous libérer.

Il y a deux semaines environ j’exprimais une fois de plus à mes deux enfants mon amour pour eux. Pour chacun d’eux. Je leur redisais que je n’aimais pas «plus» l’autre, en leur demandant de cesser leur lutte pour notre amour de parents. A ce moment là, je regarde ma fille dans les yeux : « Je t’aime pour ce que tu es. »

Mon fils enchaîne : « Et moi tu m’aimes parce que je sais lire. » Ces mots ont résonné comme l’explication de texte des cris réitérés des mois précédents… Alors j’ai trouvé cette phrase libératrice. « Il n’y a pas de «parce que» dans mes «je t’aime». » En leur disant que mon amour ne dépendait pas de leurs réussites je les ai peut-être libérés. Apaisés…

Magie des mots.

Succession de phases

Succession de phases

Souvent j’envisage la vie de parents telle une succession.

Il y a quelques mois, imbibés de parentalité bienveillante, nous avions laissé couler notre vie familiale, tranquille, facile et sereine. Puis la rentrée scolaire, avec ses nécessaires chamboulements, a marqué un basculement, un amoncellement de pleurs et de cris. Tous les accrocs du quotidien sont devenus des prétextes, entre parents et enfants, entre enfant et enfant, à ne pas se comprendre, à ne pas se voir, à se fâcher.

Une grande dame de ma connaissance raconte au sujet de l’équilibre familial qu’au moment où tout va bien dans nos vies l’univers nous envoie de quoi tout remettre en question. Parfois nous souhaiterions rester dans la tranquillité, mais c’est sans compter ces successions de phases rythmant nos vies.

Au sommet des montagnes russes l’euphorie nous porte si haut que nous n’envisageons même pas la chute, ses battements cardiaques et ses hurlements. Quand elle survient, soudaine et progressive, douce et violente, on change de phase comme l’on se retournerait sur ses propres pas. Gardons en tête dans les phases basses de nos existences que d’autres phases viendront…

Ainsi depuis quelques jours la sérénité semble être de retour par chez nous…

Succession de phases.

La télé des mini-nains

La tele des mini nains

J’avais déjà écrit (ici) un article sur les dessins animés. Ceux de ma jeunesse et ceux de leur jeunesse. J’avoue avoir toujours cet engouement particulier pour Miraculous, ce qui amuse particulièrement mon mari d’ailleurs (« Laisse maman tranquille elle regarde son dessin animé. »).

Je ne vous ai pas parlé par contre des autres dessins animés, ceux qu’on ne regarde pas ou plus, ou du coin de l’œil. Ceux dont le principal – seul ? – intérêt est de permettre aux parents de grappiller quelques dizaines de minutes supplémentaires dans leur lit les matins de week-end. Je suis tombée sur cet article le week-end dernier justement, j’en ai pleuré de rire… Parents de nains, je vous souhaite une bonne lecture.

Laisse pas rouler ton fils

Laisse pas rouler ton fils

De rares graffitis se dessinent sur les panneaux colorés. L’air est empli de voix enfantines et de rires qui éclatent tels des bulles de savons, plusieurs petits s’agitent et courent, et leur excitation est communicative comme le bonheur qui vit dans leur sourire. Le tourniquet couine un petit peu, la tôle du toboggan joyeusement frappée résonne d’un son métallique, un bruit de roulement incessant accompagne ce trotteur, en forme de moto rouge, qui tourne rapidement autour de la structure de jeux. Le jeune garçon, fièrement dressé sur l’engin, pousse si intensément sur ses jambes qu’il se propulse de plus en plus vite. Chaque accélération est accompagnée d’un hurlement victorieux. A deux ans et demi, Mathis est un enfant que l’on pourrait qualifier de turbulent. Dans ce parc, il peut galoper, crier, se défouler. Assise sur un banc en retrait, Stéphanie regarde son fils du coin de l’œil. A quelques mètres de là, une jeune femme blonde aux cheveux raides impeccables observe aussi le gamin. Elle tente d’anticiper la trajectoire de la moto écarlate, et retient les pas de sa fille qui, concentrée sur sa marche hésitante, ne semble pas percevoir le bolide. A dix-huit mois, Lisa découvre avec émerveillement tous les détails du monde autour d’elle. Elle se penche pour attraper un petit caillou, et alors qu’elle se relève, la moto la frôle. La petite fille crie puis pleure de peur, elle se retourne précipitamment pour se blottir dans les bras de sa mère. Amandine serre Lisa contre elle, et lève la tête vers Mathis. Il est déjà loin, il a presque fait un tour de plus. Amandine le suit du regard, son agacement est clairement perceptible. Sur son banc, la silhouette imposante de Stéphanie ne bouge pas. Ses yeux vert clair accompagnent très distraitement les tours rapides de son fils.

Le jeune motard en culotte courte semble ne s’être aperçu de rien, et il continue son manège. Amandine prend Lisa dans les bras et sort du circuit dessiné par la moto, elle rejoint Jérôme qui vient d’arriver. Il embrasse sa fille, échange quelques mots avec sa femme. Il se fixe lui aussi sur les cercles de l’engin rouge, et lorsque son épouse lui raconte la frayeur de Lisa, son étonnement devient énervement. « Il n’a pas de parents cet enfant ?

– Je crois que c’est sa mère sur le banc là-bas. »

Petite Lisa attrape l’encolure du pull d’Amandine et tire dessus. La jeune femme s’assoit sur un muret bordant l’aire de jeux, soulève son haut et offre le sein à sa fille. La scène est plutôt inhabituelle ; la fillette a dépassé de beaucoup l’âge limite socialement admis pour l’allaitement maternel, et la mère n’a pas le style adopté par la plupart de ces femmes hyper maternantes. Elle est ainsi habillée de façon classique, cashmere beige et pantalon en laine gris, son maquillage est prononcé, son brushing parfait ; en ce samedi après-midi elle est apprêtée comme pour aller travailler, et l’on devine aisément qu’elle exerce un poste à responsabilité.

Pendant que sa petite tète, Amandine observe attentivement Mathis. Il a posé brutalement son trotteur près du tourniquet et joue maintenant au toboggan. Il y a quelque chose chez cet enfant qui la dérange. Est-ce la dureté des traits de son visage, l’épaisseur de ses sourcils, ou peut être juste cette domination qu’il exerce sans relâche sur les plus petits que lui ? Alors que sa mère est concentrée sur son téléphone portable, Mathis bouscule les autres enfants et leur passe devant, il est invariablement le vainqueur dans cette lutte pour la première place. La tétée finie, Lisa veut retourner jouer. Elle pointe un index vers le toboggan en poussant de petits cris joyeux. Amandine et Jérôme hésitent, mais finissent par céder devant l’enthousiasme de leur bébé. Pour Lisa c’est la première glissade sur toboggan, hésitante elle fait quelques pas sur la plateforme avant de s’engager pour une autre descente. Mathis surgit telle une tornade et fonce, il frôle Lisa qui perd l’équilibre et tombe sur les fesses. Cette fois c’est sans un pleur qu’elle se relève. Mathis est déjà en bas. La môme se décide enfin, elle s’assoit en haut du toboggan. Mathis remonte sur sa moto. Lisa attend, Amandine pose ses mains sur le ventre et le dos de sa fille. Mathis recommence à tourner. Lisa glisse doucement, soutenue par sa mère. Mathis pousse sur ses pieds pour aller plus vite. En bas, alors qu’elle essaie de se relever, Lisa perd l’équilibre vers l’avant et se rattrape sur ses mains. Mathis accélère. Lisa se redresse, elle fait un pas, sa mère est à quelques centimètres. Soudain Mathis est là, il roule vite et sa trajectoire passe si proche de Lisa, que sa jambe et le pied de Lisa s’entrechoquent. La petite tombe en arrière. Amandine et Jérôme la voient chuter comme au ralenti. Sa tête frappe le sol. Pendant une seconde elle est si surprise, qu’aucun son ne sort de sa bouche. Son visage se déforme, elle se met à crier. A nouveau, Mathis ne s’est pas arrêté, il a presque fait un tour de plus. Amandine prend sa fille hurlant dans les bras, ses yeux poursuivent Mathis, sans réfléchir elle pose son pied sur l’itinéraire de la moto. Le voilà stoppé, le caïd de bac à sable. Amandine attrape la moto et la soulève. Mathis se retrouve soudain debout, sans trotteur. Amandine perd son sang froid, le son de ses mots se fait plus fort que les hurlements de Lisa. Mathis la regarde ahuri. En quelques secondes, Stéphanie est là. Et l’incident devient un combat de mères. Stéphanie défend son fils ; c’est un bébé, il n’a pas fait exprès, ce n’est pas la peine de lui crier dessus. Amandine est furieuse, elle reproche à Stéphanie de n’être pas intervenue avant, d’avoir laissé son fils rouler à fond la caisse et mettre en danger les autres enfants, de l’avoir laissé les doubler et les pousser sans jamais lui poser de limites. Jérôme s’est approché de son épouse, en soutien inconditionnel. Entre les deux femmes le ton monte très rapidement, Stéphanie se sent insultée en tant que mère, Amandine surenchérit sur les agressions subies par Lisa puis elle dérape en attaquant directement Mathis. La violence devient palpable. Jérôme ne sait plus comment intervenir. Dans le parc, plusieurs parents se sont levés et observent la scène, prêts à s’interposer pour séparer les deux mégères. Au bout de quelques secondes, Jérôme sort enfin de sa torpeur, il attrape le bras d’Amandine et lui chuchote de se calmer.

« Tu as raison ça ne sert à rien. De toute façon il n’y a qu’à voir sa mère pour comprendre, c’est pas de sa faute au gosse si c’est un petit con ». Ces derniers mots sont comme des clous que l’on enfonce et qui résonnent dans le silence.

Une voix grave lui répond. Une voix qu’elle connaît.

« C’est de mon fils dont tu parles là ? »

Amandine tourne la tête. Elle comprend tout à coup pourquoi le visage du garçon la mettait si mal à l’aise. Sa mâchoire carrée, ses sourcils épais, ses expressions, comment n’a-t-elle pas vu en lui le fils de Cédric ?

Elle bafouille, incapable d’articuler le moindre mot. Jérôme perçoit chez sa femme une apathie qu’il ne parvient pas à décrypter. « Vous vous connaissez ? », se hasarde-t-il à demander. Il espère qu’une certaine familiarité entre Amandine et le père du sale gosse leur permettra de dénouer le conflit.

« Oui on se connaît ! » lance Cédric à Amandine. « Dis lui donc à ton mari. »

Amandine demeure silencieuse. Elle n’arrive pas à se détacher du visage de Cédric. Elle fixe ses yeux, qui lui confirment ce qu’elle a toujours su. Soudain lui reviennent en mémoire la pléthore de questions sur l’origine des yeux bleus de sa fille.

Il regarde Lisa, puis Amandine.

« C’est ma fille ? »

Ce n’est presque pas une question.

Il aurait pu demander son âge et faire le calcul. Ils auraient su mais Jérôme et Stéphanie auraient pu l’ignorer encore. Mais il ne fait pas dans la demi mesure. C’est bien ce qui lui avait plu chez lui, cette brutalité.

Il faut dire que Cédric n’a plus rien à perdre, cela fait plus d’un an que Stéphanie et lui sont séparés. Avec la naissance de Mathis, la présence de l’enfant, le surpoids de son épouse, l’absence de sexe dans son couple, Cédric avait multiplié les conquêtes. Il avait ainsi usé de son charme de latin dominateur avec Amandine alors que Mathis avait tout juste trois mois. Amandine et Jérôme quant à eux essayaient de faire un enfant depuis deux mois. La jeune femme, terrorisée à l’idée de devenir mère, s’était laissée séduire par l’interdit, une dernière friandise avant de renoncer à sa féminité, elle qui avait tellement peur de perdre la femme derrière la mère… Pourtant, par un tour de passe-passe du destin, c’était au moment où elle célébrait sa liberté que Lisa s’était installée. Une capote qui craque et le tour était joué.

La liaison n’avait guère duré. Amandine s’était persuadée que la date de conception avancée par les médecins était fausse ; et elle avait réussi à croire à son propre mensonge, jusqu’à aujourd’hui.

Jérôme est atterré.

Amandine muette.

La haine de Stéphanie se déchaîne alors : « Toi la mère parfaite tu voulais me donner des leçons, mais tu n’es qu’une traînée ! Tu continues d’ailleurs, tu sors tes seins dans les parcs, soit disant pour allaiter ta fille, tu crois que je n’ l’ai pas vu ton numéro d’aguicheuse ? »

Rapidement, Jérôme et Amandine quittent le parc.

Stéphanie déverse encore sa rancœur. « Tu te rends compte de ce qu’elle a dit sur Mathis ? »

Mais Cédric ne répond pas. Il pense à cette petite fille qu’il découvre, et ses grands yeux qui le regardent…

 

Sur la structure de jeux presque neuve, des décalco-graffitis fleurissent déjà. Mathis et Lisa sont assis sur un banc. Un jeune garçon de trois ans fait des tours de trotteur.

Lisa s’adresse à son frère dans un sourire : « Laisse pas rouler ton fils Mathis… Si tu ne veux pas que ta vie glisse… »

 

 

(Une nouvelle écrite il y a plus de deux ans.)

Bienveillance ou tradition, l’éducation en question

Bienveillance ou tradition l education en question

Il semble impossible d’écrire un article neutre à ce sujet, tant les parents s’entre-déchirent entre partisans d’une éducation dite traditionnelle incluant pour certains des fessées « n’ayant jamais tué personne » et adeptes de l’éducation bienveillante qui tentent de bannir même les cris…

A défaut de neutralité j’essaierai de mettre un peu de distance pour témoigner de cette évolution que nous ne pouvons pas ignorer. Depuis quelques années déjà, il semble que l’on s’interroge davantage sur la bienveillance à l’égard des enfants, que ce soit les parents, les professionnels de la petite enfance ou même l’éducation nationale, la bienveillance se diffuse.

La bienveillance se diffuse… comme ces petits films « Les mots qui font mal » à la télévision et sur internet depuis le 15 septembre 2017 qui expliquent comment les mots blessants reçus pendant l’enfance peuvent marquer un individu à vie.

Ainsi la remise en question souffle doucement sa petite mélodie sur chacun d’entre nous. Certains jours plus que d’autres, certes. Mais il suffit presque d’être parent et d’avoir un compte sur un réseau social pour voir se multiplier les sollicitations de type articles, astuces et formations de parentalité positive. La bienveillance, jusqu’à l’écœurement parfois, avec maladresse souvent, au point d’être perçue comme agressive – ou juste non bienveillante – par nombre de parents faisant face à leurs imperfections… Moi aussi j’ai parfois repoussé les injonctions à « ne plus faire ces bêtes erreurs éducatives », mi agacée mi amusée par ces donneurs de leçon. Parler éducation bienveillante nécessite, je crois, de redoubler de bienveillance à l’égard des… parents.

La bienveillance se diffuse, mais la loi reste bloquée… Celle qui visait symboliquement à supprimer le « droit de correction » sur les enfants – pour faire court les fessées et autres punitions impliquant un désagrément physique – a été censurée par le conseil constitutionnel le 26 janvier 2017 après avoir pourtant été votée par l’assemblée nationale. La courte période pendant laquelle cette loi fut annoncée comme imminente aura-t-elle suffit à faire changer les mentalités ? Ou n’aura-t-elle été que l’occasion d’entendre ceux qui, sous prétexte qu’ils ont reçu des fessées et n’en sont pas morts, ne voient pas pourquoi l’on renoncerait à frapper les enfants ?

Alors c’est vrai, pour l’instant on a encore deux clans prêts à s’affronter jusqu’à la mort. Je n’ose même plus lire les commentaires accompagnant certains articles sur internet tant ils peuvent être haineux. A chaque fois je m’interroge : comment peut-on être aussi acerbes entre parents, alors que nous poursuivons tous le bien de nos enfants, que nous partageons les mêmes difficultés quotidiennes, que nous vivons les mêmes questionnements ?

 

Et vous ? Faites-vous partie de ceux qui questionnent leur éducation ? Que pensez-vous de cette opposition acide entre « tradition » et « bienveillance » ?

Un nouvel atelier Faber & Mazlish

Affiche-FRSR-Atel-Q3 2017

Comme la vie de parents est un cheminement, on n’en a jamais fini de progresser… Je vous parlais ici de l’atelier Faber & Mazlish « Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent » que nous avions suivi en couple au début de l’été. Aujourd’hui, c’est la suite de cet atelier, « Frères et sœurs sans rivalité », qui est proposé par l’association marseillaise La Famille Zen. Et comme nous vivons pluri-quotidiennement des scènes du type Huis-clos dans un monospace… je pense que ça ne peut pas faire de mal d’aborder les rivalités frères sœurs en mode parentalité positive.

Et même si j’avais lu le livre tiré de ces ateliers il y a quelque temps (j’en parlais ), je sais depuis notre premier stage Faber & Mazlish que rien ne vaut la formation «en vrai».

Allez les amis marseillais, pourquoi pas vous ? Vous pouvez contacter La Famille Zen par mail (lafamillezen13@gmail.com), téléphone (0781612406) ou via la page Facebook de l’association (les deux formations sont proposées à partir de la semaine prochaine, soit en semaine en soirée, soit le dimanche).

Affiche-PAEC-Enfants-Atel-Q3 2017

Alors, ça vous fait envie ? Pas du tout ? Vous avez déjà suivi ce type de formation ? N’hésitez pas à me laisser un petit commentaire !

Huis-clos dans un monospace

Huis clos dans un monospace

La scène se déroule dans une voiture familiale sur une route de montagne. Le père conduit, la mère est sur le siège passager. A l’arrière se trouvent Charlotte, 3 ans et demi, et Arthur, 6 ans et demi.

 

CHARLOTTE

(chante à tue-tête)

Une souris verte qui courait dans l’herbe…

 

CHARLOTTE et ARTHUR (la rejoignant dans son chant)

Je l’attrape par la queue je la montre à ces messieurs…

 

CHARLOTTE

(interrompant son chant)

Non c’est moi qui chante Arthur ! C’est pas toi !

 

ARTHUR

J’ai le droit de chanter !

 

CHARLOTTE

Non ! T’as pas le droit !

 

ARTHUR

Si j’ai le droit.

 

CHARLOTTE

Non !

 

ARTHUR

Si.

 

CHARLOTTE

Non !

 

ARTHUR

Si.

 

CHARLOTTE

Non je te dis Arthur c’est moi qui chante je te dis !

 

ARTHUR

Je m’en fiche d’abord parce que tu ne peux pas m’empêcher de chanter.

(Il se met à chanter.) Une souris verte, qui courait dans l’herbe, je l’attrape par la queue, je la montre à ces…

 

CHARLOTTE

(Elle lui coupe la parole en criant)

Arrête Arthur c’était moi qui chantais ! Tu es vilain ! Je vais plus jamais jouer avec toi. (Ses cris se transforment en plainte.) Et je suis plus ta sœur.

 

ARTHUR

Tu peux pas ne plus être ma sœur.

 

CHARLOTTE

Si Arthur ! Je suis plus ta sœur !

 

ARTHUR

Non c’est pas possible. Tu seras toujours ma sœur.

 

CHARLOTTE

Non !

 

ARTHUR

Si.

 

CHARLOTTE

Non !

 

ARTHUR

Si.

 

LE PERE

Et si vous chantiez tous les deux ensemble ?

 

LA MERE

Quelle bonne idée !

 

ARTHUR

On chante La souris verte Charlotte ?

 

CHARLOTTE

Non je veux plus chanter !

 

ARTHUR

Tant pis pour toi. (Chantant) Une souris verte, qui courait dans l’herbe, je l’attrape par…

 

CHARLOTTE

(hurlant)

Arrête ! Je veux pas que tu chantes.

 

ARTHUR

Tu es vilaine Charlotte ! Puisque c’est comme ça je te redonnerai pas ton livre !

 

CHARLOTTE

Se met à pleurer

 

LA MERE

(soupire)

Qu’est ce qu’il y a Charlotte ?

 

CHARLOTTE

Arthur il m’a dit qu’il me redonnera pas mon livre !

 

LA MERE

Quel livre ?

 

CHARLOTTE

Mon livre ! Celui avec les images !

 

LA MERE

Le livre que tu as pris à la pharmacie ?

 

CHARLOTTE

(Geignant)

Oui !

 

LA MERE

Mais ma puce c’est un livre de publicités, on s’en fiche !

 

CHARLOTTE

(Pleurant à chaudes larmes)

Non on s’en fiche pas ! Mon livre !

 

ARTHUR

Ah ah ah je te le rendrai pas ! Na na na na nère ! C’est bien fait pour toi !

 

CHARLOTTE

(Pleure)

 

LE PERE

(fermement)

Arthur ça suffit, arrête de faire bisquer ta sœur.

 

ARTHUR

Mais c’est elle qui est vilaine elle veut même pas que je chante ! J’en ai marre d’elle elle fait toujours la chef !

(Se met à pleurer.)

 

CHARLOTTE

(Pleure bruyamment)

 

ARTHUR

(Pleure bruyamment)

 

 

 

Je tiens à préciser à mes chers lecteurs que ces prénoms ne sont en aucun cas ceux d’enfants de ma connaissance, et que toute ressemblance avec la réalité serait purement fortuite…

Les stéréotypes de genre expliqués à mon fils

Les stereotypes de genre expliques à mon fils

Ses yeux s’ouvrent grands, deux billes bleues qui fixent le grand-père avec intensité. Elle tend sa minuscule main, paume ouverte, vers le biscuit inaccessible. Elle commence à geindre. A peine une plainte, d’abord. Son papi lui propose le doudou abandonné sur la table, puis la poupée, le chapeau, la figurine, le gribouillage réalisé quelques heures plus tôt. Le râle se transforme en pleurs criards, avec des pointes vers les aigus et des sanglots tout au fond. Le grand-père s’excuse, il ne comprend pas. Mais la petite est allongée par terre désormais, elle tape des pieds, elle se tortille dans tous les sens, et crie de plus en plus fort.

« Qu’est ce qu’il se passe ici ?

– Je ne sais pas ce qu’elle veut. Je lui ai proposé tous les jouets de la table, elle a tout repoussé.

– Mais ma poupette, susurre la grand-mère, essaie de nous dire ce que tu veux ! »

Tout à coup, les hurlements cessent. La petite Elise se relève, les yeux baignés de larmes, la morve coulant du nez. Elle regarde, implorante, son grand-père, et murmure : « Veut un biki. »

Le grand-père interroge son épouse du regard.

« Un biscuit, traduit-elle.

– Et le mot magique ?

– Pipeplait Papi. » Elle penche la tête et offre un sourire timide.

Les grands-parents, interloqués, observent leur petite fille passer des pleurs au rire en quelques secondes. La mamie mouche son nez, et le grand-père lui explique qu’elle ne doit pas se mettre dans de tels états pour un pauvre biscuit.

Pour Elise, le chambardement est déjà loin derrière. Elle croque dans son biscuit, radieuse. Puis elle dévisage son grand-père qui converse, et à la fin de sa logorrhée conclut de sa petite voix charmeuse : « D’accord Papi. »

« Alors celle là, c’est vraiment bien une fille ! » lance la grand-mère. Puis elle retourne à sa cuisine.

Moins d’une heure plus tard, l’odeur de gâteau au caramel leur saute au nez lorsqu’il entrent dans l’appartement. Thomas jette son sac à travers l’entrée au moment où la grand-mère tourne la tête dans sa direction. « Qu’est ce qu’il t’arrive ? » s’écrit-elle.

Le grand-père, sur les talons de son petit-fils, lui fait signe de se taire. Elle entame une autre question, mais son époux lui coupe la parole. « Laisse-le arriver ! »

Le ton est sans appel, et la mamie observe en silence la mine renfrognée du jeune garçon.

Il s’installe dans un fauteuil, la tête engoncée dans ses épaules, le visage fermé et dirigé vers le sol.

« Tu as passé une mauvaise journée à l’école ? » demande encore la grand-mère.

Son époux lève les mains, près à intervenir, à nouveau, pour lui faire tenir sa langue.

« Je me suis disputé avec mes copains. » Le papi interrompt son geste. « Ils m’ont dit que j’étais une fille parce que j’ai un jouet de fille. »

Et le jeune garçon raconte tout. Il parle de ce jouet qu’il trouvait vraiment super, un piano avec les personnages de la Reine des Neiges dessus. Il était tellement content que ses parents lui aient acheté ce cadeau qu’il s’en était vanté à l’école. Mais ses copains s’étaient moqués de lui. Ils avaient ricané que la Reine des Neiges c’était un dessin animé de fille. « D’ailleurs, le piano est rose, et ils m’ont dit que c’était une couleur de fille. Mais moi j’aime bien la Reine des Neiges. Est ce que ça veut dire que je suis comme une fille ?

– Mais non chéri, tu es un garçon voyons, répond la grand-mère.

– Tu as aussi beaucoup de jouets de garçon, surenchérit le grand-père. »

Et tous deux lui dressent la liste de ses jouets virils. Camion de pompier, épée de chevalier, figurine de super-héros, déguisement de pirate… Peut-être pourra-t-il laisser le piano Reine des neiges à sa petite sœur.

Mais Thomas reste boudeur. Pour lui même il chuchote des phrases incompréhensibles, la colère et la tristesse transpirent sur son visage.

La grand-mère sent une boule grossir dans son ventre. « Si tu veux, on va t’acheter un vrai jouet de garçon, comme… » Elle réfléchit une seconde puis poursuit. « … un pistolet en plastique ! Et tu l’amèneras à l’école pour prouver à tes copains que tu es un vrai garçon. »

L’idée semble séduire Thomas. Il relève un peu la tête, et demande à manger.

Dans la cuisine, la grand-mère démoule le gâteau. D’un pas rapide, le grand-père rapplique et lui souffle : « En même temps, quelle idée ils ont eu de lui offrir ce jouet de fille ! C’était sûr que ça allait faire des histoires.

– Oui, beh, ne leur dis pas ça, hein ! Ils vont mal le prendre.

– Oui oui, je sais. De toute façon, on peut rien leur dire ! »

En face de sa fille, le grand-père est moins virulent lorsqu’il essaie de lui expliquer pourquoi Thomas traîne une telle mine morose. La grand-mère rapplique bientôt pour expliquer toute l’histoire. Mais la mère de Thomas reprend à la volée les propos de ses parents. « Un jouet de fille ? Qu’est ce que c’est un jouet de fille ? » Elle s’adresse à son fils. Elle le questionne sur ce qui rend un jouet féminin, ou masculin, mais Thomas ne sait pas. Alors Estelle cesse de parler, s’accroupit et le prend dans ses bras.

A ses parents, elle murmure simplement : « On va en parler à la maison. » Et elle rentre chez elle avec ses enfants.

Thomas dilue un peu sa colère dans les routines du soir. Dans le bain il se dispute des jouets flottants avec sa sœur, il sautille et fait des grimaces en enfilant son pyjama tout seul, et au repas il chantonne et répète les injonctions des parents. Au moment de l’histoire, Estelle tend un album coloré à son époux : « Je crois qu’il est temps de lui lire et de lui expliquer ce livre… »

Alors, Christophe s’assoit sur le petit lit, à côté de son fils. « Tous les garçons et les filles sont ainsi », lit-il. Il ouvre l’album, tourne les pages, pose les mots avec douceur. Les dessins sont simples et colorés, et l’histoire raconte une dispute autour d’un jouet, qui vire au règlement de compte entre garçons et filles. Les préjugés sont étalés. Christophe et Thomas discutent ces phrases jetées comme des vérités, et se moquent un peu de leur bêtise.

Quand Christophe referme le livre, Thomas semble avoir compris. « Je peux jouer à ce que je veux. »

Christophe acquiesce : « Oui, exactement. Et la seule chose qui fait de toi un garçon, c’est ton zizi, ça suffit pour être un garçon. »

A la même heure, dans un autre appartement, le grand-père regarde le début du film du soir. Il essaie, du moins, d’en saisir l’essentiel, oscillant sa tête de droite et de gauche pour apercevoir la télévision derrière les allées et venues de son épouse. La grand-mère, elle, débarrasse la table, secoue la nappe, passe un coup d’éponge sur le bois verni puis un coup de balai au sol. Quand elle quitte la pièce pour s’occuper de la vaisselle dans la cuisine, le grand-père pousse un soupir de soulagement. Enfin il peut regarder son film sans être gêné.

Le grand-père sur son fauteuil et la grand-mère à sa vaisselle pensent tous les deux, à peu près au même moment, qu’il est tout de même extraordinaire que les hommes et les femmes soient si différents… Et que c’est là l’un des grands mystères de la biologie.

 

Cette nouvelle a été publiée dans le recueil de nouvelles Les femmes nous parlent au sein d’une édifiante accumulation d’histoires du sexisme résonnant d’une manière particulière avec notre l’actualité du ashtag…

Chemin de parents

Chemin de parents

Pendant que les enfants poussent les parents grandissent.

A chaque croisement ils font des choix. Allaitement ou biberon. Pouce ou sucette. Sommeil séparé ou cododo. Tel pédiatre ou tel autre. Poussette ou écharpe.

Au fur et à mesure qu’ils avancent, ils ferment des voies. D’autres s’ouvrent. Ils évoluent, découvrent, explorent. Des rencontres de bord de chemin dévoilent des sentiers cachés.

Mais surtout, ils deviennent sûrs. Gagnent en confiance. En sérénité. En expérience.

Ils ne sont plus ces jeunes parents avides de perfection, avec ce besoin de prouver à tous qu’ils sont capables. Ils ont renoncé à la perfection et même à la capacité. Ils ont compris qu’ils ne seront jamais cette illusion…

Au bout de quelques années et à partir de deux enfants, tous ceux qui les noyaient de conseils plus ou moins (plutôt moins) sollicités ne mouftent plus un mot. Les parents n’ont plus rien à prouver. Leur susceptibilité s’est éteinte.

Alors les rares conseils encore donnés glissent. Ils acceptent cette main tendue pour ce qu’elle est, ni critique ni recette, mais une astuce en forme de parenthèse.

De toute façon, pour ceux autour, ils n’en ont pas vraiment besoin. Ils ont gagné leurs galons de parents, comme un tampon à chaque étape. Ils sont sacrément tamponnés, ça se voit de l’extérieur. Qu’importe si l’intérieur est constamment submergé.

Un chemin sous-marin en quelque sorte…