Routine matinale version 2

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C’est comme Georges Sand…

Ce matin là, au moment fatidique de mettre leurs chaussures, ils se houspillent et le ton commence à monter. «Non c’est moi le père Noël !» affirme la petite à son frère, qui essaie de lui expliquer : «Tu ne peux pas être le père Noël, tu es la mère Noël et c’est moi le père Noël.» Mais la petite sœur répond du tac au tac : «Non, c’est toi la mère Noël et moi je suis le père Noël.» Mon fils argumente. Le père Noël est un garçon, la fille c’est la mère Noël… Alors j’interviens. Peut être qu’en fait, le père Noël est une fille. Mais qu’elle fait semblant d’être un garçon, parce que la vie est toujours plus facile pour les garçons (message non subliminal numéro 1).

J’enchaîne. «C’est comme Georges Sand.» Et je leur conte, avec des mots simples, l’histoire de cette femme qui faisait semblant d’être un homme pour écrire des livres…

Croyez-le ou non, non seulement ils ont arrêté là leur bataille d’ego, mais en plus mon fils a retenu mon histoire. Le soir quand j’ai prononcé le nom de Georges Sand il s’est écrié : «C’est la dame qui écrivait des livres, avant, quand c’était les garçons qui écrivaient les livres, alors elle faisait semblant d’être un garçon.»

Et moi, j’ai trouvé une autre façon d’égayer le quotidien, faire des liens complètement loufoques en prenant comme point de départ leurs réflexions d’enfants…

Une coquille dans les vœux de fin d’année

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Oui, vous lisez bien. La Marie – au lieu de la Mairie – nous souhaite de Joyeuses fêtes. Ce papier a été distribué, pour de vrai, à l’école, à tous les maternelles et élémentaires du secteur – ceux-là mêmes qui perdent ou perdront un point par erreur dans leurs dictées… Si la mairie n’a pas pris la peine de corriger, peut-être est-ce parce qu’ils présumaient, à juste titre, que leur tract serait jeté directement à la poubelle par la grande majorité des parents ? Ou qu’ils n’ont pas relu ? Ou qu’ils ont tenté un trait d’humour décalé ! Peut être que l’an prochain on aura un ^^ en signature ou un #jekiffemamairiedesecteur…

Là où c’est moins drôle, c’est que ce superbe message accompagne un sac plein de mauvais chocolats et de bonbons chimiques…

L’école n’est-elle pas le lieu où l’on apprend aussi à respecter l’équilibre alimentaire ?

Faudra-t-il, à l’avenir, apprendre à nos enfants à refuser les cadeaux des politiques en quête d’électeurs ? “Mais maman c’est le vrai père Noël qui nous l’a donné !”

Bon, je ne vous parle même pas du cadeau en plastique, probablement fabriqué par des enfants de l’autre bout du monde, et on ne peut plus genré (un camion de pompier pour les garçons et une poupée sirène aux cheveux roses pour les filles)…

Mais bon, c’est Noël, ne faisons pas de mauvais esprit. Et tous ensemble disons merci à la Marie… et à la Sabine…

Quand je serai grand je serai père Noël

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Hier soir au repas, notre fils nous a annoncé fièrement : “Quand je serai grand, je serai père Noël. Je fabriquerai un traîneau. J’irai voir le vrai père Noël, au pôle nord, et je lui demanderai quelques nains (= lutins) pour m’aider, et puis je fabriquerai des cadeaux pour tous les enfants.”

On a trouvé ça mignon et touchant…

Mais cette déclaration tombe aussi juste après une conversation d’adultes, où j’expliquais à mon mari que je culpabilisais de plus en plus de le laisser croire au père Noël. Déjà quand il était plus petit je me questionnais (j’en parlais ici). Maintenant il a cinq ans et demi. Il comprend que les monstres, les dragons et les licornes n’existent pas pour de vrai. Il sait que les dinosaures ont disparu. Il demande si la magie de Harry Potter est réelle et on lui dit non… Seul le père Noël échappe encore à toute cette logique. On entretient le doute. On ment. “Oui mais le vrai père Noël lui…” “Il passe dans toutes les maisons et il laisse des cadeaux partout.” “Il passe dans la nuit de Noël, mais parfois il prend de l’avance.”

Il s’interroge, un peu. “Comment elle sait mamie que je vais avoir ça et ça et ça ?

— Je ne sais pas. Peut être qu’elle a appelé le père Noël ?”

Et au moment du déballage. “Celui là c’est le père Noël de chez nous…”

Cette année encore on va lui dire que le père Noël n’amène pas tous les cadeaux, que les adultes en rajoutent. Une sorte de solution entre deux… On va lui faire vivre la magie de Noël, la beauté, les lumières, le partage, l’amour. Et puis quand ce sera le bon moment on aura LA conversation.

Cet après-midi le « père Noël » était à l’école. Et en sortant, son camion de pompier sous le bras, il jubilait. J’ai hasardé : “C’était le « vrai » père Noël ?

— Oui parce qu’il nous a donné des cadeaux !”

Puis il a décrit la barbe qui était “pour de vrai”, le câlin qu’il lui a fait… Comment lui briser le rêve que toute la société lui a construit ? On va attendre encore un peu en le laissant rêver.

Aujourd’hui, j’ai cuisiné des petits biscuits montés en couronne et des amandes caramélisées pour offrir aux maîtresses et aux autres personnes qui s’occupent de nos enfants. En passant du temps en cuisine, en pensant avec tendresse à ceux à qui je dédiais ces présents, je me suis ressourcée à l’esprit de Noël. Puis j’ai terminé les achats de cadeaux…

Finalement les rêves se réalisent. Je suis grande, et je suis le père Noël…

Est-on obligé de croire au Père Noël ?

Est-on obligé de croire au Père Noël ?

Elle semble esthétique, ma question, un peu superficielle et aguicheuse. Une provocatrice qui pique votre curiosité pour vous inciter à lire.

C’est une vraie question, pourtant. Nous nous la sommes posée, très sérieusement. Pour le Noël 2011, c’était notre premier Noël de parents. Puis pour le Noël 2012. Elle nous a encore effleuré lors du Noël 2013. Puis, on a tranché.

Mais alors, est-on (vraiment) obligés de faire en sorte que nos enfants croient au Père Noël ?

 

La plupart des parents suivent cette tradition, et elle est si largement partagée, que le fait même d’évoquer l’attitude contraire semble un acte de rébellion. Dans ce monde où (presque) chaque enfant de moins de six ans croit qu’un gros bonhomme habillé de rouge va lui amener des cadeaux dans la nuit du 24 au 25 décembre, et où (presque) chaque adulte se fait complice de la supercherie, comment lutter ?

Pourtant il semble que nous ne soyons pas les seuls à nous être questionnés. D’ailleurs, quand j’ai googlisé cette interrogation, j’ai trouvé deux articles, ici et , qui disent chacun à peu près la même chose : le mythe du Père Noël permet aux enfants de se construire dans leur rapport à la réalité. Un message de dissuasion pour les parents qui souhaiteraient confier, au commencement, la vérité à leur progéniture, une incitation à leur mentir pour leur bien psychologique.

Même sans avoir pris l’avis du web, chez nous, nous avons décidé de nous soumettre au pouvoir du mythe du Père Noël, pour la magie, pour le rêve, pour leur faire vivre ce merveilleux. Tant pis pour le mensonge. On s’arrangera avec eux plus tard.

En bonne bobo j’ai regretté l’aspect hyper consumériste de la chose, et la prétendue « origine Coca-Cola » du « Père Noël tel que nous le connaissons ». Au passage, figurez-vous que ce n’est qu’une légende urbaine, cette prétendue genèse du Père Noël dans les bulles marronnasses. Si le petit papa Noël a bien bossé comme acteur dans des pubs Michelin, Apple, Disney, Coca, et même Marlboro, sa naissance ne peut pas être attribuée à la marque au soda rouge. Il est un croisement entre le lutin nordique Julenisse et Saint Nicolas, et est apparu, avec le physique qu’on lui imagine aujourd’hui, dans des poèmes et des illustrations du XIXème siècle.

Pour le plaisir, je vous livre tout de même ces images de notre cher Père Noël dans quelques uns de ses meilleurs (ou pires ?) rôles.

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Nous avons donc, peu à peu, introduit cette histoire et son personnage dans la tête et dans la vie de notre fils, qui n’a pas compris tout de suite le rapport entre le gros monsieur rouge et les cadeaux sous le sapin. Aujourd’hui bien entendu, le lien est là, et la magie aussi.

Au fur et à mesure, nous avons choisi notre propre façon de croire au Père Noël. Pour tempérer un pu cette imposture frénétique, nous avons évité autant que possible les séances photos sur les genoux de prétendus Pères Noël. Il y a bien eu quelques rencontres, à l’école, au sport… Mais quand on croise un Père Noël dans la rue, on s’empresse d’énoncer que ce n’est pas « le vrai » — il est bien trop occupé au pôle Nord. Nous refusons aussi le chantage au Père Noël, même si l’on ne peut pas complètement empêcher les grands-parents, enseignants et autres personnes de l’entourage d’y avoir recours. Enfin, pour avoir moins l’impression de mystifier, et pour se simplifier la vie, nous avons expliqué à notre fils qu’il n’y avait pas que le Père Noël qui faisait des cadeaux à Noël, mais que chacun en profitait pour gâter ceux qu’il aimait.

Aujourd’hui, je ne regrette pas nos choix, même si je continue à comprendre les – rares – parents qui ont pris l’option inverse, pas facile à assumer.

Parfois je me dis qu’il ne nous reste qu’un tout petit nombre de Noëls à l’entendre parler du Père Noël avec des étincelles dans les yeux. Ensuite, sa sœur prolongera l’enchantement de quelques courtes années, puis le mensonge s’éteindra. Nous espérons que la magie survivra, et le bonheur, et la chaleur des moments partagés à la lumière des bougies…

 

Et vous, dites-moi, vous vous l’êtes posée, cette question ?