Et en même temps

Et en même temps

Pour ceux qui seront en famille lors de ce week-end pascal, pensez-vous que vous parviendrez, à seulement une semaine du premier tour, à échapper aux discussions politiques ?

On le sait bien, pourtant, qu’il faut éviter de parler politique si l’on ne veut pas se disputer avec les gens – ou alors choisir de n’en parler qu’avec ceux qui partagent les mêmes convictions.

En pensant à ce week-end et aux suivants, j’ai décidé de vous transmettre cette petite clé trouvée – contre toute attente – sur facebook. Si ce réseau social me laisse globalement assez indifférente – même si c’est un outil de communication à côté duquel on ne peut plus passer – de temps en temps j’y trouve une pépite, une info, un article, une vidéo… qui me fait évoluer. Cette fois-ci, une vidéo expliquant comment discuter avec une personne qui a des convictions à l’opposé des nôtres. Une méthode qui pourrait se résumer à la technique du « et en même temps »… c’est ici.

Ce que j’en retiens, c’est de se centrer sur les émotions et non sur les faits et de bannir le « oui mais » pour le « et en même temps ».

Petit clin d’œil à la campagne présidentielle, au début j’ai cru que cette vidéo était une blague parce que j’avais vu cela. Mais en fait c’est peut être juste la preuve que les candidats à l’élection chopent eux aussi des astuces sur internet…

Des humains comme nous

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Aujourd’hui, sur le territoire français, on peut remettre en cause le droit à la nourriture pour certains êtres humains.

Cela ne ressort pas particulièrement si l’on ne scrute pas les actualités, à croire que cette information est moins émouvante que l’affaire Fillon… Mais pourtant elle existe bien, relayée par de nombreux journaux – et par certains de mes contacts Facebook en l’occurrence. Jeudi dernier, le 2 mars 2017, la maire de Calais Mme Bouchart a signé un arrêté interdisant les regroupements sur une zone déterminée, zone sur laquelle se déroulaient précisément les distributions de repas aux migrants restés – et revenus – sur la «jungle» de Calais. Le but, bien entendu, est d’éviter la constitution d’une nouvelle jungle… Mais là où le ministre de l’intérieur Bruno Le Roux s’est montré tout de même favorable à la poursuite des distributions de repas, l’élue Les Républicains a persisté sur sa ligne, souhaitant éviter un effet «appel d’air».

Selon les dernières infos que j’ai pu trouver, la situation est en suspens. Les associations poursuivent les distributions, la maire attend une intervention de la préfecture et semble avoir renoncé à prendre de nouveaux arrêtés comme elle l’affirmait jeudi.

N’empêche. Au risque de me répéter, aujourd’hui en France on peut remettre en question le fait de distribuer de la nourriture à des personnes qui ont faim. Sous le prétexte qu’ils sont nombreux. Sous le prétexte qu’ils sont «en situation illégale». Sous le prétexte qu’ils ne sont pas nous. Sous le prétexte que nous ne voulons pas d’eux chez nous…

Sauf qu’ils sont des humains comme nous. Ils sont nous.

Quand vient le soir, vous avez faim ? Ils ont faim.

Vous voulez vivre, vous voulez être en sécurité. Ils veulent…

Si nous étions nés à quelques kilomètres de là où nous avons la chance de vivre, juste de l’autre côté de la Méditerranée, nous serions eux.

Ils sont nous.

Il y a moins de deux mois, j’avais écrit cet article, déjà, avec un lien vers ce livre : «Eux c’est nous».

Ce qui m’a poussé à réitérer sur le sujet des «migrants» – encore un article politique, le deuxième en deux jours – outre l’actualité choquante, ce sont les commentaires des lecteurs du Figaro. Si vous voulez sentir votre cœur d’humain se briser, ou que vous avez besoin de dégueuler votre repas, ils sont en bas de cette page. Un amas monstrueux de haine, où les commentaires de félicitation à la maire de Calais effacent ceux qui parlent fraternité et charité. A titre d’exemple à vomir, j’évoquerais seulement la «bien commode» guerre qui leur permet de venir chez nous. J’avoue n’avoir jamais aperçu ce genre d’idée traverser ma tête…

Si nous allons au bout de leur logique «nous ne voulons pas d’eux, sous aucun prétexte, aucune aide d’aucun ordre pour les clandestins» devons nous arrêter de secourir les embarcations en détresse en Méditerranée ? Jusqu’à quelle inhumanité pourrait nous mener le rejet de ces humains là ?

Déjà le directeur de Frontex (l’agence de protection des frontières européennes) affirmait le 27 février dernier qu’«il faut éviter de soutenir l’action des réseaux criminels et des passeurs en Libye en prenant en charge les migrants de plus en plus près des côtes libyennes». Je vous invite à lire la réponse de SOS Méditerranée ici, et ses données en nombre de morts en Méditerranée qui font tourner la tête…

Je terminerai en vous disant que j’ai peur. J’ai peur que la libération de la parole de haine qui fleurit sur internet devienne la norme dans la vraie vie. J’ai peur que nos futurs élus soient le relais de ces idées. J’ai peur qu’au son des cris d’«on ne peut pas accueillir toute la misère du monde» on perde notre humanité. J’ai peur qu’on perde notre âme à force d’avoir peur… d’eux… qui sont nous.

La juge et le président

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Je me suis tellement retenue de parler de politique sur internet ces temps-ci, que j’en ai presque des fourmis au bout des doigts… De temps en temps, je craque et clique sur le bouton partager de Facebook. Instantanément, c’est un article avec tout son cortège d’interprétations et de commentaires qui déboule sur mon « mur ».

Et j’ai la très nette sensation que la moindre de mes prises de positions est comme une pancarte fluo qui décrypte mes opinions politiques. J’en suis gênée. Pourtant je n’ai pas honte de mon vote. Mais internet, c’est tellement le domaine public que la discrétion d’un vote qui se veut personnel ne peut que se disloquer à son contact.

Dans le même temps l’affaire Fillon (pour ne pas faire semblant de ne pas parler de cela) s’impose tant dans l’actualité, et dans ma manière de penser l’élection qui se profile, que j’ai le plus grand mal à retenir ma langue. Dans le privé et à l’oral, je me lâche – et je saoule mon homme avec mes analyses politico critiques. La politique, en 2017, fait irrémédiablement partie du paysage quotidien.

Par contre, à mon travail, face à mes élèves, neutralité obligatoire.

A la question – très surprenante au demeurant – « pour qui vous avez voté madame ? », je réponds sans ciller « Je n’ai pas le droit de vous le dire. »

Mais (un très grand «mais», à l’origine de cet article) je me questionne. Pour le spectacle type comédie musicale en cours de préparation à l’IME, l’histoire s’est construite, petit à petit, en partant de nos premières chansons. Une troupe de pirates, un voyage en bateau («Santiaaano»)… Pour justifier «La Marseillaise», on a collé un Président de la République – un clin d’œil à l’année électorale pensais-je. Et pour que le président suive les pirates dans leur bateau, on a imaginé une juge qui déboulerait en lui criant : « Je vais te mettre en prison ! ». (Alors, le président fait deux trois tours de piste, saute dans le bateau ; et la juge saute dans sa bouée canard pour courir derrière le bateau…)

Comble de la coïncidence, on a conçu ce délire bien avant l’affaire Fillon. En même temps, ce n’est pas comme si M. Fillon était le seul présidentiable – ou présidentié – à avoir concentré l’intérêt des juges. (Lorsque j’ai entendu, hier sur France Inter, un journaliste danois affirmer qu’ils étaient « habitués », de chez eux, à voir les hommes politiques français empêtrés dans des affaires judiciaires, j’ai frémi d’une si glaçante vérité.)

Notre histoire de juge et de président, alors, vous trouvez que c’est une blague potache à prendre au second degré, ou une entorse à notre devoir de neutralité ?

On va rien lâcher

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Lundi, cet article est arrivé dans ma boîte mail. J’ai regardé la vidéo, découvert cette chanson slamée par Grand Corps Malade et Richard Bohringer.

L’impression que c’était pour moi, pour nous, pour ce début d’année 2017 et les élections que nous vivrons à son zénith. Pour leurs discours. Pour notre vie.

2017. On va rien lâcher.

 

Course contre la honte

 

Eh Tonton, est-ce que t´as regardé dehors ? Sur l´avenir de nos enfants il pleut de plus en plus fort

Quand je pense à eux pourtant, j´aimerais chanter un autre thème

Mais je suis plus trop serein, je fais pas confiance au système

Ce système fait des enfants mais il les laisse sur le chemin

Et il oublie que s´il existe, c´est pour gérer des êtres humains

On avance tous tête baissée sans se soucier du plan final

Ce système entasse des gosses et il les regarde crever la dalle

Tonton on est du bon côté mais ce qu´on voit, on ne peut le nier

J´ai grandi au milieu de ceux que le système a oubliés

On vit sur le même sol mais les fins de mois n´ont pas le même parfum

Et chaque année monte un peu plus la rumeur des crève-la-faim

Le système a décidé qu´y avait pas de place pour tout le monde

Tonton, t´as entendu les cris dehors, c´est bien notre futur qui gronde

Le système s´est retourné contre l´homme, perdu dans ses ambitions

L´égalité est en travaux et y´a beaucoup trop de déviations

 

Eh Tonton… On va faire comment ? Dis-moi Tonton, on va faire comment ?

Est-ce que les hommes ont voulu ça, est-ce qu´ils maîtrisent leur rôle

Ou est-ce que la machine s´est emballée et qu´on a perdu le contrôle

Est-ce qu´y a encore quelqu´un quelque part qui décide de quelque chose

Ou est-ce qu´on est tous pieds et poings liés en attendant que tout explose

Difficile de me rassurer Tonton, je te rappelle au passage

Que l´homme descend bel et bien du singe pas du sage

 

Et c´est bien l´homme qui regarde mourir la moitié de ses frères

Qui arrache les derniers arbres et qui pourrit l´atmosphère

Y´a de plus en plus de cases sombres et de pièges sur l´échiquier

L´avenir n´a plus beaucoup de sens dans ce monde de banquiers

C´est les marchés qui nous gouvernent, mais tous ces chiffres sont irréels

On est dirigé par des graphiques, c´est de la branlette à grande échelle

 

Eh Tonton, on va faire comment, tu peux me dire?

Comme il faut que tout soit rentable, on privatisera l´air qu´on respire

C´est une route sans issue, c´est ce qu´aujourd´hui, tout nous démontre

On va tout droit vers la défaite dans cette course contre la honte

 

Eh Tonton… On va faire comment ? Dis-moi tonton, on va faire comment ?

Entre le fromage et le dessert, tout là-haut dans leur diner

Est-ce que les grands de ce monde ont entendu le cri des indignés

Dans le viseur de la souffrance, y´a de plus en plus de cibles

Pour l´avenir, pour les enfants, essayons de ne pas rester insensibles

 

Ma petite gueule d´amour, mon Polo, mon ami Châtaigne

On va rien lâcher, on va aimer regarder derrière pour rien oublier, ni les yeux bleus ni les regards noirs

On perdra rien, peut-être bien un peu, mais ce qu´il y a devant, c´est si grand

Ma petite gueule d´amour, mon Polo, mon ami Châtaigne

T´as bien le temps d´avoir le chagrin éternel

S´ils veulent pas le reconstruire le nouveau monde, on se mettra au boulot

Il faudra de l´utopie et du courage

Faudra remettre les pendules à l´heure, leur dire qu´on a pas le même tic tac, que nous, il est plutôt du côté du coeur

Fini le compte à rebours du vide, du rien dedans

Ma gueule d´amour, mon petit pote d´azur il est des jours où je ne peux rien faire pour toi

Les conneries je les ai faites, et c´est un chagrin qui s´efface pas

Faut pas manquer beaucoup pour plus être le héros, faut pas beaucoup

Je t´jure petit frère, faut freiner à temps

Va falloir chanter l´amour, encore plus fort

Y´aura des révolutions qu´on voudra pas, et d´autres qui prennent leur temps, pourtant c´est urgent

Où est la banque ?

Il faut que je mette une bombe, une bombe désodorante, une bombe désodorante pour les mauvaises odeurs du fric qui déborde

Pas de place pour les gentils, les paumés de la vie

Chez ces gens-là, on aime pas, on compte

 

Ma petite gueule d´amour, mon Polo, mon ami Châtaigne

P´tit frère, putain, on va le reconstruire ce monde

Pour ça, Tonton, faut lui tendre la main

Tonton, il peut rien faire si t´y crois pas

Alors faudra se regarder, se découvrir, jamais se quitter

On va rien lâcher

On va rester groupé

Y´a les frères, les cousines, les cousins, y a les petits de la voisines, y´a les gamins perdus qui deviennent des caïds de rien, des allumés qui s´enflamment pour faire les malins

Y´a la mamie qui peut pas les aider, qu´a rien appris dans les livres, mais qui sait tout de la vie

À force de ne plus croire en rien, c´est la vie qui désespère

Faut aimer pour être aimé

Faut donner pour recevoir

Viens vers la lumière, p´tit frère

Ta vie c´est comme du gruyère, mais personne te le dis que tu as une belle âme

Ma petite gueule d´amour, mon Polo, mon ami Châtaigne

On va rien lâcher

On va aimer regarder derrière pour rien oublier

 

Avec ou sans papiers

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Malgré mon optimisme débordant, je me surprends à qualifier de période troublée les temps que nous vivons. Comme une impression de dérive. Et mon malaise s’amplifie lorsque je constate qu’aujourd’hui en France, nous pouvons être poursuivi pour avoir aidé des êtres humains dans le besoin. Parce qu’ils sont en situation illégale, leur tendre la main reste illégal (même si le «délit de solidarité» était censé avoir disparu en 2012… Vous en saurez plus en lisant cet article ou celui là). Heureusement les tribunaux peuvent avoir du cœur… Mais en sera-t-il toujours ainsi ?

Derrière les colonnes de chiffres, les statistiques et les discours, ce sont juste des êtres humains, des hommes des femmes des enfants. Ils sont Nous – nés ailleurs. On l’oublie. On les oublie.

Certains, pourtant, aident, donnent, accueillent, nourrissent. Au risque d’être reconnus coupables…

 

Mais revenons un peu sur les mots pour le dire, car les mots importent (je le disais déjà à propos du handicap). Etrangers, migrants, clandestins… Réfugiés… Autant de mots qui ne recouvrent pas la même vision. Alors pour réfléchir un peu à ces concepts, je vous conseille le livre «Eux, c’est nous», hyper clair et concis, et adapté aux grands enfants.

 

C’est souvent une conjonction de faits qui me conduisent vers la rédaction d’un article. Ici l’entrechoc de mes sentiments face à l’actualité et d’un reportage vu mardi soir sur France 2, « Clandestins : d’autres vies que les vôtres », que vous pouvez visionner en replay pendant quelques jours (). Des destins d’esclaves modernes, écrasés par la peur et l’absence de leur famille. Ceux là ne sont pas des migrants de la guerre, alors on leur refuse l’asile. Des migrants “économiques” comme on dit. Moi je préfère migrants de leur vie, regardez-les et vous verrez. Je me suis sentie déchirée par leurs histoires, déchirée mais humaine avec eux.

 

Allez, une petite chanson pour finir… si vous êtes de ma génération ca vous rappelera des souvenirs… Clandestino de Manu Chao.

 

Une coquille dans les vœux de fin d’année

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Oui, vous lisez bien. La Marie – au lieu de la Mairie – nous souhaite de Joyeuses fêtes. Ce papier a été distribué, pour de vrai, à l’école, à tous les maternelles et élémentaires du secteur – ceux-là mêmes qui perdent ou perdront un point par erreur dans leurs dictées… Si la mairie n’a pas pris la peine de corriger, peut-être est-ce parce qu’ils présumaient, à juste titre, que leur tract serait jeté directement à la poubelle par la grande majorité des parents ? Ou qu’ils n’ont pas relu ? Ou qu’ils ont tenté un trait d’humour décalé ! Peut être que l’an prochain on aura un ^^ en signature ou un #jekiffemamairiedesecteur…

Là où c’est moins drôle, c’est que ce superbe message accompagne un sac plein de mauvais chocolats et de bonbons chimiques…

L’école n’est-elle pas le lieu où l’on apprend aussi à respecter l’équilibre alimentaire ?

Faudra-t-il, à l’avenir, apprendre à nos enfants à refuser les cadeaux des politiques en quête d’électeurs ? “Mais maman c’est le vrai père Noël qui nous l’a donné !”

Bon, je ne vous parle même pas du cadeau en plastique, probablement fabriqué par des enfants de l’autre bout du monde, et on ne peut plus genré (un camion de pompier pour les garçons et une poupée sirène aux cheveux roses pour les filles)…

Mais bon, c’est Noël, ne faisons pas de mauvais esprit. Et tous ensemble disons merci à la Marie… et à la Sabine…

Dimanche soir, j’ai soirée électorale

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Au fur et à mesure qu’elles s’égrènent, dans ma vie de citoyenne, je les goûte avec délice, ces soirées. Entre langue de bois, moments parfois comiques, questionnements intelligents… J’adooooooooore !

Je me suis interrogée sur cet engouement, qui persiste même lorsque le choc est au rendez-vous, et je crois que c’est le sentiment de vivre des moments historiques, de ceux dont parleront les livres d’histoire de mes enfants.

Je comprends, dans une certaine mesure, le dégoût de certains pour la vie politique, mais moi, je ne pourrai jamais me passer de m’y intéresser.

Et vous, pourquoi aimez-vous (ou pas !) les soirées électorales ?