Le jour où j’ai demandé mon chemin

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Je cherchais l’atelier Remise en jeux. Un atelier d’insertion qui récupère les jouets dont on ne veut plus pour leur offrir une seconde vie. Un lieu où la solidarité est un concept global. J’étais partie, donc, en mission reportage pour écrire un article les concernant dans le magazine Bubble (je consacrerai un article à ma prose bubblesque au moment de sa parution – en décembre).

Ce matin là, j’entre l’adresse de l’atelier dans le GPS de ma voiture : 670 route de Berre, Eguilles. Le robot cartographique m’indique le lieu dit vers le 350 route de Berre – erreur fréquente. Là, j’interroge une boulangère, sans succès. Je marche le long de la route à la recherche d’un endroit peut-être difficile à repérer en passant en voiture. Mais après quelques dizaines de mètres quand les numéros réapparaissent ils en sont déjà au 820. En revenant sur mes pas, je m’arrête dans une boutique qui semble correspondre au numéro recherché sur cette route. Une boutique de réparation de vélos. En entrant je dis « bonjour » et on ne me répond pas. La personne derrière le comptoir est visiblement occupée… J’attends quelques secondes. Un homme entre, un employé – ou le patron – du lieu. Et je pose ma question. Ça aurait pu être l’occasion de se montrer gentil et serviable. D’étaler sa science avec bienveillance. De répondre à l’espoir d’un monde généreux et altruiste que je portais dans ma mission de ce jour là. Mais à la place :

– Ah oui, on nous le demande souvent, ça. C’est quelle adresse que vous cherchez ?

– 670 route de Berre.

– Mais c’est dans quelle ville votre adresse ?

– Eguilles.

– Et on est où là ? On est à Eguilles ?

Le sourire qu’il adresse à un client planté là se fait sarcastique.

Je bredouille un « euh » hésitant. Il enchaîne.

– Et non ! On n’est pas à Eguilles, là. On est à Aix-en-Provence. Vous voyez, c’est pas la même chose. Eguilles. Aix-en-Provence.

– Mais nous sommes bien route de Berre ?

– Oui. Mais la route de Berre elle va d’un endroit à un autre. Elle commence à Aix et va à Eguilles. Vous, vous cherchez à Eguilles. Et là, on est à Aix.

– Mais j’ai le numéro, le 670.

– Vous ne comprenez pas. Là vous êtes à Aix. Vous ce que vous cherchez c’est à Eguilles. Des routes de Berre, il y en a plusieurs. A Aix, à Eguilles, à Berre…

J’ai compris. Il y a plusieurs 670 route de Berre. Il y a le 670 route de Berre à Aix, et il y a le 670 route de Berre à Eguilles. En fait il se trouve (je le découvrirai quelques minutes plus tard) que la route de Berre d’Aix et la route de Berre d’Eguilles sont dans la continuité l’une de l’autre. Autant dire que c’est la même route… Mais le 670, lui, il y en a plusieurs.

Tout en m’expliquant que je me suis trompé d’endroit sur un ton fort désagréable, l’homme ricane en coin en prenant comme témoin le client qui attend qu’on s’occupe de lui. Vers la fin, il ajoute, en aparté : « Ça arrive tout le temps. » (Je ne suis donc pas la première imbécile à m’être cru à Eguilles en étant à Aix ?)

Sans un mot, en retenant surtout le « merci » automatique que prononcent mes lèvres quand je quitte une personne qui m’a renseignée, je tourne les talons pour sortir de cet endroit.

– Je peux vous expliquer comment y aller. (Ne pouvait-il pas commencer par cela ?)

Je me retourne vers lui et écoute ses explications. Il faut continuer la route de Berre, passer un ou deux ronds-points, et tourner à droite après la station service.

Je quitte la boutique de cycles en murmurant un « merci » lugubre.

Le panneau indiquant la limite de la commune d’Aix-en-Provence se dresse à peine quelques centaines de mètres plus loin. Et l’atelier se trouve bien dans la zone commerciale derrière la station service.

De cette journée, je retiendrai deux informations importantes.

Dorénavant, je sais où j’irai pour donner les jouets de mes enfants – même abimés – ou trouver des jeux à tout petit prix.

Et aussi, si je dois faire réparer un vélo, je sais très bien où je n’irai pas…

Dis maman pourquoi la dame elle est toute nue ?

Dis maman pourquoi la dame elle est toute nue ?

C’est l’été. Nous sommes dans une pharmacie. Devant nous, derrière nous, une file de personnes. Et nous attendons. Mon fils, quatre ans, traîne devant les lignes de crèmes solaires. Puis il se plante en face d’un présentoir en carton, observe la grande image, sous la première étagère. Il attrape ma main, la serre, tire dessus pour attirer à lui mon attention, et de sa petite voix fluette il me demande : « Qu’est ce que c’est, ça, maman ? » en pointant l’image en noir et blanc.

J’ai du mal à distinguer ce que dessinent les zones dans différents tons de gris, puis je devine un cul, nu, sur une plage.

— C’est une dame qui est toute nue sur la plage.

— Pourquoi elle est toute nue la dame, maman ?

Alors je lui ai expliqué que les fesses des dames permettaient de vendre toutes sortes de choses, et dans le cas présent, de la crème solaire.

Il a semblé intrigué, amusé, puis il est passé à autre chose…