La liste de mes contradictions

La liste de mes contradictions

Chéri, tu passeras chez Biocoop, il nous faudrait des fruits, du café et du chocolat ; des piles, pour les jouets criards des gamins, qui dégoulineront dans les coins ; une pizza surgelée, pour ne pas cuisiner ce soir, pas la peine qu’elle soit bio, non, faut pas pousser ; prends du vin, tiens, aussi, avec sulfite, si ça te suffit, tu crois que ça fonctionne le vin naturel, en terme de tête tournée j’entends ; tiens tu me prendrais pas une vie de rechange tant qu’on y est ?, une vie sans attache, un corps sans ratage, un rattrapage, un autre âge, vingt ans de moins sur le visage, non tu as raison, dix ans ça suffit et c’est plus sage, n’oublie pas le cacao des nains on n’en a plus, et le rendez-vous avec le banquier ; tes parents sont au courant qu’ils gardent les gnomes, tu as noté qu’on change d’heure ce week-end, rajoute donc une horloge et un camion aménagé pour se barrer, non juste le camion, et de la liberté si tu en trouve, il faudra de l’essence pour rouler, c’est vrai, on passera chez Total sur le chemin du départ, ce ne sera pas un hasard, rien n’est jamais un hasard, prend donc la liste des courses sur le frigo, moi je reste là.

[Lecture] « L’affaire Mayerling » de Bernard Quiriny

L22 imgVous êtes-vous déjà arrêté devant la vitrine d’une agence immobilière pour commenter les annonces affichées ? Avez-vous déjà observé les affiches de ces programmes de construction de logements neufs ? Etes-vous déjà entré dans l’un de ces préfabriqués proprets pour demander une brochure classieuse vantant les mérites d’une future résidence au nom soigneusement choisi ?

Les narrateurs de cette histoire, eux, ont fait de l’observation immobilière leur passe-temps favori. Dans les pages de ce roman, ils racontent comment le Mayerling – un immeuble chic en centre-ville de la ville de « Rouvière » – est devenue le pire cauchemar de ses habitants.

Moi qui apprécie particulièrement les galeries de personnages, j’ai surtout aimé que leur vie bien rangée déraille, et les voir se démener face à des successions d’évènements pour le moins improbables. Les histoires de ces êtres humains pourraient être davantage creusées, mais en fait, le personnage principal de L’affaire Mayerling, c’est l’immeuble…

Vous êtes intrigués ? Vous aimerez peut-être ce roman amusant et original qui se lit presque d’une traite.

[Lecture] « Debout-payé » de Gauz

L19 imgCe roman est un voyage sans sortir de Paris. Un voyage dans le métier de vigile, dans les pensées foisonnantes au sein de l’immobilisme debout. Debout pour être payé.

Debout-payé est le roman d’Ossiri, étudiant ivoirien devenu vigile après avoir atterri sans papiers à Paris en 1990. C’est un chant en l’honneur d’une famille, d’une mère et de la communauté africaine avec ses travers, ses souffrances et ses différences. C’est l’histoire politique d’un immigré et de son regard sur notre pays, à travers l’évolution du métier de vigile, de la Françafrique jusqu’à l’après 11-Septembre. C’est enfin le recueil des choses vues et entendues par l’auteur lorsqu’il travaillait au Camaïeu de Bastille et au Sephora des Champs-Élysées.
Une satire à la fibre sociale et au regard aigu sur les dérives du monde marchand contemporain.

C’est un livre vite lu, plaisant sans être renversant, avec quelques bons mots…

Pourquoi ce blog ?

Pourquoi ce blog

Je vous avoue que c’est une question que je me pose parfois. En trois ans de « blogging » j’ai rencontré des moments de doute assez intenses, des moments où l’écriture ne vient plus, où l’inspiration se délite, où tout le reste prend le dessus sur ce que je vis ici.

Et puis je reviens toujours.

Après trois ans – et 266 articles – ce blog condense de très nombreux souvenirs auxquels je tiens particulièrement, avec l’immense avantage de leur éviter la poussière et le moisi d’une cave humide.

Il me permet, surtout, de partager des convictions qui méritent, selon moi, d’être soufflées au plus de monde possible. J’ai essayé, pour cet anniversaire, de retrouver quelques uns de mes articles les plus révélateurs.

Il y a, d’abord, bien sûr, les articles sur la maternité…

Sur l’amour entre parents et enfants : Il n’y a pas de « parce que » dans mes « je t’aime »

Et ces sujets de tension, parfois, que sont par exemple le sommeil et l’allaitement :

Le sommeil des bébés, ce sujet de déchirure

Allaitement long, très long, très très long

L’allaitement c’est partout

Enfin, j’ai un attachement tout particulier à cet article sur Le corps des mères.

Au delà de la maternité, avoir un blog pour moi c’est l’occasion d’écrire le recul que je prends, parfois, sur ma vie, comme dans Pourquoi je laisse ma cape de super-woman au placard ou bien La revendication de la lenteur.

Mais ce qui m’aide surtout à me ressourcer, vous le savez si vous passez ici de temps en temps, ce sont les moments en pleine nature avec notre combi, ces temps de Bivouac.

Il y a aussi les grands sujets. L’écologie :

Le plastique c’est pas fantastique

Tester les couches lavables ? C’est par ici ! (Cet article là recense tout ce que j’ai appris et appliqué concernant les couches lavables, c’est une mine d’informations !)

Le sexisme ou le handicap – ce grand invisible de notre société.

La lecture, dernière arrivée sur ce blog. L’article Quelle place pour la lecture ? évoque d’ailleurs un projet rêvé pour mon collège (Silence on lit, on en parle en ce moment dans les médias…) comme cet autre article Une cour de récré est faite pour jouer !

Tout est ouvert, donc. A écrire, à poursuivre, à reprendre, à redire, à agir… Encore et encore.

[Lecture] « La distance de courtoisie » de Sophie Bassignac

L11 imageCette histoire se déroule autour d’un petit musée de province dans lequel, un soir de vernissage, un tableau disparaît… L’événement, aussi étrange qu’imprévisible, désarçonne les personnages de cette fiction, tout en ébranlant les liens qu’ils entretiennent les uns avec les autres. Pour moi ce sont ces personnages, surtout, qui procurent toute sa saveur au roman, la façon qu’a l’auteure de les croquer en quelques mots, leur apparition singulière dans notre esprit de lecteur, plus vrais que nature, précis et drôles… Et puis l’on observe, amusé, leur danse sociale, l’attraction et le rejet, l’amour et l’indifférence, leur façon de vivre au quotidien cette « distance de courtoisie » qui régit leurs relations – et les nôtres. Une lecture pleine de vie, légère et agréable.

 

Adélaïde aime Ivan qui aime Luzia, Héloïse aime Étienne qui aime Sylvana, Marthe aime Gaspard qui lui préfère sa liberté…

Comment supporter que les autres passent à côté de ce que nous sommes, à savoir des gens formidables ? Comment composer avec cette distance dite de courtoisie qui nous éloigne du reste du monde ? Telles sont les questions qui affleurent dans ce roman en forme de comédie policière, où l’humour et la fantaisie triomphent du désespoir.

Quelle place pour la lecture ?

Quelle place pour la lecture

La première vitrine de Pantagruel, ma librairie de quartier

Nous vivons tous et toutes des vies trépidantes, avec cette sensation, parfois, de n’avoir du temps pour rien. Alors la lecture, elle peut souvent passer après, après les tâches ménagères, après le programme télé, après les réseaux sociaux… Et pourtant, elle est centrale.

Il y a quelques mois, c’est ce roman « Un paquebot dans les arbres » qui m’a fait replonger dans la puissance de la lecture. Il a réveillé mon envie de lire davantage, pas seulement en vacances lorsque le temps s’étire, mais tout le temps et partout.

La lecture a repris son rôle de nourriture indispensable du quotidien. Il me suffit de plonger dans mon roman du moment, l’effet est presque magique ; je m’échappe, une douce sérénité m’envahit, ma liste mentale de choses à faire se transforme en silence. Même lorsqu’elles ne durent que quelques minutes, ces parenthèses sont de formidables sources d’énergie intérieure.

J’essaie, alors, de partager et de transmettre ce bonheur de lire. En parlant de mes lectures ici (et ). En donnant, en prêtant, en troquant des livres. En empruntant pour mes enfants des albums et des romans premières lectures par dizaines à la bibliothèque. En instaurant des moments de lecture libre pour mes élèves, en classe, sur le modèle de cette initiative (j’aimerais aussi tester cette jolie idée de livre surprise dans mon collège)… Pour moi, la lecture est une liberté enivrante et une succession d’aventures.

Et vous, quelle place occupe la lecture dans votre vie ?

Une question de confiance

Une question de confiance

C’est mon secret. Un secret du quotidien.

Je l’ai offert à ma fille au sommet d’une petite randonnée de vacances. J’ai mis des mots sur ce ressenti intérieur. « La force c’est dans la tête. Quand c’est difficile pour notre corps, c’est grâce au mental qu’on arrive au bout. »

Pour moi, cette phrase, sous son apparente banalité, touche à l’essentiel. Cette confiance gouverne toute ma vie.

Dans le sport surtout. En témoignent toutes les minutes tenues grâce à mon mental, en me répétant en boucle que « c’est dans la tête ».

Pour les autres petits défis aussi. Faire rentrer la tente dans son sac. « Mais oui elle est pliée assez serrée, elle va rentrer il faut y croire. » Retrouver un jouet perdu. « Il finira bien par réapparaître. » Boucler un projet ou un dossier pour dans deux jours. « Il me reste 48 heures je suis large ! »

Cette même confiance, encore, je l’insuffle à mes élèves. Elle nourrit leur estime en leurs propres capacités. Je pense souvent que c’est ma confiance, aussi, qui leur permet de progresser…

Et puis, bien sûr, elle est au cœur du regard que je pose sur mes enfants.

Ce n’est pas toujours si facile, vous pensez bien. Les moments de doutes sont fréquents. Mais ne pas savoir, se remettre en cause, cela permet aussi d’évoluer… en acceptant de se faire confiance pendant les périodes de tâtonnements.

Vous l’aurez compris, la confiance est mon secret et ma force.

Et chez vous ? Quelle place occupe-t-elle ?

Le recyclage des cabines téléphoniques

Le recyclage des cabines telephoniques

Pour le meilleur ou pour le pire, le téléphone portable a rendu caduques la grande majorité des cabines téléphoniques qui émaillaient nos territoires auparavant.

A Londres, comme elles sont un patrimoine national, il a fallu leur offrir une seconde vie (ce reportage – pas tout récent – donne de nombreux exemples de reconversion de ces belles cabines rouges).

En Allemagne et en France aussi, on a quelques cabines devenues bibliothèques d’échange. Mais on peut aussi imaginer en faire des bornes de recharge, des machines à café voire des mini-discothèques (ça existe, voyez ici !).

Allez, je referme la parenthèse amusement avec cette image réservée aux moins jeunes d’entre nous : vous rappelez vous d’une de vos conversations dans une cabine téléphonique ?

Rentrée

Rentrée

Depuis quelques jours déjà, on s’apprête à se glisser à nouveau dans le moule du quotidien, les horaires de classe, la nounou et les activités extra-scolaires, les journées de travail, les soirées trop vite passées et l’attente des week-ends. Et si c’était mieux que ça n’en a l’air ?

L’année dernière j’écrivais ce texte sur les instants précédant les premières minutes de classe. Cette année, on prend les mêmes et l’on recommence, avec toujours cette sensation de joie palpitante au creux du ventre. Septembre, cette effervescence d’envie et d’énergie, je la savoure chaque année de nouveau sans m’en lasser.

Et vous ?

 

Je vous souhaite, ainsi qu’à vos enfants, une rentrée joyeuse.

Du tout au rien

Du tout au rien.jpg

Quand mon père ne pouvait plus marcher, quand il ne pouvait plus bouger, quand il ne pouvait plus respirer et que le moindre mouvement lui demandait un effort insurmontable… Je lui disais que c’était ainsi maintenant, qu’il était en vie sous ces conditions et qu’il devait l’accepter. Je récusais la violence du mot handicap dans sa bouche, moi qui n’ai tellement pas peur de ce mot là.

Aujourd’hui, je suis assise dans mon canapé, les plus petits mouvements font mal. A peine. Comme un rappel. Tu ne dois pas bouger. Tu ne peux pas. Tu as un trou dans le ventre et il faut que la couture tienne.

Ce n’est qu’un état passager, quelques jours, quelques semaines tout au plus. Ce n’est qu’une minuscule opération tellement banale qu’elle ne mérite pas cette cascade de mots. Ce n’est rien.

Dans un mois ou deux, j’aurai retrouvé la réalité de mon corps, de ma vie active. Je pourrai, à nouveau, marcher, courir, faire du sport.

En attendant, je suis là, dans mon canapé. L’ennui plonge sur moi malgré les parades que je dresse contre lui. La fatigue m’empêche de contrer l’immobilisme par la réflexion, mes pensées sont ralenties, embrouillées. J’ai besoin de repos.

La semaine dernière, j’étais la vie, exubérante, tonitruante, mouvementée, tellement dynamique. J’avais tant à faire en si peu de temps, avant la date limite, celle qui me ferait passer du tout au rien. Je le savais.

Maintenant je le vis. Ralentie. Enfermée. Diminuée.

Et pourtant, ce n’est rien, rien du tout.