Du tout au rien

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Quand mon père ne pouvait plus marcher, quand il ne pouvait plus bouger, quand il ne pouvait plus respirer et que le moindre mouvement lui demandait un effort insurmontable… Je lui disais que c’était ainsi maintenant, qu’il était en vie sous ces conditions et qu’il devait l’accepter. Je récusais la violence du mot handicap dans sa bouche, moi qui n’ai tellement pas peur de ce mot là.

Aujourd’hui, je suis assise dans mon canapé, les plus petits mouvements font mal. A peine. Comme un rappel. Tu ne dois pas bouger. Tu ne peux pas. Tu as un trou dans le ventre et il faut que la couture tienne.

Ce n’est qu’un état passager, quelques jours, quelques semaines tout au plus. Ce n’est qu’une minuscule opération tellement banale qu’elle ne mérite pas cette cascade de mots. Ce n’est rien.

Dans un mois ou deux, j’aurai retrouvé la réalité de mon corps, de ma vie active. Je pourrai, à nouveau, marcher, courir, faire du sport.

En attendant, je suis là, dans mon canapé. L’ennui plonge sur moi malgré les parades que je dresse contre lui. La fatigue m’empêche de contrer l’immobilisme par la réflexion, mes pensées sont ralenties, embrouillées. J’ai besoin de repos.

La semaine dernière, j’étais la vie, exubérante, tonitruante, mouvementée, tellement dynamique. J’avais tant à faire en si peu de temps, avant la date limite, celle qui me ferait passer du tout au rien. Je le savais.

Maintenant je le vis. Ralentie. Enfermée. Diminuée.

Et pourtant, ce n’est rien, rien du tout.

[Lecture] « L’homme-dé » de Luke Rhinehart

L01 L homme déLe propre d’un blog est peut-être d’évoluer avec le temps… Aujourd’hui j’inaugure une nouvelle catégorie, Lecture, pour partager avec vous mes découvertes littéraires. Le livre qui m’a inspiré cette nouvelle proposition, c’est L’homme dé de Luke Rhinehart.

Luke Rhinehart (pseudonyme utilisé par l’auteur américain Georges Powers Cockcroft) est un psychiatre new-yorkais étouffé par l’ennui et la vacuité de sa vie rangée au point d’être tenté par le suicide. A la recherche d’une expérience psychologique revigorante, il se met à jouer aux dés certaines décisions de sa vie. Peu à peu, il donne davantage de pouvoir au Dé, jusqu’à lui confier toute son existence. La théorie de la dé-vie du docteur Rhinehart se développe tout au long des 500 pages du livre : le recours au Dé permet d’exprimer les multiples « moi » minoritaires, réprimés d’ordinaire par la personnalité dominante. Tandis que l’histoire progresse, les alternatives dérangeantes proposées au tirage du Dé se multiplient. Le docteur Rhinehart approfondit sa dé-vie, fait des adeptes de la dé-thérapie, monte des dé-centres dans lesquels les dé-tudiants mettent en œuvre les préceptes du Dé.

Pendant la première moitié de ce pavé, j’ai éprouvé surtout de l’écoeurement et trouvé le concept du Dé malsain voire pervers. La curiosité pourtant m’a fait poursuivre la lecture. Je voulais savoir jusqu’où irait le docteur Rhinehart dans son obéissance au Dé.

La soirée donnée en l’honneur du docteur Klum, pendant laquelle Rhinehart expérimente la multiplicité de rôles sous le contrôle du Dé, a marqué un tournant dans ma lecture. Je n’ai plus envisagé de reposer le livre et j’ai poursuivi la plongée dans cet univers soumis au Dé en éprouvant une multiplicité d’émotions et en les accueillant toutes également. (Etre Un c’est aussi accepter d’être plusieurs, sans accorder au Hasard le pouvoir de choisir entre ces multiples…) J’ai donc lu en étant successivement – ou conjointement – intéressée, amusée, sidérée, dégoutée, sceptique voire critique.

Je comprends que ce livre soit devenu un manifeste anticonformiste, même si les scènes sexuelles choquent très probablement moins en 2018 qu’au moment de sa publication en 1971. Pour moi la principale subversion ne réside pas tant dans l’expression de tous les fantasmes que dans la destruction plus insidieuse des liens entre êtres humains. Au moment où tout explose, où la civilisation se délite, je m’interroge sur l’auteur caché derrière le Luke Rhinehart autobiographe. L’homme dé est peut être le premier roman écrit au lancer de dés – pour le coup le concept m’agrippe davantage – et Georges Powers Cockcroft le premier dé-crivain. Le premier, car je suis presque certaine maintenant – sans pouvoir le prouver – que d’autres ont tenté l’aventure de la dé-criture.

Au final, un livre décalé, sulfureux, excitant et écoeurant, un livre – ce n’est que mon avis mais je ne peux que l’affirmer très fort – à ne surtout pas mettre entre toutes les mains. Si vous n’êtes pas prêt à renoncer à votre libre arbitre, à votre raisonnement ou à votre intuition au profit du Dé, alors vous pouvez faire l’expérience de lire L’homme dé sans craindre de vous perdre dans les méandres du Hasard…

Pourquoi je laisse ma cape de super-woman au placard

Pourquoi je laisse ma cape de super woman au placard

Il y a quelques années, je faisais des listes quotidiennes, hebdomadaires et mensuelles de choses à faire. Des listes si longues que je ne pouvais jamais en rayer toutes les lignes.

Aujourd’hui, je fais toujours des listes. Par contre j’ai laissé la culpabilité de ne pas arriver au bout de la liste du jour avec mon costume de super-héroïne… dans mon placard. Quand elle devient trop longue – la liste – je sais que je la réorganiserai le soir venu, que je déplacerai les tâches au lendemain, au surlendemain, à la semaine suivante. J’ai développé une stratégie de gestion de l’urgence, au boulot surtout mais aussi à la maison, et je me persuade chaque jour que tout le reste peut bien attendre. Le souci majeur demeurant avec ce mode de fonctionnement, ce sont les tâches que l’on ne règle jamais. Mais j’y ai gagné une sérénité me permettant de tenir sur la durée, en me préservant des temps de respiration et de repos, en déchargeant certaines journées ou certains moments dans la journée, en suivant le rythme de mon énergie variable…

Au quotidien, je m’interdis de culpabiliser et je me force à prendre du recul sur mes priorités. Je suis consciente de ma chance, de pouvoir gérer mon temps et mes tâches au travail (pour tout ce qui n’est pas, bien sûr, heures de cours en présence des élèves, à savoir la préparation des enseignements, le lien avec les familles, l’orientation des élèves, la coordination du dispositif dans le collège…). Je sais aussi qu’il s’agit surtout d’un état d’esprit, dans toutes les parcelles de son existence, de renoncer à la perfection et à l’exhaustivité, de se contenter d’être et d’agir de notre mieux avec ce que nous sommes.

C’est aussi un apprentissage, d’utiliser nos erreurs pour avancer plutôt que de se flageller avec ou de les justifier maladroitement. Cette notion de progression par l’erreur, j’essaie de la transmettre également à mes élèves, eux qui ont de telles difficultés qu’ils se font souvent broyer par le système éducatif dit « ordinaire ».

Je ne prétends pas qu’il est si facile d’admettre ses failles, je crois juste que si l’on y parvient un peu, la vie peut tout à coup devenir plus confortable.

Bref, j’ai laissé ma cape de super-woman prendre la poussière dans mon placard et je ne m’en porte que mieux.

Et vous, elle est où votre cape de super-héros ?

Grand écart culturel

Grand ecart culturel

Je vais vous faire une confidence. Cela fait une dizaine d’années que je regarde Koh Lanta, tous les ans, deux fois par an maintenant. A chaque retour de l’émission (tous les trois mois c’est fou on n’a même plus le temps d’attendre) c’est l’enthousiasme à la maison. Si si, je vous promets. Je n’en fais pas une fierté, je n’en fais pas la pub autour de moi. Regarder de la télé-réalité – quand bien même de la télé-réalité aventurière ou immobilière (on aime aussi beaucoup Stéphane Plaza mais c’est une autre histoire) – quand on est adultes, parents, conscients des dérives de la télévision… c’est pas la panacée. En même temps, il ne faudrait pas non plus se prendre pour ce que nous ne sommes pas – des snobs de la sélection télévisée. Alors autant assumer.

J’assume d’autant mieux que si Koh Lanta est l’incontournable du vendredi soir six mois par an, l’incontournable du jeudi soir c’est… La Grande Librairie. Et oui, je suis tombée dans la marmite de livres de Busnel et je ne peux plus m’en passer. J’en chialerais presque, dès le début du mois de juin, quand il fait en direct sa valise de lecture pour les vacances et qu’il nous donne rendez-vous à la rentrée. Ce faisant, il sonne le top départ des programmes d’été, indigestes comme la bouillie de sable préparée par vos enfants sur la plage, avec un peu d’arôme crème solaire pour l’odeur…

Mais poursuivons notre grand écart télévisé. Le mercredi soir, quand on a la chance d’être dans une période de diffusion, c’est Grey’s Anatomy ! Mon côté midinette sans doute, même si les années passant je prends de plus en plus de recul sur les drames à répétition et les catastrophes typiques de cette série, score maximal en nombre de litres de larmes versées par téléspectatrice (avec un record chez les femmes enceintes).

Finalement, j’aime bien cette diversité, ces sauts de puces ou de géants d’un programme à l’autre… comme pour la musique… puisque mon univers sonore c’est le rock doux ou l’énervé, le rap américain ou marseillais, le ska à message, la chanson française, celle que mes élèves connaissent et celle qu’ils ne connaissent pas, les éclats de rire en musique, l’intensité du classique et sa beauté à pleurer

Et vous, êtes-vous adepte du grand écart visuel ou sonore ? N’hésitez pas à mettre vos propres exemples en commentaire…

La cheville au frais

La cheville au frais

Avez-vous remarqué cette étrangeté de la mode ?

Je crois me souvenir que c’est d’abord une image Pinterest expliquant comment mettre en valeur un jean qui a attiré mon attention sur le raccourcissement du pantalon sur peau nue. Nous étions déjà en hiver. « Pas adapté à la saison », me suis-je dit. Puis j’ai regardé autour de moi dans la rue…

Faites le test et vous verrez, on pourrait presque catégoriser les femmes par tranche d’âge en regardant juste leurs chevilles – c’est bien moins flagrant sur les hommes. Les moins de trente ans, cheville au frais. Presqu’aucune collégienne n’y coupe, et même chez les jeunes femmes moins perméables aux phénomènes de groupe… cheville au frais je vous dis !

Vous aussi cela vous questionne ? Cet article du journal Le Temps explique que pour les ados, les chaussettes qui dépassent de la basket « c’est pas swag » (attention, cet article a déjà deux ans, ce n’est plus « swag » de dire « swag » !), et que la mode pantalon feu de plancher et basket basse vient de… Lisez l’article, moi je ne sais plus. Le Huffington Post revient aussi, en cette semaine de froid transsibérien, sur la question des chevilles (ici)… Apparemment la mode n’a que faire de la température, mais rassurez-vous, on a questionné des experts pour vous, le rhume ne s’attrape pas par les chevilles à l’air.

Bon, moi, vous l’aurez compris, déjà j’ai dépassé les trente ans, et puis la mode… mon confort passe avant…

D’ailleurs, à ce sujet, je vous parlerai chaussures à talons un de ces jours.

 

Et vous alors, vous êtes plutôt cheville au frais ou cheville au chaud ?

La revendication de la lenteur

La revendication de la lenteur

A l’origine de cet article, une interrogation sur ce que je reproche vraiment à Facebook (sur lequel je « suis »… même si je ne m’y épanouis pas vraiment tant je n’ai pas l’impression d’y exister humainement) et à Twitter (sur lequel j’ai un compte à usage professionnel tout récent mais complètement inactif)… Le point central du malaise que je ressens sur ces réseaux semble se résumer à la frénésie qui y règne. Quand notre espérance de vie est de l’ordre de 80 ans, la durée d’une de nos journées de 14 à 18 heures, connaissez-vous la longévité d’une publication sur Facebook, ou pire, la durée de vie d’un tweet (quatre heures (!) selon plusieurs articles dont celui-là) ? Cet empressement, cette injonction à réagir, à poster, à partager, à commenter, à liker à l’échelle du temps de la minute ou de l’heure… je les refuse. Je ne réagis pas souvent à la vie privée des gens. Pour le reste, informations, articles, coups de gueule ou coups de cœur, je souhaite réfléchir plutôt que réagir. Même dans ma vie quotidienne, personnelle ou professionnelle, je demande souvent à mes interlocuteurs de me laisser le temps de « décanter » comme je l’exprime dans mon langage propre.

Prendre le temps pour mettre du sens.

Déjà, , je disais mon besoin du moment de ralentir ma vie.

Pour l’information aussi, j’ai ressenti depuis quelque temps une impression de saturation comparable, à recevoir, dès le matin et tout au long de la journée, les mêmes actualités reprises commentées étalées diluées ressassées sans presque jamais aller plus loin que la surface de l’événement. Lorsque j’ai découvert Brief.me, j’ai avancé dans ma propre interprétation de ce « slow movement » qui existait bien avant que je me pose ces questions. Depuis quelques jours, j’ai fait taire les informations radiophoniques, celles qui me réveillaient à la violence des drames pas encore révélés, en les remplaçant par une radio musicale. Je me suis abonnée à Brief.me, donc, ce « slow media » à la fois concis et réfléchi qui trie, explique et approfondit les actualités de chaque jour. Maintenant l’information arrive dans ma boîte mail six jours par semaine. Je suis au courant de l’essentiel tout en approfondissant ce que je n’avais pas le temps de chercher ni de décrypter. J’en sais plus, je le sais mieux et j’y consacre moins de temps. Je suis passée de l’information réaction à la réflexion. Et, oui, passé le mois d’essai gratuit, j’accepte de payer mon information… puisque ce n’est pas la publicité qui finance à ma place le travail de ces journalistes…

Ces derniers temps, j’ai donc remplacé le malaise ressenti devant la pression numérique, en choix. Je fais le choix de prendre le temps d’écrire quitte à laisser filer le flot des actualités, de laisser l’écriture à chaud tiédir avant d’appuyer sur le bouton de programmation de la publication. Je fais le choix de ne pas me laisser happer par l’information minutée. Je fais le choix de regarder du plus loin possible cet empressement qui a cours sur les réseaux sociaux. Je trouve d’ailleurs cela assez amusant qu’une information puisse être si vite enterrée dans un fil d’actualité, tout en restant éternellement présente. Facebook a inventé l’imprescriptibilité, camouflée sous la frénésie de vitesse et de quantité.

Dans la même veine, je fais aussi le choix de ne pas poursuivre mes nouveaux, futurs ou potentiels lecteurs… Depuis la création de mon blog il y a plus de deux ans, je n’ai jamais réussi à mettre en place cette campagne de publicité sur les réseaux qui propulserait peut-être mes chiffres de statistiques. Je suppose que d’autres excellent dans ce domaine. Je suis moi-même une assez bonne cliente de ces opérations de rameutage du chaland si j’en crois le nombre de blogs auxquels je suis abonnée… Mais si je me penche sur mes lectures réelles, mes vrais coups de cœur de la blogosphère, les personnes que je lis vraiment à chacune de leurs incursions dans ma boîte mail… elles ne sont pas si nombreuses.

La campagne « je booste l’audience de mon blog », donc, très peu pour moi. Je ne veux pas pousser mes contacts à la consommation de mes écrits, organiser des concours pour appâter les likes, demander un clic, aimer pour être aimée, partir à la recherche de nouveaux lecteurs… J’ai décidé de ne pas perdre de temps à faire tout cela, je préfère écrire ou dessiner même s’il n’y a que quelques personnes pour l’observer à l’arrivée… Le nombre de mes lecteurs reste quasiment clandestin, mais chaque nouvel abonné me touche pour sa démarche, son clic singulier non sollicité.

Aujourd’hui, je fais des choix et j’adapte mon utilisation de l’outil internet à ma vie en mode « slow ». Demain peut être, cet article sera déterré pour montrer que j’ai accéléré…

 

Et vous, alors, vous êtes plutôt « slow web » ou « fast web » ?

Le sommeil des bébés, ce sujet de déchirure

Le sommeil des bebes ce sujet de dechirure

Les jeunes mères l’ignorent avant d’y être confrontées – parfois dès la grossesse – mais dans la parentalité il est des sujets glissants, voire tabous. Le choix du sein ou du biberon font partie de ces thèmes polémiques, puisque presque tout le monde a un avis tranché sur la question et essaiera la plupart du temps de vous ramener dans son camp. Pour le sommeil des bébés, même combat. Ceux qui n’y sont plus confrontés ne manqueront pas d’y aller de leur petite expérience ou de leur conseil même non sollicité pour ces jeunes parents, épuisés par leurs nuits hachées en pleins de minuscules petits bouts.

Ce qui est majoritairement admis, et transmis, c’est que les enfants doivent « faire leurs nuits ». A votre première réunion de famille après la naissance de votre bébé, ou chaque fois que vous croiserez la vieille voisine de vos parents, la même question reviendra, comme une comptine enfantine : « Elle fait ses nuits ? ». C’est le pendant du « Il est sage ? », vous le savez, vous le sentez, que vous ne devez pas répondre non à ces questions. Alors vous mentez peut être ou vous éludez… Mais au fond, n’ayez plus de doute, la réponse normale et largement répandue, c’est non. Non, mon enfant de dix jours, un mois, trois mois, six mois, ne fait pas ses nuits. Enfin en tout cas il ne fait pas nos nuits, à nous ses parents.

J’ai souvent entendu dans les réunions d’allaitement (ces succursales de mamans allaitantes mais aussi, porteuses, bienveillantes, cododotantes, voire instruisantes en famille…) que « faire ses nuits » signifiait dormir cinq heures d’affilée trois fois par semaine (je cite de mémoire). De quoi répondre à votre tante Gertrude que oui oui, votre loustic fait bien ses nuits même si votre anticerne est devenu votre meilleur ami. Sans aucun hasard, le sujet du sommeil finissait constamment par arriver vers le milieu des réunions allaitement. Il y avait toujours une maman épuisée pour demander de l’aide tout en répétant ce que lui serinait l’entourage plus ou moins proche.

« C’est parce que tu l’allaites qu’elle ne fait pas ses nuits. »

« Tu devrais essayer le « 5 10 15 » ça a marché avec la cousine de la fille de mon patron. »

« Un bébé ça doit dormir 21 heures par jour donc 11 heures et demi par nuit. »

La vérité, c’est que la plupart de bébés ne font pas les nuits de leurs parents avant plusieurs mois. Allaitement ou pas. Blindage de biberon à la farine épaississante en soirée ou pas. Méthode du laisser pleurer ou pas. Croire que la normalité pour les bébés est de laisser les parents dormir… est un autre leurre qu’on agite devant les parents débutants et démunis. Cet article de Happynaiss en parle fort bien – et a d’ailleurs inspiré mon propre article. C’est aussi le thème de ce projet photographique que vous avez peut-être croisé sur les réseaux sociaux : Nuits sans larmes, Parents debout.

En expliquant que ces semaines ou ces mois de fatigue intense sont inéluctables, je ne veux pas non plus les réduire à une souffrance silencieuse. Au contraire, la solitude n’est pas obligatoire pour les mères en manque chronique de sommeil. Les partages bienveillants entre mères permettent toujours de délayer le ras-de-bol installé, même s’ils restent moins efficaces que le partage des réveils nocturnes avec le papa…

Vous voulez que je termine sur une bonne nouvelle ? Ils finissent par dormir, et cela se produit forcément avant l’adolescence…

Aux mères et aux pères dont le sommeil ne coïncide pas avec celui de leurs enfants, je souhaite simplement du courage pour « passer le cap ». Vous êtes les meilleurs des parents pour votre enfant…

Il n’y a pas de «parce que» dans mes «je t’aime»

Il n y a pas de parce que dans mes je t aime

J’en parlais dans mon article précédent. Nous avons traversé une phase familiale mouvementée entre septembre dernier et maintenant. Une tempête d’émotions qui a opposé nos deux enfants et nous a embarqué nous aussi, les parents, dans ses tourbillons. Dès la rentrée j’ai perçu que ma fille souffrait de la nouvelle place de son grand frère, l’apprenti lecteur, encore plus posé et tranquille qu’auparavant, étalant sa raison et sa sagesse pour nous épater. Nos mots n’ont pas su apaiser sa déception de n’être «que» la petite sœur de trois ans et demi, notre amour ne l’a pas assez rassurée et les crises se sont enchaînées, inexorablement attachées les unes aux autres. Un jour elle s’est mise à dessiner avec frénésie. Des semaines plus tard je me suis remémoré mes mots : « Toi tu es en petite section, tu apprends à dessiner… » Les mots peuvent nous enfermer parfois.

Puis nous libérer.

Il y a deux semaines environ j’exprimais une fois de plus à mes deux enfants mon amour pour eux. Pour chacun d’eux. Je leur redisais que je n’aimais pas «plus» l’autre, en leur demandant de cesser leur lutte pour notre amour de parents. A ce moment là, je regarde ma fille dans les yeux : « Je t’aime pour ce que tu es. »

Mon fils enchaîne : « Et moi tu m’aimes parce que je sais lire. » Ces mots ont résonné comme l’explication de texte des cris réitérés des mois précédents… Alors j’ai trouvé cette phrase libératrice. « Il n’y a pas de «parce que» dans mes «je t’aime». » En leur disant que mon amour ne dépendait pas de leurs réussites je les ai peut-être libérés. Apaisés…

Magie des mots.

Succession de phases

Succession de phases

Souvent j’envisage la vie de parents telle une succession.

Il y a quelques mois, imbibés de parentalité bienveillante, nous avions laissé couler notre vie familiale, tranquille, facile et sereine. Puis la rentrée scolaire, avec ses nécessaires chamboulements, a marqué un basculement, un amoncellement de pleurs et de cris. Tous les accrocs du quotidien sont devenus des prétextes, entre parents et enfants, entre enfant et enfant, à ne pas se comprendre, à ne pas se voir, à se fâcher.

Une grande dame de ma connaissance raconte au sujet de l’équilibre familial qu’au moment où tout va bien dans nos vies l’univers nous envoie de quoi tout remettre en question. Parfois nous souhaiterions rester dans la tranquillité, mais c’est sans compter ces successions de phases rythmant nos vies.

Au sommet des montagnes russes l’euphorie nous porte si haut que nous n’envisageons même pas la chute, ses battements cardiaques et ses hurlements. Quand elle survient, soudaine et progressive, douce et violente, on change de phase comme l’on se retournerait sur ses propres pas. Gardons en tête dans les phases basses de nos existences que d’autres phases viendront…

Ainsi depuis quelques jours la sérénité semble être de retour par chez nous…

Succession de phases.

Tableaux multi(carto)colores

11 Un coeur qui bat AUBAGNE

Un coeur qui bat          (Aubagne)

07 Ville perlée MARSEILLE

Ville perlée        (Marseille)

04 En vi(ll)e ou pas MIRAMAS

En vi(ll)e ou pas         (Miramas)

02 Regarder MARTIGUES

Regarder           (Martigues)

06 Mixture magique MARSEILLE CENTRE

Mixture magique          (Marseille)

01 Cheminer dans sa vie SALON DE PROVENCE

Cheminer dans sa vie          (Salon de Provence)

08 Puzzle disparate MARSEILLE

Puzzle disparate         (Marseille)

13 Enchevêtrée ici BOUCHES DU RHONE

Enchevêtrée ici          (Bouches-du-Rhône)

09 Constellation de pleins en creux MARSEILLE

Constellation de pleins en creux              (Marseille)

12 Famille marseillaise-zen MARSEILLE

Famille marseillaise-zen           (Marseille)

14 Des rond(e)s dans l'eau ISTRES

Des rond(e)s dans l’eau       (Istres)

03 Rêve de zurbanards ARLES

Rêve de zurbanards         (Arles)

15 Roulez boulets MARSEILLE

Roulez boulets          (Marseille)

19 Sur les traces du père CASAMANCE

Sur les traces du père           (Casamance)

18 En pointillés AUBAGNE LA CIOTAT

En pointillés         (Aubagne – La Ciotat)

Si vous avez déroulé cet article jusqu’ici, du bout de vos doigts sur votre souris… peut-être puis-je vous confier alors une part de mes pensées du moment concernant ma production artistique. L’an dernier à la même période je produisais intensément, frénétiquement même, j’emplissais l’espace autour de moi de cartes colorées. J’ai peint jusqu’à cette exposition du printemps 2017 au Baobab Café des enfants d’Aubagne.

Puis l’été s’est installé en traînant, la rentrée pressée s’est précipitée avec sa masse de travail nouveau, les priorités ont changé et j’ai levé le pied.

Aujourd’hui je le sens, en terme de production plastique, la ferveur, l’envie et l’inspiration m’ont quittée. Je n’arrive plus à les rattraper, d’autant que je n’ai pas le temps de leur courir après. Et pour être tout à fait honnête, l’indifférence plutôt générale ou l’intérêt seulement conjugué à la gratuité, concernant ces tableaux, ont rebondi en écho à l’intérieur de moi et m’ont vidée.

Pour l’instant, j’en suis là. Trop vide pour même envisager la moindre exposition. Un jour peut être je serai à nouveau quelque part dans mon monde coloré…