Les Zurbanards d’Arles

Et si l’art était (aussi) dans les dessins de notre imagination ?

Je vous propose un petit jeu :

Zurbanard Arles 1

Zurbanard Arles 2

Zurbanard Arles 3

Zurbanard Arles 4

Zurbanard Arles 5

Zurbanard Arles 6

Zurbanard Arles 7

Zurbanard Arles 8

Tous ces personnages, que j’ai baptisés Zurbanards, sont dans le centre-ville d’Arles :

Carte Zurbanards

(Carte accessible sur le web ici)

Si vous êtes d’humeur joueuse et que vous passez du temps en Arles vous pouvez :

  1. Trouver quel Zurbanard (des photos ci-dessus) se cache derrière chaque prénom (de la carte) en parcourant la ville.
  2. Décoder les correspondances entre les couleurs des points de la carte et les familles de Zurbanard (Gouthierre, Mobiliurbin, Dumur et Plakossol)…
  3. Résoudre l’anagramme de chaque prénom pour retrouver une caractéristique du Zurbanard.

(Oui, j’assume mon côté enfant.)

 

Et sinon, vous pouvez aussi visiter Arles pour ses immanquables Rencontres de la Photographie du 3 juillet au 24 septembre 2017, époustouflant pour quiconque aime la photographie contemporaine…

Une allergie qui sonne très « Pâques »…

Une allergie qui sonne très Paques

Hier, nous avons passé notre après-midi aux urgences, en famille, pour « éruption cutanées sans fièvre » de la petite. En ce samedi de week-end pascal, les urgences pédiatriques étaient bien entendu archi-pleines… des enfants tout rouges, des parents exaspérés, des pleurs, des cris, des jeux de slalom entre les sièges et les poussettes posées ça et là… Au bout de quasiment trois heures d’attente, le diagnostic est tombé – sans certitude tout de même : allergie au lapin (caressé il y a trois jours au parc animalier). En plein week-end de Pâques, amusante coïncidence, non ?

 

Et comme je ne peux plus entendre le mot « lapin » sans penser à cette chanson, voici Lapin pouet pouet (attention, cette chanson risque d’agripper votre cerveau jusqu’à la fin du week-end, voire plus…).

Et en même temps

Et en même temps

Pour ceux qui seront en famille lors de ce week-end pascal, pensez-vous que vous parviendrez, à seulement une semaine du premier tour, à échapper aux discussions politiques ?

On le sait bien, pourtant, qu’il faut éviter de parler politique si l’on ne veut pas se disputer avec les gens – ou alors choisir de n’en parler qu’avec ceux qui partagent les mêmes convictions.

En pensant à ce week-end et aux suivants, j’ai décidé de vous transmettre cette petite clé trouvée – contre toute attente – sur facebook. Si ce réseau social me laisse globalement assez indifférente – même si c’est un outil de communication à côté duquel on ne peut plus passer – de temps en temps j’y trouve une pépite, une info, un article, une vidéo… qui me fait évoluer. Cette fois-ci, une vidéo expliquant comment discuter avec une personne qui a des convictions à l’opposé des nôtres. Une méthode qui pourrait se résumer à la technique du « et en même temps »… c’est ici.

Ce que j’en retiens, c’est de se centrer sur les émotions et non sur les faits et de bannir le « oui mais » pour le « et en même temps ».

Petit clin d’œil à la campagne présidentielle, au début j’ai cru que cette vidéo était une blague parce que j’avais vu cela. Mais en fait c’est peut être juste la preuve que les candidats à l’élection chopent eux aussi des astuces sur internet…

En ce moment, à mon travail…

Tag Escat

Les montagnes russes des émotions répondent à une mécanique étrange… Ou c’est que la joie inondant mon cœur peut braver les tempêtes les plus violentes.

Avant-hier encore j’étais paumée. Je ne savais pas si je voulais rester ou tenter de partir.

J’ai essayé de prendre de la distance et de peser mentalement le poids des éléments. J’ai rédigé un tableau en deux colonnes et contre toute attente la liste de positif dépassait celle de négatif.

Alors j’ai décidé de laisser un an de plus la chance à ce lieu de se rapprocher de ce qu’il pourrait être, pour moi.

Sans surprise j’ai été rassurée par ma décision, emplie de bonheur et de rire toute la journée d’hier…

Avant de retomber, jeudi prochain peut-être, je publie cette chanson. Ecrite il y a quelques semaines quand on avait encore un directeur dynamique et enjoué, plein d’espoir et d’optimisme. Ecrite quand l’avenir était lumineux et certain. Ecrite avant.

 

Elle suit le thème de la chanson de La Petite Sirène « Sous l’océan », elle était ma réponse aux discours sombres…

 

Le roseau est toujours plus vert

Dans l’IME d’à côté

Toi qui voudrais y prendre l’air

Ce serait une calamité !

 

Regarde bien le monde qui t’entoure

Dans l’IME de Périer

On fait carnaval tous les jours

Mieux tu ne pourras pas trouver !

 

Au Centre Escat, au Centre Escat

Promis c’est bien mieux

Tout le monde est heureux

Au Centre Escat

Chez nous on n’est pas cent cinquante

Allez hisse-toi en haut de notre pente

Presqu’une famille

Même quand ça vrille

Le Centre Escat

 

Chez nous on invente, on cuisine

On construit et on fabrique

On a notre journal, on jardine

On fait du sport, de la musique

 

On s’épanouit en peinture

Et on écrit même des livres

On fait des sorties en nature

Ici on apprend à vivre

 

Au Centre Escat, au Centre Escat

Vraiment c’est le mieux

Tout le monde est heureux

Au Centre Escat

Ailleurs ils bossent tout l’été

Et en continu toute l’année

Mais nous on danse

Chaque vacances

Au Centre Escat

 

Au Centre Escat !

Au Centre Escat !

Au Centre Escat !

La vie est super

Voyons notre verre

A moitié plein

Oui, à moitié plein ! Hihi !

 

Maintenant regarde comme c’est chouette

Bientôt notre blog sur internet

On garde le rythme

C’est de la dynamite

Au Centre Escat !

 

(Le nuage de tags entièrement personnalisable, c’est sur Tagxedo, une application en ligne découverte par ma collègue professeur des écoles pour nos élèves. Ou comment s’amuser avec les mots…)

Pu… rée !

107 Pu... rée !

Aujourd’hui je vous livre des morceaux choisis des mots de mes enfants sur le thème des gros mots…

Mon fils, cinq ans, il y a quelques mois : « Il faut pas le dire hein maman, le vilain mot, tu sais, le mot qui commences par pu et qui finit par tain ? »

Nous habitons Marseille, et ce vilain mot là, il reste assez présent, presqu’un signe de ponctuation comme diraient certains… Un jour, ma fille m’a même affirmé, toute fière d’elle du haut de ses deux ans et demi : « Quand je sera grande je dira pu**** ! ». (Sur le coup, j’ai changé de tête – et maintenant j’en rigole.)

Alors on a trouvé des substituts, devenus presqu’autant savoureux que l’original.

Ma fille, trois ans, tout récemment : « Il faut dire purée ou punaise et pas l’autre mot ! » Et son frère de répondre : « On peut dire crotte-zut-flute aussi ! »

J’avoue, « crotte zut flute », ça va rester…

Et chez vous, on en rit ou pas ?

Des mots-défouloirs à partager ?

Cinq, dix, quinze minutes de tranquillité

106 Cinq dix quinze minutes de tranquillité

Dans une maison avec enfants, on a peu d’endroits pour être vraiment tranquille… Pour moi, les toilettes jouent ce rôle, souvent. J’y écris. Je jette mes idées dans l’application dédiée de mon Smartphone. J’y lis les dernières informations ou je réponds à vos commentaires…

C’était un lieu presque parfait pour une parenthèse de quelques minutes.

Mais il y a trois jours, j’ai lu une information qui a quelque peu restreint mon temps d’usage : une invasion de serpents provenant des égouts via les toilettes à Marseille. Cela m’a rappelé la raison invoquée par ma belle-mère qui referme systématiquement la lunette des toilettes, craignant qu’un serpent profite des canalisations pour remonter chez elle. Pourtant, si l’on trouve bien sur internet quelques cas de serpents parvenus dans des maisons par les toilettes, cette histoire de serpents marseillais s’avère être une pirouette du web tirée d’un site de blagues (voyez vous-même).

Finalement je vais pouvoir continuer à profiter de mes minutes…

Et vous, les parents, avez-vous aussi une utilisation étendue cette pièce ?

La juge et le président

la-politique-en-2017-fait-irremediablement-partie-du-paysage-quotidien

Je me suis tellement retenue de parler de politique sur internet ces temps-ci, que j’en ai presque des fourmis au bout des doigts… De temps en temps, je craque et clique sur le bouton partager de Facebook. Instantanément, c’est un article avec tout son cortège d’interprétations et de commentaires qui déboule sur mon « mur ».

Et j’ai la très nette sensation que la moindre de mes prises de positions est comme une pancarte fluo qui décrypte mes opinions politiques. J’en suis gênée. Pourtant je n’ai pas honte de mon vote. Mais internet, c’est tellement le domaine public que la discrétion d’un vote qui se veut personnel ne peut que se disloquer à son contact.

Dans le même temps l’affaire Fillon (pour ne pas faire semblant de ne pas parler de cela) s’impose tant dans l’actualité, et dans ma manière de penser l’élection qui se profile, que j’ai le plus grand mal à retenir ma langue. Dans le privé et à l’oral, je me lâche – et je saoule mon homme avec mes analyses politico critiques. La politique, en 2017, fait irrémédiablement partie du paysage quotidien.

Par contre, à mon travail, face à mes élèves, neutralité obligatoire.

A la question – très surprenante au demeurant – « pour qui vous avez voté madame ? », je réponds sans ciller « Je n’ai pas le droit de vous le dire. »

Mais (un très grand «mais», à l’origine de cet article) je me questionne. Pour le spectacle type comédie musicale en cours de préparation à l’IME, l’histoire s’est construite, petit à petit, en partant de nos premières chansons. Une troupe de pirates, un voyage en bateau («Santiaaano»)… Pour justifier «La Marseillaise», on a collé un Président de la République – un clin d’œil à l’année électorale pensais-je. Et pour que le président suive les pirates dans leur bateau, on a imaginé une juge qui déboulerait en lui criant : « Je vais te mettre en prison ! ». (Alors, le président fait deux trois tours de piste, saute dans le bateau ; et la juge saute dans sa bouée canard pour courir derrière le bateau…)

Comble de la coïncidence, on a conçu ce délire bien avant l’affaire Fillon. En même temps, ce n’est pas comme si M. Fillon était le seul présidentiable – ou présidentié – à avoir concentré l’intérêt des juges. (Lorsque j’ai entendu, hier sur France Inter, un journaliste danois affirmer qu’ils étaient « habitués », de chez eux, à voir les hommes politiques français empêtrés dans des affaires judiciaires, j’ai frémi d’une si glaçante vérité.)

Notre histoire de juge et de président, alors, vous trouvez que c’est une blague potache à prendre au second degré, ou une entorse à notre devoir de neutralité ?

Hiver…

95-hiver

Un petit jeu découvert sur le joli blog que voici (Les états d’âme d’une fille de brigand)…

Les mêmes phrases à compléter de sa propre singularité, pourquoi pas ? Sans être fan des posts en cascade et autres « nominations » sur internet, je me suis prise au jeu d’évoquer mentalement ma vision de l’hiver en lisant cet article. Et donc voilà.

Une photo de paysage hivernal qui me plaît

Elle est là haut.

Un mot que j’aime associer à l’hiver

Neige. Mieux, trois mots, neige à Marseille. Mon rêve absolu d’hiver.

Mon plat préféré de saison

La tartiflette ou tout autre plat à base de fromage fondu

Une pièce de ma garde-robe que je chéris en ce moment

Avec le froid des dernières semaines, les tricots de corps type Damart donnés par ma maman quand je n’étais qu’une adolescente (merci maman, je n’aurais jamais poussé la porte de ce magasin). Et le blouson de ski. Et les grosses chaussures de marche. Pour le glamour, on repassera, il fait trop froid…

Une chanson que j’aime écouter l’hiver

Jardin d’hiver de Henri Salvador

Un film que j’affectionne à cette période

« Les bronzés font du ski », surtout cette scène

Un prénom que j’aime et qui me fait penser à l’hiver

Anna (la sœur de la reine des neiges)

 

Encore près de deux mois avant que le printemps ne pointe le bout de son nez… Il n’est pas trop tard pour espérer la neige à Marseille !

 

Je suis la galette, la galette

je-suis-la-galette

Je suis faite avec le blé, ramassé dans le grenier, on m’a mise à refroidir, mais j’ai mieux aimé courir !

Si vous avez des enfants en âge d’aller à l’école, vous n’avez pas pu passer à côté du célèbre album Roule Galette – enfin, c’est surtout eux qui n’ont pas pu passer à côté ! Une histoire à la structure répétitive dans lequel la galette prend la poudre d’escampette et rencontre tour à tour un lapin, un loup, un ours et un renard. Tous veulent la manger mais seul le rusé renard y parvient…

Je ne m’appesantirai pas sur la lecture archaïque que je fais de cet album. Le vieux assis sur son confortable fauteuil de patriarche demande à la vieille de lui faire une galette. Et la vieille ne lui répond pas «Tu n’as qu’à te la faire toi même ta galette !». Non, elle s’exécute. Sur les conseils du vieux, elle monte au grenier et balaie le plancher pour récupérer du blé pour faire la galette (Beurk ! Crado la galette à la poussière de grenier !). Le tout avec le sourire bien sûr. Quand elle a fini : Et voilà la galette cuite. « Elle est trop chaude ! crie le vieux. Il faut la mettre à refroidir ! » Et en plus il crie ! Non mais il se prend pour qui ce goujat. Si c’était moi je… (censuré)… D’accord je me suis un peu appesanti, mais c’est vrai qu’à chaque fois que je leur lis cette histoire, je ne peux pas m’empêcher de la trouver pas très vingt-et-unième siècle !

Revenons à notre galette qui roule, roule. L’autre jour mon fiston – cinq ans et demi – me demande : «Maman ? Est ce que ça existe en vrai la galette à l’escampette ?

– La galette à quoi ?

– Ben oui, si on met de la poudre d’escampette dans la galette ! »

C’est peut être pour ça qu’elle roule, cette galette, si l’on remplace la poudre d’amande par la poudre d’escampette, forcément…

Enfin, je n’ai pas résisté à la tentation d’aller voir sur internet d’où vient vraiment cette expression. Si ça vous intéresse, c’est .

Une histoire d’air

n15-histoire-dair

La voiture grise s’engage dans la station service encombrée. Des véhicules sont stoppés près des postes d’essence dans les deux sens de circulation, la voie du fond est inaccessible en raison d’un camion immobilisé, et aux abords de la boutique le désordre règne, entre bois de chauffage et autres granules compressés. Non sans mal, la petite citadine se faufile et s’arrête derrière une vieille voiture rouge.

La jeune femme installée sur le siège passager lève les yeux de son téléphone, regarde autour d’elle d’un air distrait et questionne son compagnon :

— Qu’est ce qu’on fait là ?

— Je vais refaire la pression des roues avant de prendre la route. Ce pneu avant droit, depuis qu’on l’a réparé, sa pression baisse à froid, regarde il est à 2,1.

Plusieurs minutes s’écoulent.

L’automobiliste de la voiture rouge, devant eux, semble en difficulté. Cela fait un moment déjà qu’il se démène avec son tuyau d’air, visiblement sans succès. A sa demande, l’homme de la station service finit par le rejoindre. Il semble bourru, de mauvaise humeur.

Derrière son volant, Ange commence à s’impatienter. Lenora lui caresse la cuisse, elle pose sa tête sur son épaule, puis souffle dans son cou pour faire s’envoler les poils oubliés après son rasage de ce matin.

Devant eux, l’homme remonte dans sa voiture. L’employé de la station s’affaire auprès de l’arrivée d’air.

— Il n’est pas en train d’enlever le tuyau, quand même ? questionne Ange.

— Mais non, pourquoi l’enlèverait-il ?

Au départ de la vieille Volvo rouge, Ange gare sa voiture près de la cabane de l’air. D’un ton brusque, il confirme l’impression qu’il avait eue.

— Mais oui, il a enlevé l’air !

— Peut être qu’il faut payer ?

— J’ai pas payé la dernière fois. Tu te rappelles pas ? Il m’avait dit d’y aller, ça avait l’air de le gonfler, mais bon.

Agacé, Ange quitte sa voiture et entre dans la boutique.

— Bonjour, est ce que je pourrais utiliser votre air s’il vous plaît ?

De derrière son comptoir, l’homme considère Ange d’un air irascible, et répond dans un grognement étouffé.

— Normalement l’air est réservé aux clients de la station.

— Je suis client chez vous, répond le jeune homme sans se dégonfler.

— Tout le monde veut mon air aujourd’hui !

Ange ne cache pas sa surprise. Mais il décide de prendre le parti de l’humour.

— C’est parce que vous avez l’air sympathique.

L’homme, bougon, ignore la boutade d’Ange. Il poursuit :

— Normalement l’air est fermé le dimanche.

Ange ne relève pas. L’homme a déjà le tuyau à la main, ils sortent l’un à la suite de l’autre. De la voiture, Lenora observe la scène.

Tout en gardant sa mine acariâtre, l’homme retourne à l’intérieur, et en quelques minutes la pression est faite.

Ange reprend le volant.

— Il est 14h10, on sera chez nous avant 17h, annonce-t-il.

Puis il raconte, souriant, son histoire d’air à sa compagne.

— En fait ça l’a gonflé de te filer son air gratuit, conclut Lenora.

— Oui, je lui ai pompé l’air, quoi !

— Te dire que l’air est fermé le dimanche, il ne manque pas d’air, celui-là.

— Et puis t’as vu comme il a l’air d’un con ?

— Il en a l’air et la chanson.

— Oui, ça m’en a tout l’air, pouffe Ange.

Le long de la route, leur petit jeu continue.

— Le type de la station, il m’a regardé d’un drôle d’air, quand il a compris que j’allais lui voler son air.

— Je te confirme, à la tête qu’il faisait, j’ai compris qu’il y avait de l’orage dans l’air. Enfin, avec ton air de ne pas y toucher, tu lui as bien pompé l’air, au pompiste.

Et encore un peu plus tard…

— C’était bien ce week-end, on a bien profité de l’air de la montagne, lâche Ange.

— On a pris un grand bol d’air frais, ajoute Lenora.

— On a changé d’air.

— Et en plus c’était de l’air gratuit.

— On n’a pas eu besoin de le voler.

Les rires déclinent. Lenora laisse s’installer un silence, puis elle murmure :

— En parlant d’air, il faudra que j’appelle mon père en rentrant.

*

Dans le long couloir blanc, les lampes sont éteintes. La lumière du jour s’infiltre, à chaque extrémité, par les enfilades de fenêtres qui s’y trouvent. Célestin avance, pas à pas, sans se presser. Il pousse un chariot chargé d’une bouteille d’oxygène, et le tube transparent sortant de la bouteille amène son souffle d’air jusqu’à ses narines. Il se déplace avec lenteur, avec fatigue. A plusieurs reprises, il s’arrête, s’assied sur le socle de son chariot, et reprend son souffle. Puis il continue la route le long du vestibule. Au bout du couloir, il y a le salon de l’étage, quelques sièges en L en face de deux portes d’ascenseur. Célestin s’installe sur le dernier fauteuil disponible. Après le repas, les places sont chères, il n’y a rien à la télévision…

La plupart des personnes installées ici, au salon de l’ascenseur, portent aussi leur bouteille d’air. L’air de rien, Célestin tend l’oreille aux conversations, sans intervenir d’abord. Aujourd’hui, tout l’agace. Il ne supporte plus ces discussions stériles qui ne font que brasser de l’air, tous ces gens qui ne savent parler que de la maladie, et prendre de grands airs pour critiquer la nourriture de la clinique. Des jours comme aujourd’hui, il a envie de ficher tout en l’air, de quitter cet endroit et d’être libre comme l’air. Il en est là de ses réflexions, lorsque la porte de l’ascenseur s’ouvre et laisse apparaître Ria. Il sourit. Les visites, ici, sont toujours une bouffée d’air frais. Tout de suite, il lui propose de descendre.

— Viens, on va prendre l’air, dit-il.

Sur le banc du jardin de la clinique, les deux amis sont assis côte à côte. Ria sourit avec douceur en écoutant le monologue de Célestin.

— J’ai l’impression de manquer d’air, aujourd’hui, c’est fou, il n’y a pas d’air !

Et il fait des moulinets de ses bras, comme pour montrer la lourdeur de l’atmosphère qui l’entoure, ou peut être pour appeler à lui ce souffle d’air qui lui est si précieux.

— Là-haut, dans les chambres, il n’y a même pas moyen de faire des courants d’air. Au moins, ici, à l’air libre, je peux respirer l’air frais sans me faire pomper l’air par les autres, là…

Il reprend son souffle.

— En plus, j’ai l’impression qu’il n’y a pas trop d’air ici, pas comme à Marseille, où il y a l’air de la mer. Ici, ça doit être une cuvette pour qu’il y ait si peu de vent.

Il enchaîne.

— Je ne sais pas pourquoi je suis beaucoup plus essoufflé, certains jours. C’est comme quand je descendais manger à la cantine. Tout ce monde, je sais pas, j’ai l’impression de manquer d’air.

Il ne s’arrête pas de parler. Il raconte à Ria comment il s’était senti la première fois qu’il était sorti de sa chambre pour marcher. Au coin du couloir, à moins de dix mètres de son lit, il s’était arrêté, à bout de souffle. La bouche grande ouverte il cherchait son air, comme un poisson hors de son bocal.

Petit à petit, sans en avoir l’air, Ria amène Célestin sur d’autre sujets, dans l’air du temps. Les rires s’invitent au creux des phrases, entre nouvelles fraîches et anecdotes plus ou moins flétries. Célestin raconte la dernière visite de sa fille et l’air de famille que tout le monde leur avait trouvé.

— Elle est sur la route cette après-midi, elle rentre de la montagne. Je suis toujours un peu inquiet quand elle fait de la route, confie Célestin.

Lorsque Célestin évoque son inquiétude de père, cela agit comme un appel d’air sur Ria. Aussitôt elle se met à penser à son fils.

— Exupery a un contrôle de physique demain, il devait rester à la maison, cet après-midi, pour réviser sa leçon. Mais il est tellement tête en l’air, je suis sûre qu’il a oublié. Et puis si ses copains lui proposent une activité de plein air, il va y aller, pour sûr !

Ria attrape son smartphone, pianote quelques secondes, fait glisser les pages d’applications. Puis elle appelle son fils.

*

Au dessus du lit en désordre, le mur bleu pétrole est couvert d’affiches. En face, le bureau est encombré. Ordinateur, feuilles quadrillées, dessins, classeurs, cahier, aucun espace n’est inoccupé. Le jeune garçon, installé à sa table de travail, raccroche le téléphone en soufflant. Le portable est jeté sur le plateau, et se glisse entre deux classeurs. Courbant l’échine au dessus d’une page couverte d’écritures bleues, Exupéry se force à garder les yeux ouverts. Dans son crâne, les mots semblent flotter. Les schémas prennent vie. Exupéry ne comprend plus rien. Air, atmosphère, dioxygène, diazote, dioxyde de carbone, pression, volume, baromètre. Exupéry a soudain la sensation de manquer d’air, il la sent monter en lui, son angoisse, elle l’étreint. D’un geste violent, il pousse son classeur sur le capharnaüm de ses affaires d’école, attrape son smartphone, manque de renverser sa chaise en se levant. Il se précipite sur la porte fenêtre, tourne vite la poignée. Enfin il est à l’extérieur, sur le balcon. Sa respiration fait un bruit presque rauque. Il serre son téléphone dans sa main gauche. Il semble choir, mais se retient à la barre et s’assoit à même le sol de béton, adossé à la rambarde. Plusieurs minutes s’écoulent. Exupéry, le regard vitreux, fixe le ciel vide de nuages en face. Sa main est toujours cramponnée au portable.

Lorsque la sonnerie retentit, les yeux d’Exupéry semblent reprendre vie. D’abord, il ne bouge pas. La musique est accompagnée d’une vibration lancinante. Brrrrr. Exupéry regarde l’écran. Brrrrr. Il pose son doigt. Brrrrr. Le téléphone à l’oreille, il murmure « Allo ? »

Sa voix traîne, éteinte, comme anesthésiée.

Dans le combiné, la voix est rapide, grinçante, pressée.

— Y’a baston, mon gars, ça souffle grave faut que tu vienne voir ça. Attrape ton kite et rejoins nous.

Exupéry marmonne, il songe à son devoir de physique, ses notes qui dégringolent, sa mère qui ne le lâche pas. Il trébuche sur les mots.

— Allez ! lui souffle la voix, arrête de te donner l’air de travailler, là !

Exupéry se laisse convaincre. Le grand air de la mer lui fera du bien.

Quelques dizaines de minutes plus tard, il est sur la plage. Pas coiffé, les vêtements dépareillés, il n’a l’air de rien. Ses copains ne manquent pas de le lui faire remarquer.

— C’est pas en t’attifant comme ça que tu vas réussir t’envoyer en l’air.

— Oh oui, surenchérit l’un d’eux en s’esclaffant à grand bruit, avec ton faux air d’intello, tu peux oublier la partie de jambes en l’air.

Exupéry ignore leurs mesquineries. Il n’est pas là pour draguer, et son triste quotidien de collégien peu populaire et peu performant vient de s’envoler, porté par les bourrasques de vent. Tout en sifflant un air joyeux, il prépare son équipement. Il se sent si joyeux, qu’il se verrait bien se promener les fesses à l’air. Les filles, rares sur cette plage de kiters, pourraient le suivre, les seins à l’air. En rêvant, Exupéry s’avance vers l’eau. Il est dans les airs, il se fait son propre cinéma de plein air.

*

A quelques kilomètres, au même moment, Ange reprend la conversation sur le gars de la station service.

— Tu te rends compte, quand même, sans avoir l’air de rien, il voulait me faire payer son air ! Mais ça me donne une idée. Je vais rajouter deux questions subsidiaires à mon contrôle de physique de demain : « 1) Quelle est la composition de l’air de la station service ? 2) Sachant que le cours de l’or est de 32€ le gramme, et qu’une roue de voiture contient environ 0,0075 m3 d’air, combien est-ce que le gérant de la station service doit vendre son air pour rentrer dans ses frais ? »

— Elle n’a pas l’air facile, ta question, souffle Lenora en riant. Tu m’avais pas dit, déjà, qu’ils n’avaient rien compris au chapitre sur l’air ?

— Oui, ça en avait tout l’air, en tout cas. Mais bon, rassures-toi pour mes pauvres élèves, c’était des paroles en l’air.