L’allaitement c’est partout

L allaitement c est partout

Aujourd’hui, je vais vous reparler d’allaitement – ça faisait longtemps. Pour la première fois depuis sa création, la Foire de Marseille proposera un lieu dédié à l’allaitement et aux familles. Ce stand, tenu par des bénévoles de l’association Autour de l’Enfant, proposera un joli coin pour se poser le temps d’une tétée, d’un biberon ou d’un jeu calme, mais aussi des animations tout au long de la foire. L’objectif d’Autour de l’enfant est notamment de favoriser l’allaitement maternel en le rendant plus facile et plus visible.

Pour moi, il s’agit d’un vrai sujet de société, un sujet d’importance. L’allaitement en public fait d’ailleurs régulièrement couler de l’encre, du moins dans les médias qui parviennent jusqu’à moi. Les histoires se ressemblent toujours un peu. Il y est question d’une mère qui allaite son enfant, dans une piscine, un magasin, à la CAF ; d’une personne, choquée de cette vision là dans ce lieu là, qui demande à la mère d’arrêter ou de sortir. Ou d’aller dans les toilettes.

Ai-je vraiment besoin de redonner tous les arguments servis mille fois ? Le but biologique du sein est de nourrir les enfants (bien au-delà des quelques semaines admises par la société si l’on suit notre condition de mammifère), un bébé allaité est nourri à la demande, de nombreuses fois dans la journée. L’allaitement pour un nourrisson c’est un besoin vital. Les jeunes mères ne peuvent pas rester enfermées chez elles pendant la durée de l’allaitement, elles ne le veulent pas, elles veulent vivre. Les toilettes ne sont pas un endroit correct pour prendre son repas. Quand un bébé tète, le téton de sa mère est caché. Un sein qui allaite, même sans essayer de le couvrir, n’est pas forcément plus découvert qu’avec un décolleté plongeant. Le corps des femmes est exposé partout, de façon beaucoup plus provocante, pour vendre toutes sortes de choses, et cela ne semble choquer personne. L’allaitement en public n’est pas considéré comme une atteinte à la pudeur car il ne s’agit pas d’un acte sexuel ni d’un acte obscène.

J’ai moi même allaité mes enfants, partout, tout le temps, et longtemps. J’ai beaucoup utilisé la technique de la superposition de t-shirts pour allaiter discret sans acheter de fringues spéciales (je soulève le t-shirt du dessus, j’abaisse le débardeur du dessous, mon sein est couvert, mon ventre est couvert, j’allaite où je veux). Et puis au fil des années je me suis sentie de plus en plus libre de dégainer mon nichon. Je n’ai jamais eu la sensation de m’exhiber. Et surtout, j’ai tellement gagné en confiance que même dans mon attitude corporelle, j’ai complètement arrêté de demander la permission aux autres d’être la mère que je voulais être. J’étais tellement sûre d’être dans ma justesse absolue…

Alors c’est vrai, des femmes qui allaitent dans les lieux publics, il n’y en a pas tant que cela. On n’est pas habitué. D’ailleurs, on n’est pas habitué à l’allaitement tout court, quand bien même il reste la manière la plus adaptée de nourrir un petit être humain. C’est cette vision qui doit changer. L’allaitement finira par s’imprimer dans l’inconscient collectif comme une normalité, si l’on continue à multiplier les images d’allaitement, comme avec cette série de photographies (ou bien avec cette initiative londonienne un peu provoc).

Si l’on multiplie aussi, comme en Allemagne, en Belgique ou en Suisse, les lieux accueillants pour les mères allaitantes… Je vous donne alors rendez-vous à l’étape suivante, après la salle d’allaitement de la Foire de Marseille, avec la liste Autour de l’enfant des endroits marseillais – boutiques, cafés, restaurants – prêts à accueillir décemment des mamans allaitantes (plus largement des familles) dans leurs locaux.

En attendant, venez donc me voir à la Foire de Marseille, j’animerai un atelier arts plastiques pour les enfants de 4 à 10 ans le mercredi 26 septembre de 10h à 11h et le dimanche 30 septembre de 15h à 16h (toutes les informations pour l’inscription seront très très bientôt ici et sur le site ADE).

Il y aura aussi… des ateliers portage, signes, premiers secours, éveil musical, massage bébé maman, des réunions allaitement, des démonstrations de moulage 3D pour les familles, des conférences… Allez donc faire un tour sur la page Facebook du stand

[Lecture] « L’homme-dé » de Luke Rhinehart

L01 L homme déLe propre d’un blog est peut-être d’évoluer avec le temps… Aujourd’hui j’inaugure une nouvelle catégorie, Lecture, pour partager avec vous mes découvertes littéraires. Le livre qui m’a inspiré cette nouvelle proposition, c’est L’homme dé de Luke Rhinehart.

Luke Rhinehart (pseudonyme utilisé par l’auteur américain Georges Powers Cockcroft) est un psychiatre new-yorkais étouffé par l’ennui et la vacuité de sa vie rangée au point d’être tenté par le suicide. A la recherche d’une expérience psychologique revigorante, il se met à jouer aux dés certaines décisions de sa vie. Peu à peu, il donne davantage de pouvoir au Dé, jusqu’à lui confier toute son existence. La théorie de la dé-vie du docteur Rhinehart se développe tout au long des 500 pages du livre : le recours au Dé permet d’exprimer les multiples « moi » minoritaires, réprimés d’ordinaire par la personnalité dominante. Tandis que l’histoire progresse, les alternatives dérangeantes proposées au tirage du Dé se multiplient. Le docteur Rhinehart approfondit sa dé-vie, fait des adeptes de la dé-thérapie, monte des dé-centres dans lesquels les dé-tudiants mettent en œuvre les préceptes du Dé.

Pendant la première moitié de ce pavé, j’ai éprouvé surtout de l’écoeurement et trouvé le concept du Dé malsain voire pervers. La curiosité pourtant m’a fait poursuivre la lecture. Je voulais savoir jusqu’où irait le docteur Rhinehart dans son obéissance au Dé.

La soirée donnée en l’honneur du docteur Klum, pendant laquelle Rhinehart expérimente la multiplicité de rôles sous le contrôle du Dé, a marqué un tournant dans ma lecture. Je n’ai plus envisagé de reposer le livre et j’ai poursuivi la plongée dans cet univers soumis au Dé en éprouvant une multiplicité d’émotions et en les accueillant toutes également. (Etre Un c’est aussi accepter d’être plusieurs, sans accorder au Hasard le pouvoir de choisir entre ces multiples…) J’ai donc lu en étant successivement – ou conjointement – intéressée, amusée, sidérée, dégoutée, sceptique voire critique.

Je comprends que ce livre soit devenu un manifeste anticonformiste, même si les scènes sexuelles choquent très probablement moins en 2018 qu’au moment de sa publication en 1971. Pour moi la principale subversion ne réside pas tant dans l’expression de tous les fantasmes que dans la destruction plus insidieuse des liens entre êtres humains. Au moment où tout explose, où la civilisation se délite, je m’interroge sur l’auteur caché derrière le Luke Rhinehart autobiographe. L’homme dé est peut être le premier roman écrit au lancer de dés – pour le coup le concept m’agrippe davantage – et Georges Powers Cockcroft le premier dé-crivain. Le premier, car je suis presque certaine maintenant – sans pouvoir le prouver – que d’autres ont tenté l’aventure de la dé-criture.

Au final, un livre décalé, sulfureux, excitant et écoeurant, un livre – ce n’est que mon avis mais je ne peux que l’affirmer très fort – à ne surtout pas mettre entre toutes les mains. Si vous n’êtes pas prêt à renoncer à votre libre arbitre, à votre raisonnement ou à votre intuition au profit du Dé, alors vous pouvez faire l’expérience de lire L’homme dé sans craindre de vous perdre dans les méandres du Hasard…

Cachez ce handicap que je ne saurais voir

Différence

Différence

Si nous sommes honnêtes avec nous mêmes et avec la réalité de notre société, nous le savons – et certains doivent même l’apprécier – le handicap reste le plus souvent planqué bien profond. Pas glamour, pas vendeur, pas photogénique…

Pour se donner une impression de modernité, d’ouverture et de tolérance, on met bien en avant les personnes en situation de handicap, dans certaines circonstances. On peut citer les jeux paralympiques, la version « handi » des mythiques jeux olympiques. Ceux de 2018 se sont terminés il y a quelques jours, le dimanche 18 mars. Et oui, déjà ! Vous en avez entendu parler, vous ? Je veux dire autant que les « vrais » jeux olympiques, ceux avec les sportifs « normaux » ? Vous avez vu des épreuves ? Vous avez compté les médailles ? Parce que moi je n’ai que trop peu vu de tout cela sur les médias qui parviennent jusqu’à moi. Par contre j’ai vu ce coup de gueule de Philippe Croizon.

Et puis il y a l’autisme. On en parle de plus en plus, certes ! Pour la plupart des gens, le personnage qui représente l’autisme, c’est dans Rain Man. Oui mais voilà, dans Rain Man on voit un autiste surdoué, qui peut compter 246 cure-dents en quelques secondes. Un autiste Asperger. Or la plupart des autistes ne sont pas Asperger. La plupart des mères d’autiste s’entendent dire que c’est de leur faute. La plupart des enfants autistes sont considérés comme des sales gosses malpolis dans les lieux publics.

Alors c’est vrai, c’est plus sympa le handicap surdoué, c’est plus vendeur, exceptionnel et positif. Mais cela ne représente pas la réalité.

Les sportifs des jeux paralympiques, on les tolère car ils sont le haut du panier du handicap, des handicapés physiques de compète, des super-handis comme diraient les personnages de Vestiaires.

Mais quand parle-t-on du quotidien des personnes en situation de handicap ? Des épreuves, des injustices, du monde qui n’est pas pensé pour eux, des lieux publics inaccessibles et des communications désastreuses ? Quand accepte-t-on de les regarder en face, de les considérer comme d’autres nous, nous comme des « eux » potentiels ?

Je suis professeur spécialisée, le handicap fait partie de mon quotidien, j’ai abandonné la gêne la pitié et l’indifférence pour l’égalité. J’essaie de répandre ma parole et ma vision autour de moi, de briser le tabou des mots, d’ouvrir les regards et les esprits. (Ici un article sur la Trisomie 21, une vidéo au message assez similaire.)

Avec mes enfants, déjà, dont je ne censure aucune question même en présence d’une personne en situation de handicap. J’ai été éduquée dans la honte de mes questions d’enfant « pourquoi il est en fauteuil roulant le monsieur ? » et je veux l’exact opposé pour mes mômes.

Avec mes élèves, ensuite, que j’abreuve de rencontres avec plusieurs types de handicaps et que j’essaie d’accompagner au mieux dans l’acceptation de leurs propres difficultés.

Avec les adultes de mon entourage et avec vous, enfin, ce type d’article comme un leitmotiv.

Regarder le handicap en face c’est un apprentissage nécessaire pour nous tous.

Et puis parfois, je m’appuie sur des initiatives existant déjà : depuis quelques années Vestiaires, une mini série diffusée sur France 2, y va fort dans la mise en avant du handicap. C’est percutant, souvent très drôle, en un mot inévitable ! Pour goûter à cet humour décapant, foncez sur France 2 le vendredi et le samedi à 20h45, ou bien ici ou . Et pour le savourer en version complète, les six premières saisons sont disponibles à la vente en coffret intégral ici. Je vous envoie aussi vers cette vidéo dans le style et avec les personnages de Vestiaires pour la campagne Ex Aequo du Ministère des Sports.

Je sais que certains ne peuvent pas supporter la vision des corps abîmés et amputés dans cette série… Et vous ?

Faire un dab utile

Faire un dab utile

La première fois que j’ai entendu parler du dab (à mon travail de l’an dernier, en IME), je me suis sentie larguée. Mais à force de côtoyer des ados dans mon boulot ce concept a fini par intégrer mon quotidien. Aucune surprise, donc, lorsque j’ai lu dans le Brief.me du 7 mars (Brief.me, vous savez, tout l’incontournable de l’actualité dans votre boîte mail, j’en parle ) que la meilleure façon d’éternuer était peut-être d’en profiter pour faire un dab… Et donc, d’éternuer dans le creux de son coude et non dans sa main (ou alors on colle nos miasmes sur tout ce qu’on touche dans les cinq minutes qui suivent) ni en l’air (idem que dans le cas précédent, mais en les projetant en prime dans toute la pièce pour plusieurs heures). C’est le moment ou jamais d’en parler, puisque bientôt l’hiver, sa grippe, sa gastro et autres rhumes seront derrière nous. Cet article de Slate vous expliquera tout le pourquoi du comment de l’éternuement dabé et même, si vous le lisez jusqu’au bout, que votre panier de linge sale n’en pâtira pas. En plus, si vous êtes vraiment déconnectés de la jeunesse de ce pays, vous y trouverez un tuto Comment Daber réalisé par le jeune Tom, « presque 30 abonnés » au moment de la vidéo, moi j’espère juste que ses parents savent ce qu’il poste sur internet…

Sachez tout de même que le dab est devenu une référence chez les profs de maths d’aujourd’hui pour entraîner les élèves à la manipulation du théorème de Pythagore (vous voyez, pas si mammouth que ça, l’éducation nationale !).

Enfin, pour tous ceux que le sujet intéresse, je vous envoie ici et surtout  pour un décodage du dab, ses origines, son histoire, sa signification et son utilité (autre que celle d’éternuer stylé).

La cheville au frais

La cheville au frais

Avez-vous remarqué cette étrangeté de la mode ?

Je crois me souvenir que c’est d’abord une image Pinterest expliquant comment mettre en valeur un jean qui a attiré mon attention sur le raccourcissement du pantalon sur peau nue. Nous étions déjà en hiver. « Pas adapté à la saison », me suis-je dit. Puis j’ai regardé autour de moi dans la rue…

Faites le test et vous verrez, on pourrait presque catégoriser les femmes par tranche d’âge en regardant juste leurs chevilles – c’est bien moins flagrant sur les hommes. Les moins de trente ans, cheville au frais. Presqu’aucune collégienne n’y coupe, et même chez les jeunes femmes moins perméables aux phénomènes de groupe… cheville au frais je vous dis !

Vous aussi cela vous questionne ? Cet article du journal Le Temps explique que pour les ados, les chaussettes qui dépassent de la basket « c’est pas swag » (attention, cet article a déjà deux ans, ce n’est plus « swag » de dire « swag » !), et que la mode pantalon feu de plancher et basket basse vient de… Lisez l’article, moi je ne sais plus. Le Huffington Post revient aussi, en cette semaine de froid transsibérien, sur la question des chevilles (ici)… Apparemment la mode n’a que faire de la température, mais rassurez-vous, on a questionné des experts pour vous, le rhume ne s’attrape pas par les chevilles à l’air.

Bon, moi, vous l’aurez compris, déjà j’ai dépassé les trente ans, et puis la mode… mon confort passe avant…

D’ailleurs, à ce sujet, je vous parlerai chaussures à talons un de ces jours.

 

Et vous alors, vous êtes plutôt cheville au frais ou cheville au chaud ?

La revendication de la lenteur

La revendication de la lenteur

A l’origine de cet article, une interrogation sur ce que je reproche vraiment à Facebook (sur lequel je « suis »… même si je ne m’y épanouis pas vraiment tant je n’ai pas l’impression d’y exister humainement) et à Twitter (sur lequel j’ai un compte à usage professionnel tout récent mais complètement inactif)… Le point central du malaise que je ressens sur ces réseaux semble se résumer à la frénésie qui y règne. Quand notre espérance de vie est de l’ordre de 80 ans, la durée d’une de nos journées de 14 à 18 heures, connaissez-vous la longévité d’une publication sur Facebook, ou pire, la durée de vie d’un tweet (quatre heures (!) selon plusieurs articles dont celui-là) ? Cet empressement, cette injonction à réagir, à poster, à partager, à commenter, à liker à l’échelle du temps de la minute ou de l’heure… je les refuse. Je ne réagis pas souvent à la vie privée des gens. Pour le reste, informations, articles, coups de gueule ou coups de cœur, je souhaite réfléchir plutôt que réagir. Même dans ma vie quotidienne, personnelle ou professionnelle, je demande souvent à mes interlocuteurs de me laisser le temps de « décanter » comme je l’exprime dans mon langage propre.

Prendre le temps pour mettre du sens.

Déjà, , je disais mon besoin du moment de ralentir ma vie.

Pour l’information aussi, j’ai ressenti depuis quelque temps une impression de saturation comparable, à recevoir, dès le matin et tout au long de la journée, les mêmes actualités reprises commentées étalées diluées ressassées sans presque jamais aller plus loin que la surface de l’événement. Lorsque j’ai découvert Brief.me, j’ai avancé dans ma propre interprétation de ce « slow movement » qui existait bien avant que je me pose ces questions. Depuis quelques jours, j’ai fait taire les informations radiophoniques, celles qui me réveillaient à la violence des drames pas encore révélés, en les remplaçant par une radio musicale. Je me suis abonnée à Brief.me, donc, ce « slow media » à la fois concis et réfléchi qui trie, explique et approfondit les actualités de chaque jour. Maintenant l’information arrive dans ma boîte mail six jours par semaine. Je suis au courant de l’essentiel tout en approfondissant ce que je n’avais pas le temps de chercher ni de décrypter. J’en sais plus, je le sais mieux et j’y consacre moins de temps. Je suis passée de l’information réaction à la réflexion. Et, oui, passé le mois d’essai gratuit, j’accepte de payer mon information… puisque ce n’est pas la publicité qui finance à ma place le travail de ces journalistes…

Ces derniers temps, j’ai donc remplacé le malaise ressenti devant la pression numérique, en choix. Je fais le choix de prendre le temps d’écrire quitte à laisser filer le flot des actualités, de laisser l’écriture à chaud tiédir avant d’appuyer sur le bouton de programmation de la publication. Je fais le choix de ne pas me laisser happer par l’information minutée. Je fais le choix de regarder du plus loin possible cet empressement qui a cours sur les réseaux sociaux. Je trouve d’ailleurs cela assez amusant qu’une information puisse être si vite enterrée dans un fil d’actualité, tout en restant éternellement présente. Facebook a inventé l’imprescriptibilité, camouflée sous la frénésie de vitesse et de quantité.

Dans la même veine, je fais aussi le choix de ne pas poursuivre mes nouveaux, futurs ou potentiels lecteurs… Depuis la création de mon blog il y a plus de deux ans, je n’ai jamais réussi à mettre en place cette campagne de publicité sur les réseaux qui propulserait peut-être mes chiffres de statistiques. Je suppose que d’autres excellent dans ce domaine. Je suis moi-même une assez bonne cliente de ces opérations de rameutage du chaland si j’en crois le nombre de blogs auxquels je suis abonnée… Mais si je me penche sur mes lectures réelles, mes vrais coups de cœur de la blogosphère, les personnes que je lis vraiment à chacune de leurs incursions dans ma boîte mail… elles ne sont pas si nombreuses.

La campagne « je booste l’audience de mon blog », donc, très peu pour moi. Je ne veux pas pousser mes contacts à la consommation de mes écrits, organiser des concours pour appâter les likes, demander un clic, aimer pour être aimée, partir à la recherche de nouveaux lecteurs… J’ai décidé de ne pas perdre de temps à faire tout cela, je préfère écrire ou dessiner même s’il n’y a que quelques personnes pour l’observer à l’arrivée… Le nombre de mes lecteurs reste quasiment clandestin, mais chaque nouvel abonné me touche pour sa démarche, son clic singulier non sollicité.

Aujourd’hui, je fais des choix et j’adapte mon utilisation de l’outil internet à ma vie en mode « slow ». Demain peut être, cet article sera déterré pour montrer que j’ai accéléré…

 

Et vous, alors, vous êtes plutôt « slow web » ou « fast web » ?

Les stéréotypes de genre expliqués à mon fils

Les stereotypes de genre expliques à mon fils

Ses yeux s’ouvrent grands, deux billes bleues qui fixent le grand-père avec intensité. Elle tend sa minuscule main, paume ouverte, vers le biscuit inaccessible. Elle commence à geindre. A peine une plainte, d’abord. Son papi lui propose le doudou abandonné sur la table, puis la poupée, le chapeau, la figurine, le gribouillage réalisé quelques heures plus tôt. Le râle se transforme en pleurs criards, avec des pointes vers les aigus et des sanglots tout au fond. Le grand-père s’excuse, il ne comprend pas. Mais la petite est allongée par terre désormais, elle tape des pieds, elle se tortille dans tous les sens, et crie de plus en plus fort.

« Qu’est ce qu’il se passe ici ?

– Je ne sais pas ce qu’elle veut. Je lui ai proposé tous les jouets de la table, elle a tout repoussé.

– Mais ma poupette, susurre la grand-mère, essaie de nous dire ce que tu veux ! »

Tout à coup, les hurlements cessent. La petite Elise se relève, les yeux baignés de larmes, la morve coulant du nez. Elle regarde, implorante, son grand-père, et murmure : « Veut un biki. »

Le grand-père interroge son épouse du regard.

« Un biscuit, traduit-elle.

– Et le mot magique ?

– Pipeplait Papi. » Elle penche la tête et offre un sourire timide.

Les grands-parents, interloqués, observent leur petite fille passer des pleurs au rire en quelques secondes. La mamie mouche son nez, et le grand-père lui explique qu’elle ne doit pas se mettre dans de tels états pour un pauvre biscuit.

Pour Elise, le chambardement est déjà loin derrière. Elle croque dans son biscuit, radieuse. Puis elle dévisage son grand-père qui converse, et à la fin de sa logorrhée conclut de sa petite voix charmeuse : « D’accord Papi. »

« Alors celle là, c’est vraiment bien une fille ! » lance la grand-mère. Puis elle retourne à sa cuisine.

Moins d’une heure plus tard, l’odeur de gâteau au caramel leur saute au nez lorsqu’il entrent dans l’appartement. Thomas jette son sac à travers l’entrée au moment où la grand-mère tourne la tête dans sa direction. « Qu’est ce qu’il t’arrive ? » s’écrit-elle.

Le grand-père, sur les talons de son petit-fils, lui fait signe de se taire. Elle entame une autre question, mais son époux lui coupe la parole. « Laisse-le arriver ! »

Le ton est sans appel, et la mamie observe en silence la mine renfrognée du jeune garçon.

Il s’installe dans un fauteuil, la tête engoncée dans ses épaules, le visage fermé et dirigé vers le sol.

« Tu as passé une mauvaise journée à l’école ? » demande encore la grand-mère.

Son époux lève les mains, près à intervenir, à nouveau, pour lui faire tenir sa langue.

« Je me suis disputé avec mes copains. » Le papi interrompt son geste. « Ils m’ont dit que j’étais une fille parce que j’ai un jouet de fille. »

Et le jeune garçon raconte tout. Il parle de ce jouet qu’il trouvait vraiment super, un piano avec les personnages de la Reine des Neiges dessus. Il était tellement content que ses parents lui aient acheté ce cadeau qu’il s’en était vanté à l’école. Mais ses copains s’étaient moqués de lui. Ils avaient ricané que la Reine des Neiges c’était un dessin animé de fille. « D’ailleurs, le piano est rose, et ils m’ont dit que c’était une couleur de fille. Mais moi j’aime bien la Reine des Neiges. Est ce que ça veut dire que je suis comme une fille ?

– Mais non chéri, tu es un garçon voyons, répond la grand-mère.

– Tu as aussi beaucoup de jouets de garçon, surenchérit le grand-père. »

Et tous deux lui dressent la liste de ses jouets virils. Camion de pompier, épée de chevalier, figurine de super-héros, déguisement de pirate… Peut-être pourra-t-il laisser le piano Reine des neiges à sa petite sœur.

Mais Thomas reste boudeur. Pour lui même il chuchote des phrases incompréhensibles, la colère et la tristesse transpirent sur son visage.

La grand-mère sent une boule grossir dans son ventre. « Si tu veux, on va t’acheter un vrai jouet de garçon, comme… » Elle réfléchit une seconde puis poursuit. « … un pistolet en plastique ! Et tu l’amèneras à l’école pour prouver à tes copains que tu es un vrai garçon. »

L’idée semble séduire Thomas. Il relève un peu la tête, et demande à manger.

Dans la cuisine, la grand-mère démoule le gâteau. D’un pas rapide, le grand-père rapplique et lui souffle : « En même temps, quelle idée ils ont eu de lui offrir ce jouet de fille ! C’était sûr que ça allait faire des histoires.

– Oui, beh, ne leur dis pas ça, hein ! Ils vont mal le prendre.

– Oui oui, je sais. De toute façon, on peut rien leur dire ! »

En face de sa fille, le grand-père est moins virulent lorsqu’il essaie de lui expliquer pourquoi Thomas traîne une telle mine morose. La grand-mère rapplique bientôt pour expliquer toute l’histoire. Mais la mère de Thomas reprend à la volée les propos de ses parents. « Un jouet de fille ? Qu’est ce que c’est un jouet de fille ? » Elle s’adresse à son fils. Elle le questionne sur ce qui rend un jouet féminin, ou masculin, mais Thomas ne sait pas. Alors Estelle cesse de parler, s’accroupit et le prend dans ses bras.

A ses parents, elle murmure simplement : « On va en parler à la maison. » Et elle rentre chez elle avec ses enfants.

Thomas dilue un peu sa colère dans les routines du soir. Dans le bain il se dispute des jouets flottants avec sa sœur, il sautille et fait des grimaces en enfilant son pyjama tout seul, et au repas il chantonne et répète les injonctions des parents. Au moment de l’histoire, Estelle tend un album coloré à son époux : « Je crois qu’il est temps de lui lire et de lui expliquer ce livre… »

Alors, Christophe s’assoit sur le petit lit, à côté de son fils. « Tous les garçons et les filles sont ainsi », lit-il. Il ouvre l’album, tourne les pages, pose les mots avec douceur. Les dessins sont simples et colorés, et l’histoire raconte une dispute autour d’un jouet, qui vire au règlement de compte entre garçons et filles. Les préjugés sont étalés. Christophe et Thomas discutent ces phrases jetées comme des vérités, et se moquent un peu de leur bêtise.

Quand Christophe referme le livre, Thomas semble avoir compris. « Je peux jouer à ce que je veux. »

Christophe acquiesce : « Oui, exactement. Et la seule chose qui fait de toi un garçon, c’est ton zizi, ça suffit pour être un garçon. »

A la même heure, dans un autre appartement, le grand-père regarde le début du film du soir. Il essaie, du moins, d’en saisir l’essentiel, oscillant sa tête de droite et de gauche pour apercevoir la télévision derrière les allées et venues de son épouse. La grand-mère, elle, débarrasse la table, secoue la nappe, passe un coup d’éponge sur le bois verni puis un coup de balai au sol. Quand elle quitte la pièce pour s’occuper de la vaisselle dans la cuisine, le grand-père pousse un soupir de soulagement. Enfin il peut regarder son film sans être gêné.

Le grand-père sur son fauteuil et la grand-mère à sa vaisselle pensent tous les deux, à peu près au même moment, qu’il est tout de même extraordinaire que les hommes et les femmes soient si différents… Et que c’est là l’un des grands mystères de la biologie.

 

Cette nouvelle a été publiée dans le recueil de nouvelles Les femmes nous parlent au sein d’une édifiante accumulation d’histoires du sexisme résonnant d’une manière particulière avec notre l’actualité du ashtag…

La règle du 20/40/40

La règle du 20 40 40

C’est une phrase anodine, incrustée dans ma tête et devenue un moyen de décoder des comportements. Lâchée au détour d’une conversation par l’ancien directeur de mon IME, une vérité issue de son expérience de manager – du moins est-ce ainsi que je l’ai entendue : «Dans un groupe de personnes, il y en a 20% qui s’impliquent dans les projets, 40% qui attendent de voir ce que ça donne avant de bouger, et 40% qui quoi qu’il arrive ne bougeront jamais. Les pourcentages peuvent varier un peu, mais le principe reste le même.»

Cela m’a rappelé ce que j’avais lu dans L’encyclopédie du savoir relatif et absolu de Bernard Werber au sujet des rats. Dans un groupe de rats, il y a systématiquement des dominants et des dominés dans des proportions semblables, et ce quel que soit le groupe de départ. Même en ne prenant que des dominants – ou que des dominés – l’équilibre se reconstitue toujours avec les mêmes rapports entre dominants et dominés. Dans les sociétés humaines, c’est pareil. Quel que soit le groupe, ses actions et son contexte, la règle du 20/40/40 semble s’appliquer. D’ailleurs les mots de mon directeur m’ont rappelé ce que j’avais observé dans l’Association des Parents d’Elèves de l’école de mon fils. Il n’y en a toujours qu’un certain pourcentage qui se bouge sur un événement, pas toujours les mêmes selon les moments et les relations dans le groupe, mais en nombre comparable par rapport à la totalité…

Vous en voulez plus ? Quelques éléments ici sur les niveaux d’implication dans un groupe et sur la règle du 1% régissant la participation dans une communauté en ligne (ici on est dans le 1/9/90 !).

J’avoue que cette « trouvaille » n’est pas d’un intérêt majeur, mais en ce qui me concerne, elle m’aide à surmonter mes difficultés à appréhender le fonctionnement des groupes d’adultes…

J’y ai même pensé pendant nos vacances à la neige, quand il ne restait que 20% de neige sur 40% de glace et 40% de terre !