Les sorties non familiales

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Pendant nos cinq premières années de parents, on n’a presque jamais laissé nos enfants pour la nuit.

De nombreuses personnes nous avaient exhorté à lâcher nos gosses de temps en temps pour des parenthèses de couple. Nous les écoutions et hochions la tête tout en repoussant l’idée de nous débarrasser volontairement de la chair de notre chair – même pour une seule nuit. Les premiers mois, on trouvait cela inapproprié, l’allaitement jour et nuit compliquait l’intendance, et puis nous n’en avions tout simplement pas envie.

Pourtant, après deux ans avec deux enfants, on a passé ce cap. Mon « vieillissement maternel » me faisant glisser malgré moi du côté des parents qui conseillent, je pourrais dans quelques lignes vous expliquer combien les sorties en couple sont une respiration salutaire. Mais je me suis promis de ne pas devenir (trop) donneuse de leçon, alors je vous raconterai juste notre sortie non familiale des dernières vacances.

D’abord, nous avons prié les grands-parents des nains de les prendre vingt-quatre heures. Grâce à leur gentillesse, on a ainsi pu passer l’après-midi à traîner main dans la main, visiter une exposition d’art contemporain, puis marcher sans se préoccuper de la distance, de l’heure, et du ravitaillement… Quand on s’est retrouvés sur le chemin de ronde du fort Saint Jean, la lumière était d’un or rosé extraordinaire. « A quelle heure la lumière est-elle donc si fabuleuse ? » 18h40. En temps normal, les gamins sont au bain et le dîner mijote. Le compte à rebours de la soirée déjà enclenché… Quelle saveur, alors, de ne pas se préoccuper de notre organisation familiale, dans la lumière feutrée de cette fin d’après-midi. Apéro en terrasse, restaurant en tête à tête, maison vide à notre retour.

Et le lendemain, merci papi merci mamie, pour cette jolie colonie de vacances, à tout bientôt pour que ça recommence…

Au musée avec de jeunes enfants

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Après nos vacances plutôt « nature », le retour à Marseille nous a permis de renouer avec l’un des gros avantages de notre vie citadine : les visites culturelles. La première expo incontournable de notre rentrée est celle de Turner qu’on avait pas vue avant l’été (si ça vous botte, allez y vite, il ne reste que très peu de temps).

Dans les salles bondées, on se fraye un passage étroit entre les personnes. On porte les enfants à hauteur des tableaux, parce que vus d’en bas, entre les jambes du public, ils ne sont pas tout à fait les mêmes. Quand surgit, à hauteur des yeux de mon fils cette fois, une tablette diffusant une succession de dessins érotiques du maître Turner (pas seulement des demoiselles nues, mais aussi des couples en plein acte sexuel), il faut réagir vite : «Viens on va voir là-bas.»

Au fil de l’exposition, on lit rapidement les commentaires qui après digestion et traduction instantanées sont rendus assimilables pour un garçon de cinq ans. On discute des couleurs, des thèmes récurrents, de ce qui se perçoit au premier coup d’œil et de ce qui apparaît ensuite. Un véritable exercice de commentaire d’œuvre d’art adapté aux enfants. Pour la petite, deux ans, on en reste à la représentation et aux couleurs. Mais quoi qu’il en soit, eux et nous, on se nourrit des œuvres exposées.

Vers la fin, on approche même une première définition de l’abstraction : «Tu vois, c’est un peu flou, on ne distingue pas bien ce qui est représenté, on a surtout une impression, et des couleurs…». Au tableau suivant, il souligne : «Là aussi c’est flou.»

Et puis il y a les perles de mon fils : «C’est quoi, ça, un téléphone de tableau ?» en montrant un audioguide collé à l’oreille d’un visiteur. Ses remarques d’enfant m’amusent toujours…

C’que ça me gonfle le ballon… de foot

Foot

J’avais déjà déploré, dans cet article, les incidents survenus à Marseille dès le premier week-end de l’Euro. On touche enfin au bout du supplice, puisque le dernier match sur terre marseillaise aura lieu dans trois jours. On ne se rend pas compte quand on n’y vit pas, mais la fête des uns est la galère des autres. Routes coupées, embouteillages monstrueux… Et un emploi du temps de début de vacances tronqué par cette demi finale. “On ne sort pas en voiture jeudi, il y a match !” (Et quel match, France Allemagne, rien que ça !)

Je fais ma mauvaise tronche. Je n’aime pas le foot. Comme d’habitude ça ne m’intéresse pas. Même avec le France Islande et sa ribambelle de buts en fond, mon regard glisse sur l’écran. Indifférente, au degré zéro de l’émotion, j’ai du mal à comprendre la passion…

Et puis je bloque sur le mur de pubs derrière Didier Deschamps pour chacune de ses interventions. Sans surprise ni liberté, il n’a le droit de l’ouvrir que s’il est entouré des logos des annonceurs de l’Euro. A méditer… Ou pas.

Un dimanche au musée

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Les yeux et le cœur grand ouverts, on aime se balader en famille au milieu des œuvres d’art.

Il y a quelques jours, nous étions au Mucem pour l’exposition Picasso, et j’ai ressenti cette émotion oubliée, rare et vibrante. La palpitation particulière qui nous traverse quand on est devant un chef d’œuvre de notre propre musée imaginaire. Picasso est un de mes maîtres – comme Kandinsky, Pollock ou Duchamp… Alors j’ai senti mon cœur se serrer. « Je suis devant un Picasso ! » Et puis j’ai montré à mes enfants, en essayant de leur expliquer simplement…

Aujourd’hui, c’était une autre expérience. Aux Carrières de Lumières des Baux de Provence, les œuvres sont projetées sur des parois de pierre. En ce moment, c’est Chagall. Un spectacle en images et en musique. On se sent happés, on entre dans les tableaux qui s’animent. La sensation est magique. Les enfants sont comme au spectacle. Et on en sort émerveillés.

Je reste étonnée de les voir, deux ans et cinq ans, admirer l’art, commenter, questionner… Et moi, je me nourris, au passage, des expositions où je les emmène.

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Et vous, alors, passez-vous quelques-uns de vos dimanches en famille au musée ?

Le principe de réalité

Le principe de réalité

Peut-être avez vous, vous aussi, remarqué la différence plus que notable qui existe entre la théorie et la réalité. Un fossé qui s’avère d’autant plus large et plus profond que les enfants sont jeunes… Ou peut-être est-ce lié à ma naïveté volontaire (mon arme quotidienne contre le pessimisme ambiant) ? Quoi qu’il en soit, voilà ce que je retiens de mon lundi de Pâques, et qui m’a donné l’envie d’écrire cet article.

Le programme de la journée, c’était une chasse aux œufs au château, avec visite guidée, animation médiévale par un chevalier, fabrication de boucliers et couronnes, et contes de Pâques. Sur le papier, une belle journée en famille pleine de jolies surprises, donc ! Pourtant, en réalité…

Nous sommes arrivés vers midi, deux heures après l’ouverture, alors qu’on aurait voulu être sur place assez tôt. Il y avait une file d’attente gigantesque pour acheter les billets. Le temps passant, nous renonçons déjà à l’animation médiévale (« Il y a tant de monde, nous reviendrons plus tard ! »). Après trois-quarts d’heure, les précieux sésames en main, nous nous précipitons à la chasse aux œufs. File d’attente, on nous donne deux tickets pour récupérer des paniers vides. Puis il faut attendre encore que des enfants ramènent leur panier. Heureusement, ça ne dure pas trop. On commence la chasse, mais les lapins de Pâques ne sont pas très nombreux, les plus grands les suivent et raflent tous les œufs. La récolte, pour mes petiots de deux et cinq ans, relève alors du tour de force. Nous les aidons de notre mieux, puis échangeons notre maigre récolte — de deux et trois œufs — contre des œufs en chocolat.

Vers une heure et quart, nous nous installons pour déjeuner sur l’herbe. Comme à son habitude, la petite bouge dans tous les sens, renverse du riz, demande de l’eau toutes les deux minutes, refuse de manger puis crie quand on lui retire son assiette…

Après le pique-nique, c’est l’heure du conte. Quand on arrive toutes les chaises sont déjà occupées et les enfants installés devant. Je dégote une place étroite pour mon fils. Mon mari berce la petite un peu en retrait, le spectacle commence. Le micro ne fonctionne pas, les essais s’éternisent, et finalement, ce sera sans micro. Tous ceux (nombreux) qui n’entendent pas décrochent, mais mon fils est intéressé. Ma fille, elle, ne dort pas malgré la fatigue et fait des aller-retour sur les pelouses, avec moi ou son père sur les talons. Elle ramasse des fleurs et des petits bâtons…

Pendant le temps de l’histoire, on voit les gens s’amasser au départ de la visite guidée. Là où il était prévu une visite toutes les vingt minutes, après une bonne demi-heure de conte, les personnes patientent, toujours plus nombreuses, et nous voilà découragés par cette foule compacte. La visite, ce sera pour une autre fois…

Il nous reste encore l’atelier créatif de fabrication de bouclier ou de couronne. Il n’y a pas de file d’attente devant la salle dédiée. Ouf, nous y allons — d’un pas rapide car à la suite du spectacle les familles risquent bien de s’y ruer. C’est une salle voutée, assez profonde et très sombre. Le lieu grouille de monde. Nous avions déjà repéré des enfants qui peignaient à l’extérieur, sur les bancs et les bordures en pierre, et nous avions prévu de faire de même. Mais dès mon entrée dans la salle, ressortir au plus vite relève presque de l’urgence vitale. On attrape un carton pour le bouclier, un carton pour la couronne, des pochoirs pour reporter les formes souhaitées. Je me retourne vers la table où l’on distribue la peinture. Une maman au visage cerné m’indique que la queue commence au fond de la salle. Un coup d’œil fugace à mon amoureux. « C’est pas grave, on a de la peinture chez nous ! » Il n’y a plus de ciseaux disponibles. « On a des ciseaux aussi ! » On a trouvé un coin de bordure en pierre inoccupé. On a dessiné nos formes de bouclier et de couronne, on a promis de terminer à la maison, on a donné une sucette au chocolat au grand, pris la petite aux bras, et vite vite vite on a rejoint notre voiture pour rentrer chez nous.

C’était notre lundi de Pâques, une belle journée en famille pleine de jolies surprises…