Septembre…

134 Septembre

J’adore septembre. Son énergie. Son renouveau, son retour à la vie quotidienne. Année après année la rentrée demeure un moment exaltant. Professionnelle, littéraire, culturelle.

La vie urbaine bat à nouveau, on sort de la paresseuse torpeur estivale. Le repos devenu ennui se barre au moment où le goudron revient sous nos pieds – cette année la chaleur a aussi disparu dans la foulée.

En tant que professeur des écoles, le mois de septembre c’est aussi un travail intense. Cette année en particulier, puisque j’ai changé de poste, et malgré mon anticipation – préparation de la rentrée à partir du 16 août – je me suis sentie submergée jusqu’à… maintenant.

Enfin… je recommence à écrire, à dessiner, à rêver éveillée d’autre chose que du collège. J’émerge de mes eaux tumultueuses et je retrouve le plaisir d’être ici.

Peut-être qu’un de ces quatre je prendrai le temps de mettre à jour mon profil et d’alimenter ma page facebook.

Je vous dis, alors, à très bientôt…

Les Zurbanards d’Arles

Et si l’art était (aussi) dans les dessins de notre imagination ?

Je vous propose un petit jeu :

Zurbanard Arles 1

Zurbanard Arles 2

Zurbanard Arles 3

Zurbanard Arles 4

Zurbanard Arles 5

Zurbanard Arles 6

Zurbanard Arles 7

Zurbanard Arles 8

Tous ces personnages, que j’ai baptisés Zurbanards, sont dans le centre-ville d’Arles :

Carte Zurbanards

(Carte accessible sur le web ici)

Si vous êtes d’humeur joueuse et que vous passez du temps en Arles vous pouvez :

  1. Trouver quel Zurbanard (des photos ci-dessus) se cache derrière chaque prénom (de la carte) en parcourant la ville.
  2. Décoder les correspondances entre les couleurs des points de la carte et les familles de Zurbanard (Gouthierre, Mobiliurbin, Dumur et Plakossol)…
  3. Résoudre l’anagramme de chaque prénom pour retrouver une caractéristique du Zurbanard.

(Oui, j’assume mon côté enfant.)

 

Et sinon, vous pouvez aussi visiter Arles pour ses immanquables Rencontres de la Photographie du 3 juillet au 24 septembre 2017, époustouflant pour quiconque aime la photographie contemporaine…

Un jeudi soir aux urgences pédiatriques

Un jeudi soir aux urgences pédiatriques

C’était un jeudi d’hiver. Rentrée de mon travail à 19h, je referme la porte de mon appartement derrière moi et j’entends mon fils gémir depuis son lit. Hier il a loupé l’école pour un passage de virus, mais ce matin il allait plutôt bien.

Je me précipite à son chevet, il a mal. Pas de fièvre, mais il se plaint de douleurs. Je le sors du lit, le garde dans mes bras sur le canapé. Mon amoureux m’explique qu’il s’est mouché avec un kleenex à la menthe et que depuis il a mal. Mal à la bouche, à la langue, puis à l’œil. La douleur semble osciller d’un lieu à l’autre et se montre fulgurante.

Je demande à mon homme d’appeler les urgences. Ils ne savent rien sur les mouchoirs à la menthe et nous conseillent d’appeler le 15. Il s’exécute, explique le problème, puis commence à s’énerver avant de conclure : « Je vais arrêter de faire mon père maltraitant et donner du Doliprane ! » et de raccrocher.

La doc de garde lui a signifié avec dédain que la première chose à faire était de donner du Doliprane. Sans bienveillance ni écoute. Doliprane et lâchez-moi avec vos questions débiles.

Nous ne savons toujours pas si l’irritation causée par le menthol peut être grave. Cet élément semble ne pas exister pour les gens auxquels on parle. Notre fils se tord de douleur, il crie, il râle. On flippe. Maintenant c’est l’oreille. Plus la langue, plus l’œil. Juste l’oreille.

Il est 19h30, une dose de Doliprane plus tard, je l’habille et en route pour les urgences. Lorsque je le laisse quelques secondes dans les escaliers pour remonter chercher le carnet de santé, je le retrouve allongé par terre sur le palier. « Pourquoi tu es par terre ? – Parce que j’ai mal. »

Dans la voiture, il gémit « Aïe, j’ai mal, maman, j’ai mal. »

On arrive aux urgences, il s’allonge la tête sur mes genoux. Je regarde les autres enfants dans la salle d’attente. Les autres parents surtout. L’inquiétude au coin de l’œil. Je le questionne sur sa douleur. Ça va mieux. Il a encore un peu mal. A l’oreille juste. Le Doliprane a fait effet.

Il décrit joyeusement les personnages peints sur les murs.

L’infirmière d’accueil nous reçoit. Elle introduit ma carte vitale dans son lecteur, puis dit le prénom de mon fils et notre adresse. Mon garçon se tourne vers moi : « Comment elle fait pour tout savoir ?

– Je suis une magicienne, répond-t-elle avec un sourire de fée. »

Quand elle demande ce qu’il a, il répond tout seul « J’ai mal à l’oreille ». Elle le regarde, elle l’écoute. Elle prend son pouls au bout du doigt, sa température. Elle lui met son bracelet. Et l’on retourne s’asseoir dans la salle d’attente.

Il ne tarit pas de paroles, avec sa voix claire plus du tout gémissante.

« Je l’adore, elle ! »

« Pourquoi elle m’a mis un bracelet ? »

« Je vais le montrer à ma sœur mon bracelet, je vais lui montrer qu’il y a mon nom dessus. »

Puis on a appelé chez nous : « Papa, j’ai un bracelet avec mon nom dessus ! »

La visite aux urgences est en train de devenir une aventure extraordinaire pour petit garçon malicieux.

« Chut. Ne parle pas trop fort. »

Une otite et un petit en pleine forme, combien de temps va-t-on attendre avant d’être appelés ?

Quelques minutes passent et l’on se retrouve dans un box étriqué à attendre le médecin. Mon fils est en slip, je le couvre avec mon pull. Il me questionne sur les machines suspendues sur le mur au dessus de la table de consultation. Je ne connais rien de tout cela.

La doc arrive. Auscultation. Petite otite.

Je lui parle des mouchoirs. Sans jugement elle me répond : « Les mouchoirs à la menthe ce n’est pas dangereux. » Si seulement la doc du 15 nous avait dit ces mots…

Elle rédige l’ordonnance – antibio, gouttes et doliprane.

Dans ma tête une question passe : « Les antibios ça peut attendre demain ? » Mais je suis venue aux urgences pour rien, avec un gosse qui n’a plus mal grâce au doliprane donné chez nous. Alors je me tais. Je prends l’ordonnance, je remercie.

Mon fils est ravi. Il dit au revoir à tout le monde, très poliment. Et il ajoute « A bientôt ! »

Euh, non, pas à bientôt…

Aller aux urgences un soir de semaine pour « rien », on va essayer d’éviter. En plus j’avais des gouttes magiques pour calmer les otites dans mon armoire à pharmacie…

Un nouveau petit fantôme

Je vous les avais présentés ici.

J’en ai trouvé un autre, toujours dans le même quartier… Celui-là n’est pas dans des escaliers, mais dans une montée. Et il a son propre petit soleil vert.

Fantome Dellepiane

Dans l’avenue David Dellepiane

J’en suis à quatre petits fantômes du coup (sur le modèle des esprits de la forêt de princesse Mononoké) : escaliers Notre-Dame, montée Belle-vue, Vauban, et Dellepiane. Avis aux marseillais, je cherche toujours les autres, ou celui qui leur a donné vie sur nos murs…

Allez je vous livre un petit secret en avant première : ils seront les personnages principaux de ma prochaine histoire. Affaire à suivre…

Un accrochage

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Aujourd’hui, je vous livre une petite anecdote automobiliste. Un matin, j’accompagne ma fille à son école. Je me gare dans la rue non loin, sur une des rares mais vraies places de stationnement. Tout en faisant attention à la circulation du matin, j’entreprends de couvrir ma fille avant de la sortir de la voiture. Je suis sur la chaussée. La portière est entrouverte, au minimum, posée contre moi pour gêner le moins possible les autres véhicules. Ils sont plusieurs à passer derrière moi pendant que je lui enfile son manteau, penchée à l’intérieur de la voiture. Et puis d’un coup, choc, bruit de plastique brisé. Je jette une œillade à la Twingo qui s’arrête un peu plus loin, mémorise sa plaque d’immatriculation, ramasse un morceau de son rétroviseur sur le sol derrière moi, le pose sur le toit de ma voiture. J’achève de préparer ma fille. Sur le trottoir, de l’autre côté de ma voiture, on se retrouve.

On échange quelques mots, des numéros de téléphone, un début de constat. Ma voiture n’a rien. Son rétro est littéralement arraché.

Elle n’est pas agressive. Mais elle me demande pourquoi, mais pourquoi donc, je sors ma fille du côté de la route. Je ne devrais pas faire ça. C’est dangereux. Elle sait de quoi elle parle, elle a eu trois enfants.

Je lui demande pourquoi elle n’a pas ralenti. Parce que le matin il y a du monde sur la route, et puis elle est pressée. Mais alors, moi, qui sors ma fille par la portière à côté de laquelle est placé son siège, je suis une dangereuse imprudente !

Le lendemain, je la retrouve à son travail pour rédiger le constat. Son mari vient me faire la morale en me surplombant et pointant sur moi son doigt inquisiteur : « Vous trouvez que c’est prudent ce que vous faites ? » Je reste calme et souriante. Je comprends ce qu’il essaie de faire. Réveiller la culpabilité en moi. Mais je sais trop ce qu’il s’est passé pour les laisser s’immiscer dans ma tête.

Ma portière était déjà entrouverte, visible, statique.

Elle n’a pas ralenti. Elle a mal estimé la distance entre nous. Elle a explosé son rétro dans ma portière.

Elle aurait pu blesser ma fille ou moi.

Elle n’a pas eu un mot d’excuse.

Mais bon, je suis probablement une mauvaise mère à ne pas me contorsionner tous les matins pour sortir ma fille côté trottoir…

Quand je lui ai dit, au détour d’une phrase, que j’avais le siège de mon fils de l’autre côté, j’ai senti une faille dans son argumentaire. Je ne m’y suis pas engouffrée.

En quelques jours j’ai transformé ma colère en inspiration à écrire.

Et voilà la suite de l’histoire : grâce à son très vieux constat, ma voiture «en stationnement» n’est pour l’assurance en aucun cas responsable. S’il l’on avait écrit «portière ouverte» sur la première page les choses auraient été différentes…

Pour aller jusqu’au bout de l’anecdote, il m’arrive maintenant de me contorsionner pour sortir ma fille côté trottoir, les jours de trafic rapide ou de manteau à mettre. Je me montre effectivement plus prudente depuis cet accrochage…

Mais surtout, je soigne ma non-culpabilité comme une très bonne amie que je veux garder à mes côtés (à ce sujet, je vous conseille cet article).

Cherchez les petits fantômes

C’est mon fils qui m’a fait remarquer le premier… en en parlant comme d’un personnage presque réel (« tu sais, maman, le petit fantôme qui vit dans les escaliers de Notre Dame de la Garde »)…

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Dans les escaliers de Notre Dame de la Garde

Et puis, un jour, j’en ai rencontré un autre…

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Dans les escaliers de la montée Belle Vue

Et encore…

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Dans les escaliers « en haut » de Vauban

Ils ne sont pas très loin les uns des autres. Ils semblent aimer les escaliers…

Combien sont-ils ?

L’amoureuse

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(Nouvelle présentée au concours de nouvelles maritimes « Prix Encre de Seiche » organisé par l’association La Mer Veille, une nouvelle qui devait contenir les mots : Marseille, pavillon, livre, étrave et crocodile.)

 

Recroquevillée sur le pont, les genoux écrasés contre sa poitrine, Rachel se laissait bercer par le tangage lancinant. Elle fouillait des yeux la bande de terre qui lui faisait face, et soudain, elle la distingua, illuminée par le soleil de midi, dessin aux traits acérés entre mer miroitante et collines d’un vert brunâtre. Rachel immergea son regard dans cette ville tant attendue, parcourut les lignes de ses immeubles. L’espoir se ravivait.

Les souvenirs de leur départ jaillirent sans crier gare, avec la fulgurante d’un rayon reflété par une fenêtre. Six mois auparavant, lorsqu’elle avait posé la pointe de son pied sur le pont du voilier, son fils dans les bras, elle vivait dans son couple un amour éclatant. Toute aux promesses d’une aventure rêvée, elle exultait, légère et vivante. Ils avaient pris la mer, traversé l’Atlantique, visité les Antilles et quelques côtes d’Amérique latine. Même à terre, ils n’avaient dormi que sur l’eau.

Les images de leur périple devenues floues, la jeune femme ne restait maintenant que sur l’écume des sentiments. La passion s’était éteinte, supplantée par la rancœur et le dégoût. Elle ne savait plus comment cela est arrivé. La promiscuité, l’étroitesse, le roulis, le soleil harassant, les pleurs intenses de leur fils ? Tout se confondait et s’oubliait dans sa détresse. Elle ne retenait, de tous les moments vécus à bord, que les premiers pas de Matthéo.

Aujourd’hui elle rentrait à Marseille, un crocodile silencieux en guise d’amant, le petit voilier métamorphosé en une prison épineuse cernée d’eau sombre.

Au premier pas sur le quai du port, la terre ferme, enfin, elle sut que la déchirure de son couple était consommée. Elle hissa dans ses bras Matthéo qui trottinait vers elle, et balada son regard tout autour. Les quais du Vieux Port, la clarté de pierre des murs, les alignements de petits bateaux, elle se sentit enveloppée, accueillie, étreinte. Sans un regard en arrière, elle s’enfonça dans cette ville maternelle qu’elle connaissait depuis toujours. Errant de ruelles en avenues, son fils sur le dos, elle redevint anonyme au sein de son chagrin. Elle avait quitté son geôlier et retrouvait une amoureuse. A l’intérieur de sa ville amante, tout recommençait pour elle, avec son enfant…

 

Rachel se dressait sur le quai de Rive Neuve, tournant le dos à la Criée. Des rides creusaient son visage. Vingt ans étaient passés. Elle observait cette jeune femme blonde qui grimpait sur le voilier à la suite de son fils, les yeux brillants et le sourire resplendissant. Rachel avait enfoui les sensations de son propre départ depuis si longtemps… Les amoureux hissèrent le pavillon, battirent l’air de leurs saluts déjà lointains. L’étrave du bateau fendait les vaguelettes du port. Et Rachel regardait partir le petit homme de sa vie sur cette mer avide d’amours humains. Elle n’était pas surprise. Porté par la légende de sa petite enfance, il avait poussé parmi les livres marins, histoires de matelots et de traversées, pour la plupart offerts par son père. Il avait fini par franchir les mots pour plonger dans son voyage réel. Elle avait bien tenté de lui transmettre son attachement à la ville, à la terre et à ses étendues de liberté. Elle aurait peut être dû l’éloigner de la Méditerranée. Souvent, elle avait été tentée de rompre avec cette ville, sale, bruyante et surpeuplée, mais elle n’avait jamais pu consentir à briser leur lien d’amoureuses.

Ces pensées ne faisaient que l’effleurer. Les pieds ancrés au sol, elle demeurait, immobile. Bientôt, elle fut seule sur le bord du quai. Elle suivit le rafiot se rapprochant de l’horizon jusqu’à ce qu’il ne soit même plus un point ballotté entre les vagues. Loin.

C’que ça me gonfle le ballon… de foot

Foot

J’avais déjà déploré, dans cet article, les incidents survenus à Marseille dès le premier week-end de l’Euro. On touche enfin au bout du supplice, puisque le dernier match sur terre marseillaise aura lieu dans trois jours. On ne se rend pas compte quand on n’y vit pas, mais la fête des uns est la galère des autres. Routes coupées, embouteillages monstrueux… Et un emploi du temps de début de vacances tronqué par cette demi finale. “On ne sort pas en voiture jeudi, il y a match !” (Et quel match, France Allemagne, rien que ça !)

Je fais ma mauvaise tronche. Je n’aime pas le foot. Comme d’habitude ça ne m’intéresse pas. Même avec le France Islande et sa ribambelle de buts en fond, mon regard glisse sur l’écran. Indifférente, au degré zéro de l’émotion, j’ai du mal à comprendre la passion…

Et puis je bloque sur le mur de pubs derrière Didier Deschamps pour chacune de ses interventions. Sans surprise ni liberté, il n’a le droit de l’ouvrir que s’il est entouré des logos des annonceurs de l’Euro. A méditer… Ou pas.

Les fleurs du béton

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Elles se faufilent dans les fissures de nos trottoirs, et elles poussent, poussent. Quand vient le printemps, de petites fleurs un peu maladives éclosent sur le chemin de l’école, et au fil des jours elles vivent et grandissent… C’est étonnant quand on s’y attache, de voir ces plantes nourries aux pots d’échappement s’épanouir.

Depuis quelques années, j’ai l’impression qu’elles sont toujours plus nombreuses, plus fortes et touffues.

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Et c’est un petit bonheur de mon quotidien, d’observer leur beauté sauvage.

Alors quand j’ai découvert l’initiative « Sauvage de ma rue », j’ai été ravie de voir que certaines personnes s’intéressent encore plus que moi à la nature urbaine. Ce programme invite chacun à participer au recensement des plantes sauvages de nos rues. Leur site explique pourquoi il faut les laisser pousser, et leur application nous aide à déterminer les espèces rencontrées.

Chez nous, le chemin entre la maison et l’école était bordé de plusieurs plantes à fleurs. Mais quelqu’un a du les estimer indésirables. Alors cet amateur d’épilation intégrale des trottoirs a décapité « nos » jolies plantes. Le lendemain, mon fils n’a pas eu besoin d’enjamber la tige qui courait depuis plusieurs jours sur sa route. Il a simplement commenté : « Maintenant on peut passer mais c’est triste. »

Alors j’ai décidé de leur tirer le portrait, avant que la pollution, la sécheresse ou l’homme n’aient raison de leur vie… Et c’est volontiers que je vous livre ma série.

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A vous, maintenant, de les remarquer et de les regarder…