Quelle place pour la lecture ?

Quelle place pour la lecture

La première vitrine de Pantagruel, ma librairie de quartier

Nous vivons tous et toutes des vies trépidantes, avec cette sensation, parfois, de n’avoir du temps pour rien. Alors la lecture, elle peut souvent passer après, après les tâches ménagères, après le programme télé, après les réseaux sociaux… Et pourtant, elle est centrale.

Il y a quelques mois, c’est ce roman « Un paquebot dans les arbres » qui m’a fait replonger dans la puissance de la lecture. Il a réveillé mon envie de lire davantage, pas seulement en vacances lorsque le temps s’étire, mais tout le temps et partout.

La lecture a repris son rôle de nourriture indispensable du quotidien. Il me suffit de plonger dans mon roman du moment, l’effet est presque magique ; je m’échappe, une douce sérénité m’envahit, ma liste mentale de choses à faire se transforme en silence. Même lorsqu’elles ne durent que quelques minutes, ces parenthèses sont de formidables sources d’énergie intérieure.

J’essaie, alors, de partager et de transmettre ce bonheur de lire. En parlant de mes lectures ici (et ). En donnant, en prêtant, en troquant des livres. En empruntant pour mes enfants des albums et des romans premières lectures par dizaines à la bibliothèque. En instaurant des moments de lecture libre pour mes élèves, en classe, sur le modèle de cette initiative (j’aimerais aussi tester cette jolie idée de livre surprise dans mon collège)… Pour moi, la lecture est une liberté enivrante et une succession d’aventures.

Et vous, quelle place occupe la lecture dans votre vie ?

[Lecture] « La fissure » de Jean-Paul Didierlaurent

L07 imageJe m’étais délectée, il y a quelque temps, du Liseur du 6h27, du même auteur. C’est ce qui m’a poussé vers ce roman, une autre de mes lectures de vacances avec Le camion, My absolute darling et Cosmétique de l’ennemi. Ça et la quatrième de couverture bien sûr.

Dernier représentant d’une entreprise de nains de jardin rachetée par une holding américaine, Xavier Barthoux mène une vie bien rangée entre la tournée de ses clients, son épouse, son chien et sa résidence secondaire des Cévennes. Mais quand il découvre une fissure dans le mur de sa maison, c’est tout son univers qui se lézarde… Animé par une unique obsession, réparer la fissure, il entreprend un périple extrême et merveilleux jusqu’à l’autre bout du monde.

Ce livre, je l’ai trouvé parfait dans le contexte de camping dans lequel je l’ai lu, pas très loin de la fameuse maison secondaire des Cévennes qui plus est. Les aventures du très rangé Xavier Barthoux sont loufoques, rafraichissantes et très amusantes. On passe un délicieux moment de détente et d’évasion avec ce livre. L’aventure, pourtant, est plus profonde et intime qu’il n’y paraît d’abord. Au point de nous interpeller, une fois le roman refermé, sur la fissure que l’on porte tous et toutes sous nos camouflages…

[Lecture] « L’enfant qui mesurait le monde » de Metin Arditi

L03 imageL’enfant qui mesurait le monde, c’est le genre de livre qu’on traîne de partout avec soi, pour lire une page dans une salle d’attente, deux chapitres dans le bus ou un petit peu plus si l’on a la chance de tomber dans les embouteillages. Un livre qui nous emmène, loin, sous le soleil grec, dans ces paysages d’une beauté chaude crue et simple, un livre qui happe avec une extrême douceur. Le contexte est amer, pourtant : la Grèce dans la tourmente de la crise, acculée par sa dette, l’Europe, les créanciers et les comptes à rendre… Mais on s’attache à ces personnages, à leur humanité et leur histoire comme un tourbillon entraînant, on a l’impression d’être là-bas, avec eux, de leur tenir la main. Le garçon autiste m’a touchée tout particulièrement avec sa différence extraordinaire, sa présence inouïe, son lien secret avec le lecteur… Il faut dire que l’autisme est un sujet redondant dans ma vie, et sur ce blog aussi (j’en parle ici et ).

Dans L’enfant qui mesurait le monde, on suit cet enfant, donc, qui compte les éléments du monde autour de lui, les compare et essaie de réparer le désordre généré par le changement. On s’attendrit de la morosité de sa mère, de sa fatigue solitaire. On suit Eliot, le vieil homme, sur son chemin de vie, comme si l’on était un peu lui, à la fois étranger et habitant de cette petite île grecque oubliée. On sent le lieu, son énergie, sa beauté.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce livre, une belle découverte et peut-être même un roman parfait pour l’été…

Bretagne – Etape 3

La pointe du Raz, Concarneau et l’île d’Ouessant…

 

Jour 11

Pointe du Raz, par un chemin à pied depuis la baie des Trépassés :

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Lieu de notre pique-nique

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La pointe du Raz (au loin l’île de Sein)

 

Passage par Douarnenez :

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Jour 12 : Journée repos

Jour 13

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Pointe de Mousterlin

Concarneau :

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Jour 14

Passage express par Brest

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Pause à la fabuleuse médiathèque de Brest, rayon enfants, des livres bien sûr, des jeux de société en libre service, des canapés confortables, des zones de jeux et même un toboggan, dans un cadre magnifique…

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Vue depuis le bivouac du soir, au Conquet… demain matin lever 5h45 pour prendre le bateau de 7h30 pour l’île d’Ouessant !

 

Jour 15

L’île d’Ouessant nous accueille sous la pluie. On loue des vélos, et c’est parti ! Après un passage rapide au camping (à Lampaul) pour poser nos affaires, on explore…

Du côté du phare du Creac’h :

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Phare du Creac’h

Pointe Pern :

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Phare de Nividic (à gauche !)

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Vue sur le phare de la Jument

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Pointe Porz Doun :

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Vue sur le bourg de Lampaul :

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Pique-nique au camping

Phare du Stiff (le plus vieux phare de Bretagne) :

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Depuis la plage d’Arlan :

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Vue sur le phare de Kéréon

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Pointe Penn Arlan :

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Notre tente marabout pour la nuit

 

Jour 16

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Attente du bateau de retour

 

Repas du midi à Brest, au restaurant Le crabe marteau.

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Jour 17 : Journée repos à regarder la pluie tomber dehors…

Jour 18 : On range la maison et l’on se prépare à repartir en combi. Les enfants profitent encore un peu de la compagnie des poules.

 

Je crois que les images parlent d’elles-mêmes… la Bretagne est superbe !

Nous avons aimé tout particulièrement la sensation de bout du monde à la pointe du Raz, et encore davantage à Ouessant, cette magnifique terre sauvage où le temps semble s’étirer (c’est une impression récurrente, lors de nos road-trip, quand on touche à l’isolement et à la contemplation : le temps semble valoir davantage que ce qu’il est, comme si un jour de vacances dans ces lieux valait pour une semaine de repos).

Ce bout du monde, est-ce la fin du monde comme dans « Finistère », ou le début du monde comme dans « Penn ar bed » (Finistère en breton) ? Je vous invite à lire cet article édifiant sur la différence de point de vue à travers les mots…

Et je vous donne rendez-vous dans quelques jours pour la suite de nos aventures bretonnes ; au programme, presqu’île de Crozon, abers, monts d’Arrée et poursuite vers la côte nord…

Bretagne – Etape 2

Autour de la baie d’Audierne…

 

Jour 7

Plage de Plovan, pieds dans l’eau (très) froide, château de sable…

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Ruines de Languidou :

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Petit tour dans le centre de Pont-l’Abbé :

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Jour 8

Pointe de la Torche :

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Pique-nique à Saint-Guénolé :

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Les rochers de Saint-Guénolé

Visite du phare d’Eckmühl :

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Vue d’en haut du phare

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L’ancien phare (vu d’en haut aussi)

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L’Ile-Tudy (une presqu’île que l’on a rejointe en bateau depuis Loctudy) :

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Jour 9

Plage de Treguennec

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Vue du soir depuis la chambre de la maison…

 

Jour 10

Pors Poulhan (petit port de la baie d’Audierne) et sentier sur les hauteurs

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Repas du midi au Penn Ar Bed sur la plage de Penhors :

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A suivre : d’autres aventures bretonnes, avec notamment la Pointe du raz, Concarneau et l’île d’Ouessant…

L’amoureuse

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(Nouvelle présentée au concours de nouvelles maritimes « Prix Encre de Seiche » organisé par l’association La Mer Veille, une nouvelle qui devait contenir les mots : Marseille, pavillon, livre, étrave et crocodile.)

 

Recroquevillée sur le pont, les genoux écrasés contre sa poitrine, Rachel se laissait bercer par le tangage lancinant. Elle fouillait des yeux la bande de terre qui lui faisait face, et soudain, elle la distingua, illuminée par le soleil de midi, dessin aux traits acérés entre mer miroitante et collines d’un vert brunâtre. Rachel immergea son regard dans cette ville tant attendue, parcourut les lignes de ses immeubles. L’espoir se ravivait.

Les souvenirs de leur départ jaillirent sans crier gare, avec la fulgurante d’un rayon reflété par une fenêtre. Six mois auparavant, lorsqu’elle avait posé la pointe de son pied sur le pont du voilier, son fils dans les bras, elle vivait dans son couple un amour éclatant. Toute aux promesses d’une aventure rêvée, elle exultait, légère et vivante. Ils avaient pris la mer, traversé l’Atlantique, visité les Antilles et quelques côtes d’Amérique latine. Même à terre, ils n’avaient dormi que sur l’eau.

Les images de leur périple devenues floues, la jeune femme ne restait maintenant que sur l’écume des sentiments. La passion s’était éteinte, supplantée par la rancœur et le dégoût. Elle ne savait plus comment cela est arrivé. La promiscuité, l’étroitesse, le roulis, le soleil harassant, les pleurs intenses de leur fils ? Tout se confondait et s’oubliait dans sa détresse. Elle ne retenait, de tous les moments vécus à bord, que les premiers pas de Matthéo.

Aujourd’hui elle rentrait à Marseille, un crocodile silencieux en guise d’amant, le petit voilier métamorphosé en une prison épineuse cernée d’eau sombre.

Au premier pas sur le quai du port, la terre ferme, enfin, elle sut que la déchirure de son couple était consommée. Elle hissa dans ses bras Matthéo qui trottinait vers elle, et balada son regard tout autour. Les quais du Vieux Port, la clarté de pierre des murs, les alignements de petits bateaux, elle se sentit enveloppée, accueillie, étreinte. Sans un regard en arrière, elle s’enfonça dans cette ville maternelle qu’elle connaissait depuis toujours. Errant de ruelles en avenues, son fils sur le dos, elle redevint anonyme au sein de son chagrin. Elle avait quitté son geôlier et retrouvait une amoureuse. A l’intérieur de sa ville amante, tout recommençait pour elle, avec son enfant…

 

Rachel se dressait sur le quai de Rive Neuve, tournant le dos à la Criée. Des rides creusaient son visage. Vingt ans étaient passés. Elle observait cette jeune femme blonde qui grimpait sur le voilier à la suite de son fils, les yeux brillants et le sourire resplendissant. Rachel avait enfoui les sensations de son propre départ depuis si longtemps… Les amoureux hissèrent le pavillon, battirent l’air de leurs saluts déjà lointains. L’étrave du bateau fendait les vaguelettes du port. Et Rachel regardait partir le petit homme de sa vie sur cette mer avide d’amours humains. Elle n’était pas surprise. Porté par la légende de sa petite enfance, il avait poussé parmi les livres marins, histoires de matelots et de traversées, pour la plupart offerts par son père. Il avait fini par franchir les mots pour plonger dans son voyage réel. Elle avait bien tenté de lui transmettre son attachement à la ville, à la terre et à ses étendues de liberté. Elle aurait peut être dû l’éloigner de la Méditerranée. Souvent, elle avait été tentée de rompre avec cette ville, sale, bruyante et surpeuplée, mais elle n’avait jamais pu consentir à briser leur lien d’amoureuses.

Ces pensées ne faisaient que l’effleurer. Les pieds ancrés au sol, elle demeurait, immobile. Bientôt, elle fut seule sur le bord du quai. Elle suivit le rafiot se rapprochant de l’horizon jusqu’à ce qu’il ne soit même plus un point ballotté entre les vagues. Loin.